Edmond de Goncourt

1896

Journal des Goncourt. Tome IX (1892-1895 et index général)

2015
Edmond de Goncourt, Journal des Goncourt : mémoires de la vie littéraire, 3e série, vol. 3 (1892-1895) ; suivi d’un index général des noms cités dans les neuf volumes, Paris, Bibliothèque Charpentier, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1896, 428 p. Source : Gallica.
Ont participé à cette édition électronique : Valentine Baud (Stylage sémantique) et Stella Louis (Numérisation et encodage TEI).

Préface §

Le neuvième volume du Journal des Goncourt, est le dernier, que je publierai de mon vivant.

Edmond de Goncourt.

Année 1892 §

Vendredi 1er janvier 1892 §

{p. 3}Ce premier jour de l’an, dans le vague de ma faiblesse, ne m’a pas donné, cette année, l’impression du renouveau d’une année nouvelle.

Voici quatre semaines, que je n’ai pris l’air extérieur. Ce soir, le dîner chez Daudet sera ma première sortie. Dîner intime avec les Daudet, Mme Allard, et la filleule qui dîne, pour la première fois, à la grande table.

Causerie sur les ménages amis, où, nous tous, nous nous mettons à parler du charme du ménage Rodenbach : de l’homme à la conversation spirituellement animée, à la discussion littéraire passionnante, {p. 4}de la femme, aux rébellionnements à voix basse, aux flots de paroles irritées, qu’elle vous jette dans l’oreille, quand elle entend une chose qui n’est pas vraie, ou qui ne lui semble pas juste, et nous constatons le petit émoi chaleureux, qu’apporte dans la froideur ordinaire des salons, la vie nerveuse de ces deux aimables êtres.

Mardi 5 janvier §

Une surprenante lettre de Magnard, du directeur de ce Figaro, qui m’a été toujours si hostile. Dans cette très gracieuse lettre, Magnard m’offre la succession de Wolf, le gouvernement de l’art, avec toute l’indépendance, toute la liberté que je puis désirer. Je refuse, mais je ne puis m’empêcher de songer à tous les gens, que l’acceptation aurait mis à mes pieds, au respect, que j’aurais conquis dans la maison de la princesse, enfin à la facilité, avec laquelle j’aurais trouvé des éditeurs, pour illustrer La Maison d’un artiste, Madame Gervaisais, etc., etc.

Jeudi 7 janvier §

Grand dîner chez les Daudet, avec Schœlcher, Lockroy, le ménage Simon, Coppée. Décidément ce Jules Simon a un charme, une grâce, faite d’une certaine délicatesse de la pensée, jointe à la douceur de la parole.

{p. 5}Quant à Coppée, il s’est montré tout à fait extraordinaire, comme verve voyoute : ç’a été un feu d’artifice pendant toute la soirée de drôleries, à la fois canailles, à la fois distinguées. Oui, Coppée c’est par excellence le causeur parisien du siècle de la blague, avec tout l’admirable sous-entendu de la conversation de nous autres : les phrases commencées, finies par un rictus ironique, les allusions farces à des choses ou à des faits, connus du monde select et pourri de l’intelligence.

Chez Maupassant, ne dit-on pas, qu’il n’y avait qu’un seul livre sur la table du salon : le Gotha ? C’était un symptôme du commencement de la folie des grandeurs !

Samedi 9 janvier §

Maupassant est un très remarquable novelliere, un très charmant conteur de nouvelles, mais un styliste, un grand écrivain, non, non !

Dimanche 10 janvier §

Très gentiment et très amicalement, Daudet a travaillé à surexciter la curiosité de Koning sur ma pièce, À bas le Progrès ! et Koning lui a dit jeudi : « Mais pourquoi ne me donnez-vous pas à lire la pièce de Goncourt ? » et il lui a parlé de la donner avec la sienne, au moment où le succès {p. 6}se ralentirait. Je suis indécis. J’étais au moment, sans attendre la décision de la Chambre sur la censure, de la donner à Antoine.

Jeudi 14 janvier §

Un « petit bleu » d’un journal, où l’on me reproche très sérieusement, comme manque de toute sensibilité, d’être encore vivant à l’heure présente, et au moins, si je vis, de n’être pas devenu fou, à l’instar de Maupassant.

Samedi 16 janvier §

Rien n’est amusant comme la chatte, se promenant sur la glace du bassin, et séparée des poissons rouges, par cette espèce de vitre, au travers de laquelle elle les voit sous elle, toute dépitée, toute colère de ne pouvoir les attraper.

Dimanche 24 janvier §

Devant ce vieux dévalé au bas d’un lit d’amour, le cri de cette fille à sa bonne : — Maria, vite, vite, l’eau de mélisse et un sapin ! » Ah ! la féroce légende de Forain !… Non Gavarni, dans les légendes, n’a pas cette implacabilité, et les dires de Vireloque sont tempérés par une philosophie, à la fois bonhomme et haute. Oui, l’œuvre de Gavarni fait sourire la pensée, et ne fait pas froid {p. 7}dans le dos, comme le comique macabre de Forain. Vraiment, il y a dans le moment, en ce monde, trop de méchanceté, trop de méchanceté chez l’artiste, chez le jeune, chez l’homme politique, pour que ce ne soit pas la fin d’une société !

Mardi 26 janvier §

Aujourd’hui, Koning fait annoncer dans Le Figaro, qu’il reçoit À bas le Progrès, et que Noblet jouera le rôle du voleur.

Vendredi 29 janvier §

On parlait hier d’une Parisienne, morte à près de cent ans, ces jours-ci, et qui se rappelait le temps, où il passait sur les boulevards, à peine une voiture, tous les quarts d’heure.

Samedi 30 janvier §

Pour être connu en littérature, pour être universellement connu, on ne sait pas combien il importe d’être homme de théâtre, car le théâtre, pensez-y bien, c’est toute la littérature de nombre de gens, et de gens supérieurs, mais si occupés qu’ils n’ouvrent jamais un volume, n’ayant pas trait à leur profession : l’unique littérature en un mot des savants, des avocats, des médecins.

Mardi 2 février §

{p. 8}Le docteur M*** me disait hier qu’il avait souvent vu Musset prendre son absinthe au café de la Régence, une absinthe qui était une purée. Après quoi, un garçon lui donnait le bras, et le conduisait, en le soutenant, au fiacre qui l’attendait à la porte.

Mercredi 3 février §

Ce soir, chez la princesse, mauvaises nouvelles de Maupassant. Toujours la croyance d’être salé. — Abattement ou irritation. — Se croit en butte à des persécutions de médecins, qui l’attendent dans le corridor, pour lui seringuer de la morphine, dont les gouttelettes lui font des trous dans le cerveau. — Obstination chez lui de l’idée qu’on le vole, que son domestique lui a soustrait six mille francs : six mille francs qui, au bout de quelques jours, se changent en soixante mille francs.

Jeudi 4 février §

En arrivant chez Daudet, en train de s’habiller pour le théâtre, je ne puis m’empêcher de lui dire, que j’aime beaucoup mieux la mort naturelle de la Menteuse, dans sa nouvelle, que sa mort par l’empoisonnement de la pièce. Oui, j’aurais voulu cette femme couchée dans son lit, ainsi que dans la nouvelle, couchée le nez dans le mur, ne répondant pas aux interrogations furieuses, à {p. 9}elle adressées par son mari, qui, alors pris d’un accès de brutalité, la retournerait violemment de son côté, mouvement dans lequel elle expirerait.

Daudet me dit qu’il n’a plus l’émotion du théâtre, qu’il n’en a que la nervosité agacée. La pièce lui a semblé bien marcher à la répétition, mais son frère est venu lui dire, ce matin, que son fils lui avait rapporté, que les corridors étaient tout à fait hostiles à la pièce.

Me voici au théâtre, derrière les dos émotionnés de Mme Daudet et Mme Hennique. Une salle contenant le dessus du panier du tout-Paris, au milieu duquel figure le jeune ménage Daudet-Hugo, et où Jeanne, qui a ressenti, dans la journée, les premières douleurs de l’enfantement, est accompagnée de son accoucheur.

Un premier acte écouté sympathiquement, un second acte, où Burguet a un très grand succès. Ah diable ! voilà le troisième acte, presque emboîté de suite, et le dramatique de la scène tué par les rires. Un médecin ridicule, une agonie trop compliquée, la phrase finale : « Ça… c’est ma femme ! » mal dite. Toutefois, pour moi la cause de l’insuccès n’est pas due à cela, elle est en ceci : c’est que le dramatique de l’acte, au milieu de détails d’une vérité absolue, ne s’appuie pas sur la vérité d’un être.

Dimanche 7 février §

Dîner chez Charpentier avec {p. 10}deux femmes, que j’étais curieux de voir de près : Séverine et la femme de Forain.

Séverine, un ovale court, ramassé, dans lequel il y a de tendres yeux, une grande bouche aux belles dents, et de la bonté.

J’ai à table, près de moi, la femme de Forain, un tout autre type, un nez pointu, des yeux clairs sous une forêt de cheveux blonds, couleur de chanvre, ressemblant un rien à une perruque de clown, mais d’un clown finement malicieux. Très câline, avec une note blagueuse dans la voix, elle commence par me dire que le premier dessin qu’elle a fait, a été une copie d’un dessin de mon frère. Puis elle me confie, — j’en doute, — qu’elle est en train, dans ce moment, de déserter la peinture pour la cuisine, qu’elle fait des nouilles comme personne, qu’elle s’est même élevée à la confection des pâtés de foie gras, des pâtés de foie gras avec la croûte, et une croûte, s’il vous plaît, où elle peint des fleurs avec du jaune d’œuf, et des feuilles avec je ne sais plus quoi : de la pâtisserie artistique.

Après dîner je me rapproche de Séverine, et lui demande pourquoi elle ne fait pas un livre. Et la voilà avec son doux parlage gazouillant — elle a une voix harmonieuse, peut-être un peu factice — la voilà, avec ces renversements de figure en arrière, d’une petite fille qui vous parle de bas en haut, et qui montrent, dans son plaisant minois, la limpidité du bleu de ses yeux, l’émail de ses dents, la voilà, qui me dit que cela ne lui est pas possible ; qu’à {p. 11}l’heure présente, elle publie six articles par semaine. Et elle ajoute qu’elle n’est pas attirée par le livre, mais bien par le théâtre, déclarant, du haut d’une vue assez profonde de l’époque, que dans ce moment, où tout se précipite, il est besoin du succès immédiat, qu’il n’y a pas pour les gens de l’heure présente, à attendre les revanches, que des oseurs, comme mon frère et moi, ont obtenues, que du reste, elle trouve, que le théâtre est un meilleur metteur en scène de la passion que le livre. Comme je lui parle des obstacles, des empêchements qu’on rencontre au théâtre, elle m’affirme — et sa figure prend un caractère de résolution — qu’elle a une volonté, que rien ne décourage, que rien ne rebute, et qui arrive toujours au but qu’elle s’est fixé.

Jeudi 18 février §

Dîner chez Daudet avec les ménages Rodenbach, Jeanniot, Frédéric Masson, et Rollinat, et Scholl.

Scholl a été vraiment, tout le dîner, avec une voix enrouée, me rappelant celle de Villemessant, verveux, drolatique, abondamment spirituel, et cela aujourd’hui, sans aucune férocité contre personne. Il a travaillé à séduire le monde d’ici, et il a tout à fait réussi. Et vraiment, quand on réfléchit à la dépense de substance cérébro-spirituelle, faite par cet homme de soixante ans, tout le long des heures des journées de tous les jours, on est étonné de la vitalité intelligente de ce puissant Bordelais.

{p. 12}Il disait joliment, que je ne sais quel cercle de province lui avait fait écrire par son secrétaire, qu’un schisme s’était produit entre les membres, à propos de la manière, dont on devait prononcer son nom, et que de forts paris avaient été engagés… Interrogation à laquelle il répondait : « Comment prononce-t-on chez vous schisme ? »

Jeudi 25 février §

Hier, j’ai passé la soirée avec Mme de…, cette célébrité de la beauté parisienne.

Sous l’envolement de cheveux blonds d’une nuance adorable, des yeux étrangement séducteurs, des yeux qu’une cernure artificielle aide à faire apparaître, dans la nuit de l’arcade sourcilière, comme des diamants noirs, un petit nez du dessin le plus précieux, avec l’ensemble de traits et de contours délicats, délicats, et un cou frêle sortant d’une robe de velours rouge, enfin une figure réalisant le joli dans toute sa grâce menue. Elle évoque chez moi le souvenir du pastel de la Rosalba représentant cette svelte et mignonne femme de la Régence, un singe sur le bras.

Et dans le joli de ce visage, cependant quelque chose de fatal. La femme d’un de nos auteurs en vedette, un peu dépitée de l’admiration de son mari pour sa beauté, l’appelle « une héroïne de roman du Petit Journal ». La dénomination est caricaturale, toutefois il faut reconnaître qu’il y a parfois de l’acier dans son regard, dans sa voix.

Dimanche 28 février §

{p. 13}Ce soir, chez Rodenbach, on causait valse, et je soutenais que les peuples qui sont des peuples valseurs, sont des peuples, où le patinage est une habitude. Les Françaises valsent, le corps tout droit, tandis que les Hollandaises et les autres femmes des pays du patinage, valsent avec ce penchement, cette courbe en dehors d’un corps courant sur la glace.

Stevens parlait dans un coin du salon, de l’effrayant avalement de bière et d’alcool, de Courbet consommant trente bocks dans une soirée, et prenant des absinthes, où il remplaçait l’eau par du vin blanc.

Mardi 1er mars §

Une carte de Daudet me disant : que Porel sort de chez lui, et qu’on répète Germinie Lacerteux dans deux jours.

Mercredi 2 mars §

Causerie sur un bal original, qui a eu lieu hier chez Mme Lemaire : un bal, où s’est faite l’inauguration de costumes en papier, costumes plus riches, plus brillants, plus claquants que les costumes de soie et de satin, et qui me rappelaient le costume en papier, que s’était peint, je ne sais quel peintre flamand du xve siècle, et qui éclipsa tous les brocards de la fête. Ganderax, qui y figurait avec un {p. 14}bonnet d’âne et une blouse, ayant dans le dos le mot : Paresseux, me disait : « C’est singulier, la différence des races septentrionales et méridionales : moi, un septentrional, quand j’entre dans un bal, où il y a des masques, je suis pris d’une tristesse, d’une tristesse… tandis que ma femme, qui est une Italienne, toute seule dans sa chambre, mais un costume sur le dos, se mettrait à danser.

« … Maintenant, ajoutait-il, les peintres, qu’ils soient méridionaux ou septentrionaux, le travestissement les grise… Il y avait Detaille, très beau sous un costume de Philippe le Bel, qui, à l’entrée de Mme Munkacsy, s’est mis à danser, autour de la grosse femme, une étourdissante czarda, en donnant le branle le plus tempétueux à son manteau de papier. »

Samedi 5 mars §

Un journaliste, d’un petit journal, ne trouve pas les conversations, que donne mon Journal, intéressantes. Saperlote, moi qui me crois aussi intelligent que ledit journaliste, je puis affirmer, que ce que j’ai entendu dire par Michelet, Gavarni, Montalembert, Théophile Gautier, Flaubert, est supérieur à ce qu’il entend, tous les jours.

Dimanche 6 mars §

Dîner chez Charpentier, avec {p. 15}un monde de musiciens, tous vieux, tous laids, tous ventrus, tous mâchonnant de la mauvaise humeur.

Zola m’entretient de sa fatigue à finir La Débâcle, de la copie énorme du bouquin qui aura six cents pages, disant que le manuscrit est en train d’avoir mille pages de trente-cinq lignes — les petites pages habituelles de sa copie, formées d’une feuille de papier écolier, coupée en quatre.

Et comme quelqu’un lui demande, ce qu’il fera après Les Rougon-Macquart, après Le Docteur Pascal, il hésite un moment, puis il confesse que le théâtre qui l’avait beaucoup séduit, un moment, ne le sollicite plus autant, depuis qu’il approche de l’heure, où il pourra en faire, disant que toutes les fois qu’il a pénétré dans une salle de spectacle, où on le jouait, il a eu le dégoût de la chose représentée. Il rappelle à ce sujet, qu’un soir, étant entré voir la représentation de L’Assommoir, vers la dixième, Dailly grisé par son succès, chargeait son rôle d’une façon odieuse, ajoutait des mots au texte, si bien qu’il avait été au moment de faire dresser par huissier un procès-verbal de ses ajoutés, de ses enrichissements du rôle, et de les lui interdire au bas d’une assignation.

Là, il s’interrompt pour nous apprendre, qu’il a été à Lourdes, et qu’il a été frappé, stupéfié, par le spectacle de ce monde de croyants hallucinés, et qu’il y aurait de belles choses à écrire sur ce renouveau de la foi, qui pour lui a amené le mysticisme en littérature et ailleurs, de l’heure présente.

{p. 16}Et lâchant Lourdes, et toujours à sa littérature future, il avouait qu’il ferait volontiers, pendant un an, une chronique dans Le Figaro, qu’il avait des idées à exprimer sur M. de Vogüé et les autres.

Samedi 12 mars §

Une représentation de Germinie Lacerteux, où jamais Réjane n’a été plus grande actrice, plus acclamée, plus maîtresse d’un public complètement dompté.

Dimanche 13 mars §

Les bienfaits du régime actuel en France à l’heure présente : c’est d’être tantôt volé, tantôt assassiné, tantôt dynamité.

Mardi 15 mars §

Ce soir, dans la petite loge improvisée au fond de la scène, pour ses rapides changements de costumes, Réjane me contait qu’hier, à la représentation de Germinie Lacerteux, Sarcey répondait à quelqu’un, lui faisant constater les applaudissements de la salle : « Oui, ils applaudissent, mais ils ne s’amusent pas ! »

Jeudi 17 mars §

Conversation avec Alfred Stevens, qui est un vrai magasin d’anecdotes, et ce qui {p. 17}est mieux, un extraordinaire garde-mots de toutes les phrases typiques des peintres de sa connaissance, dans le passé et dans le présent, — des phrases qui définissent mieux que vingt pages de critique, un moral, un caractère, un talent.

Il dit Diaz un causeur éblouissant, et qui définissait ainsi la peinture de Delacroix : « Un bouquet de fleurs dans de l’eau croupie ! »

C’était encore lui qui répondait à Couture, lui conseillant blagueusement de s’en tenir à peindre sa forêt, et qu’il ne savait pas mettre une bouche sous un nez, et que voulant faire une vierge, il faisait un Turc — qui répondait : « oui, qu’il ne savait pas mettre une bouche sous un nez, mais qu’il lui arrivait quelquefois d’avoir la chance de mettre autour de ce nez et de cette bouche, qui n’étaient pas d’ensemble, de la vraie chair, et non pas du carton, comme Couture. »

Puis Stevens me parle avec enthousiasme de Millet, me dit avoir de lui une peinture de femme, faite avant d’aller à Barbizon, un des plus merveilleux morceaux de chair qu’il ait vus, et comme il l’a fait porter à voir par son fils, à un grand peintre de l’heure actuelle, qui a sa dose de méchanceté, il s’était écrié : « Il faut la porter cette toile à Henner, pour qu’il attrape une gifle ! » Et Stevens témoigne du respect de Rousseau pour Millet, qui d’abord ne lui trouvait pas de talent : ce qui, d’après Stevens, décida Rousseau à venir habiter Barbizon, pour le conquérir, et il arrivait au bout de quelque temps {p. 18}que la communion d’esprit entre les deux peintres, amenait Millet à revenir sur ses premiers jugements.

Stevens s’étonne de l’absence complète du sentiment de l’art chez la plupart des grands écrivains, affirmant qu’il n’en est pas ainsi à l’égard de la littérature chez les peintres de talent, même chez ceux qui n’ont pas fait d’humanités, déclarant qu’on ne les trouverait jamais à lire un livre d’auteur médiocre.

Et il répète, dans l’hiatus de sa bouche restant grande ouverte, au milieu de hou hou, ayant l’air de demander à la fin de chacune de ses phrases, l’approbation de son auditeur, il répète plusieurs fois que Millet, Rousseau, et les autres, étaient des gens de haut goût, ce qui n’est pas commun dans ce bas monde.

Vendredi 18 mars §

Aujourd’hui, à cette heure du jour, qui devient insensiblement de la nuit, et où ma pensée était allée mélancoliquement au passé, cherchant à retrouver les êtres chers qui n’étaient plus, j’avais laissé venir le crépuscule dans mon cabinet de travail, sans demander la lampe, et peu à peu, l’image de mon père, que j’ai perdu à douze ans, m’apparaissait à la clarté des braises du foyer presque éteint, m’apparaissait dans le mystérieux brouillard et le pâle effacement d’un pastel, accroché derrière le dos, et reflété dans la glace que l’on a devant soi.

{p. 19}Et, en la mémoire vague de mes yeux, je revoyais sur un long corps, une figure maigre, au grand nez décharné, aux étroits petits favoris en côtelettes, aux vifs et spirituels yeux noirs : les pruneaux de M. de Goncourt, ainsi qu’on les appelait ; aux cheveux coupés en brosse, et où les sept coups de sabre, que le jeune lieutenant recevait au combat de Pordenone, avaient laissé comme des sillons, sous des épis révoltés : — une figure, où à travers le tiraillement et la fatigue de traits, jeunes encore, survivait la batailleuse énergie de ces physionomies guerrières, jetées dans une brutale esquisse, par la brosse du peintre Gros, sur une toile au fond non recouvert.

Je le revoyais, en sa marche militaire, quand, après la lecture des journaux, dans ce vieux cabinet de lecture qui existe encore au passage de l’Opéra, il arpentait, des heures, le boulevard des Italiens, de la rue Drouot à la rue Laffitte, en compagnie de deux ou trois messieurs à la rosette d’officier de la Légion d’honneur, à la figure martiale, à la grande redingote bonapartiste, barrant le boulevard, tous les vingt pas, avec les arrêts d’une conversation enthousiaste, et où il y avait, en ces grands corps, les amples gestes du commandement d’officier de cavalerie.

Je le revoyais, dans le salon des demoiselles de Villedeuil, les filles du ministre de Louis XVI, les vieilles cousines de ma mère, ce froid et immense salon, aux boiseries blanches, toutes nues, au mobilier rare, empaqueté dans des housses, et où toujours, au dos d’une chaise, était oublié le ridicule {p. 20}d’une des deux sœurs, aux jardinières rectilignes, contenant de pauvres fleurs fanées, aux dunkerques, où s’étageaient des objets d’art légitimistes, je le revoyais, dans ce salon, qu’on aurait pu croire le salon de la duchesse d’Angoulême, adossé debout à la cheminée, son diable d’œil noir, tout plein d’ironie, et à un moment, dans l’ennui de l’endroit solennel, jetant un mot, qui secouait d’un rire, la sèche vieillesse et les robes feuille morte et caca dauphin des deux antiques demoiselles.

Je le revoyais dans la Haute-Marne, à Breuvannes, là, où se sont passés les étés de mon enfance, par les ensoleillés matins de juillet et d’août, marchant de son grand pas, que mes petites jambes avaient peine à suivre, marchant à la main, un paisseau arraché dans une vigne, et m’emmenant avec lui boire une verrée d’eau, à la « Fontaine d’Amour », une source au milieu de prés fleuris de pâquerettes, apportant aux gourmets d’eau, le bon et frais goût d’une eau, qu’il trouvait comparable à l’aqua felice de Rome. Quelquefois, le paisseau était remplacé par un fusil, jeté sur l’épaule, et sans carnassière et sans chien, je le voyais tout à coup mettre en joue quelque chose, que ma vue de myope m’empêchait de distinguer : c’était un lièvre, que son coup de fusil roulait, et qu’il me donnait à porter.

Je le revoyais encore à Breuvannes, le jour de la rentrée des fruits, encadré dans l’œil-de-bœuf d’un grenier, et canonnant à coups de pommes, dans la cour de notre maison, tous les gamins du village, {p. 21}baptisés par lui de noms drolatiques, et dont les ruées, et les bousculades, et les batailles autour de ce qui les lapidait, semblaient être, pour mon père, un amusant rappel en petit de la guerre.

Je le revoyais encore… non, j’ai beau chercher, je ne revois plus sa tête, en ce jour… je me souviens seulement sur un drap, d’une main encore vivante, à la maigreur indicible, qu’on m’a fait baiser. Et le soir, rentrant à la pension Goubaux, dans un rêve qui tenait du cauchemar, ma tante de Courmont, l’intelligente femme, dont j’ai fait Madame Gervaisais, celle qui, tout enfant, m’a appris le goût des belles choses, m’apparaissait en une réalité, à douter si ce n’était pas une vraie apparition, me disant : « Edmond, ton père ne passera pas trois jours ! »

C’était la nuit du dimanche, et le mardi soir, on venait me chercher, pour aller à l’enterrement de mon père.

Ma mère… elle, sa ressemblance est ravivée dans mon souvenir, par la miniature du coin de la cheminée, une miniature de l’année 1821, une miniature de l’année de son mariage… qu’en ce moment, j’ai dans le creux de la main.

Une figure de candeur, des yeux bleu de ciel, une toute petite bouche sérieuse, des cheveux blonds tirebouchonnés en boucles frisottantes, trois rangs de perles au cou, une robe de linon blanc à raies satinées, et une ceinture, et des bracelets, et un floquet de rubans dans les cheveux, du bleu de ses yeux.

{p. 22}Pauvre mère, une vie de douleur et de malheur ! La perte de deux petites filles, l’existence avec un mari souffrant continuellement de ses blessures, et de la ruine d’une santé détruite par la campagne de Russie, faite tout entière, l’épaule droite cassée, et encore tout jeune ; tout ardent de vaillance, et tout irrité de ne pouvoir rentrer dans la vie militaire, de ne pouvoir accepter d’être l’aide de camp du roi, ainsi que le sont ses camarades D’Houdetot et De Rumigny, de ne pouvoir faire les campagnes d’Afrique… Puis veuve, avec une petite fortune en terres, aux fermages difficiles à recouvrer. Et maudite dans ce qu’elle entreprenait de sage, de raisonnable, comme mère de famille, perdant dans de malheureuses affaires, les placements qu’elle faisait en vue de l’avenir de ses enfants : placements faits à force d’économies et de retranchement sur elle-même.

Et je le revois, son doux et triste visage, avec les changements de physionomie, que ne donne pas un portrait, dans trois ou quatre circonstances, laissant en vous, on ne sait comment, un cliché de l’être aimé, en son milieu de ce jour-là.

Oui, je le revois son doux et triste visage, un jour de mon enfance, où bien malade à la suite d’une coqueluche mal soignée, j’étais couché dans son grand lit, et où penchée sur moi, elle avait près de sa tête, la tête de son frère Armand, la jolie et aimable tête fripée d’un ancien officier de hussards : — car ils étaient presque tous des soldats, dans nos deux {p. 23}familles— quand soudain — moi ne comprenant pas bien — après avoir rejeté le drap de dessus la maigreur cadavérique de mon pauvre petit corps, elle tomba dans les bras de son frère, en fondant en larmes.

Je la revois, ma mère, ce jour des mardis gras, où, tous les ans, elle donnait un goûter aux enfants de la famille, et à leurs petites amies et à leurs petits amis, et où tout ce monde minuscule de Pierrettes, de Suissesses, d’Écaillères, de Gardes-Françaises, d’Arlequines, de Matelots, de Turcs, emplissait de sa joie bruyante, le calme appartement de la rue des Capucines. Ce jour-là, seulement, un peu de la gaîté de ce carnaval enfantin, l’entourant de sa ronde, montait à son visage, et y mettait un charmant rayonnement.

Je la revois, ma mère, en ces années, où retirée du monde, n’allant plus nulle part, le soir, elle s’était faite le tendre maître d’étude de mon frère. Je la revois dans sa bourgeoise chambre à coucher, en ses vieux meubles de famille, avec sa pendule Empire, accotée dans un petit fauteuil, tout contre mon frère faisant ses devoirs, la tête presque fourrée dans le vieux secrétaire d’acajou, et surélevé, tout le temps qu’il fut petit, sur un gros dictionnaire, placé sur une chaise. Elle, ma mère, un livre ou une tapisserie à la main, les laissant bientôt tomber sur ses genoux, demeurait dans une contemplation rêveuse, devant son bel enfant, devant son petit lauréat du grand Concours, devant le cher {p. 24}adoré, qui était la gaîté et l’esprit des maisons amies, où elle le menait, — et l’orgueil de son cœur.

Je la revois enfin, ma pauvre mère, au château de Magny, sur son lit de mort, au moment où le bruit des gros souliers du curé de campagne, qui venait de lui apporter l’extrême-onction, s’entendait encore dans le grand escalier, je la revois, sans la force de parler, me mettant dans la main la main de mon frère, avec ce regard inoubliable d’un visage de mère, crucifié par l’anxiété de ce que deviendra le tout jeune homme, laissé à l’entrée de la vie, maître de ses passions, et non encore entré dans le chemin d’une carrière.

Lundi 21 mars §

On causait aujourd’hui des périls, auxquels est exposé le bonheur des femmes, mariées à des peintres portraitistes.

Là-dessus, la jolie Mme… se trouvant là, disait : « Moi, je fais un peu la police ! »

Et elle racontait, que, tout dernièrement, une femme de la meilleure société, ayant deux enfants, au milieu de la pose, s’était couchée sur un divan, et s’était mise à dire de telles choses, que sortant de derrière un rideau, où elle était cachée, elle lui avait dit : « Madame, après la conversation que vous venez d’avoir avec mon mari, vous n’avez qu’à mettre votre chapeau, et à vous en aller.

— Bon ! répondait la femme du monde à la femme {p. 25}du peintre, vous croyez peut-être que je suis amoureuse de votre mari.

— Non pas de mon mari… mais du vice… Allons, ouste ! »

Samedi 26 mars §

Ce soir, passé la soirée sur la scène de l’Odéon, à voir jouer Germinie Lacerteux, tantôt assis sur la cheminée de la chambre de Mlle de Varandeuil, tantôt sur le lit d’hôpital de Germinie, tout en causant avec Guenon, qui me fait remarquer sur un morceau de papier blanc, collé sur un portant, la désignation des tableaux de la pièce en la dénomination des machinistes, et où les trois tableaux, où Mlle de Varandeuil joue le rôle principal, portent le titre : La vieille.

Samedi 2 avril §

Le vrai bon théâtre, c’est une émotion ou une gaîté procurée n’importe comment. Et ils existent des gens qui, dans leurs feuilletons, font des traités sur le véritable art dramatique, — eux qui admirent à la fois Molière et Scribe, les fabricateurs les plus dissemblables dans la composition d’une pièce.

Dimanche 3 avril §

Je cause avec M. Blanc, le fils {p. 26}de Mme Bentzon, de la Revue des Deux Mondes, de ses voyages en Afrique, de son voyage en Sibérie et dans le nord de la Chine, qui a duré un an ; et sa conversation est des plus intéressantes.

Dans un voyage en Asie, il a fait la découverte et l’achat d’une soixantaine de manuscrits, parmi lesquels, il y a une « Vie d’Alexandre » non plus écrite cette fois, par ceux que, selon son expression, il avait derrière lui, mais par ceux, qu’il avait devant lui, par ses ennemis. Parmi ces manuscrits se trouvent encore trois biographies de Tamerlan, qui tout en faisant, un jour, massacrer cent mille hommes, se fit enterrer aux pieds de son maître de philosophie.

Et le voyageur parle de ces populations de Samarcande, de ces populations calomniées par les Persans, de ces populations lettrées, amoureuses de discussions littéraires, et où il a vu un individu soudainement poser une fiche en terre, portant l’annonce d’une thèse philosophique qu’il allait soutenir, et les passants et les vendeurs du marché, abandonnant leurs choses à vendre, pour se mêler à la discussion. Il parle encore de son séjour, près d’un mois, sur les hauts plateaux, où dans ces altitudes, près desquelles le Mont-Blanc est une plaisanterie, il avait des saignements de nez, comme en ont eu Biot et Gay-Lussac, dans leurs ascensions en ballon.

Puis revenant à ces quatre années, passées en Afrique — où il n’y a pas cependant l’intérêt historique des voyages d’Asie — il dit que le voyage n’a {p. 27}un charme que dans les pays, où le voyageur rencontre la lumière, la chaleur, la gaîté des soleils levants, et que dans le froid, quelque intérêt qu’ait le voyage, il est toujours triste.

Mercredi 6 avril §

C’est particulier, comme les mots qui ne sont pas de la langue courante, les mots un peu énigmatiques pour les cervelles sans éducation : les gens du peuple les aiment, les affectionnent, les recherchent ; et l’amusant, c’est que ces mots, toujours dans leur bouche, sont défigurés, dénaturés, risibles. Il y a en bas une ouvrière extraordinaire dans ce genre, et qui disait tout à l’heure concunivence pour connivence.

Mercredi 13 avril §

Après dîner, on cause de l’élection de Loti, et le commandant Brunet, qui est venu s’asseoir à côté de moi, rendant complètement justice à l’évocateur des climats, qu’est Loti, trouve, comme moi, ses marins un peu conventionnels, et manquant d’un certain nombre de choses, faisant leur caractère, et de l’orgueil de leur profession.

À ce sujet, il me conte cette curieuse anecdote. C’était lors du siège de Sébastopol, et à ce moment, où l’on avait organisé des représentations théâtrales, pour tenir un peu en joie les marins de la flotte. Il {p. 28}faisait une de ces admirables nuits d’Orient, décrites par Loti. Et le commandant Brunet se promenait sur le pont, pendant son quart, quand il faisait signe de venir causer avec lui à un maître timonier, faisant son quart de l’autre côté du bord. Il était un rien en relations avec lui, parce que ce maître timonier était l’impresario des représentations théâtrales sur les bâtiments.

Et les deux hommes causaient dans la belle nuit, et M. Brunet lui parlant amicalement de son sort, l’autre lui disait : « Moi je me regarde comme le plus heureux des hommes… Je suis maître timonier en second, et je vais être nommé prochainement timonier en premier, et je serai un jour décoré… Oui, il n’y a pas une peau d’homme autre que la mienne, où je voudrais être… Dans ma vie, il n’y a qu’une chose qui m’embête, c’est que j’ai un frère plus jeune que moi, que j’aurais voulu voir amateur de galon… Eh bien, il s’est fait calicot ! » s’écriait-il avec un mépris, où il y avait presque de la douleur. Or le calicot en question, savez-vous qui c’était ?… C’était Boucicaut du Bon Marché.

Dimanche 17 avril §

Dans la journée, Léon Daudet vient me dire que le dîner de chez papa, est transbordé chez lui. Il y a chez ce cher garçon, une activité, une vivacité, une alacrité de l’intelligence qui charme et enfièvre : les idées chez lui, dans leur succession, {p. 29}ont quelque chose de la rapidité des mouvements d’un corps agile. Pendant deux heures qu’il reste au Grenier, il touche à un tas de questions anciennes et modernes, et parle spirituellement de la rapidité, à l’heure présente, avec laquelle les produits matériels passent d’un pays dans l’autre, et de la lenteur avec laquelle se transmettent les produits intellectuels, ce qu’il explique un peu par l’abandon de la langue latine, de cette langue universelle, qui était le volapuck d’autrefois entre les savants et les littérateurs de tous les pays.

Ce soir, au dîner de l’avenue de l’Alma, où sont Lockroy et Hanotaux, on s’entretient de Boulanger, que Lockroy affirme avoir été le sous-lieutenant de La Dame blanche, toutefois avec la force, un moment, d’un million d’hommes derrière lui, et qui aurait bien voulu du pouvoir, mais à la condition que ce pouvoir lui aurait été offert sur un plat d’argent, sans le plus petit allongement de la main, pour le prendre. On s’entretient de Gambetta, dont la dictature à Bordeaux, est déclarée la plus prudhommesque la plus influencée par les vieilles épaulettes, les antiques ganaches politiques. Et un retour sur Saint-Just et les hommes de la Révolution fait dire, que les désastres de 1870 et 1871, viennent du remploi des hommes de 1848, au lieu de la mise aux affaires et aux armées, de jeunes hommes. On s’entretient de Constans, qui a, au dire d’Hanotaux, le mot spirituel et qui aurait dit, quelques jours après sa chute : « Tout de même, ils m’ont débarqué ! » faisant {p. 30}allusion à l’abandon d’un homme sur une plage déserte.

Lundi 18 avril §

Je lis dans un bouquin sur le Japon, la légende du thé. La voici :

Dharma, un ascète en odeur de sainteté en Chine et au Japon, s’était défendu le sommeil, comme un acte trop complaisamment humain. Une nuit pourtant, il s’endormit et ne se réveilla qu’au jour. Indigné contre lui-même de cette faiblesse, il coupa ses paupières, et les jeta loin de lui, comme des morceaux de basse et de vile chair, l’empêchant d’atteindre à la perfection surhumaine à laquelle il aspirait. Or ces paupières sanglantes prirent racine, à la place où elles étaient tombées sur la terre, et un arbrisseau poussa, donnant des feuilles, que les habitants cueillent, et dont ils font une infusion parfumée, qui chasse le sommeil.

Mercredi 20 avril §

De Béhaine déjeune chez moi. Il se plaint de l’incompréhension des républicains qui ne se rendent pas compte qu’il y a un pont entre le Saint-Siège et Cronstadt, et qu’en ce moment l’alliance russe est compromise et en suspens.

Jeudi 21 avril §

C’est étonnant comme les animaux, {p. 31}même un peu sauvages, quand ils souffrent, cherchent à se rapprocher de l’homme, et à obtenir un peu de sa commisération. Voici cinq ou six jours, que la chatte est en mal de chats, eh bien ! voici la pauvre bête, dans sa souffrance ayant besoin qu’on soit près d’elle, et elle vous suit de ses deux grands yeux tristes, quand on s’éloigne, et elle vous salue d’un petit miaulement, quand on revient, et elle vous remercie de votre caresse, par un petit ronronnement tout doux. Vraiment ils sont curieux chez ces ignorants de la maladie, les regards profonds avec lesquels ils semblent vous demander de leur ôter leur mal.

Samedi 23 avril §

Déjeuner à Versailles avec les Daudet, chez le ménage Lafontaine.

Tout en servant, Lafontaine raconte — et comme une comédien raconte, avec des temps et des jeux de physionomie — cette jolie anecdote.

Il avait cédé, vendu un Ruysdael, trouvé en Hollande, à Adolphe Rothschild, et venait de lui livrer, quand le baron dans la joie de son acquisition, se laissa aller à lui dire, en forme de politesse : « Mais, la baronne vous verrait avec plaisir ! » Et le baron entraîne Lafontaine dans une pièce, où la baronne montée sur un escabeau, et ceinte d’un tablier, nettoyait elle-même ses curiosités, entourée d’une vingtaine de larbins en mollets, qui lui passaient les {p. 32}objets placés sur une table, et qu’elle replaçait dans une vitrine, après les avoir soigneusement frottés avec du vieux linge. Et vous savez, il y en avait pour des centaines, des centaines de mille francs, dans les bibelots couvrant la table. La présentation faite, Lafontaine en se retirant, attrape un pied de la table, et voici une vingtaine de bibelots par terre. Un silence comme dans les jours tragiques, et la tête de la baronne, vous la voyez… lorsqu’un larbin ramasse sur le tapis — un tapis heureusement de cinq pouces d’épaisseur — un objet, et après l’avoir retourné dans tous les sens, le tend à la baronne, disant avec une voix de domestique : « Intact » et c’est un autre qui chuchote le même mot, et pour la dizaine d’objets tombés, c’est bientôt un chœur de larbins, répétant : « Intact, intact, intact ! » Là-dessus le baron, prenant à bras-le-corps, Lafontaine, le porte presque dehors, en lui disant : « Mon cher, avec votre chance, c’est vous qui êtes la vraie curiosité d’ici ! »

Et l’émotion, la suée de Lafontaine fut telle, qu’il soutient que la couleur de ses gants avait changé.

Le déjeuner fini, nous partons avec de Nolhac, l’aimable et savant conservateur du musée de Versailles, visiter les pièces intimes du château historique. Et me promenant dans la demeure de ce grand passé, il me prend une tristesse, en pensant à la petitesse du présent.

Puis çà et là, où badaudent des troupes d’ignares, l’histoire parle dramatiquement à l’historien de {p. 33}Marie-Antoinette. Dans cet escalier de marbre, je vois tirés par les pieds, les deux gardes du corps, décapités en bas, et dont les têtes furent frisées au bout des piques, qui les portaient. En poussant cette porte-fenêtre, je suis sur le balcon, où Marie-Antoinette s’est montrée aux cannibales, qui demandaient les boyaux de la Reine, — et de la vie tragique ressuscite dans ce bâtiment mort, dans cette nécropole de la monarchie.

Maintenant l’impression là-dedans, c’est un sentiment d’abomination pour ce bourgeois de Louis-Philippe, qui, avec son Musée, ses peintures au rabais, a tué la belle antiquaillerie de cette demeure de la monarchie française, aux xviie et xviiie siècles, et n’a pas craint de faire la nuit avec un grand vilain tableau moderne, fermant la fenêtre de la salle de bain de Mme Adélaïde, qui est peut-être le plus riche spécimen de la décoration intérieure, au xviiie siècle.

Lundi 25 avril §

Oui, je le répète, à l’heure présente, la lecture d’un roman et d’un très bon roman, n’est plus pour moi, une lecture captivante, et il me faut un effort pour l’achever. Oui, maintenant j’ai une espèce d’horreur de l’œuvre imaginée, je n’aime plus que la lecture de l’histoire des mémoires, et je trouve même que dans le roman, bâti avec du vrai, la vérité est déformée par la composition.

Vendredi 29 avril §

{p. 34}Les observateurs doivent reconnaître au pas, des agents de police en bourgeois, oui, à ce pas tranquille, régulier, cadencé, qui est le pas des sergents de ville.

Samedi 30 avril §

Quand on commence à collectionner, devant le nombre des objets qu’on trouve, au commencement de sa chasse et de sa recherche, on croit que la matière est inépuisable, qu’il y en aura toujours chez les marchands. Non, on se trompe, et il n’y en a plus sur le marché, au bout de très peu de temps. En effet depuis bien longtemps, bien longtemps, des gravures françaises du xviiie siècle, dont il y avait des cartons bondés sur tous les quais, il n’existe plus que celles, classées dans les collections. Et les belles impressions japonaises, depuis tout au plus une douzaine d’années qu’on les recherche, c’est fini d’en trouver chez Bing et Hayashi, et il me semble même que malgré tous leurs efforts, ils n’en peuvent plus découvrir au Japon.

Dimanche 1er mai §

Aujourd’hui, où l’on ne sait pas si la société française « sera mise à cul » et si un gros morceau de Paris ne sera pas dynamité, l’heureux Poitevin fait son entrée chez moi, tout {p. 35}réjoui, tout hilare, tout rayonnant de l’enfantement de trois ou quatre épithètes, disant à ce propos, assez éloquemment, qu’il n’y a de synonymes que pour les âmes non nuancées, et avec ces épithètes, il m’apporte la primeur de cette phrase : « Le signe de la croix inscrit sur la personne humaine les quatre points cardinaux de l’espace spirituel, dans la rose des vents de la destinée humaine. »

Je traverse en sortant de mon Grenier, les Champs-Élysées. Un désert où passent des voitures vides. Paris semble avoir été dépeuplé par une peste.

Mercredi 4 mai §

De Béhaine disait, rue de Berri, que le pape répondait à quelqu’un, lui demandant ce qui l’amusait encore : « La lecture d’une belle page de Cicéron ! »

Samedi 7 mai §

Dîner chez Pierre Gavarni.

………………………………………………………………………………………………

Oui, Corot ne se servait jamais de vert, il obtenait ses verts au moyen du mélange des jaunes avec du bleu de Prusse, du bleu minéral… et je vais vous en donner une preuve irrécusable.

C’est le vieux peintre Decan, ami de Corot, qui demeure dans la maison de Gavarni, et qui redescend, quelques instants après, avec la blouse, que Corot {p. 36}mettait pour peindre, et qui est l’assemblage de deux tabliers de cuisine d’un bleu passé, avec dans le derrière, un morceau neuf d’un bleu vif, morceau remplaçant le bas de la blouse, brûlé contre un poêle. En effet la blouse est toute couverte d’une pluie de taches tendres, où manque le vert.

Decan a descendu avec la blouse, une esquisse dans laquelle il a représenté le père Corot, en train de peindre dans la campagne, recouvert de cette blouse : esquisse, où avec la révolte des cheveux blancs de sa tête nue, son teint de vivant en plein air, sa pipe en racine lui tombant de la bouche, il a tout l’air d’un vieux paysan normand.

Et Decan nous donne la formule du père Corot pour faire des chefs-d’œuvre, en face de la nature.

« S’asseoir au bon endroit, ainsi que l’enseignait son maître Bertin — établir ses grandes lignes — chercher ses valeurs — et se touchant tour à tour la tête et la place de son cœur, mettre sur sa toile, ce qu’on sent, là et là.

Decan ajoute : « C’était un peintre du matin et non de l’après-midi. Il ne peignait pas, quand il faisait grand soleil, disant : « Moi je ne suis pas un coloriste, mais un harmoniste. »

Figurez-vous, reprend Decan, que Corot est resté jusqu’à quarante-cinq ans, — vous m’entendez bien, — comme un petit enfant chez son père, qui ne croyait pas le moins du monde à son talent. Et il arrivait qu’un jour, Français ayant dîné chez le père de Corot, ce père, au moment où Français allait {p. 37}sortir, lui dit qu’il allait le reconduire, et comme son fils s’apprêtait à le suivre, il lui fit signe de rester. Et dans la rue :

« — Monsieur Français, est-ce que vraiment mon fils aurait du talent ?

— Comment, répondait Français, mais c’est mon professeur ! »

Dimanche 8 mai §

La toquade mystique, dont la France est atteinte, s’est révélée, cette année, jusque dans les coiffures de modèles et des maîtresses des peintres, apparaissant aux vernissages, avec des bandeaux botticelliens, et des têtes imitant les têtes des tableaux primitifs.

Au Grenier, on cause aujourd’hui dynamite, on cause moyens de destruction et moyens de défense des êtres et des objets matériels, et j’apprends une chose assez ignorée, c’est que le Musée d’Anvers, ville, dont la destination est d’être bombardée, a des murs pouvant rentrer sous terre, avec les tableaux qui y sont accrochés.

Rodenbach croit plus tard, à un grand mouvement lyrique sur l’industrie, et il parle éloquemment des attitudes recueillies, de l’aspect presque religieux des occupations mécaniques, enfin d’une synthèse poétique du travail ouvrier, d’une étude au-delà de la simple photographie littéraire.

Mardi 10 mai §

{p. 38}Le sommeil de la sieste : un curieux sommeil, où, au milieu de l’évanouissement de l’être, il y a, dirais-je, une perception poétique de ce qui se passe autour de ce sommeil.

Samedi 14 mai §

Frantz Jourdain vient déjeuner avec moi, et me lire des fragments d’un livre, dont je lui ai donné l’idée. C’est un roman (L’Atelier Chantorel) où sous un nom supposé, il raconte son enfance, sa jeunesse, son passage à l’École des Beaux-Arts, son apprentissage du métier d’architecte ; et l’intéressant bouquin est presque, tout le temps, soutenu par de la vie vécue.

Ce soir, une femme du monde, m’attaque gentiment sur l’horreur, professée dans mon Journal, pour le progrès dans les choses, me parlant de la vie magique, surnaturelle, que lui a faite le téléphone : « Tenez, il y a une heure, je causais à Londres avec un Anglais, pour une affaire que j’ai là-bas ; quand vous êtes entré, je m’entretenais avec ma sœur, à Marseille, lui disant que je vous attendais ; dans la journée, j’avais arrangé un mariage et un divorce… Hier j’étais fatiguée, je m’étais couchée de bonne heure, mais ne dormant pas, je me suis mise à causer avec un monsieur, dont j’aime l’esprit… mais un monsieur, que les convenances m’empêchent de recevoir fréquemment… N’est-ce pas, dit-elle, en riant, c’est singulier pour une femme, dans son {p. 39}lit, de causer avec un monsieur, qui est peut-être dans le même cas… Et vous savez, si le mari arrive, on jette le machin sous le lit, et il n’y voit que du feu.

— Et quand vous causiez vous étiez en chemise… dans ce cas, pour une femme qui a un fonds de catholicité comme vous, madame, c’est grave, ça touche un peu au péché.

— Tiens, c’est vrai, fait la femme au téléphone, en riant, il faut que j’interroge mon confesseur ?

Mardi 17 mai §

Je reçois une carte de la baronne de Galbois, m’apprenant que Popelin est mort, ce matin.

Hier, à six heures, le fils de Popelin m’avait dit : « Il y a un petit mieux… ses crachats sanguinolents sont d’une meilleure nature… mais il n’y a pas à se le dissimuler, c’est un homme touché, bien gravement touché… et dont l’existence demandera à être entourée de grandes précautions. »

Vendredi 20 mai §

Il n’y a plus qu’une chose qui m’amuse, m’intéresse, m’empoigne : c’est une conversation entre lettrés sympathiques, dans l’excitation d’un peu de vin, bu à dîner.

Samedi 21 mai §

{p. 40}Déjeuner chez Raffaëlli, avec Proust, le ménage Forain, une Américaine, organisatrice de l’exposition de Chicago, dont les dents aurifiées font dire à Forain, que ses dents ressemblent à des jets de gaz, allumés pendant le jour — et encore avec des peintres, que je ne connais pas.

Forain raconte ses démêlés avec ses créanciers, parmi lesquels se rencontraient des créanciers roublards qui se faisaient ouvrir en chantonnant le refrain d’une chose en vogue, dans le moment, chez les artistes. Il narre joliment, comment il a mis militairement à la porte de chez lui, un créancier qui ne l’avait pas reconnu sous le costume d’un garde municipal, qu’il était en train d’endosser, pour aller à un bal masqué, chez Ménier.

Puis, je ne sais à propos de quoi, le nom de Meissonier est tombé dans la conversation, et l’on cite ce mot immense du peintre à un ami, lui annonçant qu’il avait eu l’influence de faire nommer une rue : Rue Meissonier.

— Bon, vous m’avez fait rater mon boulevard !

Le ménage Forain m’entraîne voir son petit intérieur, ingénieusement machiné avec un atelier en haut, où Forain travaille : atelier communiquant par une baie avec le grand salon au-dessous. Une riante et claire demeure d’un ménage de peintre.

Forain me fait voir des lithographies, qu’il vient de jeter sur la pierre, reprenant un procédé abandonné, et y débutant avec succès, mais avec un peu de l’imitation du faire de Daumier, dont il a du reste {p. 41}accrochés au mur, trois ou quatre croquetons remarquables.

Il me montre ensuite un certain nombre de petits albums explicatifs de son talent, où, en deux ou trois coups de mine de plomb, qu’on pourrait appeler des instantanés du crayon, il surprend une attitude, un mouvement, un geste, — et rien que cela de l’homme ou de la femme, qui lui sert de modèle.

Et Forain me cause de son labeur, de sa peine à trouver la chose : oui, à la fois un dessin et une légende qui le satisfassent. Il parle des vingt, trente, quarante croquis, qu’il est obligé parfois de faire, pour arriver à l’image voulue.

Et parlant du dessin, qu’il a publié ce matin, dans L’Écho de Paris, il me dit qu’il avait voulu exprimer, à propos de l’adultère, l’espèce de remords qu’une femme de la société éprouve devant le dégoût inspiré, dans une chambre d’hôtel, par la serviette posée sur le pot à l’eau, pour le bidet… Et en effet, il me montre un dessin, où la femme est douloureusement hypnotisée par ce pot à l’eau ; mais il n’avait pas trouvé la légende philosophique, montant de ce pot à l’eau. Alors il s’est mis à chercher une seconde traduction de sa pensée, qui avait raté. Enfin toujours, pour rendre cette chienne de pensée, il avait mis au bas du dessin : Nous avons eu tort d’ôter nos bottines… y a pas de tire-boutons : traduction dernière de sa pensée, qu’il avouait trouver tout à fait inférieure.

Et là, il ajoute avec un éclair de l’œil féroce, {p. 42}comme opposition à cette lente et pénible trouvaille d’un dessin et d’une légende, la joie, certains jours, de jeter son venin en un quart d’heure.

Mercredi 25 mai §

Lecture, ce matin, de ma pièce : À bas le Progrès, à Antoine et à Ajalbert.

Dimanche 29 mai §

Ce matin, chez M. Bégis, pour renseignements sur la Guimard.

Chez cet intelligent collectionneur de manuscrits, de livres, de brochures sur les mœurs, un tas de documents curieux, entre autres un grand registre, relié en vélin blanc, trouvé par Deflorenne en Angleterre, et qui est toute l’histoire, jour par jour de la Bastille, registre, dont la publication a été dernièrement proposée au Conseil municipal qui n’a pas trouvé le document assez parisien. Que diable, veulent-ils donc, comme document parisien ?

Puis un volume manuscrit de pièces sur les prisonniers du donjon de Vincennes, et c’est avec une véritable émotion, que je lis la lettre d’incarcération de Diderot, et la lettre qui lui donne la clef des champs.

Potain, le bon Potain, racontait à Léon Daudet, que ces jours-ci, ayant des enfants chez lui, le soir, pour les amuser, il s’était fait des moustaches avec {p. 43}du charbon. On était venu le chercher, dare dare, pour une femme qui avait une pneumonie. Pendant sa consultation, il avait remarqué sur les traits des gens, une interrogation inquiète à son égard, qu’il ne comprenait pas, et qu’il n’a comprise que lorsqu’il est rentré chez lui, en retrouvant dans une glace sa moustache. C’est un trait d’un médecin d’un autre siècle.

Mercredi 1er juillet §

Le baron Larrey contait, ce soir, un épisode de Solférino. Il était à cheval, aux côtés de l’empereur, sur une éminence, au moment, où la canonnade était effroyable, quand tout à coup, l’empereur lui dit : « Larrey, votre cheval est tué. » Il descendait, et voyait à son cheval, un grand trou au poitrail, d’où jaillissait une fontaine de sang. Ma foi, en sa qualité de chirurgien, il demandait une alène, de la grosse ficelle, et le recousait sur place, puis, le faisait reconduire à l’ambulance entre deux chevaux qui le soutenaient. Et le pansant et le soignant comme un soldat blessé, il le sauvait, et le bulletin de la santé du cheval devenait un sujet de conversation pendant toute la campagne, et même lors de l’entrevue de Villafranca. Enfin, complètement rétabli, le cheval était placé dans les écuries de l’impératrice.

Yvon, — c’était convenu, — devait représenter l’épisode dans la bataille de Solférino, mais le général {p. 44}Fleury s’y opposait, prétextant que la blessure du cheval déplaçait l’intérêt, le retirait de dessus la tête de l’empereur.

Vendredi 3 juillet §

Pose, toute la journée, pour une étude que fait de moi, Carrière. Parlant de la société future, je disais que les gens les plus intelligents ne peuvent concevoir les formes d’une société future, et que dans l’antiquité, il n’y aurait pas eu une cervelle capable de prophétiser la société du moyen âge, cette société à basiliques ténébreuses, au lieu de temples pleins de lumière, cette société aux danses des morts, remplaçant les théories des fêtes d’Adonis, cette société, avec sa constitution, ses vêtements, son moral si différent de l’autre, cette société, ou même les belles et classiques formes de la femme grecque ou romaine, semblent devenues des formes embryonnaires, telles que nous les voyons retracées par le pinceau de Cranach, dans des académies de femmes du temps.

Mardi 7 juillet §

Je pose, la dernière fois, je crois, pour la première étude que fait de ma tête, Carrière, et je l’interviewe, à propos de la préface de La Vie artistique de Geffroy.

Il me parle d’une année passée en Angleterre, où {p. 45}il était arrivé avec très peu d’argent, et sans la connaissance de qui que ce soit, et où, au bout de peu de jours, il était tombé dans de la misère noire. Dans sa débine, il s’était imaginé de faire quelques dessins de femmes et d’amours — des réminiscences de l’École des Beaux-Arts — et les avait portés, dans la semaine qui précédait Noël, à un journal illustré. Les dessins avaient plu au directeur, qui lui en avait demandé deux, et le lendemain, avec les quelques livres qu’il recevait, il courait de suite à une taverne, mettre un peu de viande dans son estomac. Le directeur s’éprenait de lui, et l’invitait quelquefois à dîner, et le retenait à causer, à regarder des images et des bibelots, si bien que tout à coup, ses yeux regardant la pendule, il s’écriait : « Ah vraiment, je vous ai fait rester trop tard, vous ne trouverez plus d’omnibus ! » Et l’Anglais demeurait au diable de Crystal Palace, près duquel gîtait Carrière, qui répondait imperturbablement : « Oh, je prendrai un cab à la petite place de voitures, qui est à côté. » Et il revenait à pied, et rentrait chez lui, tant c’était loin, à quatre heures du matin… « Ce qui m’a sauvé, jette-t-il, en manière de péroraison, c’est qu’il y avait chez moi, dans ma jeunesse, beaucoup d’animalité, de force animale. »

Il me confessait qu’à Londres, il avait eu, tout le temps, un sentiment d’effroi du silence des foules.

Comme je lui parle du travail laborieux de son pinceau sur mon front, il me dit : « Quand je fais {p. 46}un être, j’ai la pensée tout le temps, que j’ai à rendre des formes habitées. »

Jeudi 9 juillet §

Déjeuner chez Jean Lorrain, avec Mlle Read, Ringel le sculpteur, de Régnier, le poète.

Mlle Read, la sœur de miséricorde de Barbey d’Aurevilly. Une douceur des yeux, une blondeur des cheveux, une bonté de la figure, une bonté intelligente, spirituelle, qui met parfois sur son visage d’ange, de la jolie gaminerie d’enfant.

Lorrain racontait spirituellement, drolatiquement, que son père, étant armateur, avait voulu un moment tenter l’élevage des bestiaux. Or, pour lui apprendre à cumuler, une nuit, on lui avait coupé la queue de vingt-cinq vaches. Cela ne l’avait pas découragé, il avait continué à acheter des vaches, mais n’y connaissant rien, il achetait des vaches appelées robinières, des vaches ayant de vilaines mœurs, et ne donnant pas de lait. Et à ses vingt ans, c’était lui qui était chargé de vendre les vaches. Et pour cette opération, ayant obtenu un beau complet gris perle, et suivi d’un vacher, il courait les foires, mais aussitôt qu’on l’apercevait, on s’écriait : « C’est le gars aux vaches robinières ! » et il n’avait jamais pu en vendre une.

Samedi 11 juillet §

Carrière fait d’après moi, une deuxième étude peinte.

{p. 47}Il est amusant, spirituel en diable, ce Carrière. Il parle du raté, disant toujours nous ; des poètes d’à présent, qu’il trouve plus près du piano que de la pensée ; de la jeunesse littéraire, portant dans la vie, la figure d’un petit débitant, dont le commerce ne va pas.

Puis, il me demande, si je connais la cour de l’Hôtel Sully, rue Saint-Antoine, et m’apprend qu’il y a de grands bas-reliefs admirables, et que c’est là, ce que personne n’a dit, que Ingres a pris complètement sa Source, oui, et la pose et le mouvement de la figure, et même la forme de la cruche.

Dimanche 12 juillet §

Jean Lorrain nous disait, qu’aujourd’hui, le vin ordinaire des grandes cocottes, brûlées par les soupers aux écrevisses à la bordelaise et au champagne, était à la maison, une boisson faite de centaurée, de réglisse, et encore je ne sais quoi de rafraîchissant et de dépuratif.

Mercredi 15 juillet §

De mauvais jours, vendredi dernier et aujourd’hui, des jours de colique hépatique.

Lundi 20 juillet §

Aujourd’hui, dernière séance pour la seconde étude de mon portrait.

{p. 48}Carrière me dit qu’il veut graver ce portrait à l’eau-forte, dans le genre des préparations, qu’a gravées mon frère, d’après La Tour.

Puis, au bout de quelque temps, il ajoute : « Ceci est confidentiel… J’ai depuis longtemps l’idée de faire un Panthéon de ce temps-ci… un Panthéon que je ferai avec mes contemporains, hommes et femmes. N’est-ce pas, ce serait gentil de donner ainsi une portraiture de l’humanité de ce temps ?… Puis, ces eaux-fortes, ce serait pour moi une reposante distraction de la peinture.

Mercredi 22 juillet §

Aujourd’hui j’ai reçu la visite d’une lady je ne sais plus qui, une lady, à l’air fort grande dame, ma foi, mariée à un rajah de l’Inde, et dont j’ai séduit la cervelle par la lecture de mes romans à Bornéo, à Bornéo !

Ah ! la grande jouissance, après ces temps, si implacablement beaux, de passer la soirée à entendre la pluie tomber, goutter, avec son doux bruit, sur les feuilles.

Jeudi 23 juillet §

En revenant de Saint-Gratien, dans le chemin de fer, le docteur Blanche me parlait de cette loi de nature féroce, de l’espèce de courant électrique, qui pousse les gens des familles, {p. 49}où il y a des aliénés, à se réunir, à se joindre, à se marier ensemble — et sans me nommer les gens, il me citait des multitudes de cas venus à sa connaissance, comme médecin aliéniste.

Samedi 25 juillet §

De l’exposition des Cent Chefs-d’œuvre, dont je sors à l’instant, il est pour moi indéniable, que le premier prix de paysage de ce siècle, appartient à Rousseau, le second à Corot. Dupré a quelques toiles extraordinaires, mais il est trop inégal. Troyon a de petites toiles croustillantes, mais ses grandes compositions sont bêtotes, et veulement peintes. Daubigny n’est qu’un Corot triste. Quant aux paysages anciens, ils sont abominables. Ruysdael et Hobbema ont fait la nature, sans l’animation particulière de sa vie végétale, et de plus Hobbema a un feuillé, qui ressemble au feuillé des paysages en cheveux.

Mardi 28 juillet §

Hier, sur un petit catalogue qui m’est tombé, de je ne sais où, j’ai donné commission pour des notes de Chamfort, ainsi cataloguées : Les rognures de son livre, Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes.

Aujourd’hui, je regarde la couverture du catalogue, avec attention, et j’y lis : Vente après décès de M. de {p. 50}Lescure, homme de lettres. Une vente, où se trouvent mêlés aux livres, un bon mobilier de chambre à coucher en palissandre ciré, une belle pendule Empire en bronze doré, une tête d’homme de Ribot, deux dessins de Boulanger, et une montre d’or à remontoir.

Ça me fait froid dans le dos, ce catalogue ! Est-ce que, malgré toutes mes précautions, je serai vendu comme ça ?

Mercredi 29 juillet §

Aujourd’hui, je tirais de Lavoix quelques renseignements sur l’helléniste Hase, qui a laissé des Souvenirs polissons manuscrits écrits dans le grec le plus pur, et dont je voudrais faire, sous un pseudonyme, un des personnages d’une plaquette érotique, où je tenterais d’introduire les conversations les plus hautes sur l’amour physique.

Lavoix me confirme la phrase : « C’est ma concubine, quippe uxorem non duxi », phrase dite à un quidam, qui adressait ses salutations à Zoé, comme si elle était Mme Hase.

Lavoix me le montre avec son parler, tout farci de mots latins et grecs, et quelques instants après, qu’il avait manqué d’être écrasé, lui disant : « Oui, par une voiture à deux chevaux, un bige, mon cher collègue. » C’était lui, qui se défendant de toujours travailler, faisait l’aveu, que le dimanche, il lui arrivait parfois de lire un livre futile, et le livre qu’il montrait, {p. 51}était le dix-septième volume de l’Histoire de l’Empire, de Thiers. Il avait l’habitude d’être chez lui tout nu, avec une robe de chambre à cru.

Plein d’esprit, inconsciemment ironique, avec une parole lente, balourde d’Allemand, qu’il était. Maintenant une possession de la langue grecque, comme personne. À propos d’une médaille, sur la date de laquelle on n’était pas fixé, et que lui montrait Lavoix, il s’écriait : « C’est une médaille du iiie siècle, il y a un mot que je n’ai jamais trouvé dans les siècles précédents. »

Lavoix a assisté à sa mort, tous deux demeurant dans la petite annexe de la Bibliothèque, rue de Louvois. Hase travaillait une partie de ses nuits, et déjà un peu souffrant, comme il persistait à travailler, une nuit, son domestique était venu trouver Lavoix, pour qu’il décidât son maître à se coucher. Il s’y refusait. Deux heures après, le domestique venait chercher Lavoix, pour porter le mort sur son lit. Sa tête était tombée sur des épreuves fraîches du dictionnaire de Robert Estienne, qu’il corrigeait, et la sueur de la mort avait imprimé quelques caractères des épreuves sur son front.

Jeudi 30 juillet §

Il y a quelque chose de caractéristique chez la femme qui vous aime, et qui n’est ni votre épouse, ni votre maîtresse, c’est dans la marche, sans que vous lui donniez le bras, l’approche, {p. 52}par moments, de son corps contre le vôtre, approche ayant quelque chose du frôlement caressant d’une chatte.

Vendredi 1er juillet §

Dîner des japonisants chez Véfour. Bing cause de la folie des impressions japonaises chez quelques amateurs américains. Il parle d’un petit paquet de ces impressions, qu’il a vendu 30 000 francs à la femme d’un des plus riches Yankee, et qui a dans son petit salon, en face du plus beau Gainsborough qui existe, une image d’Outamaro. Et l’on s’avoue, que les Américains qui sont en train de se faire le goût, lorsqu’ils l’auront acquis, ne laisseront plus en vente un objet d’art à l’Europe… qu’ils achèteront tout, tout.

À ce dîner, il y a un jeune homme intéressant, un M. Tronquoy, qui s’adonne à l’étude sérieuse, des langues chinoise et japonaise, avec l’idée de donner sa vie à la connaissance approfondie de ces langues, d’aller au Japon… Il est plein d’admiration pour la langue chinoise, qu’il dit être faite seulement par le choc des idées, avec la suppression ou la sévère abréviation de toutes les inutilités des langues occidentales.

Dimanche 3 juillet §

Aujourd’hui, Ajalbert me parlait de la vie d’Antoine, au bord de la mer, à Camaret, {p. 53}où il loge dans le bastion d’un vieux fort, y lisant des pièces jusqu’à quatre heures du matin, et apparaissant, un peigne dans les cheveux, à la fenêtre, sur le bord de midi.

Il peint l’activité dévorante de cet homme, qui tout à coup, dans un endroit où il paresse inactif, le sollicite de se remuer, de se mettre en route, de faire un voyage, et l’idée du voyage entrée dans sa tête, il a besoin de décamper de suite, disant à son monde : « Le bateau part à quatre heures, il faut un quart d’heure pour y aller… Oh ! un quart d’heure, n’est-ce pas, vous suffit pour vous préparer ? » Et il arrive à temps, poussant devant lui les hommes et les femmes de sa troupe.

Ajalbert me conte un petit voyage de quatre jours, fait sur la côte bretonne, dans un grand omnibus, loué par Antoine, contenant une cargaison de cabotins et de cabotines : un voyage à la forte nourriture, et très bon marché, grâce au côté débrouillard d’Antoine, arrivant dans un endroit, et, sans consulter aucun autochtone, faisant toute une revue des auberges, et instinctivement choisissant la meilleure, et installant sa charretée de voyageurs : les prix de tout arrêtés d’avance.

Mardi 5 juillet §

Aujourd’hui, je pose pour le portrait, que Carrière me fait sur l’exemplaire de Germinie Lacerteux, éditée par Gallimard.

{p. 54}Tout en peignant, sa parole originale saute d’un sujet à un autre. Il dit que maintenant en France, une entame du patriotisme vient surtout du grand nombre de mariages contractés par des Français avec des étrangères — ce qui n’existait pas dans l’ancienne France — mariages qui donnent des enfants français, qui ne sont pas tout à fait français. Il blague ce peuple de littérateurs et de peintres, qui se précipitent à la suite du découvreur d’un procédé littéraire ou artistique, en sorte que les découvertes n’ont plus l’air d’être faites par un seul, comme elles le sont depuis le commencement du monde, mais par un monôme. Il s’indigne de la langue horrifique, que parlent à l’heure présente les gens avec lesquels, il prend le train de Vincennes, quand il va à sa petite maison de campagne du parc Saint-Maur, des gens, à propos de la translation d’un cimetière, traitant les morts du vocable de « charognes », et me jette cet éloquent appel : « Est-ce que vous n’avez pas en vous le sentiment de la désespérance, en ce monde de maintenant, dont les uns portent un étron dans la main, les autres un cierge ? »

Enfin il m’entretient de son antipathie pour le soleil, du mystère des ciels voilés, de la séduction mystique des crépuscules, confessant, sans s’en douter, l’amoureux peintre de grisaille qu’il est.

Jeudi 7 juillet §

Aujourd’hui on m’apporte le {p. 55}médaillon de mon frère, que je substitue sur le balcon du boulevard Montmorency, au médaillon de Louis XV, de Caffieri, et j’ai un sentiment de bonheur, à voir cette maison, où est mort mon frère, portant sur sa façade, comme une jolie signature des Goncourt.

Jeudi 14 juillet §

L’aide injecteur de Brown-Séquard disait, que les cobayes s’épuisant, on avait songé aux testicules des taureaux, mais qu’on avait appris que les toréadors les mangeaient, pour se donner de la vigueur et du jarret. Et je pensais en moi-même, aux effets littérairement et peut-être physiquement fantastiques, que pourraient produire chez les humains l’injection de testicules de féroces, l’injection de lions, l’injection de tigres.

Samedi 16 juillet §

Dans les quelques tours, que fait Daudet à mon bras, avant déjeuner, il me parle de lettres de sa jeunesse retrouvées, et où, en 1859, dans un Midi reculé, loin de toute suggestion littéraire, il écrivait à son frère qu’il n’y avait en littérature que le roman, mais qu’il ne se trouvait pas encore assez mûr, pour s’y mettre. Il ajoutait : « Cependant, j’en avais fait un à quinze ans qui s’est perdu, mais qui était imbécile… ce qu’il y a de certain, {p. 56}c’est que la première chose que j’ai faite, je l’ai tirée de moi-même. »

Puis au bout de quelques instants de silence, il reprend : « C’est vraiment curieux, chez moi, depuis 1858 — je ne vous connaissais pas — ce sont de petits cahiers, ce sont des notes jetées, au jour le jour, certes moins poussées que les vôtres, mais enfin c’est le même procédé de travail. Eh bien, chez les jeunes, au moins chez ceux que nous connaissons, je ne vois aucun procédé de travail particulier, personnel. »

Jeudi 21 juillet §

Dans le rêve, chez les figures hostiles, le côté sournois, astucieusement méchant, le jésuitisme des physionomies, c’est extraordinaire ; non, ce n’est plus la pleine lumière des haines du jour, ça en est, pour ainsi dire, les ténèbres et la grisaille.

Vendredi 22 juillet §

L’anarchie aura une grande force, elle verra venir à elle, toutes les déséquilibrées, toutes les folles, toutes les hystériques, qu’a eues, dans le principe, pour lui le christianisme, et qu’aucun parti politique n’avait pu jusqu’alors enrégimenter, comme ouvrières et martyres.

Samedi 23 juillet §

Coppée et sa sœur viennent {p. 57}aujourd’hui dîner à Champrosay. Ce soir l’ironique, le gouailleur, le blagueur, est tout triste. Il parle, avec de l’amertume dans un coin de la bouche, de la longueur de sa vie, et des différents individus qui l’ont habité, disant qu’il est très sensible à la température, et qu’il ne retrouve de l’ancien Coppée, que les jours, où il fait la température de son ancien passé, et il s’écrie à propos des prétendus cent ans de son existence : « J’ai vu, j’ai éprouvé trop de choses, en un mot, j’ai eu trop de sensations ! »

Coppée parlant de Mlle Read, déclare qu’elle n’aime que les affligés, les souffrants, les malheureux, qu’elle hait les chanceux, les heureux, les gens ayant l’argent et la gloire. C’est la femme, dont Mme Halévy dit : « Je ne la vois plus, mais si je me cassais la jambe, je suis sûre qu’elle reviendrait auprès de moi ! »

Lundi 25 juillet §

Nous parlons avec Daudet, du mensonge, du mensonge cynique du journalisme contemporain, où les journaux font aujourd’hui de Cladel, un écrivain de la taille de Flaubert, quand aucun de ces journaux vantards de son talent, ne voulait hier de sa copie.

Mardi 26 juillet §

Dîner avec les ménages Zola et Charpentier.

{p. 58}Comme on parle à Zola, du livre, qu’il a annoncé être en train de faire sur Lourdes, il dit à peu près ceci : « Je suis tombé à Lourdes, par une pluie, une pluie battante, et dans un hôtel où toutes les bonnes chambres étaient prises, alors il me venait le désir, en ma mauvaise humeur, d’en repartir le lendemain matin… Mais, je suis un moment sorti… et la vue de ces malades, de ces marmiteux, de ces enfants mourants apportés devant la statue, de ces gens aplatis à terre dans le prosternement de la prière… la vue de cette ville de foi, née de l’hallucination de cette petite fille de quatorze ans… la vue de cette cité mystique, en ce siècle de scepticisme… la vue de cette grotte, de ces défilés dans le paysage, de ces nuées de pèlerins de la Bretagne et de l’Anjou… »

« Oui, fait Mme Zola, ça avait une couleur ! »

Zola reprenant brutalement : « Il ne s’agit pas de couleur… ici, c’est un remuement des âmes qu’il faut peindre… Eh bien, oui, ce spectacle m’a empoigné de telle sorte que, parti pour Tarbes, j’ai passé, deux nuits entières, à écrire sur Lourdes. »

Puis dans la soirée, il parle de son ambition de pouvoir parler, des essais qu’il fait de sa parole, jetant à sa femme, comme avec un coup de boutoir : « Des romans, des roman », c’est toujours la même chose ! » Et il s’écrie après un silence, qu’il n’a pas la faculté de la parole, qu’il n’éprouve pas la jouissance de l’inspiration, qu’il est gêné par la peur des choses communes… laissant apercevoir le désir passionné de greffer sur son talent, pour la complète {p. 59}réussite de sa carrière, l’éloquence d’un Lamartine, et de doubler sa littérature, de la publicité d’un homme politique.

Vendredi 29 juillet §

Je lis les Conversations de Goethe, par Eckermann, et je trouve que l’écrivain allemand divisait l’humanité en deux classes : les poupées, jouant un rôle appris, et les natures, le petit groupe d’êtres, tels que Dieu les a créés.

Daudet confessait, qu’après le four de Lise Tavernier à l’Ambigu, il avait été drôle comme tout, à un souper distingué, original, qu’avait donné son beau-père, mais après, quand il s’était trouvé tête à tête avec sa femme, il avait été pris d’une crise de nerfs, et, ma foi, qu’il avait pleuré, pleuré comme un enfant.

Samedi 30 juillet §

Comme nous félicitions de notre jugeotte des hommes et des femmes, à première vue — faculté que nous trouvons n’appartenir guère qu’à nous seuls dans notre monde, Daudet me disait : « C’est très curieux ; moi les gens, je les juge par le regard, par l’observation… Vous c’est par une espèce d’intuition de l’ambiance ! »

Jeudi 11 août §

Alfred Stevens est venu dîner, avec sa jolie fille, aux yeux si tristement charmants.

{p. 60}Et depuis quatre heures jusqu’à six heures, ç’a été, chez l’artiste, un jaillissement d’amusantes anecdotes sur les littérateurs, les peintres, et gens de toute sorte, coupées par son grognement habituel.

« C’est moi, dit-il, qui ai apporté Madame Bovary chez les Dumas. Dumas fils m’a dit : « C’est un livre épouvantable ! » Quant à Dumas père, il a jeté le livre par terre, en disant : « Si c’est bon cela, tout ce que nous écrivons depuis 1830, ça ne vaut rien ! »

Et il passe aux curieux dîners, au restaurant du Havre, entre Corot, Rousseau, Millet, Diaz, Couture, et raconte ceci : « Couture vint, un jour, me chercher pour dîner, me chercher dans ma petite chambre d’alors, et comme je lui disais : « Vous êtes triste, aujourd’hui, Couture ? — Oui, me répondit-il, je sens que je ne suis pas un peintre, je peins avec mon cerveau, pas avec mon cœur… Je ne sais, si vous l’avez connu, Couture… C’était un petit ratatiné frileux, ayant toujours sur le dos un collet de manteau, et Diaz, qui était plein d’esprit, plein d’une imagination drolatique, disait, en le voyant déboucher : « Voici le champignon vénéneux ! »

De Couture, il saute à un amphitryon belge, à un célèbre gourmand de Bruxelles, qui a inventé dans sa salle à manger, un courant d’air, faisant uniquement le service d’enlever l’odeur des mets, et qui veut des conversations à l’instar du plat qu’on sert, du plat qu’il baptise de plat grivois ou de plat philosophique.

Ah ! s’écrie-t-il, à un moment, un mot admirable {p. 61}du fils Meissonier, enfant. Pendant une récréation, il s’était couché sur un banc. Un pion craignant qu’il ne s’ennuyât, lui dit : « Mon petit ami, si vous alliez jouez avec vos camarades, là-bas ? — Oh non, monsieur, la récréation me paraîtrait moins longue ! »

Ce mot profond amène dans la conversation, la légende du Professeur de paresse, une légende, que Daudet a entendu raconter en Afrique. Un garçonnet aspirant à être reçu bachelier de cette école, est amené par sa mère au professeur, qui a sa chaire, dans un jardin chargé de fruits. Une brise s’élève, et les fruits commencent à tomber. Alors une figue tombe sur la joue de l’enfant, qui ne consent à faire aucun mouvement des bras pour la prendre, mais cherche à l’attirer seulement avec sa langue : ce qui ne réussissant pas, décide le garçonnet à dire au professeur, de la mettre dans sa bouche.

Dimanche 14 août §

Dépêche de Royat m’annonçant, que Charles Demailly, la pièce faite d’après mon roman par Oscar Méténier et Paul Alexis, est reçue par Koning.

Mercredi 17 août §

Dans le chemin de fer pour Saint-Gratien, au moment où les journaux annoncent {p. 62}un mieux dans l’état de Maupassant, Yriarte me fait part d’une causerie qu’il vient d’avoir, ces temps-ci, avec le docteur Blanche.

Maupassant colloquerait, toute la journée, avec des personnages imaginaires, et uniquement des banquiers, des courtiers de bourse, des hommes d’argent. Le docteur Blanche ajoutait : « Il ne me reconnaît plus, il m’appelle docteur, mais pour lui, je suis le docteur n’importe qui, je ne suis plus le docteur Blanche. » Et il faisait un triste portrait de sa tête, disant qu’à l’heure présente, il y a la physionomie du vrai fou, avec le regard hagard et la bouche sans ressort.

Jeudi 18 août §

Par ces chaleurs sénégaliennes, des nuits d’insomnie, peuplées dans leurs courts ensommeillements, de cauchemars.

Je rêvais qu’un dentiste, qui avait une tête de penseur sublime, mais en plâtre, me travaillait dans le fond de la mâchoire, et ce qu’il me faisait avec de petits instruments d’or, était tout à fait délicieux.

Puis, une interruption amenée, je ne sais par quoi, et une nouvelle séance de mon dentiste, à la tête de plâtre, qui avait pris, cette fois, le caractère de méchanceté de la tête du vieil Aussandon, et je l’entendais me dire avec une voix, sortant comme d’un téléphone : « Ce que j’ai fait hier, c’était pour vous amuser… mais il n’est que temps d’aller voir Péan… {p. 63}la carie de la dent s’est communiquée à l’os de la mâchoire… peut-être est-il encore temps pour l’ablation. » Et devant le rire féroce de ma tête de plâtre, j’avais l’effroi de l’attente de cette opération, qui a coûté la vie au frère de Rattier.

Mardi 30 août §

Ces jours-ci, en corrigeant les épreuves d’une réédition du roman de Madame Gervaisais, il m’est venu le désir de portraire la vraie Mme Gervaisais, qui fut une tante à moi, et de dire l’influence, que Mme Nepthalie de Courmont, cette femme d’élite, eut sur les goûts et les aptitudes de ma vie.

La rue de la Paix, quand j’y passe maintenant, il m’arrive parfois de ne pas la voir, telle qu’elle est, de n’y pas lire les noms de Reboux, de Doucet, de Vever, de Worth, mais d’y chercher, sous des noms effacés dans ma mémoire, des boutiques et des commerces, qui ne sont plus ceux d’aujourd’hui, mais qui étaient ceux, d’il y a cinquante, soixante ans. Et je m’étonne de ne plus trouver à la place de la boutique du bijoutier Ravaut ou du parfumeur Guerlain, la pharmacie anglaise qui était à la droite ou à la gauche de la grande porte cochère, qui porte le nº 15.

Au-dessus, au premier, existait et existe encore un grand appartement, qu’habitait ma tante, sous de hauts plafonds, pénétrant mon enfance de respect. {p. 64}Et mes yeux ont gardé de ma chère parente, le souvenir de loin, comme dit le peuple, le souvenir de ses cheveux bouffant en nimbe, de son front bombé et nacré, de ses yeux profonds et vagues dans leur cernure, de ses traits à fines arêtes, auxquels la phtisie fit garder, toute sa vie, la minceur de la jeunesse, du néant de sa poitrine dans l’étoffe qui l’enveloppait, en flottant, des lignes austères de son corps ; — enfin de sa beauté spirituelle, que, dans mon roman, j’ai battue et brouillée avec la beauté psychique de Mme Berthelot.

Toutefois, je dois le dire, l’aspect un peu sévère de la femme, le sérieux de sa physionomie, le milieu de gravité mélancolique, dans lequel elle se tenait, quand j’étais encore un tout petit enfant, m’imposaient une certaine intimidation auprès d’elle, et comme une petite peur de sa personne, pas assez vivante, pas assez humaine.

De cet appartement, où j’ai vu, pour la première fois, ma tante, il ne me reste qu’un souvenir, le souvenir d’un cabinet de toilette, à la garniture d’innombrables flacons en cristal taillé, et, où la lumière du matin mettait des lueurs de saphirs, d’améthyste, de rubis, et qui donnaient à ma jeune imagination, au sortir de la lecture d’Aladin ou la Lampe merveilleuse, comme la sensation du transport de mon être, dans le jardin aux fruits de pierre précieuse. Et je me rappelle — je ne sais dans quelles circonstances, j’avais couché deux ou trois nuits chez ma tante — la jouissance physique que j’avais, dans ce cabinet aux lueurs {p. 65}féeriques, à me laver, les mains jusqu’aux coudes, dans de la pâte d’amande : le lavage des mains à la mode, des femmes distinguées de la génération de Louis-Philippe.

À quelques années de là, c’était au bout de la rue de la Paix, le second de la maison faisant le coin de la rue des Petits-Champs et de la place Vendôme, que ma tante occupait, un vieil appartement charmant, un appartement qui coûtait, je crois bien, diable m’emporte, en ce temps-là, 2 500 francs.

Dans le gai salon donnant sur la place Vendôme, on trouvait ma tante, toujours lisant, sous un portrait en pied de sa mère, qui avait l’air d’un portrait d’une sœur, d’une sœur mondaine : — un des plus beaux Greuze que je connaisse, et où, sous les grâces de la peinture du maître français, il y a la fluide coulée du pinceau de Rubens. Le peintre, qui avait donné des leçons à la jeune fille, l’a représentée mariée, en la mignonnesse de sa jolie figure, de son élégant corps, tournant le dos à un clavecin, sur lequel, par derrière, une de ses mains cherche un accord, tandis que l’autre main tient une orange, aux trois petites feuilles vertes : un rappel sans doute de son séjour en Italie, et de la carrière diplomatique en ce pays, du père de ma tante.

Et c’était, quand on entrait dans le salon, un lent soulèvement des paupières de la liseuse, comme si elle sortait de l’abîme de sa lecture.

Alors, devenu plus grand je commençai à perdre la petite appréhension timide, que j’éprouvais aux {p. 66}côtés de ma tante, je commençai à me familiariser avec sa douce gravité et son sérieux sourire, remportant au collège des heures passées près d’elle, sans pouvoir me l’expliquer, des impressions plus profondes, plus durables, plus captivantes, toute la semaine, que celles que je recevais ailleurs.

De ce second appartement, ma mémoire a gardé, comme d’un rêve, le souvenir d’un dîner avec Rachel, tout au commencement de ses débuts, d’un dîner, où il n’y avait qu’Andral, le médecin de ma tante, son frère et sa femme, ma mère et moi, d’un dîner, où le talent de la grande artiste était pour nous seuls, et où je me sentais tout fier et tout gonflé d’être des convives.

Mais ce dîner, c’était l’hiver, où je ne voyais ma tante que pendant quelques heures, le jour de mes sorties, tandis que l’été, tandis que le mois des vacances était une époque, où ma petite existence, du matin au soir, était toute rapprochée de sa vie.

Dans ce temps, ma tante possédait à Ménilmontant, une ancienne petite maison, donnée par le duc d’Orléans à Mlle Marquise ou à une autre illustre impure.

Oh ! le lieu enchanteur, resté dans ma pensée, et que, de crainte de désenchantement, je n’ai jamais voulu revoir depuis ! La belle maison seigneuriale du xviiie siècle, avec son immense salle à manger, décorée de grandes natures mortes, d’espèces de fruiteries tenues par des gorgiases flamandes, aux blondes chairs, et qui étaient bien certainement des {p. 67}Jordaens ; la belle maison seigneuriale, avec ses trois salons aux boiseries tourmentées, avec son grand jardin à la française, où s’élevaient deux petits temples à l’Amour, et avec son potager aux treilles à l’italienne, farouchement gardé par le vieux jardinier Germain, qui vous jetait son râteau dans les reins, quand il vous surprenait à voler des raisins ; et avec son petit parc, et au bout du parc, son bois ombreux d’arbres verts, où étaient enterrés le père et la mère de ma tante, et encore avec des dédales de communs et d’écuries, au fond d’une desquelles, on trouvait un original de la famille, occupé à fabriquer une voiture à trois roues, et qui devait, un jour, aller toute seule.

Mais, dans cette maison, mon lieu de prédilection était une salle de spectacle ruinée, devenue une resserre d’instruments de jardinage : une salle aux assises des places effondrées, comme en ces cirques, en pleine campagne, de la vieille Italie, et où je m’asseyais sur les pierres disjointes, et où je passais des heures à regarder, dans le trou noir de la scène, des pièces qui se jouaient dans mon cerveau.

En ce ci-devant logis princier, ma tante, la femme de son frère, mère de l’ambassadeur actuel près le Saint-Siège, ma mère ; les trois belles-sœurs menaient, tout l’été, une vie commune.

Là, comme ma tante n’avait pas le mépris de l’enfant, du gamin, quand il lui semblait trouver chez lui une intelligence, elle me souffrait auprès d’elle, la plus grande partie de la journée, me donnant toutes {p. 68}ses petites commissions, me faisant l’accompagner au jardin, porter le panier où elle mettait les fleurs, qu’elle choisissait elle-même pour les vases des salons, s’amusant de mes pourquoi, et me faisant l’honneur d’y répondre sérieusement. Et je me tenais un peu derrière elle, comme pris d’un sentiment d’adoration religieuse pour cette femme, qui me paraissait d’une essence autre, que celle des femmes de ma famille, et qui, dans l’accueil, le port, la parole, la caresse de la physionomie, quand elle vous souriait, avait sur vous un empire, que je ne trouvais qu’à elle, qu’à elle seule. Et il arrivait que ma mère, se trouvant sans autorité sur moi, quand j’avais commis quelque méfait, la chargeait de me gronder, et ma tante, par quelques paroles hautainement dédaigneuses, me donnait, sans que jamais, il y eût chez moi l’instinctive révolte du garçonnet en faute, me donnait une telle confusion, que je ressentais une véritable honte d’une peccadille.

Du reste pour mieux connaître la femme, et, je le répète, l’influence qu’elle a exercée sur moi, voici l’un de ces dimanches de Ménilmontant, que j’ai publié dans La Maison d’un artiste.

………………………………………………………………………………………………
« Vers les deux heures, les trois femmes, habillées de jolies robes de mousseline claire, et chaussées de ces petits souliers de prunelle, dont on voit les rubans se croiser autour des chevilles, dans les dessins de Gavarni, de La Mode descendaient la montée, se dirigeant vers Paris. Un charmant trio, {p. 69}que la réunion de ces trois femmes : ma tante avec sa figure brune, pleine d’une beauté spirituelle ; sa belle-sœur, une créole blonde, avec ses yeux d’azur, sa peau blanchement rosée, et la paresse molle de sa taille ; ma mère avec sa douce figure et son petit pied.
« Et l’on gagnait le boulevard Beaumarchais et le faubourg Saint-Antoine. Ma tante se trouvait être, en ces années, une des quatre ou cinq personnes de Paris, énamourées de vieilleries, du beau des siècles passés, des verres de Venise, des ivoires sculptés, des meubles de marqueterie, des velours de Gênes, des points d’Alençon, des porcelaines de Saxe. Nous arrivions chez les marchands de curiosités, à l’heure, où se disposant à partir, pour aller dîner en quelque “tournebride” près Vincennes, les volets étaient déjà fermés, et dans la boutique sombre, la porte seule, encore entrebâillée, mettait une filtrée de jour, parmi les ténèbres des amoncellements de choses précieuses. Alors, c’était dans la demi-nuit de ce chaos vague et poussiéreux, un farfouillement des trois femmes lumineuses, un farfouillement hâtif et chercheur, faisant le bruit de souris trotte-menu dans un tas de décombres, et des allongements en des coins d’ombre, de mains gantées de frais, un peu peureuses de salir leurs gants, et de coquets ramènements du bout des pieds, chaussés de prunelle, puis des poussées à petits coups en pleine lumière, de morceaux de bronze doré ou de bois sculpté, entassés à terre contre les murs.
{p. 70}« Et, toujours au bout de la battue, quelque heureuse trouvaille, qu’on me mettait dans les bras, et que je portais, comme j’aurais porté le Saint-Sacrement, les yeux sur le bout de mes pieds, et sur tout ce qui pouvait, me faire tomber. Et le retour avait lieu, dans le premier et expansif bonheur de l’acquisition, faisant tout heureux le dos des trois femmes, avec, de temps en temps, le retournement de la tête de ma tante, qui me jetait dans un sourire : “Edmond, fais bien attention de ne pas le casser ! ”
« Ce sont certainement ces dimanches, qui ont fait de moi le bibeloteur que j’ai été, que je suis, que je serai toute ma vie. »

Mais ce n’est pas seulement à ma tante que je dois le goût de l’art — du petit et du grand — c’est elle qui m’a donné le goût de la littérature. Elle était, ma tante, un esprit réfléchi de femme, nourri, comme je l’ai dit, de hautes lectures, et dont la parole, dans la voix la plus joliment féminine, une parole de philosophe ou de peintre, au milieu des paroles bourgeoises que j’entendais, avait une action sur mon entendement, et l’intriguait et le charmait. Je me souviens qu’elle disait un jour, à propos de je ne sais quel livre : L’auteur a touché le tuf, et cette phrase demeura longtemps dans ma jeune cervelle, l’occupant, la faisant travailler. Je crois même que c’est dans sa bouche, que j’ai entendu, pour la première fois, bien avant qu’ils ne fussent vulgarisés, les mots subjectif et objectif. Dès ce temps, elle {p. 71}mettait en moi l’amour des vocables choisis, techniques, imagés, des vocables lumineux, pareils, selon la belle expression de Joubert, « à des miroirs où sont visibles nos pensées », — amour qui, plus tard, devenait l’amour de la chose bien écrite.

Avec la séduction, qu’une femme supérieure met dans de l’éducation élevée, on ne sait pas combien grande peut être sa puissance sur une intelligence d’enfant. Enfin, c’est curieux : ma tante, je l’écoutais parler, formuler ses phrases, échappant à la banalité et au commun de la conversation de tout le monde ; — sans cependant qu’elles fussent teintées de bleu, — je l’écoutais avec le plaisir d’un enfant amoureux de musique, et qui en entend. Et certes, dans l’ouverture de mon esprit, et peut-être dans la formation de mon talent futur, elle a fait cent fois plus que les illustres maîtres, qu’on veut bien me donner.

Pauvre tante, je la revois, quelques années après la vente de Ménilmontant, à une de mes premières grandes sorties autorisées par ma mère, je la revois dans une petite maison de campagne louée en hâte, un mois, où elle était très souffrante, dans la banlieue : une maison cocasse à créneaux, collée contre un grand mur, avec au-dessous un jardin, comme au fond d’un puits. C’était le matin. Ma tante était encore couchée. Flore, sa vieille femme de chambre, qui avait sur le nez un pois chiche, paraissant sautiller, quand les choses allaient mal à la maison, me disait que sa maîtresse avait passé une mauvaise {p. 72}nuit. Et aussitôt, que ma tante m’eut embrassé, son premier mot à sa femme de chambre, était : « Donne-moi un mouchoir. » Et je m’apercevais, qu’elle lui tendait le mouchoir de la nuit, plein de sang, et que ces maigres mains cherchaient à cacher.

Et, je la revois encore, avant son départ pour Rome, dans un appartement de la rue Tronchet, comme perdue, comme un peu effacée, dans le brouillard d’émanations de plantes médicinales.

À Rome, le récit de la vie de Mme Gervaisais, de la vie de ma tante, en notre roman mystique, est de la pure et authentique histoire. Il n’y a absolument que deux tricheries à l’endroit de la vérité, dans tout le livre. L’enfant tendre, à l’intelligence paresseuse, que j’ai peint sous le nom de Pierre-Charles, était mort d’une méningite, avant le départ de sa mère pour l’Italie, et sur ce pauvre et intéressant enfant, présentant un sujet neuf, sous la plume d’un romancier, j’ai fait peser le brisement de cœur et les souffrances morales de son frère cadet, pendant la folie religieuse de sa mère. Enfin ma tante n’est pas morte, en entrant dans la salle d’audience du pape, mais en s’habillant, pour aller à cette audience.

Jeudi 1er septembre §

Aujourd’hui, à l’Exposition des Arts de la femme, je suis resté en faction devant la vitrine des bourdaloues. Oh ! les coquets et les galantins réceptacles du pipi de nos grandes dames du {p. 73}xviiie siècle, ces bourdaloues de Sèvres, ces bourdaloues de Saxe, à la forme de ce coquillage nacelle, qu’on appelle nautile, commençant dans les volutes d’un colimaçon, refermant leurs bords avec un élégant gondolage, et finissant en un bec comme émoussé. Oh ! les beaux, oh ! les royaux bourdaloues de Sèvres, en bleu lapis, autour d’un médaillon représentant une scène de Watteau, dans un encadrement de feuillage d’or, aux puissants reliefs de l’or de Vincennes. Mais plus familiers, plus humains, ces bourdaloues de Saxe, à l’anse faite d’un tortil de ronce, enguirlandée de trois ou quatre fleurettes, et où la blancheur de la porcelaine est semée de petits bouquets : bourdaloues d’une forme plus contournée, plus serpentante, plus amoureuse des parties secrètes de la femme.

Dimanche 4 septembre §

Jean Lorrain vient déjeuner, ce matin, à la maison ; et confiant en moi, il se répand sur sa jeunesse. Tout gamin, il s’était pris d’une passionnette pour la fille de Gautier, pour Judith Mendès, qui venait aux bains de mer de Fécamp, et comme elle peignait alors, il lui portait son chevalet, lui rendant mille petits services. En récompense, à lui qui ne connaissait et n’aimait que Musset, Judith faisait lire du Victor Hugo et du Leconte de Lisle.

Or, en ces années, le jeune Jean Lorrain avait {p. 74}vingt sous par semaine, et en l’honneur de l’adorée, il se faisait faire la barbe qu’il n’avait pas, et lui apportait, de temps en temps, un bouquet de quinze sous.

Et il se trouvait, que le père de Jean Lorrain, abominait la littérature, et ne voulait pas admettre que son fils en fît un jour, tandis que sa mère, portée vers les choses de l’intelligence avait mis tout son cœur et un peu de son orgueil en lui, si bien que son père jaloux de cette tendresse, l’avait fourré dans un collège à Paris, d’où il ne sortait qu’au Jour de l’An, et aux vacances.

Il y a des moments, où je me demande, si le grand art n’est pas inférieur à l’art industriel, quand celui-ci est arrivé à son summum de la perfection, et si, par exemple, un tableau de coloriste n’est pas inférieur à un flambé hors ligne, et si, si… mais, je ne veux pas pousser la comparaison plus loin, pour que mon ombre ne soit pas lapidée par les critiques d’art de la Revue des Deux Mondes, du xxe siècle.

Mardi 6 septembre §

Jean-d’Heurs. Cinq heures. Le silence montant avec l’ombre dans le parc, qui n’a plus de lumières rasantes qu’en haut de la feuillée, et rien au loin dans les champs, que le coup de fouet lointain d’un paysan, rentrant avec sa charrette.

Mercredi 7 septembre §

{p. 75}Oh l’été ! Moi, qui ne vis que par la littérature, ça me paraît un temps, où l’usine dans laquelle je travaille, est fermée. Plus de publication de livres, plus de critique dans les journaux, et, si par hasard il est parlé de votre personne, c’est fait sans application, sans passion, sans animosité…

Dimanche 11 septembre §

À la suite d’une violente colique hépatique, j’étais dans mon lit, toute la journée de dimanche, et j’avais la fièvre, et ma pensée s’amusait de la fabrication à vide d’un article cocasse. Était-ce la greffe d’un peu de sa peau prêtée par un mari à sa femme, à la suite de la brûlure de ses mains qui me l’inspirait, je ne sais… Mon article, c’était la fuite du bacille du vomito negro, d’un tube de chez Pasteur, et sa recherche dans les endroits excentriques de Paris par les membres de l’Académie de médecine : une poursuite moliéresque.

Mercredi 21 septembre §

On parlait, ce soir, du père Césarin, un mendiant original de Bar-le-Duc.

Un mendiant, à l’esprit caustique, spirituellement méchant, qui avait été au collège avec les bourgeois les plus huppés de la ville, et qui au fait de leur vie privée dans les détails les plus intimes, en pleine {p. 76}rue, les interpellait avec une certaine éloquence, les blaguait, et obtenait la charité par l’intimidation, la terreur d’une divulgation des choses secrètes de leur existence.

Il passait tous les hivers à la prison, qu’il appelait sa maison de campagne, s’y faisant enfermer à la suite de frasques, semblables à celle-ci. Un jour, la préfète sort seule de la préfecture, et voici mon Césarin, qui lui offre le bras, et s’indigne tout haut et très drolatiquement du refus de la dame. Rassemblement des habitants, intervention de la police, et billet de logement pour Césarin à sa maison de campagne.

Mercredi 12 octobre §

M. Salles, le père de Mme Benedetti, à propos de Germinal me contait aujourd’hui, à Saint-Gratien, en sa qualité d’intéressé dans une houillère de Belgique, l’attachement des mineurs pour leurs mines, et me donnait ce détail, qu’une grève de huit jours étant accordée là, pour l’arrachement des pommes de terre, les femmes ont toutes les peines à décider leurs hommes, pour ce travail, à ciel ouvert. Et M. Salles, me citait un mot bien caractéristique du contremaître, lui rendant visite à Paris, et lui disant sur un ton intraduisible de dégoût : « Oh, ça sent le bois chez vous ! »

Vendredi 14 octobre §

Tout ce temps, dans le {p. 77}retravail et la réécriture de nos notes sur l’Italie 1855-1856 : notes qui devaient servir à faire une préface, et qui feront un volume.

Un manque de réparation, et par là une diminution de force vitale, doit avoir lieu chez les vieux célibataires, que l’ennui de dîner seuls, déshabitue de la faim du soir. C’est l’histoire de Gavarni, ça devient la mienne.

Dimanche 16 octobre §

Ce matin, je reçois par la poste, un gros paquet de lettres d’affaires, et que je rejette loin de moi, sans ouvrir l’enveloppe, en m’écriant : « Est-ce assez embêtant… encore un manuscrit, qu’un inconnu m’envoie pour le lire ! »

Enfin j’ouvre le paquet. C’est la correspondant de mon frère et de moi, avec mon vieux cousin Labille, que son fils vient de retrouver, et qu’il m’envoie de Jean-d’Heurs. Il y a une immense lettre de mon frère, datée d’Alger. De moi, c’est une lettre, après les journées de juin 1848, assez noire, et assez prophétique, des lettres sur l’arrestation de mon oncle, en décembre 1851, et d’autres lettres qu’il sera amusant d’examiner à loisir.

À une heure, je suis au Gymnase, où Méténier commence la lecture de Charles Demailly. Des rires, des exclamations, des bravos, au milieu desquels je remarque, ce que n’ont vu ni Méténier, ni Alexis, la figure de bois de Sizos. Et il arrive qu’après la lecture, {p. 78}Koning l’emmène, et demeure, un long temps, j’en suis persuadé, à la frictionner moralement. Et vraiment je croyais, qu’il allait nous annoncer qu’elle ne jouait pas, préférant le type ingénu et pervers de Cerny, mais non, et ça m’embête qu’elle accepte le rôle, parce que je crains bien, que Koning lui ait promis d’édulcorer complètement le rôle, aux répétitions. La collation des rôles commencée, Koning est, tout le temps, avec une obstination qui porte sur les nerfs, à trouver le mari, trop dur, trop mal élevé, laissant clairement voir son intention de chercher par des atténuations imbéciles, à faire de cette femme sans cœur et sans esprit, un rôle sympathique.

Mercredi 19 octobre §

Déjeuner chez Jean Lorrain, avec un jeune officier faisant partie du corps d’occupation du Tonkin.

Cet officier, un jeune et distingué militaire, buveur d’eau, et très petit mangeur, et qui m’apparaît comme un fort fumeur d’opium, décrit amoureusement la merveilleuse pipe qu’il possède, et qui viendrait d’un ancien vice-roi de Canton, une pipe dont l’ivoire est devenu presque noir, et dans laquelle, il affirme que ses prédécesseurs auraient fumé pour plus de 400 000 francs d’opium. Longtemps, et très curieusement et très intelligemment, il entretient {p. 79}de l’activité cérébrale, que la fumerie d’opium développe, et du nombre de conceptions, qu’elle amène dans un temps très court. Chez lui, en le quart d’heure, que dure la fumée d’une pipe, c’est un plan de colonisation du Tonkin, c’est l’organisation d’une armée coloniale, c’est… c’est… et au milieu d’une espèce d’émerveillement pour la puissance de ses facultés, sous cette excitation. Mais va te faire fiche. Tout cela s’envole avec la dernière aspiration, et il n’en reste pas un souvenir assez net dans la mémoire, pour se jeter à une table, et fixer, sur le papier, quelque chose de cette fiévreuse inspiration de la cervelle.

Un moment, ce jeune officier faisait un tableau des belles nuits du Sénégal, où il a passé quelques années, de ces belles nuits lumineuses, où, au milieu de leurs claires ténèbres, apparaissait soudainement, comme une vision, un bataillon noir de femmes d’ébène, aux sveltes formes ; les fillettes, les cheveux coupés ; les jeunes filles, les cheveux nattés ; les femmes, les cheveux sous un madras aux couleurs voyantes : toutes ces nubilités, de douze à vingt ans, formant un anneau de danse, un ondulant et voluptueux enchaînement féminin, au milieu duquel les griots font une musique de tous les diables, et autour duquel, les vieilles accroupies à terre, éventent à tour de bras les danseuses. Une danse qui est une douce oscillation des torses, s’enfiévrant peu à peu, et d’où se détache et jaillit de temps en temps, une femme devant son fiancé, devant l’homme aimé, et {p. 80}qui se torsionne debout, comme sous une étreinte passionnée, et passant sa main entre ses cuisses, la retire, et la montre tout humide de la jouissance amoureuse.

Lundi 24 octobre §

Diable, diable ! Lavoix, mort hier d’une congestion cérébrale… Il faut que les vieux amis de la princesse se retiennent à la rampe.

Mardi 25 octobre §

Aujourd’hui, à l’enterrement de Lavoix, j’étais frappé du rendu illusionnant d’une pluie battante, dans l’eau-forte de Buhot, ayant pour titre : Les Fiacres.

Jeudi 27 octobre §

Daudet contait, qu’à sept ou huit ans, ayant perdu, un soir, sa bonne à Nîmes, il avait battu les rues, dans un désespoir qu’on peut supposer, et lorsqu’il avait retrouvé sa maison, revu les fenêtres éclairées de la fabrique, avant de rentrer, il avait embrassé, dans son bonheur, le marteau, le heurtoir de la porte, disant : « J’étais déjà un poète ! »

Vendredi 28 octobre §

« Oui, ce volume que je viens de terminer, me dit Poictevin, avec sa figure d’halluciné, ce volume, il est fait avec la sueur de {p. 81}mon âme… J’aurais voulu lui donner, comme épigraphe, la traduction du mot medullitus de saint Bonaventure… mais moelleux, c’est commun, ça ne rend pas l’expression latine… et méduleux, c’est botanique. »

Mercredi 2 novembre. Jour des morts §

Deux nuits de souffrances intolérables… deux nuits passées à crier. Voilà trois attaques de ces abominables coliques hépatiques, en trois mois : ça devient inquiétant, avec à l’horizon Vichy, qui a déjà tué mon frère.

Vendredi 4 novembre §

Le docteur Blanche disait ce matin à Mlle Zeller : « Vous voyez cette femme qui sort, et qui a l’air d’être parfaitement raisonnable… eh bien, elle se plaint d’avoir 3 000 hommes dans le ventre… et il y en a un — ajoute-t-elle — qui parle toujours… si celui-là, au moins pouvait se taire ! »

Samedi 5 novembre §

Je reconnais que j’ai la fièvre, non pas tant à la chaleur de mes mains, qu’à la sensation {p. 82}de mes yeux jetant des éclairs : sensation, que je n’ai pas besoin de vérifier, pour en avoir la certitude.

Jeudi 10 novembre §

Aujourd’hui, répétition de Sapho, avec Daudet et sa femme, au nouveau théâtre de Porel. Une salle, où l’on doit jouer samedi, et qui semble demander encore un mois de travail, une salle, où il y a partout des brasero allumés, pour sécher la salle, où l’on commence à poser les rideaux des loges, où Porel, pour qu’on entende les acteurs, est obligé de crier : « Deux minutes sans coups de marteau ! »

Cette pauvre Réjane, qui a déjà répété ce matin, qui répète ce soir en costume, est éreintée, morte. Elle joue cependant trois actes pour nous. Jamais on n’a joué l’amour comme cela, et il y a une telle passion dans son jeu, que Mme Daudet a peur d’amener Lucien, à la première.

Mercredi 23 novembre §

C’est curieux, la connaissance, que l’étranger possède de ma Maison d’un artiste. Il y a une vingtaine de jours, c’était ce ménage espagnol, qui voulait absolument me faire accepter un éventail, représentant Marie-Antoinette en train de regarder avec le Dauphin, l’enlèvement d’une montgolfière ; aujourd’hui, c’est une Américaine {p. 83}qui m’apporte un bouquet de chrysanthèmes, et se répand en paroles élogieuses sur mes descriptions ; et c’est encore aujourd’hui, rue de Berri, l’ambassadeur de Suède et sa femme, qui me demandent à voir ladite maison, et qui m’étonnent par leur science de ce qu’elle contient.

L’ambassadeur m’apprend qu’il est le fils d’un collectionneur, qui a perdu sa première collection dans un naufrage, la seconde dans un incendie, et qui est demeuré un collectionneur, et lui a légué sa maladie. Il aurait trouvé beaucoup de belles choses à Saint-Pétersbourg, où il a été ambassadeur pendant de longues années, avant d’être envoyé en France.

Jeudi 24 novembre §

Petit voyage à Pantin, pour décrire la maison de campagne de la Guimard. Dans ce quartier de misère et de laideur, de petits palais appartenant à des industriels, comme M. Doistau, comme M. Delizy, le beau-père de M. Doistau. Chez Mme Delizy, qui est une amoureuse du mobilier du xviiie siècle, je retrouve le petit et le grand salon de la danseuse.

Vendredi 2 décembre §

Ce treillage, que j’ai fait élever au fond de mon jardin, a quelque chose, par {p. 84}les nuits claires, de la construction aérienne d’un rêve, et me rappelle le palais imaginaire, édifié dans le disque de la Lune, par Outamaro, en sa poétique illustration de : L’Admiration folle de la lune.

Lundi 5 décembre §

J’entre dans le cabinet de Koning, au moment où, à propos du mot de la fin de Charles Demailly, du mot « un ivrogne », Koning s’écrie : « Avec ce mot, vous vous privez de cinquante représentations… ce mot, voyez-vous, c’est le « Ça c’est ma femme ! » le mot qui a tué La Menteuse. »

Mardi 6 décembre §

Une de mes amies, qui est soignée par Gruby, me rapportait cette conversation du vieux docteur hongrois, sur Henri Heine.

Gruby était appelé en consultation, avec d’autres médecins, chez l’oculiste Sichel, pour donner son avis sur une maladie des yeux, dont était atteint Henri Heine, qui n’était point encore l’homme célèbre qu’il fut plus tard. Gruby attribuait cette maladie à un commencement d’affection de la moelle épinière, et prescrivait un traitement, mais comme il était en minorité, il n’était point écouté.

Dix ou douze ans se passaient, au bout desquels, un médecin venant le chercher, et lui rappelant sa consultation, le menait chez Henri Heine.

{p. 85}En ouvrant la porte, l’introducteur de Gruby, disait à Heine : « Je vous amène votre sauveur », et Heine se tournant vers lui, s’écriait : « Ah ! docteur, que ne vous ai-je écouté ! »

Gruby avait quelque peine à cacher son impression, en retrouvant, en place de l’homme jeune et vigoureux qu’il avait entrevu autrefois, un paralytique presque aveugle, couché par terre, sur le tapis.

Néanmoins Henri Heine, malgré ses souffrances, avait conservé le vif et aigu esprit, qu’il garda jusqu’au dernier jour. Et comme, après un examen très approfondi de sa personne, il demandait à Gruby : « Eh bien, en ai-je encore pour longtemps ? » et que celui-ci répondait : « Pour très longtemps », Heine fit : « Alors, ne le dites pas à ma femme ! »

Avant de s’en aller, Gruby, pour se rendre compte du degré de paralysie des muscles de la bouche du malade, le questionna s’il pouvait siffler, alors le poète, soulevant avec les doigts ses paupières inertes, jeta au docteur :

« Pas même la meilleure pièce de Scribe ! »

Jeudi 8 décembre §

J’entendais aujourd’hui Hanotaux, parler intelligemment des futurs Américains, qui sont en train de se faire chez les Africains de l’Algérie, de cette jeune population, née du contact des officiers et des soldats français avec les prostituées autochtones de là-bas : une population {p. 86}pleine d’activité, de vitalité, mais légèrement privée de sens moral.

À un moment, comme on parlait de la foi, il a dit que ce sentiment n’existait pas chez lui ; et il se comparait assez ingénieusement à un homme, qui habiterait une chambre, au-dessus de laquelle serait une autre chambre, où il aurait la perception qu’il se passe des choses… mais des choses qui ne l’intéressent pas du tout.

Samedi 10 décembre §

« Vous savez, me dit Koning, lorsque j’entre dans son cabinet, Sizos a une entorse, une entorse qu’elle s’est donnée hier, en sortant de chez son couturier… Quand jouera-t-elle ?… au fond cette entorse me coûte 20 000 francs. »

Et là-dessus, il se met à me parler de la crise qui sévit sur les théâtres, m’affirmant qu’à l’heure présente, personne ne veut payer sa place, qu’il arrive même ceci de phénoménal, que les rares payants demandent leurs coupons sur papier blanc, ainsi que des billets de faveur, et il me cite un monsieur de la société, dont il tait le nom, achetant pas mal de loges, qu’il donne, comme les tenant des auteurs.

Samedi 17 décembre §

Ce soir répétition en costume.

{p. 87}Dans la salle, aux deux avant-scènes des espèces d’immenses clysopompes, au fond desquels brûlent des sortes de bols de punch, devant une grande plaque métallique, et dans la loge du fond des premières, une chambre noire. C’est la mise en train de la cuisine pour prendre avec le magnésium des photographies des principales scènes de la pièce. Et à la fin de chaque acte, c’est aux mots : « un, deux, trois », un flamboiement à vous rendre aveugle, et où apparaissent les canailles de ma pièce, dans une apothéose paradisiaque. Comme public, rien qu’un monde de couturiers et de photographes.

À la fin du cinquième acte, après le grand brouhaha du concert, le passage sur la scène de la femme Demailly, venant jeter devant son mari, son cri d’épouvante, ou son cynique : « un ivrogne », c’était froid, froid. Et il se trouve que c’est Havet, le marchand de billets, qui donne le dénouement. Demailly tombe mort ou mourant, pendant que sa femme continue à danser. Ma foi, vraiment on ne peut rien trouver de plus férocement antithétique.

Dimanche 18 décembre §

Répétition générale. Une salle pleine comme à une première.

Le public à la fois amusé par l’esprit et intéressé par le dramatique de la chose. Mme Daudet se plaint d’avoir l’estomac retourné.

Un seul moment de réprobation au milieu du {p. 88}quatrième acte, à la scène précédant le mouvement de colère de Demailly, prenant sa femme dans ses bras pour la jeter par la fenêtre, et à la métamorphose canaille un peu soudaine de l’ingénue.

Cette soirée me semble devoir annoncer un grand succès, qui cependant par ce rien du quatrième acte, peut devenir un four. Du reste m’étant couché ce matin à trois heures, je suis mort de fatigue, et n’ai qu’une vague conscience de ce qui se passe.

L’attente d’une presse terrible, d’après les conciliabules des journalistes et des comédiennes, dans les corridors.

Lundi 19 décembre §

À mon arrivée à deux heures au théâtre, où il y a répétition, Koning m’apprend que, sur l’annonce qu’il doit y avoir, ce soir, un terrible bouzin, au quatrième acte, il a prévenu le commissaire de police. Émotion.

Allô — et une voix dans le téléphone, à laquelle Koning répond : « Bien, prince. » C’est le prince de Sagan qui loue une loge pour ce soir.

Il est trois heures et demie. Ni Méténier. ni Paul Alexis ne sont arrivés, et cependant il faut un rien adoucir la transformation coquine de la femme, au quatrième acte, et surtout modifier la fin du troisième qui est mauvaise, et que les journalistes doivent emboîter, pour ne pas paraître seulement siffler l’acte du journal. Et nous trouvons, avec Koning, ou {p. 89}plutôt Koning trouve une fin d’acte de vrai carcassier. Les lettres sont brutalement arrachées des mains de Marthe par Nachette, et les paroles un peu bêtotes qui suivaient, remplacées par la rentrée du mari, au moment où Marthe est penchée, aplatie sur la table, pour les reprendre : rentrée qui empêche toute explication, et qui ne fait pas la femme si complice de la vilaine action de Nachette.

Il est près de cinq heures. La scène est aussitôt répétée entre Sizos et Colombey, dans le cabinet de Koning, tandis que Villeray va porter les changements du dernier tableau à Duflos, très enrhumé, qui ne se lèvera de son lit, que pour la représentation.

Enfin Méténier et Alexis sont arrivés, et nous voici prenant un verre de madère, chez Riche. Soudain un engueulement formidable d’Alexis par Méténier, parce qu’Alexis trouve un peu exagérée, la somme de 600 francs de fleurs, que Méténier a commandée, dans la journée, pour nos actrices.

Là-dessus Méténier me parle de l’ennui qu’il a d’être forcé de dîner avec quelqu’un. Puis après un silence, il me dit : « Eh bien, je dîne avec ma maîtresse, je n’ose pas vous inviter, et cependant vous me feriez plaisir. » — Qu’à cela ne tienne, je ne suis pas si pudibond que cela ! »

Donc rendez-vous à sept heures chez Marguery. Je suis exact. Sept heures un quart, sept heures, et demie pas de Méténier. Enfin il est huit heures, et pas encore de Méténier. Je me décide à commander {p. 90}avec Alexis une douzaine d’huîtres, et elle est mangée, quand je vois poindre Méténier et sa maîtresse. Oh ! une charmante créature. Une jolie fille née à Séville, à la taille bien découplée, à l’air gentil et distingué. Un intelligent haut de tête, des yeux clairs et voluptueux, un petit nez droit, un grain de beauté jeté au beau milieu d’une joue rose.

Et dans ce dîner impromptu, Méténier, comme grisé d’avance par la représentation de tout à l’heure, et pris d’un débordement de paroles, se met à nous raconter sa vie en phrases coupées : « La petite Fleury, Marie Coup-de-Sabre de votre pièce… nous avons fait ensemble une misère… oh ! une misère ! où je me privais de cigarettes, pour qu’elle puisse manger… Et dire qu’à douze ans j’avais un domestique et un cheval… et qu’à quinze ans, je n’avais plus un sou… et qu’il fallait faire vivre une mère et un frère… et dix-huit cents francs, comme chien de commissaire de police, pour tout cela… »

La sonnette du théâtre coupe la monographie de mon collaborateur.

Premier acte, froid, très froid. Duflos fortement enrhumé.

Second acte. La scène d’amour conjugal qui remplit l’acte, scène un peu artificielle, joué par l’actrice artificielle qu’est Sizos, n’a pas d’action sur le public.

Troisième acte. À cet acte qui est vraiment le premier acte de la pièce, la salle prise, et le commencement des applaudissements.

{p. 91}Le quatrième acte, l’acte se passant au journal Le Scandale, l’acte, où l’on devait culbuter la pièce, c’est un triomphe.

Je suis dans la petite loge de Koning, sur le théâtre. Il ne peut se tenir de crier : « Je me fous d’eux ! » et il me serre les mains, comme on les serre à une maîtresse.

Enfin au dernier tableau, les acteurs sont couverts d’applaudissements, et surtout Duflos, qui joue d’une manière tout à fait supérieure sa scène de la folie, qui joue toute la pièce, au dire de Havet, comme il n’a jamais joué dans aucune pièce.

Je quitte le théâtre, après que Koning m’a donné connaissance du rapport du contrôle : « Les journalistes sont furieux, Kerst ne fera pas d’article. »

Jeudi 22 décembre §

Oh le théâtre ! Dans la joie d’avoir triomphé, dans la certitude de cent représentations voici que je rencontre Alexis et Méténier qui me disent que la pièce ne fait pas d’argent, qu’elle fait, en ces premiers jours, des 1 800 francs, ce qui n’est jamais arrivé, après un succès. Il y a incontestablement une réunion de malheureuses chances, la mauvaise presse, la politique la guigne du théâtre, et peut-être pour moi la guigne de ce mois décembre, où mon frère et moi, avons été poursuivis en police correctionnelle, où Henriette Maréchal a été jouée, où j’ai eu, en ces dernières {p. 92}années, une fluxion de poitrine, à la suite de laquelle je suis resté bronchiteux.

Samedi 24 décembre §

Si, à la suite des révélations de toutes les canailleries parlementaires, il n’y a pas une révolution, une émeute, au moins un bouillonnement dans la rue, ça prouvera que la France est une nation qui n’a plus de fer dans le sang, une nation anémiée, bonne pour la mort par l’anarchie ou par la conquête étrangère.

Je n’ai pas remis les pieds au théâtre, j’y vais, ce soir, avec la pensée que Koning va m’annoncer, qu’il retirera très prochainement notre pièce.

Je suis en avance. Je vois meubler le salon du premier acte, je vois les pompiers, l’œil au petit hublot de la toile, j’entends force m…. dans la lampisterie. Les acteurs arrivent un peu tristes, parce qu’ils ne font pas d’argent, mais pas découragés. Toutefois je sens une baisse dans l’admiration pour ma personne.

Koning, je le trouve étonné, presque stupéfait de cet insuccès, et l’attribuant seulement à la mauvaise presse. Et il m’annonce un épouvantable article de Sarcey.

Mais ce soir, la recette est de 3 200, et comme on dit, la salle est très distinguée, ce qui fait qu’à la fin de la soirée, acteurs et directeur sont rassérénés. L’ennuyeux, c’est que Duflos est plus enroué que {p. 93}jamais, et que l’on fait répéter son rôle à Montigny, pour le remplacer.

Antoine, que je retrouve à la sortie, est tout à fait d’accord avec moi, pour rapprocher la représentation de : À bas le Progrès, qui me semble absolument de circonstance, dans l’effondrement politique actuel.

Lundi 26 décembre §

Éreintement de toute la presse. Chez Sarcey, c’est une colère, une fureur, un enragement. Il trouve avec sa mauvaise foi habituelle, que mon théâtre — notez que je n’ai eu connaissance de Charles Demailly, qu’à la lecture faite aux acteurs, et que la critique que j’en ferais, c’est qu’elle est trop faite d’après les principes de Sarcey — il trouve donc que mon théâtre est le néant, et que ce n’est ni du théâtre ancien, ni du théâtre moderne. Et il se roule devant le manque d’esprit de mon frère, dont il appelle les jolis mots, des niaiseries.

Et il s’élève avec une vieille obstination, contre la prétention de nos œuvres. Eh, Monsieur Sarcey, ce que vous appelez prétention, c’est seulement de l’application, c’est l’effort de bien faire. Oui, ce gros et épais normalien, il est pour le travail courant, sans prétention, lui, qui ne laissera dans toute sa prolixe et abondante copie, ni un jugement durable, ni une pensée, ni une phrase, ni une expression… lui, ô blasphème ! que des confrères placent dans la famille des Gautier, des Saint-Victor, et qui, mort ou vivant, {p. 94}le jour, où il n’occupera plus le rez-de-chaussée du Temps, peut s’attendre à être traité de bas scribe, et de pauvre plumitif dramatique.

Samedi 31 décembre §

Chez Chappey, le marchand de curiosités de la rue Lafayette, je tombe sur Réjane, qui a l’air d’y faire ses galeries, avant dîner. Nous causons de Charles Demailly, où elle était à la première, et après m’en avoir parlé en bien, elle me donne ces tristes détails sur l’influence de la critique. — Je vais voir, me dit-elle, une femme très intelligente, qui me reçoit avec cette phrase : « C’est drôle, Sarcey a éreinté la pièce, et j’ai passé hier une très amusante soirée au Gymnase ! » Une autre femme plus timide en ses jugements, que je rencontre, me dit : « Eh bien, comment trouvez-vous Charles Demailly ? — Mais très bien. — Et moi aussi, mais je n’osais pas le dire ! »

Et elle me parle du mépris de Porel pour la presse, qui a éreinté tout ce qu’il a joué d’artistique. « Du reste, pour prouver l’inintelligence des journalistes, ajoute-t-elle, figurez-vous que lorsque j’ai joué Germinie Lacerteux, j’ai reçu haut comme cela de lettres — et ses deux mains dessinent la grandeur d’une cassette — pour me détourner de la jouer… et c’étaient des amis… des gens qui m’étaient attachés… et qui le faisaient, dans l’intérêt de mon avenir… Eh bien, si je les avais écoutés, je serais restée une moule ! »

Année 1893 §

Dimanche 1er janvier 1893 §

{p. 97}Je rêvais, cette nuit, que j’allais m’assurer, si Sizos avait reçu le camélia blanc, que j’avais acheté dans la journée, et avant de rendre visite à Sizos, je montais au paradis, pour voir l’effet de la salle. Et je voyais les acteurs jouant devant une salle vide, absolument vide. Le spectacle était si consternant, que je me sauvais, en courant, du Gymnase, où j’oubliais par ce froid mon paletot, et le froid que j’éprouvais dans mon rêve, me réveillait.

La première lettre, que je reçois pour mes étrennes, est une lettre de Koning m’annonçant, que les recettes de Charles Demailly sont désastreuses, et que la pièce de Hugues Le Roux passera, le 18.

Dîner chez Daudet, en tout petit comité de famille, et le soir, avec Alphonse, une longue et captivante causerie sur la fin de terre touchant au pôle, où il {p. 98}n’y a plus d’humanité, d’animalité, de végétation, où plus rien n’est que glace et nuit, — et sur l’effroi du silence, qui règne dans ce monde glacé.

Mercredi 4 janvier §

Robert de Montesquiou, venu aujourd’hui chez moi, pour me remercier d’une lettre écrite à son sujet à la comtesse Greffulhe, devient bientôt expansif, me parle avec une horreur rétrospective de son enfance passée chez les jésuites de Vaugirard, me dit que ses premières années auraient eu besoin d’un bain-marie de jupes de femmes, au lieu des sales soutanes de ces prêtres, me conte qu’à l’âge de quatorze ans, faisant déjà des vers amoureux de la lune, un jour, en se rendant au réfectoire, où l’on mangeait de si mauvais veau, le gros jésuite qui les conduisait, lui avait jeté avec une ironie asthmatique, « lueur rêveuse et blême, le morceau d’un vers sur la lune, que l’espionnage de l’endroit avait surpris en fouillant dans son pupitre, et que le sifflement méprisant de l’ironie de ce gros jésuite, l’avait fait se recroqueviller sur lui-même, et soigneusement en cacher la tendresse et l’exaltation.

Et Montesquiou m’entretient de son prochain volume de vers, qui sera tout entier consacré aux fleurs, et d’un pieux monument poétique, qu’il veut consacrer à Desbordes-Valmore.

Jeudi 5 janvier §

Antoine est venu déjeuner ce {p. 99}matin, pour fixer le jour de la représentation de : À bas le Progrès. Il causait des misères autour de lui, misères auxquelles souvent il ne pouvait donner d’argent, mais qu’il allégeait en les faisant manger avec lui, et il me parlait d’une de ses gentilles actrices, qu’il soupçonnait d’être dans une débine atroce, parce que, disait-il, la pauvre fille a une âme de blanchisseuse, et n’est point une chevronnée, comme tant d’autres, et à son sujet, il me contait, une triste impression qu’il avait dernièrement éprouvée.

Un matin qu’il était venu la chercher, pour répéter, et qu’elle devait déjeuner avec lui, son petit bonhomme à l’allure débrouillarde, lui dit en riant : « Maman va bien déjeuner… tant mieux… car chez nous, on ne mange pas tous les jours » : phrase qui fit fondre en larmes, la mère.

Lundi 16 janvier §

Toute la journée, ce sont successivement dans le cerveau, ce sont des précipités d’espérance et de désespérance, qui se volatilisent, comme des gouttes médicinales dans un verre d’eau.

Au fond, je suis saoul du théâtre. Ça dérange votre vie, ça vous retire du vrai travail, ça vous agite bêtement, mauvaisement.

À huit heures, par une neige et une glace à ne pas savoir, si je ne serai pas obligé de coucher dans un hôtel de Paris — et seulement par un sentiment {p. 100}de déférence, de devoir envers mes acteurs — je me risque, j’attrape le chemin de fer, j’arrive à la gare Saint-Lazare, où le cocher qui doit me mener chez Riche, demande à un camarade le chemin pour m’y conduire, par ce temps : à quoi le camarade répond qu’il n’y parviendra jamais par le boulevard.

Chez Riche, je trouve Scholl, en train de dîner, et qui n’ose s’aventurer place du Châtelet, à l’Opéra-Comique, où il a une place, pour la première de Werther.

Une voiture consent à me mener aux Menus-Plaisirs, où sur la demande d’Antoine, je l’ai autorisé à jouer : À bas le Progrès, à la fin du spectacle.

En attendant qu’on me joue, je me dissimule dans le fond de la loge de Daudet, et j’assiste à la pièce danoise de Strindberg : Mademoiselle Julie, dans laquelle la pauvre Nau est fortement empoignée.

Enfin me revoilà dans un placard sur le théâtre. J’avais peur de la scène politique, mais tout passe, la scène politique et les autres, et il me semble qu’on rit et qu’on applaudit. Après tout, je n’ai pas dans ma caisse en bois, une notion bien exacte de ce qui se passe dans la salle.

À la fin mon nom est prononcé, au milieu de faibles applaudissements, et j’ai le sentiment que la chose n’a pas porté, comme je l’aurais cru. Mais dans le moment, comme toute la salle, j’ai la préoccupation du retour, plus que de tout le reste.

Mardi 17 janvier §

{p. 101}Enfin, Dieu merci, c’est fini, des répétitions, des représentations… Quel retour hier ! Pas de voiture du Théâtre-Libre à la gare Saint-Lazare, et la marche — mon parapluie oublié chez Riche — dans des tourbillons de neige. Puis, dans la gare Saint-Lazare, sur de la glace, glissade des deux pieds, et me voici sur le dos, ayant touché des deux épaules. Enfin, je me relève avec rien de cassé, de luxé, et je crois, diable m’emporte, guéri d’un commencement de lumbago.

Jeudi 19 janvier §

Une presse, comme jamais je n’en ai eu. D’après Le Figaro : « C’est une réunion de paradoxes vieillots, si ennuyeux que tout le monde a pris son chapeau » ; d’après La Liberté : « une bouffonnerie à l’esprit de 100 kilos » ; d’après La Libre Parole : « un radotage pénible de vieillard » ; d’après Le National, par la voix du sévère Stoullig : « C’est la prétention dans l’ineptie, la nullité dans l’incohérence, l’absence absolue de toute fantaisie. »

Vendredi 20 janvier §

En lisant le Roman bourgeois de Furetière, je suis étonné de l’originalité de sa définition du roman : « Le roman n’est rien qu’une poésie en prose. »

Dimanche 22 janvier §

{p. 102}Aujourd’hui, les Rosny m’entretiennent longuement de l’hostilité haineuse du public à mon égard. Je ne puis m’empêcher de leur dire, dans un petit accès de nervosité : « Vous allez trouver que c’est prétentieux, eh bien, j’attribue cette disposition du public, à ce que, dans le moment, en France, on commence à avoir horreur et peur de l’honnêteté, qui devient gênante pour la masse du public, du public qui n’a pas à apporter dans ma vie, ou dans mon métier, l’indulgence pour une action basse, pour une faiblesse, pour une trahison de principe… car je crois être le type de l’honnête homme littéraire, du persévérant dans ses convictions, et du contempteur de l’argent… et j’oserai affirmer que je suis le seul, l’unique lettré de l’heure présente, qui, avec l’autorité de mon nom, ayant pu faire encore pendant dix ans, des romans bons ou mauvais, mais très bien payés, ne les a pas faits, dans la crainte qu’ils fussent inférieurs à ceux écrits, dans les années antérieures.

Mardi 24 janvier §

Hier, on me contait une singulière histoire de tatouage. Une femme de Bogora, en Algérie, éprise follement d’un vétérinaire français, ne trouvait rien de mieux pour lui attester sa tendresse passionnée, que de se faire tatouer sur la poitrine, les différents fers à cheval, pris dans un livre technique de la bibliothèque du vétérinaire, {p. 103}pendant une de ses absences. Et l’amant fut fort refroidi, de retrouver, sur la peau de sa maîtresse, les images de son livre de maréchalerie.

Mercredi 25 janvier §

Ce soir, le peintre Doucet me parlait des actrices anglaises, de leur aspect chaste, éphébique, et presque de cette apparence, qu’elles ont d’intactes et de glorieuses pucelles, apparence qui leur permet de dire, dans des rôles, comme ceux de Porcia, de dire des choses énormes, sans qu’on soit choqué : ce qui n’est pas donné à l’actrice française, qui, lorsqu’elle dit une obscénité, une cochonnerie, a l’air d’y goûter.

Jeudi 26 janvier §

Au fond, je pense avec une certaine ironie, du haut de quel mépris, la critique dramatique d’ordinaire, si facile à la louange de n’importe quoi de pas original, a traité la pièce de l’homme assis sur quarante volumes, un peu en avant de tout ce qui avait été fait ou écrit avant lui.

Lundi 30 janvier §

Le docteur Blanche, qui fait, ce soir, une visite rue de Berri, vient causer avec moi de Maupassant, et nous laisse entendre qu’il est en train de s’animaliser.

Mardi 31 janvier §

{p. 104}Aujourd’hui, où je voudrais répondre à l’article de l’ami Bauër, qui vise un peu ma préface de : À bas le Progrès, dans laquelle je repousse l’inspiration Scandinave et slave pour notre théâtre, je suis trop souffrant pour écrire l’article.

Aux inspirations, que le théâtre français, dit Bauër, a tirées de la tragédie grecque, de la comédie latine, des pièces espagnoles, et du bénéfice qu’il y aurait pour notre théâtre d’emprunter des inspirations au Nord, j’aurais voulu répondre que les inspirations grecques, latines, espagnoles étaient des inspirations de cervelles de la même famille, aux circonvolutions identiques, de cervelles latines et non hyperboréennes.

J’aurais voulu rappeler à Bauër, dans une conversation sur la mort, entre Zola, Daudet, Tourguéneff, la mention d’un certain brouillard habitant les cervelles du Nord, le brouillard slave, selon l’expression de Tourguéneff, et dont il disait : « Ce brouillard a quelque chose de bon pour nous : il a le mérite de nous dérober à la logique de nos idées, à la poursuite de la déduction. — Brouillard tout à fait contraire à la fabrication de notre théâtre, fait de clarté, de logique, d’esprit.

À cette assertion, que le théâtre naturaliste était mort de la représentation d’êtres exceptionnels, j’aurais voulu lui faire remarquer, qu’un tas de chefs-d’œuvre, comme Don Quichotte, Werther, Le Neveu de Rameau, Les Liaisons dangereuses, etc., sont des monographies d’êtres exceptionnels, qui imaginées {p. 105}par des auteurs de génie, trouvent au bout de cinquante ans, des scoliastes pour faire de ces êtres exceptionnels, des êtres généraux, et j’aurais voulu l’interroger sur sa conviction, que les femmes d’Ibsen, sont vraiment considérées, à l’heure présente, en Norvège, comme des types généraux de Norvégiennes.

J’aurai voulu aussi lui demander, dans La Puissance des ténèbres, quand Nitika assis sur la planche fait craquer les os de l’enfant, et que l’on entend piauler le petit écrasé, s’il croyait que la pièce aurait été plus loin, si Tolstoï était Français, et s’il croyait encore, que les trois actes de Mademoiselle Julie auraient été joués, si Strindberg était Français.

Enfin j’aurais voulu lui faire proclamer à nouveau — lui, qui a été le seul défenseur des tentatives révolutionnaires au théâtre, que tout ce qui est permis aux étrangers ne l’est pas à nous, de par notre critique actuelle, qui nous défend un théâtre élevé, littéraire, philosophique, original, un théâtre qui dépasse le goût et l’intelligence d’un Sarcey, un théâtre autre, que celui renfermé dans les aventures bourgeoises du ménage d’aujourd’hui.

Jeudi 2 février §

Mme Ganderax, à laquelle quelqu’un demandait, si elle permettait à la loute, sa petite fille, de la tutoyer, répondait spirituellement : « Si j’habitais, rue de Varenne, un grand hôtel, entre cour et jardin, je lui imposerais le vous{p. 106}mais je n’habite qu’un petit appartement ; vous comprenez alors que le tu… »

Lundi 6 février §

Aujourd’hui Carrière est venu faire une esquisse de ma personne, sur mon canapé de Beauvais, et ayant pour fond une des portières à fleurs, que je viens d’acheter.

Je parle à Carrière des choses homicides de ce temps, entre autres de la cherté de la vie. Il me dit que lui, habitant Strasbourg, à dix-sept ans, et recevant de ses parents dix sous, le dimanche, en compagnie d’un camarade, pas plus riche que lui, dansait, toute la soirée, dans un petit bal public, une danse arrosée de plusieurs bocks. Il ajoute que plus tard, à Saint-Quentin, il payait sa pension, où il était très bien nourri, quarante-cinq francs par mois, et que cette pension, à l’heure présente, est de quatre-vingts francs, sans que le traitement de ceux qui y mangent, ait augmenté d’un sou.

Je parle à Carrière de la tristesse des pays, où la vie est chère, où il y a chez tous, chaque jour un débat avec le prix de l’existence. Il me dit qu’il y a quelques années, faisant un voyage en Suisse, il entrait dans une brasserie, où le patron chantait, en faisant ses comptes, le garçon en rinçant les verres, la fille, en balayant, tandis que chez nos marchands de vin, patrons et domestiques, tout est morne.

{p. 107}Je parle à Carrière de la dépopulation de la France. Il me dit qu’il lui faut un certain courage pour sortir dans la rue, suivi de ses cinq enfants, qu’on s’étonne, qu’on rit, qu’on les compte tout haut, derrière lui.

Jeudi 9 février §

Raffaëlli, en gaîté et en verve, cause à la fois d’une façon très amusante et très technique sur les cris de la rue, dont la mélopée le réjouit, l’intéresse, l’attache aux pas du crieur et de la crieuse ; et sur ces cris, il se livre à des remarques physiologiques.

Ainsi, il prétend que chez l’homme qui crie : Tônneaux… tônneaux. » le cri est un cri du ventre, un roulement de basse à la Lablache, qui n’amène aucune fatigue, est, au contraire, une gymnastique des muscles intérieurs, tandis que certains cris nerveux, comme ré-pa-ra-teurs de por-ce-lai-ne, des cris produits par des contractions de la gorge, doivent amener, au bout de très peu d’années, une laryngite.

Jeudi 16 février §

Au jour d’aujourd’hui, ces pauvres catholiques, les juifs, et même les protestants, leur marchent-ils dessus !… Le peintre Renoir, se trouvant, ces jours-ci, dans une maison {p. 108}protestante, où je ne sais quoi l’amena à parler des Valois, de Charles IX, le maître de la maison l’interrompit, en lui disant : « On ne parle pas de ces gens-là, ici ! »

Vendredi 17 février §

Dire — c’est indéniable — que pendant près de vingt ans, les trois maîtres absolus de la France ont été Reinach, Cornélius Hertz, Arton, et que la France, éclairée sur ces trois personnages, garde pour se gouverner, le personnel de leurs administrations, de leurs bureaux !

Samedi 18 février §

Encore, ces jours-ci, une crise de foie, avec un glacement de l’être, que rien ne peut réchauffer, puis une fièvre de cheval. Et bientôt une insomnie cauchemarresque, où moitié dormant, moitié éveillé, je voyais que l’on faisait, de mon vivant, une vente de toutes mes collections, en un endroit pareil à une place de village, et dans laquelle les trois quarts des objets étaient égarés, perdus, volés, ne se retrouvaient pas, et au milieu de mes désespoirs, de mes fureurs, dire l’ironie muette des crieurs, de l’expert, du commissaire-priseur.

Au fond j’ai beaucoup lu, avant d’être homme de lettres, et très peu, depuis que je le suis, ne lisant guère que les livres documentaires, qui peuvent me {p. 109}servir pour mes travaux, et je me demande, si mon originalité ne vient pas un peu de cela, qui ne me fait pas du tout un réminiscent. — Je suis bien plus un méditant qu’un liseur.

Ce soir dîner japonais chez Riche. Dans ce monde de bibeloteurs japonais, c’est une folie de surenchères entre Gillot, Havilant, Manzi, et le bijoutier Vever, le plus passionné de tous, et qui nous montre le billet de sa place sur le paquebot, pour l’Exposition de Chicago. Et ce n’est pas l’Exposition qu’il va voir, il va surprendre Hayashi, et lui enlever tout le dessus du panier des impressions japonaises, qu’il doit rapporter en France, après l’Exposition.

Dimanche 19 février §

On me faisait le portrait d’un usurier fin de siècle. C’est un jeune homme, tout dernièrement commis à douze cents francs, dans le principe, intermédiaire entre des fils de famille et des usuriers, aujourd’hui exerçant par lui-même, tout en étant homme de cercle et cavalier du bois de Boulogne. Comme il lui était demandé, comment il avait pu prêter cinquante mille francs à un garçon sans espérance, sans avenir, et quel gage il pouvait avoir, le jeune usurier avait souri et n’avait pas craint de dire : « J’ai le meilleur des gages, le monsieur en question m’a donné un paquet de lettres de sa maîtresse qui est une femme du grand monde… s’il ne paye pas, c’est elle qui paiera. »

{p. 110}Ce soir, Daudet, comme je m’indignais du manque d’indignation de la France contre les saletés gouvernementales, me disait peut-être justement : « Ça tient à une chose, c’est que maintenant tout le monde est soldat, est maté, discipliné, asservi, et reste l’esprit, sous le coup de la salle de police ! »

Mercredi 22 février §

Je parlais à une Américaine, en visite chez moi, du roman d’Elsie, ce roman, où la fille d’une femme mordue par un serpent, au commencement de sa grossesse, est un peu la fille de ce venin, a les goûts, les habitudes du serpent. Cette Américaine me disait, qu’elle connaissait l’auteur, qui est un médecin, et qui avait fait ce livre tout à fait d’imagination, — mais voici le curieux, — qu’il lui était venu de deux endroits différents de l’Amérique, deux lettres, où les signataires lui demandaient, comment il avait pu pénétrer ce secret de famille, si bien caché à tout le monde.

Jeudi 23 février §

Mallarmé, auquel on demande, avec toute sorte de circonspection, s’il ne travaille pas, dans ce moment, à être plus fermé, plus abscons que dans ses toutes premières œuvres, de cette voix légèrement calme, que quelqu’un a dit, par moments, se bémoliser d’ironie, confesse {p. 111}qu’à l’heure présente, « il regarde un poème comme un mystère, dont le lecteur doit chercher la clef ».

Mercredi 1er mars §

À la suite de la crise d’hier, où j’ai eu des vomissements si violents, qu’ils me causent des douleurs dans les clavicules, et me laissent les bras courbaturés, je me suis vu forcé d’appeler le docteur Barié. Il m’a trouvé le foie à peu près à l’état normal, et semble croire, comme Potain, que c’est un rhumatisme qui se promène sur l’estomac et sur le foie.

Mais quel régime il m’a prescrit… Pas de matière grasse, pas de foie gras, pas de beurre, pas de gibier, pas de poisson, pas même d’œufs.

— Enfin, vous me défendez tout ce qu’il y a de bon à manger ?

— Oui, tout ce qu’il y a de bon ! reprend le docteur, avec un sourire ironique.

Jeudi 2 mars §

Depuis plus d’un mois, Toudouze tourne autour de moi, pour m’enrégimenter dans la Société des romanciers, qu’il fonde. Je faisais l’homme qui ne dit ni oui, ni non. Ces jours-ci, sur une demande directe d’en faire partie, et sur une aimable indiscrétion de Daudet, m’apprenant que je devais {p. 112}en être nommé président, je répondais à Toudouze par un refus formel, même brutal, lui déclarant que j’étais un individu vivant hors cadre, et pas du tout fabriqué pour faire partie d’une société. Aujourd’hui, Daudet venant me voir et me trouvant assez souffrant au lit, il me contait l’ennui de Toudouze, de mon refus, ennui d’autant plus grand, que Daudet lui avait dit qu’il n’en serait, que si j’en étais… Et ma foi, à peine est-il parti que j’envoie un mot à Toudouze, revenant sur mon refus, et cela je puis le dire, rien que pour lui être agréable.

Vendredi 3 mars §

Le crépuscule dans la maladie, n’est pas mélancolique comme dans la santé. C’est comme une mise en rapport de la lumière avec votre demi-évanouissement.

Dimanche 5 mars §

Une visite d’Hérédia, qui me parle de Taine, qu’il doit aller voir, en sortant de chez moi. Après la guérison d’une embolie cérébrale, il aurait une embolie pulmonaire, et serait dans un état désespéré.

Hérédia me conte que, dans ces derniers temps, sur le désir que Taine lui avait témoigné de lire ses Trophées, il lui avait envoyé, avant la publication, un {p. 113}exemplaire tiré à la brosse. À la suite de cet envoi, il était passé quelques jours après chez lui et il lui avait, à propos de son sonnet sur un poisson, au milieu de grands éloges, tenu un discours un peu délirant.

Lundi 6 mars §

Ah ! mes contemporains, comme ils défilent !… Hier, pendant que Hérédia me racontait sa dernière entrevue avec Taine — son fiacre attendant à la porte, pour le mener chez lui — Taine mourait.

Jeudi 9 mars §

On me parlait d’une fillette d’une douzaine d’années qui, dans son désespoir d’être une fille, venait de faire une neuvaine, pour devenir un garçon.

Vendredi 10 mars §

Cette mort de Gibert, un jeudi de la mi-carême, en lançant des confetti du haut d’un café, on serait tenté de la prendre pour le dénouement imaginé d’un roman, racontant la vie d’un comique, d’un farceur, d’une queue rouge.

Jeudi 16 mars §

Le docteur Blanche disait, ces {p. 114}jours-ci, à Mlle Zeller : « Je ne vais pas voir M. de Goncourt, parce que si on voyait ma voiture à sa porte, pensez-vous à toutes les suppositions qu’on ferait ? »

Samedi 18 mars §

Comment se fait-il que la barbe, cette broussaille, ce bouquet de poils, qui ne devrait avoir rien de physionomique, rende une figure triste, triste, comme celle de X…, ou pompe funèbre, comme celle de Y… Oui, c’est positif, il y a les barbes lugubres et les barbes guillerettes.

Elles ne finiront donc jamais ces crises. Voici la deuxième cette semaine. Avec la morphine, c’est curieux, la crise se fait dans une espèce de dissimulation : c’est ainsi que dans cette dernière, je n’ai pas eu de vomissements, et si j’ai eu un rien de frisson, il a eu lieu sans l’abominable refroidissement de glace de tout le corps, de mes premières crises.

Mercredi 22 mars §

Aujourd’hui, Alidor Delzant vient me voir. Naturellement la conversation est sur l’actrice Ozy, dont il vient d’hériter de 50 000 francs, qu’il destine à faire trois pensions à trois hommes de lettres. Il hérite aussi de papiers, parmi lesquels il y a des correspondances amoureuses de Gautier, {p. 115}de Saint-Victor, de Doré, et surtout tout un gros paquet de lettres d’About, qu’il déclare tout à fait charmantes de passion et d’esprit.

Delzant me dit, que la grande fortune d’Ozy n’a pas été faite par les dons, cependant très considérables, que lui ont faits ses amants, mais bien plutôt par les placements qu’elle a fait faire de ces dons par ses amants, qui étaient presque tous des gens de bourse. Du reste elle ne poussait pas ses amants à la prodigalité de choses bêtes, comme des bijoux, des diamants, elle était pour les choses sérieuses. C’est ainsi que M…, qui a été quinze ans son entreteneur en titre, invariablement, Ozy lui demandait dix, vingt, trente Lyon (actions du chemin de fer), au lieu de tout objet quelconque, qu’il était décidé à lui offrir.

Delzant est chargé de la direction de son tombeau, un tombeau monumental, mais tout fier qu’il soit d’avoir été choisi pour la direction artistique, il est ennuyé de ce que la défunte exige là-dedans, de la sculpture de Doré… Sur quoi, je ne puis m’empêcher de lui dire : « Mais, voilà une occasion d’ériger dans son format gigantesque La Bouteille de Doré, et d’en faire la pyramide de celle qu’on accusait parfois de se piquer le nez.

Bracquemond, que je n’ai pas vu depuis des siècles, remplace Delzant. Il entre d’un pas traînant, se laisse tomber sur un fauteuil, et d’une voix qui n’a plus sa chaude nervosité sourde, il se plaint de maux d’entrailles qui l’ont fait maigrir de quinze {p. 116}livres, en six semaines. Comme je lui dis qu’il travaille trop, il me répond : « C’est vrai, mais que voulez-vous… Maintenant le travail est chez moi une maniaquerie… Quand je ne travaille pas, je me promène dans mon atelier, en remuant les bras et les jambes, comme un épileptique ! »

Dimanche 26 mars §

Trois jours de suite, des crises hépatiques, à crier.

Lundi 27 mars §

Dans ces jours, où je ne peux pas travailler, j’ai l’horreur de la lecture des romans. Les livres de voyage même, qui sont la lecture préférée des malades, ces livres ne m’intéressent pas. Mon esprit est attiré par les coins inconnus et mystérieux de notre histoire reculée, légendaire, par les récits troubles des Grégoire de Tours, des Frédégaire, par les ténèbres de la période mérovingienne.

Mercredi 29 mars §

Aujourd’hui une faiblesse à ne pas même regarder des images.

Helleu vient me demander à faire des pointes sèches, d’après mon facies. Il choisit bien son moment.

{p. 117}Pas de chance, Daudet, l’ami qui m’apportait, tous les deux ou trois jours, tantôt sur le bras d’Ebner, tantôt sur le bras d’Hennique, un peu de vie intellectuelle, est souffrant, et ne peut sortir de sa chambre.

Vendredi 31 mars §

Ah ! que je donnerais tous les condors de Leconte de Lisle, et même une partie du bagage lyrique de Hugo dans la Légende des siècles, pour cette page des Mémoires d’outre-tombe, où Chateaubriand peint dans l’antichambre de M. du Theil, l’agent du comte d’Artois à Londres, ce paysan vendéen, cet homme qui n’était rien, au dire de ceux qui étaient assis à côté de lui, ce héros obscur qui avait assisté à deux cents prises et reprises de villes, villages, redoutes, à sept cents actions particulières, à dix-sept batailles rangées ; et qui, dans l’étouffoir fade de l’antichambre diplomatique, devant une gravure de la mort du général Wolf, se grattait, bâillait, se mettait sur le flanc, comme un lion ennuyé, rêvant de sang et de forêts.

Samedi 1er avril §

C’est vraiment curieux, que le livre, les Mémoires d’outre-tombe, sur lequel mon frère est tombé mourant, ait recommencé à être la lecture des jours, où je n’étais pas bien certain de la continuation de ma vie.

Dimanche 2 avril §

{p. 118}La matière catholique, que Huysmans a brassée pour son dernier bouquin, en aurait fait un pratiquant, et à l’heure présente, on le rencontre le dimanche, à Saint-Séverin. Il serait à la Trappe, dans le moment. Il aurait annoncé que le roman qu’il fait, une fois terminé, il n’en ferait plus, et que seulement, de temps en temps, il donnerait une nouvelle, écrirait un salon, et ce serait tout.

Mercredi 5 avril §

Rochegrosse vient m’emprunter le portrait, qu’il a fait sur la couverture du livre de son père adoptif, pour de ce portrait, qui est bien certainement le portrait le plus ressemblant qui ait été peint du poète, faire un Banville dans son intérieur, du format d’un petit tableau de chevalet.

Après Rochegrosse, Jean Lorrain tombe chez moi, de retour d’Alger, de Tunis. Il parle avec passion de ces pays, qui apportent une espèce d’assoupissement à la nervosité parisienne. Mais son admiration enthousiaste est surtout pour le désert, le soir, et il le peint tout à fait en peintre-poète.

Dans la journée, la terre, le ciel, les burnous même sont d’une couleur rougeâtre de la vilaine poterie ; mais au crépuscule, le ciel se fait rose, et les montagnes de l’horizon apparaissant plus légères, moins denses que le ciel, ressemblent à des vapeurs mauves, et la terre du désert se voit bleue, bleue, {p. 119}comme la mer, avec des ondulations du sol ayant l’air de vagues, sous le souffle d’une brise, vous mettant du sel sur les lèvres.

Puis, c’est Alexis qui m’apporte une lettre de Dumény, lui écrivant que Charles Demailly a été joué, sept fois, au théâtre Michel, avec le plus grand succès, et que ces sept représentations à Saint-Pétersbourg, équivalent à cent cinquante représentations à Paris.

Enfin, c’est Montesquiou qui vient savoir de mes nouvelles, en même temps qu’il vient chercher son exemplaire des Chauves-Souris, pour le faire illustrer de son portrait, par Whistler.

Montesquiou me dit qu’il a rassemblé beaucoup de notes et de renseignements sur Whistler, qu’un jour il veut écrire une étude sur lui, laissant échapper de l’admiration pour cet homme qui, dit-il, a réglé sa vie, de manière à obtenir de son vivant des victoires, qui sont pour les autres, la plupart du temps, des victoires posthumes. Et il revient sur le procès du peintre avec le journaliste anglais, qui avait parlé de l’impertinence de demander mille guinées pour « jeter un pot de couleur à la figure du public ». Et la réponse de Whistler est vraiment belle, quand on lui demande, combien il a mis de temps à peindre sa toile, et qu’il jette dédaigneusement : « Une ou deux séances », et que sur les oh ! qui s’élèvent, il ajoute : « Oui, je n’ai mis à peindre qu’une ou deux matinées mais la toile a été peinte avec l’expérience de toute ma vie ! »

{p. 120}Whistler demeure, dans ce moment, rue du Bac, dans un hôtel, qui donne sur le jardin des Missions Étrangères. Montesquiou, invité dernièrement à dîner, a assisté à un spectacle qui a laissé chez lui la plus grande impression. C’était dans le jardin des Missions Étrangères, la nuit presque tombée, un chœur d’hommes chantant des Laudate, un chœur de mâles voix s’élevant — Montesquiou suppose, que c’était devant de mauvaises peintures, représentant les épouvantables supplices dans les pays exotiques — s’élevant et s’exaltant en face de ces images du martyre, comme si les chanteurs du jardin étaient pressés de leur faire de sanglants pendants.

Vendredi 7 avril §

Je n’ai eu vraiment cette année qu’une seule satisfaction, qu’un seul plaisir : c’est l’élévation de ce treillage au fond de mon jardin, de ce treillage avec ses chapiteaux tout à fait réussis, et qui doit être dans quelque mois habillé, en son architecture à jour de roses, et de clématites du Japon. C’est pour moi, en petit, la Salle des Fraîcheurs de Marie-Antoinette, à Trianon.

Dimanche 9 avril §

Enfin après six semaines d’enfermement, ma première sortie pour un dîner {p. 121}chez Daudet. Je revois, avec une émotion attendrie, les êtres aimés et le milieu de mes habitudes de préférence : cette salle à manger et ce cabinet de travail.

J’avais ce soir, en chemin de fer, vis-à-vis de moi, une vieille femme, toute charmante, d’une grâce séductrice. Une toilette entièrement noire, gants, robe, grand manteau à deux pèlerines, capuchon, une toilette où il n’y avait de blanc qu’une dentelle bordant son capuchon, qui courait sur les bandeaux bouffants de ses cheveux gris, et encadrait son visage. Ce visage était la ruine de la plus jolie, de la plus aimable, de la plus douce figure, avec seulement sur la chair pâlie, de la meurtrissure dans l’orbite de ses beaux yeux, et comme une dépression de fatigue dans les lignes de sa bouche. Et l’on ne peut s’imaginer la musique harmonieuse de ses paroles, comme soupirées, et l’élégance de ce vieux corps, se remuant avec les mouvements las d’une coquette malade.

Mercredi 12 avril §

Je trouve dans ma boîte, une affiche sur papier rouge, ayant pour titre : Manifeste des Dynamiteurs, et qui prêche une œuvre d’émancipation, fondée sur les chairs pantelantes et les cervelles éparses, en annonçant de nouvelles explosions, et déclare qu’il faut que la société bourgeoise disparaisse, dussent les belles cités — c’est de Paris, {p. 122}que les dynamiteurs parlent — être réduites en cendres.

Jeudi 13 avril §

Aujourd’hui, où Zola vient prendre de mes nouvelles, et me trouve encore au lit, il se plaint de malaises, de souffrances intérieures, d’angine de poitrine, de maux dont il souffrait, aux premiers jours de sa liaison avec Flaubert. Il croit son cœur en mauvais état, et va consulter un médecin, son livre fini.

Et comme je lui disais qu’il devrait se reposer, que son travail, dans ces derniers temps, avait été excessif, abominable : « Oui, abominable, c’est le mot, reprend-il, oui, je me suis surmené, puis dans Le Docteur Pascal, j’ai dû me livrer à beaucoup d’études, d’investigations, de recherches pour que ce dernier livre des Rougon-Macquart, ait un lien avec les autres… pour que l’œuvre eût quelque chose de l’anneau du serpent qui se mord la queue.

Dimanche 16 avril §

Rodin se plaint près de moi de se trouver cette année sans entrain, de se sentir veule, d’être sous le coup d’une influenza non déclarée ; il a travaillé cependant, mais il n’a exécuté que des choses sans importance.

Mardi 18 avril §

{p. 123}Ce qui parfois me fait peur, c’est chez moi le refroidissement du corps. Il n’y a plus de maison assez chauffée, et en dépit de mes quatre gilets de flanelle, de laine, de drap, de tricot de chasse, il me faudrait partout où je vais, même dans les temps les plus doux, il me faudrait un paletot d’hiver, une fourrure.

Jeudi 20 avril §

Ce soir chez Daudet, Bauër nous parlait des neuf années, qu’il avait passées en Calédonie, de l’âge de dix-neuf ans à vingt-huit ans, à la suite de sa condamnation, après la Commune. Il signalait la dépression morale, qu’à la longue amenait l’état du condamné, disant qu’il était arrivé à ne plus parler, et qu’à sa rentrée en France, il était resté, pendant des années, silencieux, muet.

Dimanche 23 avril §

Descaves tenait de quelqu’un de l’Assistance publique, que jamais il n’y avait eu tant d’enfants abandonnés à Paris, qu’il y en a eu, un jour de la semaine dernière.

Lundi 24 avril §

Dès huit heures du matin, je suis dans le bateau, pour aller prendre la {p. 124}description du pastel de La Tour, représentant la danseuse Sallé, et provenant de la récente vente de Mlle Denain, puis des courses d’affaires, arriérées par ma dernière maladie, puis des visites aux marchands de bibelots, et après un déjeuner composé d’une pauvre tasse de thé, jusqu’à quatre heures, à la bibliothèque de l’Opéra, à travailler à la Camargo.

Je sens en moi, sur mes jambes de coton, une petite allégresse de reprendre possession du pavé de Paris, allégresse mêlée du vague de la faiblesse.

Mercredi 26 avril §

En compagnie de Delzant, j’ai la visite de M. Henry Standish, qui m’apporte le volume des lettres de son frère Cecil Standish.

M. Henry Standish me parle du marquis de Herfort et de son fils Richard Wallace. Il conte que ce dernier était très aimé du baron d’Ivry, qui avait été le compagnon de plaisir du marquis, et quand arriva la vente de ce dernier, avant la mise aux enchères de la collection, les filles du baron voulurent absolument lui offrir un objet, un objet important de la vente, dont elles lui donnèrent le choix. « Eh bien, puisque c’est votre désir, s’écria Wallace, je ne veux que ce petit tableau, et uniquement ce petit tableau…. Un jour, où j’étais réduit aux derniers expédients, ce tableau que j’avais acheté quelques années auparavant, je le portais à votre père, en lui disant : J’ai besoin de {p. 125}600 francs…. Je ne veux pas vous les emprunter, mais achetez-moi ce petit tableau…. Votre père me les donna de suite…. Ce tableau, voyez-vous, me rappelle un souvenir d’allégement, de délivrance, de bonheur. »

Et de la collection du baron d’Ivry, il est amené à me parler de la belle collection de livres provenant du prince de Poix et de sa mère, qui était une bibliophile passionnée : collection qui fut brûlée, lors de l’incendie du Pantechnicon à Londres. Avec les livres il y avait aussi quelques tableaux, quelques porcelaines, et il arriva cela de bizarre, qu’il n’y eut qu’une tasse de Sèvres qui resta intacte, mais dont le bleu de roi fut changé en le plus beau noir du monde : tasse qui fut offerte au Musée de Sèvres, comme témoignage de la solidité de la porcelaine.

Et de cet incendie, il saute à un incendie aux environs de Londres, où sa femme ne se sauva qu’en sautant par la fenêtre, où une femme de chambre fut brûlée, où tout fut anéanti, sauf un coffret de fer à bijoux, qu’on retira du feu tout rouge. Les diamants étaient intacts, et un magnifique collier de perles était aussi intact, mais les perles étaient devenues toutes noires, et chose curieuse, toutes noires qu’elles étaient, avaient conservé leur orient. Et l’extraordinaire de la chose lui en fit demander quelques-unes par le Kensington Palace.

Lundi 1er mai §

A propos du juif, qui pendant {p. 126}la guerre, avait demandé à être décoré, et avait offert pour ce, de verser 30 000 francs, à la souscription de chaussures, lancée par Thiers, quelqu’un disait, ce soir, que le caractère de la race juive diffère absolument du caractère de la race aryenne, en ce que chez cette race, toute chose au monde a une évaluation en argent. Or, pour le juif, la croix c’est telle somme, l’amour d’une femme du monde c’est telle somme, une vieille savate, c’est telle autre somme. Ainsi dans une cervelle sémite tout est tarifé : choses honorifiques, choses de cœur, choses quelconques.

Jeudi 11 mai §

Le jardin mange mon temps, ma vie. Depuis l’installation d’un arrosage chez moi, avec l’eau de la ville, après cette desséchante sécheresse, faire de la pluie sur les feuilles, qui revivent verdissantes : ça m’enlève à tout, à la biographie de la Camargo, au scénario de La Faustin, que je veux tirer de mon roman.

* * * * *

Dimanche 14 mai §

Morel disait chez moi, qu’autrefois à la Bibliothèque Nationale, les demandes de livres qui ne s’élevaient pas au-delà de deux à trois cents, étaient montées depuis dix ans, à dix-sept cents.

Lundi 15 mai §

{p. 127}Exposition des Champs-Élysées nº 2954. Une jolie imagination. Sur la nacre d’une vraie coquille, une petite naïade toute longuette, modelée en cire rose, travaille à détacher la perle de la coquille.

Jeudi 18 mai §

Leconte de Lisle dîne chez Daudet. Il est en vérité joliment méchant. Il comparait l’œuvre de Cladel à du « nougat fait avec des cailloux », il récite une épitaphe anticipée de Bornier, bien cruelle, enfin il conte son moyen d’abréger les ennuyeuses visites des aspirants académiciens, en leur déclarant qu’il a engagé sa voix pour dix ans.

Tout cela dit et joué avec de savantes intonations, et une mimique, où semblait mêlée l’ironie du cabotin et du prêtre.

Comme il est question de Vigny, de son grand caractère, Daudet faisant allusion à sa pièce, le Loup, raconte qu’il était mort un peu à la façon de son loup, gardant un mutisme effrayant dans d’affreuses douleurs. Je ne sais plus qui ajoute, comme trait du caractère décoratif de l’homme, qu’il avait fait jeter sur le pied de son lit un manteau d’officier, s’ensevelissant d’avance dans son ancien uniforme.

Lundi 22 mai §

Un amusant tableau à faire : la {p. 128}barbe le matin, au bord de la Seine. Une rangée d’hommes, assis sur le quai, et le barbier allant de l’un à l’autre, et les réveillant de leur demi-sommeil, avec un : « C’est à toi ! » et opérant dans la lumière matinale du jour.

M. Villard m’entretenait d’un voyage qu’il avait fait en Norvège, où il était tombé dans une verrerie, qui était une colonie française, réfugiée là, à la suite de la révocation de l’édit de Nantes, ayant conservé très reconnaissable le type français, mais n’ayant gardé de leur ancienne langue, que le mot « Sacré nom de Dieu ».

Vendredi 26 mai §

Tristes les départs de son domicile à mon âge. Il faut songer à l’éventualité d’une mort subite, et laisser des instructions.

Ce matin, Geoffroy et Carrière entrent dans mon cabinet, un énorme bouquet de fleurs des champs à la main, venant fêter mes 71 ans. L’attention de ces deux cœurs amis m’a touché. Cet après-midi, Mme Sichel vient me voir et m’offrir de la façon la plus gentille, la plus affectueuse, les soins de son fils à Vichy, pendant huit jours, quinze jours.

Dimanche 28 mai §

Vichy. Le docteur Frémont m’examine ce matin, et pendant qu’il me tripote le {p. 129}foie, il me dit qu’il n’est pas très volumineux, mais que sans que j’y sois pour rien, il sent dans mon côté la rétraction, la mise en garde d’un organe malade, qui se défend contre l’attouchement de l’auscultation.

Une triste impression que de se retrouver ici, où mon frère était déjà si malade, d’avoir en face de soi cette maison de Callou, autrefois si bruyante, si joyeusement sonore, maintenant silencieuse, de marcher solitaire, sous ces arceaux de pâles platanes, qui font ressembler le vieux parc, plein de jaunes figures, à de mélancoliques Limbes.

Mercredi 31 mai §

Vichy, avec son improvisation de bâtisses, de baraquements, de boutiques pour la grande saison, a quelque chose de la construction féerique d’une ville d’Amérique.

J’ai voulu travailler au scénario de La Faustin, et j’ai été pris de tristesse, en me sentant, pour le moment, incapable d’en faire une pièce. Ce sentiment d’impuissance, c’est la première fois que je l’éprouve.

Ce soir, au Guignol lyonnais. C’est curieux comme la marionnette, cet insenséisme de la mimique humaine, me produit une singulière impression. Au bout de quelque temps, j’éprouve pour ce spectacle des acteurs en bois, la répulsion que me donne la vision de fous.

Dimanche 4 juillet §

{p. 130}C’est curieux, du Sardou, de l’Erckmann-Chatrian, du Bisson, du Moinaux, du n’importe qui, joué par la même troupe : ça paraît de la même qualité littéraire — et, le dirai-je, la même pièce.

Mardi 6 juillet §

Ici, avec le traitement, on n’a pas une parfaite conscience de soi-même. Il ne semble pas bien positivement qu’on soit l’individu qui était à Paris, il y a dix jours.

Je ne sais dans quel livre, illustré de Tony Johannot, un être fantastique, juché derrière un monsieur tranquillement assis, et sans qu’il s’en doute, le moins du monde, lui retire du haut du crâne mis à découvert, des cuillerées de cervelle. Cette image me donne un peu l’idée de l’effet produit par l’action de l’eau d’ici, sur l’intelligence.

Jeudi 8 juillet §

Hier, au moment où j’étais arrivé aux jours, dans lesquels les médecins probabilisent une crise pour les buveurs d’eau, j’ai reçu une sommation d’un M. Faustin, armateur de la Rochelle, etc., etc., m’interdisant d’appeler ma pièce (la pièce que dernièrement les journaux ont annoncé que je tirais de mon roman de La Faustin) du nom de mon roman et ma principale actrice du nom de mon héroïne.

{p. 131}Voici ma réponse :

« Monsieur,

« Vous ignorez sans doute que j’ai publié, en 1882, sous le titre de La Faustin, une étude d’actrice tirée chez Charpentier à 16 000 exemplaires, republiée par Lemerre, et traduite en plusieurs langues, notamment en anglais, un roman enfin, jouissant en Europe, depuis douze ans, d’une certaine notoriété.

« Maintenant, je comprendrais votre réclamation, arrivant à son heure, si le nom de Faustin était la propriété exclusive de vous, monsieur, et de votre famille, mais il n’en est rien, indépendamment des Faustin de toutes professions qui peuvent exister en province, j’ouvre le Bottin de Paris et je trouve M. Faustin, fabricant de sacs de papier, 12, rue de la Ferronnerie.

« Je n’ai pas commencé ma pièce, je ne sais pas si mon état de santé me permettra de la faire, mais si elle est jouée, j’ai l’honneur de vous prévenir en dépit de votre interdiction qu’elle portera le nom de mon livre, que je ne changerai pas le nom de mon héroïne, tout prêt en mon nom et au nom de la littérature, à courir les risques d’un procès, parce que, si des prétentions semblables devaient prévaloir, le roman et le théâtre de nos jours seraient, dans un temps prochain, contraints de baptiser leurs personnages, féminins et masculins, des noms de Célimène, Dorine, Oronte, Valère, Éraste, etc., etc., ce qui vraiment n’est pas admissible. »

{p. 132}« Agréez, monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.

 

Edmond de Goncourt.

 

« P.-S. — Et ainsi que vous l’avez ajouté à la plume sur votre carte de visite : chevalier de la Légion d’honneur. »

* * *

Une excursion à Thiers en compagnie de mon jeune et charmant compagnon d’eau, Maurice Pottecher. Une ville moyenageuse aux ogives de ses portes, à l’arc surbaissé de ses boutiques, au treillis de fer de ses fenêtres, et où la pourriture du bois des maisons, la lèpre de la pierre sont telles, que jamais je n’en ai rencontré de pareilles, dans aucune ville du monde. Et les petites portes basses, et les petits escaliers noirs, et les petites chambrettes, qui sont plutôt des trous à humains que des logis, vous mettent sous les yeux, comme l’apparition d’un moyen âge marmiteux, auquel on ne s’attend pas.

Là, dans une population hirsute, je n’ai vu qu’une jolie fille, une ouvrière au visage, tout noirci par la poussière de fer, ayant dans la bouche un brin de fraisier, avec au bout, sa fraise toute rouge.

Dans le quartier de la coutellerie, je traverse une salle, où des hommes, couchés tout de leur long sur des planches, ressemblent à des noyés de la Morgue. Ce sont des rémouleurs qui travaillent toute la journée, à plat ventre, aiguisant des pièces de coutellerie, sur une petite meule placée au-dessous {p. 133}de leur tête. Et dans ce travail horizontal, où la circulation se fait assez mal, quelques-uns ont deux ou trois chiens couchés sur eux, pour leur tenir chaud.

Vendredi 9 juillet §

Dans l’espèce de foire, qui se tient autour des bâtiments de la source de la Grande-Grille, il y a un étalage en plein air, au coin duquel se tient un vilain juif, à l’œil dormant d’un chat qui guette une proie. Ce sont des bandages, des seringues à injections, un tas d’objets louches, énigmatiques parmi lesquels figurent des anneaux de Vénus, des rondelles de caoutchouc dentelées, au moyen desquelles, un peintre me disait qu’on procurait à la femme des jouissances cataleptiques. Or, c’est amusant, devant le mystère de cette boutique sous une tente, où le marchand fait la bête, de voir s’arrêter des femmes cherchant à comprendre ce qu’on y vend, et tout à coup devinant le commerce de l’endroit, s’enfuyant toutes rouges, inquiètes, si un passant a surpris leur attention devant l’étalage.

Lundi 12 juillet §

Au théâtre du Casino, où l’on joue une pièce à tirades sur l’éducation des jeunes filles, j’entends une jeune spectatrice, qui dit à sa mère : « Maman, ne me regarde pas tout le temps, comme ça, quand on dit quelque chose de pas convenable… je suis déjà bien assez gênée ! »

Mardi 13 juillet §

{p. 134}Mme Octave Feuillet est ici ; elle a quelque chose de la tournure d’une fée bienveillante et proprette de féerie.

La mode pour les femmes est ici de porter deux ou trois roses thé, à la ceinture, et pour les hommes un numéro de la Revue des Deux Mondes, sous le bras.

Mercredi 14 juillet §

Le café : — tous les charabias de l’étranger et de la province ; — les tonitruants : Versez ! des garçons distributeurs de café ; — les expansions sur les analyses d’urine, mêlées aux : « Je suis calme comme le Destin, attaquez en chœur » ; — les courses des petits chasseurs efflanqués, à la recherche des journaux et des petits bancs ; — le tapage des dominos ; — le grommellement des boissons ; — le bruissement des pas lointains des promeneurs dans le sable des allées ; — les lourds écroulements sur les chaises, des femmes obèses et d’hommes pachydermiques ; — les figures rieuses d’enfants, dans la bouche desquels, on met une cuillerée de café.

Ici le café, c’est au fond l’émancipation de la femme bourgeoise de province, hors de sa vie d’intérieur, et son intronisation dans la vie extérieure de la cocotte.

Jeudi 15 juillet §

Une tête de joueur, une face mafflue de dogue. Des cheveux rares, coupés ras sur {p. 135}un crâne, qui a l’air d’une lande. Pas de gilet. Chemise noire aux bouquets de roses jaunes, serrée aux hanches par une large ceinture, et sur cette chemise noire, un veston et un pantalon de flanelle blanche à raies bleues. Et le joueur a aux lèvres un énorme cigare, dans un bout d’ambre monumental.

Dans la nuit, une voix m’appelle par mon nom. C’est Gille du Figaro, arrivé ce soir, avec sa belle-sœur, sa dévouée garde-malade, et qui se lamente et gémit, tout fatigué qu’il est, d’avoir à faire, avant de se coucher, un article sur Le Docteur Pascal.

Vendredi 16 juillet §

Ma voisine de table d’hôte, une aimable et élégante habitante du Morvan, possédant une propriété en Algérie, où elle va passer les trois mois d’hiver, me conte qu’une de ses grandes distractions là-bas, ces dernières années, était d’aller voir dans une excavation de rocher, aux environs de Bougie, et abrité par une colossale tige de ricin, un fumeur de kif, fumant toute la journée, les yeux sur une cage où voletaient deux petits oiseaux, dans un état d’extase complètement emparadisée.

Samedi 17 Juillet §

À déjeuner, on parle jeunes filles de l’heure présente. Ma voisine me dit qu’à présent, elles ne dansent plus sous l’œil de leurs {p. 136}mères, et que dans un bal, qui avait lieu chez une très grande dame de sa connaissance, toutes les chambres étaient occupées par un jeune homme et une jeune fille, en train de flirter — rien de plus — mais qu’un groupe flirtait même dans le cabinet de toilette de la maîtresse de maison.

Je me trouve à la musique, assis à côté du prince d’Annam, interné à Alger, et en traitement ici. Il est coiffé d’un madras noir, coquettement tortillé sur sa tête, et habillé d’une élégante blouse-veston gris perle, avec un large pantalon flottant de la même étoffe, recouvrant des souliers de cuir de Russie et avec ses gants chamois et son ombrelle d’été, il est tout charmant dans sa pose molle et affaissée, sur une chaise de fer, pendant que d’une main jaune, dégantée, il marque la mesure d’une valse.

C’est curieux cette tête, à l’ovale ramassé, aux yeux retroussés, aux grosses lèvres, et qui a quelque chose de féminin qu’il doit à sa coiffure ; et à deux mèches de cheveux, lui faisant des espèces d’accroche-cœurs aux tempes : tête tantôt égayée de vrais rires d’enfant, tantôt s’enfermant dans un sérieux, mauvais, perfide.

Dimanche 18 juillet §

On citait un ménage de vignerons, près d’Auxerre, qui avait bu dans l’année vingt-sept feuillettes de vin, et quatre feuillettes d’eau-de-vie. Le mari était mort, mais la femme avait résisté.

Lundi 19 juillet §

{p. 137}C’est absurde, ce ferment batailleur qu’il y a en moi, avec cette impressionnabilité du système nerveux, qui dans les imaginations de la nuit et de l’insomnie, à propos des choses les plus simples, me fait entrevoir les complications les plus malheureuses, les conflits des plus violents.

Ce soir départ de Vichy.

Lundi 26 juillet §

À l’exposition des portraits des Journalistes et des Hommes de lettres.

Un portrait de Villemain, par Ary Scheffer, d’un modelage admirable. Je n’aurais pas cru Ary Scheffer, un portraitiste de cette science. Quand on compare ce portrait au portrait de Guizot par Delaroche, Delaroche paraît un bien pauvre peintre.

Une parenté dans la construction de la tête de Chateaubriand et de Lamartine, tels que nous font voir les deux écrivains, les deux peintres Guérin et Decaisne.

Un curieux portrait que celui de Proudhon, se promenant au bord de la mer, par Tassaert. C’est le peintre qui a été le dernier continuateur de la couleur anglaise, importée par Delacroix, dans le Massacre de Scio.

Le jeune Philippe Sichel racontait, qu’il avait disséqué le matin, une jambe de frotteur, la jambe sur laquelle il posait, dont toutes les veines étaient variqueuses, et avec des varices, comme jamais on n’en {p. 138}avait vu. Et il me parlait de viciations organiques amenées par chaque état chez les individus, des tumeurs séreuses au-dessus du genou des cordonniers, là, où ils martèlent les chaussures, des tumeurs séreuses des religieuses au-dessous du genou, là où elles s’agenouillent, etc., etc.

Je rencontre ce soir, montant en voiture le ménage Forain, la femme très coquettement enrubannée, le mari terriblement pâle. Il m’annonce qu’il va partir pour Plombières, qu’il souffre d’affreux maux d’estomac. J’avais envie de lui dire, que ça se voyait bien dans ses légendes.

Mardi 27 juillet §

En buvant un verre d’ale, rue Royale, dans le roulement incessant des voitures sur le pavé de bois, je pensais que l’activité humaine est arrivée à faire le bruit continu d’un élément.

Mercredi 28 juillet §

Ce pauvre Jean Lorrain doit être opéré, vendredi, d’une tumeur dans les intestins, et tous ces jours-ci, pour que sa pensée aille le moins possible à vendredi, il déjeune ou dîne chez des amis, et donne à déjeuner ou à dîner à des amis, chez lui.

Aujourd’hui il m’a invité à dîner chez lui, et m’a servi comme curiosité : Yvette Guilbert.

{p. 139}Non elle n’est pas belle ! Une figure plate, un nez qui n’a rien de grec, des yeux à l’éclair fauve, des sourcils à la remontée un peu satanique, un enroulement autour de la tête de cheveux potassés, un buste aux seins attachés très bas : voilà la femme.

Maintenant chez cette femme, c’est dans une animation enfiévrée du corps, une vivacité de paroles tout à fait amusante. Elle entre, décrivant le fameux déjeuner Rougon-Macquart du bois de Boulogne, faisant le tableau des diverses catégories de femmes épatantes qui y figuraient, des silhouettes caricaturales des orateurs qui ont pris la parole, du bafouillement de Zola émotionné : un compte rendu drolatique qui aurait eu le plus grand succès dans un journal.

Ce qu’il y a d’original dans sa verve blagueuse, c’est que sa blague moderne, est émaillée d’épithètes de poètes symboliques et décadents, d’expressions archaïques, de vieux verbes comme « déambuler », remis en vigueur : un méli-mélo, un pot-pourri de parisianismes de l’heure présente, et de l’antique langue facétieuse de Panurge.

Et comme je la complimente sur la manière intelligente, dont elle a dit les vers de Rollinat, elle me dit le peu de succès qu’ils ont eu, et que justement dans cette soirée, où elle les disait, on lui a crié pendant sa déclamation : « Et la messe ! »

Et contre cette porte fermée, où il y a les bocaux d’eau phéniquée, les éponges, la table pour le charcuter, Lorrain dit des choses légères, rieuses, plaisantes, {p. 140}comme en dit un homme d’esprit, pour lequel le lendemain est sans bistouri.

Vendredi 30 juillet §

Malgré moi, toute la matinée je ne puis m’empêcher de penser à Lorrain, que Pozzi opère dans ce moment.

À cinq heures, je vais savoir de ses nouvelles. Sa mère qui est à la porte, me dit : « De son lit, il vous a vu traverser la place… entrez donc quelques instants… vous lui ferez un vrai plaisir. » Et tout bas : « Ç’a été bien dur. »

— Ah ! fait-il, en me voyant entrer, on a été six minutes avant de m’endormir… je croyais que je ne dormirais jamais… Pozzi m’a dit : Vous avez pris de l’éther… Oui c’est vrai, j’en ai beaucoup pris, à la suite d’un grand chagrin, qui me donnait des contractions de cœur… et ces contractions, l’éther les calmait… vous savez, l’éther c’est comme un vent frais du matin… un vent de mer qui vous souffle dans la poitrine… Ah, après ce que j’ai souffert… il me semblait que j’avais le corps rempli de phosphore et de flamme… Il faudra encore que dans trois semaines, je fasse une saison de Luchon… C’est bien ennuyeux d’être obligé de refaire son sang.

Puis après un silence, ses bras jetés hors de son lit, dans un étirement douloureux : « Oh, dans la vie, il n’y a peut-être que quelques jouissances littéraires, et quelques jouissances d’exquise gourmandise. »

Samedi 1er juillet §

{p. 141}J’avais à table, près de moi, une femme aux yeux bistrés, au langage mélancoliquement polisson, à la distinction souffreteuse, au décolletage excitant. On vint à parler d’une de ses amies, toujours en traitement, sans être malade. Alors ma voisine me dit : « Quand une femme est arrivée au moment, où l’essai de ses robes ne lui prend plus tout son temps, où l’amour ne l’amuse plus, où la religion ne s’en est pas emparée, elle a besoin de s’occuper d’une maladie, et d’occuper un médecin de sa personne. »

Mardi 4 juillet §

Là, en ce centre de Paris, au milieu de ces habitations, toutes vivantes à l’intérieur, là, en ce plein éclairage a giorno de la ville, sur cette Maison Tortoni ; 22, cette maison avec ses lanternes non allumées, avec ses volets blancs fermés, son petit perron aux trois marches, où dans mon enfance, se tenaient appuyés, un moment, sur les deux rampes, de vieux beaux mâchonnant un cure-dent, aujourd’hui vide, il me semble lire une bande de papier, écrite à la main : « Fermé pour cause de décès du Boulevard Italien. »

Samedi 8 juillet §

Enterrement de Maupassant, dans cette église de Chaillot, où j’ai assisté au mariage {p. 142}de Louise L… que j’ai eu, un moment, l’idée d’épouser.

Mme Commanville, que je coudoie, m’annonce qu’elle part le lendemain, pour Nice, avec le pieux désir de voir, de consoler la mère de Maupassant, qui est dans un état inquiétant de chagrin.

Ce soir, comme je dînais au restaurant Voisin, j’entendais le Bordelais Marquessac, le propriétaire actuel du restaurant, dire à des clients, à propos de la chaleur de cette année, que les vendanges qui se font dans son pays, en octobre, allaient se faire à la mi-août. Le raisin, ajoutait-il, était si abondant qu’il y aurait, cette année, la récolte de la moyenne de quatre années.

Un détail curieux sur le sulfatage de la vigne. Il disait que dans le Bordelais, il y avait nombre de foires, et que ces foires mettaient dans les chemins, beaucoup de saltimbanques, mangeant les raisins sur la route. Alors, on s’était imaginé d’enduire les ceps de vigne du bord de la route de vert-de-gris, et quand la vigne avait été malade, on avait remarqué que ces ceps avaient échappé à la maladie, et le procédé avait été généralisé pour toute la vigne.

Dimanche 9 juillet §

Des nuits pleines de cauchemars, et qui me font avant de me coucher, peur du lit ; des journées pleines de prévisions pessimistes pour le restant de ma vie.

Mercredi 12 juillet §

{p. 143}De bien imbéciles jugements littéraires, formule ce Delacroix, notamment sur Balzac, et sur ce chef-d’œuvre : Eugénie Grandet. Et pas peintre du tout en écriture, des gens qu’il a rencontrés dans la vie. Et pas styliste non plus. Je n’ai guère rencontré de bien, dans les deux volumes, que cette phrase : « l’arrêté, le tendu de la peau, qu’a seulement une vierge ».

Jeudi 13 juillet §

Daudet me parlant de sa faiblesse, à la suite de la crise d’estomac de ces trois jours, je lui disais, que la douleur devait amener une dépense de force supérieure à celle exigée et obtenue par tous les exercices physiques ; et qu’un jour peut-être, on trouverait un instrument qui vous donnerait le chiffre de la déperdition, amenée par une crise de foie, par des douleurs rhumatismales, et qu’on serait étonné de la dépense de force, faite dans une maladie aiguë.

Vendredi 14 juillet §

Aujourd’hui, à propos d’un article sur l’anniversaire de Marat, je pensais que pendant les guillotinades de la Révolution, le cœur n’avait jamais armé le bras d’un fils, d’un amant, d’une épouse ; que le cerveau seul, en son indignation désintéressée, avait mis un couteau {p. 144}homicide dans la main de Charlotte Corday. Mais dans cette note, je crains de me répéter.

Quels intéressants noms d’hommes et d’endroits, donne le relevé d’une carte quelconque, d’une carte de Seine-et-Oise. Ainsi Macherin ferait-il un original nom d’ouvrier républicain, et les charmantes localités pour un roman : le Grand-Vert et : le Petit Vert !

Samedi 15 juillet §

Ce soir, Léon lit la mort de Socrate dans le Phédon : ça fait très fort penser à Jésus-Christ, au Jardin des Oliviers…

Dimanche 16 juillet §

La satisfaction intérieure, la plénitude heureuse de la reprise du travail, de la dramatisation du commencement de La Faustin. C’est après la paresse de la maladie, après une trêve de plusieurs mois, comme une résurrection de l’être pensant, si longtemps en catalepsie.

Lundi 17 juillet §

Nadar, que je trouve, ce matin, dans le cabinet de Daudet, parle de souvenirs, qu’il veut publier sous le titre de : Cahiers de Nadar. Mais il n’a pris aucune note, et ses souvenirs, {p. 145}seront plutôt des commentaires autour des lettres autographes qu’il possède : lettres très nombreuses, très curieuses, de Veuillot, de Proudhon, de Baudelaire, etc.

Sur Baudelaire, il cite ce mot d’Asselineau, disant qu’à l’hôtel Pimodan, il se couchait sous son lit, pour l’étonner. Et au sujet de Veuillot, il s’étend sur son intimité avec l’écrivain catholique, malgré les divergences d’opinions, et sur le dîner qu’ils faisaient, toutes les semaines, ensemble, déclarant que Veuillot lui pardonnait plutôt de n’avoir pas fait baptiser son fils, que de s’être marié à une huguenote.

Un moment, il me dit gentiment, qu’il y a une chose qu’il regrette dans sa vie, c’est sa caricature sur Villedeuil, s’en excusant près de moi, en disant que c’était un temps, où l’on était « rageur comme des chats-tigres. »

Ce soir, comme on causait de la croyance de Banville aux lutins, dont il cherchait à endormir la malfaisance, avec de petits morceaux de papier vert, la causerie, bientôt après, allait aux apparitions.

Mme Daudet racontait alors, que veillant son fils, menacé d’une fièvre typhoïde, elle avait le sentiment que le monde surnaturel, dont elle se voyait séparée, comme par un cristal ondulé, s’ouvrait et laissait sa grand’mère s’approcher d’elle, — d’elle, qui toute frissonnante, le bras étendu, criait : « Non ! non ! »

Mardi 18 juillet §

{p. 146}Aujourd’hui, Jeanne parlait d’une jeune femme de la société d’une ville du Nord, des mieux apparentées, et richement mariée à Paris. Au bout de quelques années de mariage, elle faisait une série de visites, au faubourg Saint-Germain, au faubourg Saint-Honoré, où elle prévenait les gens, pour leur éviter tout embarras, et leur donner la liberté de ne plus la saluer, que cette vie de femme honnête l’ennuyait, qu’elle allait carrément se faire courtisane.

Mercredi 19 juillet §

Daudet nous disait, ce soir qu’il était tombé à huit ans, sur un volume dépareillé de Tom Jones, et qu’il avait lu, que la chose qui avait amené sa naissance, avait été une distraction d’une demi-heure. Cette phrase avait apporté un bouleversement dans ses idées, et mis son esprit en quête, du comment de la fabrication des enfants.

Jeudi 20 juillet §

Avant dîner, Céard donne quelques détails curieux sur les exécutions, auxquelles il a assisté. Il parle de la tête oscillante du condamné sur les épaules, comme si elle ne tenait plus, de la longueur du visage par la descente de la mâchoire, de la pâleur qui tourne au chocolat, et nous fait voir le couteau, remontant éclaboussé {p. 147}de sang, comme du papier peigne, avec la trace parfaitement indiquée des deux carotides. Ce sont des observations faites par lui, à l’exécution d’Allorto et de ses complices, les assassins du jardinier d’Auteuil.

Au dîner, il nous entretient de Maupassant déclare que chez lui, la littérature était toute d’instinct, et non réfléchie, affirme que c’est l’homme qu’il a connu, le plus indifférent à tout, et qu’au moment, où il paraissait le plus passionné pour une chose, il en était déjà détaché.

Vendredi 21 juillet §

Schwob nous arrive aujourd’hui, avec dans sa poche, l’Américain Wittemann, qu’il est en train de traduire. Il nous traduit, au courant de la lecture : La Maison des morts de la Cité, un morceau étrangement poétique sur un cadavre de prostituée, un morceau d’un lyrisme fantastique, dont semble descendre Maeterlinck.

Incidemment, il nous dit, que Maupassant avait fait la plus grande partie de ses nouvelles, avec les racontars des uns et des autres. Et il affirme que le sujet de le Horla lui a été donné par Porto-Riche, qui est tout à fait inquiet, quand on découvre en sa présence, dans cette nouvelle, le commencement de la folie du romancier, et ne peut s’empêcher de s’écrier : « Si cette nouvelle est d’un fou, c’est moi qui suis le fou ! »

{p. 148}Le hasard fait, que les exécutions, racontées hier, par Céard, reviennent dans la conversation, et Schwob décrit l’exécution d’Eyraud, qu’il a vue. Lui, il dit que dans une exécution, la seule chose dramatique, est l’apparition du condamné sur la porte, et que la rapidité de la décapitation dans tous ses détails — il a compté — ne dépasse pas 50 secondes.

Il a eu la curiosité de suivre Eyraud, au champ des navets, où il l’a vu mettre en terre, après qu’on a retourné sa tête, dont le visage se trouvait tourné du côté de son dos, dans la bière, sur laquelle il y avait écrit son prix : 8 francs. Puis, il est allé boire, avec les bourreaux, un verre de vin, dans le cabaret en face. Là, il a constaté le respect, la considération qu’il y a pour les descendants de bourreaux de père en fils, et l’espèce de mésestime pour ceux qui le sont devenus, par une alliance, un mariage avec une fille de bourreau. Les premiers, dans le langage argotique de la guillotine, s’appellent des : bing.

Samedi 22 juillet §

Dans notre promenade de ce matin, Daudet me parlant de son livre commencé : Quinze ans de ménage, me confie qu’il y a dans son esprit, une évolution, semblable à celle qui s’est faite dans le mien : le dégoût de l’éternelle aventure, de l’éternelle complication de la chose romancée.

Lundi 24 juillet §

La femme a la venette de la {p. 149}Vérité nue ; elle la tolère à peine, en chemise de nuit.

Samedi 29 juillet §

Soudain, au milieu du silence de nous tous, Léon, jetant en bas d’une chaise ses pieds, sur laquelle ils sont posés, s’écrit, se parlant à lui-même, dans un mouvement de révolte intérieure : « Je n’ai qu’un regret, je me trouve emberlingué de trop de philosophie… À quoi, ça sert ? »

Ce cri me fait plaisir, parce que je le vois prêt à n’être plus l’homme des bouquins, mais tourné à bouquiner de l’humanité.

Dans l’engourdissement de la sieste, le ratissage des allées, me donne la sensation d’être peigné avec un peigne aux dents édentées.

Lundi 31 juillet §

Une matelote au Vieux Garçon, avec les vieux et les jeunes Daudet, et les Masson.

Le soir, lecture de la pièce d’Hennique : Les Deux Patries. Un prologue très original.

Mercredi 2 août §

Fête d’Alphonse Daudet. Toute la maisonnée Allard, arrivée de {p. 150}Bourg-la-Reine, dans une voiture aux rideaux de cuir, d’où sortent successivement la mère, le père, les deux petits garçons, Renée, Marthe, Adeline, un petit monde de fillettes, distingué et pas bourgeois. C’est intéressant cette famille, où se sent dans une aisance très restreinte, une allègre insouciance mêlée à un certain désordre artiste.

Le soir, Léon nous lit, dans La Revue nouvelle, son article sur Hugo, un article tout à fait remarquable, où foisonnent les idées, les images, les coups de lumière, dans une langue superbe. Ce jeune Daudet est incontestablement le premier critique de l’heure présente.

Jeudi 3 août §

Avant dîner, causerie au fond du parc avec Rodenbach, sur la réforme de l’orthographe, sur cette révolution, non prônée par des littérateurs, mais par des professeurs, et par courtisanerie démocratique au profit de l’école primaire.

Vendredi 4 août §

Zola dîne ce soir. Il parle du théâtre, dont, dit-il, il est dégoûté, mais cependant, où il sent qu’il pourrait se renouveler, et est au fond, tenté de faire une pièce entre ses romans de Lourdes et de Rome. Puis, passant d’un sujet à l’autre, avoue son goût passionné de pâtisserie, dont {p. 151}il mange toute une assiette, à son thé de quatre heures ; ensuite se met à célébrer l’insomnie, disant que c’est là, où il prend ses déterminations, qui deviennent des actions, lors de la mise de ses bottines, qu’il chausse en pensant tout haut : « Me voilà sur mes pieds ! »

L’on dîne, et un nuage noir qui fait craindre un orage, amène Mme Zola à reparler des terreurs nerveuses, qu’a son mari du tonnerre, et qui, dans le billard de Médan, les fenêtres fermées, et toutes les lumières allumées, se met encore un mouchoir sur les yeux.

Lundi 7 août §

Il me restait sans doute un peu de fièvre de la crise d’hier, amenée par le froid, que j’ai eu dans une voiture découverte, en revenant de la gare de Lyon, et je rêvais ceci : M. Groult me faisait voir quelques tableaux et dessins, qu’il venait d’acheter. Puis désignant un tableau à la couleur anglaise du xviiie siècle, il me jetait :

— Connaissez-vous les tableaux de Burrow ?

— Non.

— Eh bien, attendez… vous allez voir quelque chose de tout à fait étrange.

Et il prenait une palette, vendue avec le tableau, et il touchait avec un ton pris sur la palette — un tout à fait semblable à celui du personnage — et la femme touchée se mettait à faire des révérences… {p. 152}puis un mezzetin à danser… puis des musiciens à jouer du violon — absolument comme si, cette peinture d’un grand art, était un tableau mécanique.

Mardi 8 août §

Les impatiences des animaux, n’ayant pas le langage pour se faire entendre des humains, sont curieuses. Je regardais la chatte, à laquelle on avait fermé une porte, qui l’empêchait de retrouver son petit chat. Elle ne miaulait pas, mais c’étaient des contractions colères de la gueule, comme si, elle en voulait faire sortir de la parole.

Samedi 12 août §

Hennique vient de son Laonnais, nous demander à Daudet et à moi, nos observations, nos critiques sur Les Deux Patries.

Il reste coucher, et le soir, il nous parle de sa famille, de son père : son père, élevé au séminaire, et destiné à être prêtre, s’engageant dans l’infanterie de marine, devenant général, gouverneur de la Guyane et de la Guadeloupe, et mourant à trente ans de vie exotique. Sa mort était précédée de la mort de sa femme.

Et l’auteur de Pœuf se remémore quelques impressions de son enfance coloniale, entre autres, l’écoute, à l’orée d’une grande forêt, vers la tombée {p. 153}de la nuit, l’écoute de l’éveil de la forêt, où, de temps en temps, au-dessus de tous les bruits, s’élevait une grande lamentation d’animal, que toute la ville allait entendre : lamentation mystérieuse, et qu’on ne savait à quelle bête attribuer.

Mardi 15 août §

Ce matin, vient déjeuner un M. Roguenand, secrétaire du syndicat des mécaniciens, un socialiste opposé aux grèves, un homme à la tête bonne et honnête.

Il nous entretient des mécaniciens, dit que ces gens qui courent, tous les jours, le risque d’être tués, sont des êtres loyaux n’ayant pas les côtés tracassiers des autres ouvriers, des êtres contents de leur état, et en assumant la responsabilité. Il nous les peint, comme des juifs-errants, n’ayant que le repos des dortoirs de refuge, et sentant bien qu’ils ont contre eux, gens de passage, la localité des gares, mais au fond se considérant comme une aristocratie, et ne consentant pas à être assimilés aux lampistes, au bas personnel de la compagnie. Enfin, il nous les montre, dans un accident, gravement blessés, courant au disque, pour constater que le mouvement n’a pas été fait.

Quand M. Roguenand a été décoré, il y a eu un banquet de cinq cents mécaniciens, où ils lui ont demandé de n’être ni député, ni conseiller municipal, {p. 154}pour continuer à leur appartenir, à être leur homme.

Jeudi 17 août §

Dans une conversation sur la femme, Daudet disait aujourd’hui : « Il y aurait quelque chose de curieux à écrire sur le veuvage de la femme, après l’écoulement de la douleur. C’est en général, une ère de délivrance, de mise en liberté, de prise de possession de la maîtrise. Et au milieu de ces sentiments, comme un monument s’élevant dans leur cœur, fait d’un tas d’illusions de leur passé, — de leur passé à distance, — en sorte que des femmes, qui ont été peu heureuses dans leur ménage, se figurent avoir aimé leur tyran, et en chantent l’éloge. Maintenant à côté de celles-ci, des femmes trop écrasées par le mariage, redevenues libres, ne peuvent se relever de la servitude du passé.

Samedi 19 août §

Hier soir, je suis allé avec les Daudet, voir la Lune et les étoiles, dans l’observatoire de Flammarion, à Juvisy.

Aujourd’hui, il me reste comme un souvenir de rêve de cette visite : le Flammarion avec sa tête de saint Jean-Baptiste, qu’offre dans un plat d’argent, la peinture italienne à Hérodiade, le monsieur qui a {p. 155}découvert la dernière planète, à la chevelure qui pourrait servir d’enseigne à la pommade du Lion, un jeune homme bancroche, qui nous est présenté par Flammarion, comme l’humain de toute la terre ayant la vue la plus longue. Un monde un peu fantastique, dans un milieu légèrement magique, autour de cette lunette, qui a dedans des fils d’araignées, d’araignées qu’on fait jeûner, pour que leurs fils soient tout à fait ténus, et deviennent des diviseurs de riens indivisibles : lunette dont la gravitation fait comme le bruit d’une usine céleste.

Une déception. Je m’attendais à voir des étoiles comme des fonds d’assiette. On m’en fait voir une. J’ai oublié son nom. Elle m’apparaît seulement grande, comme une grosse émeraude d’un bijoutier, de la rue de la Paix.

Lundi 21 août §

La vieille Mme Clérambaud, la maîtresse de piano d’Edmée, qui a beaucoup vécu dans l’intimité de Rossini, nous apprend, ce matin, qu’il avait pris volontairement sa retraite, avant cinquante ans, disant, en faisant allusion aux opéras d’Halévy et de Meyerbeer : « Voilà l’invasion des Allemands ! »

Et après, elle nous conte cette escarmouche, entre Wagner et Rossini.

— Vous ne comprenez pas l’harmonie du silence ? disait Wagner.

{p. 156}— Si ! si ! faisait Rossini, qui prenait une feuille de papier, sur laquelle il jetait un point d’orgue.

Wagner ne revint pas.

Mme Clérambaud donne ce détail curieux sur son manger — qui le faisait accuser de gourmandise, de gueularderie : Rossini ne prenait, de son lever jusqu’à cinq heures de l’après-midi, où il buvait et mangeait nécessairement beaucoup, qu’une tasse de café glacé.

Visite à Nadar à l’Ermitage, et exploration des ateliers, des chambres, aux murs tout couverts de tableaux, de dessins, de photographies. Je remarque un portrait, d’une très blonde couleur, de Nadar fils, une spirituelle grisaille de Daumier, représentant un Don Quichotte ridicule, des Guys terribles, un chef-d’œuvre de Manet, une lettre du peintre, au bas de laquelle sont trois prunes lavées à l’aquarelle, qui sont des merveilles de lavis et du coloriage artiste.

Et, au milieu du pittoresque bric-à-brac de la demeure, apparaissent et disparaissent, les dents blanches, les noires faces riantes, les madras de couleur de deux négresses, qui sont la domesticité du maître de la maison.

Dimanche 27 août §

Visite de Geffroy. Son désir de quitter Paris, d’abandonner la bataille de la vie qui s’y livre, d’habiter la province, et là, d’y faire tranquillement et sereinement des livres, qui le feraient vivre.

{p. 157}Mlle Zeller me disait, que le vieux docteur Blanche, s’écriait devant elle, à la sortie d’une personne de chez lui, à laquelle il avait fait une grosse aumône : « C’est moi, bien plus que d’autres, qu’on devrait enfermer dans ma maison de fous ! » Et son fils Jacques lui répétait plusieurs fois : « Si mon père avait vécu dix ans encore, il nous aurait mis sur la paille ! » La bonne et douce figure du docteur disait un peu ses inépuisables charités.

Mercredi 30 août §

Dans leurs romans et leurs nouvelles, les tout jeunes romanciers, avec leur actuel mépris de l’étude d’après nature, ne créent plus des personnages humains, ils fabriquent des êtres métaphysiques.

Une grande dame belge, tenant une haute position dans son pays, disait à un jeune Français de ma connaissance : « Il y a une chose sur laquelle je voudrais bien être éclairée. On m’a dit que, maintenant à Paris, dans l’intimité amoureuse, les femmes n’ôtaient pas leurs bas ; de mon temps, nous les ôtions ! »

Lundi 4 septembre §

Peut-être est-ce bien, que dans la nouvelle Chambre, toutes les têtes, toutes les capacités, de quelque couleur qu’elles soient, en aient {p. 158}été rejetées. La politique se fera en dehors de la Chambre, et les gens de la Chambre ne seront plus que des mandataires domestiques d’électeurs, des distributeurs à la province, de tronçons de chemins de fer, de bureaux de tabac et de poste, de places de gardes champêtres, etc., etc., en un mot de bas ouvriers gouvernementaux, jouissant de la déconsidération des membres des parlements américains — et si quelque chose peut tuer le parlementarisme, ce sera cela…. Ça ne fait rien, la révolution contre l’intelligence va bon train.

Mardi 5 septembre §

Visite du docteur Michaut, qui m’a envoyé du Japon « la biographie d’Hokousaï », et qui est de retour à Paris.

Il m’apprenait que l’affirmation absolue chez les Japonais, leur paraît une impolitesse, qu’ils éludent autant qu’ils le peuvent le oui et le non, en sorte que si vous demandez à un Japonais votre chemin, ou n’importe quoi, s’il ne vous répond pas, c’est qu’il ne trouve pas un faux-fuyant, pour échapper à l’affirmation.

Jeudi 7 septembre §

Départ pour Jean-d’Heurs. Dans ces gares, au passage incessant des trains, la pensée de ceux qui les habitent, ne doit avoir le temps {p. 159}de se poser sur rien, elle est sous le coup d’un ahurissement, produit par ce mouvement perpétuel.

Vendredi 8 septembre §

Un continuateur de Shylock. Je lis dans La Tunisie française, ceci :

Un juge — et le récit est fait par le contrôleur civil de la région — dit à un Arabe assigné par un juif, en payement de 500 à 600 piastres.

— Pourquoi ne veux-tu pas payer ?

— Parce que je ne le puis pas… Quand j’ai emprunté, j’avais une maison, un jardin, un henchir, du bétail, aujourd’hui, cet homme a ma maison, mon jardin, mon henchir, mon bétail, et je lui dois encore plus que je lui ai emprunté.

— Tu vois bien, dit le juge, se tournant vers le juif, que ce malheureux n’a plus rien… Que veux-tu donc de lui ?

— Je veux, répliqua le juif, qu’il vienne travailler chez moi, sans salaire, jusqu’à ce qu’il se soit acquitté.

Lundi 11 septembre §

Il faut que ce soit vrai, qu’en vieillissant, on devient plus tendre à la souffrance de tout ce qui vit. Aujourd’hui, je suis entré dans la tendue, et arrivé à un rejet où une mésange, les pattes brisées, se débattait, en jetant de petits {p. 160}cris de douleur, j’ai rebroussé chemin, et suis sorti du bois.

Mardi 12 septembre §

La fièvre de mes crises de foie est inspiratrice, elle me fait trouver, cette nuit, pour le dernier tableau de La Faustin, le mâchonnement de la Renoncule scélérate, qui peut amener à la rigueur l’agonie sardonique.

Dans une visite que me fait au lit, Rattier, qui a été sous-préfet de Doullens sous Napoléon III, il me parle de la prison de Doullens, de ses détenus, du pavillon où étaient enfermés les plus célèbres : Blanqui, Barbès, Raspail, Hubert, Albert, parmi lesquels, des haines violentes faisaient qu’un jour, Raspail, à la sortie de Blanqui, lui versait son pot de chambre sur la tête.

Il me conta qu’un soir, vers 1852, où il était en train de dîner, on lui disait qu’il y avait trois hommes dans l’antichambre. Ces trois hommes étaient deux agents de police, et Proudhon, qui s’écriait dans le trajet à la citadelle « qu’il ne pouvait comprendre cette décision, qu’il était un homme qui pensait, écrivait, passait pour être une intelligence, et qu’on l’enfermait avec des Raspail, des Blanqui, des Albert, les brutes du pavillon ! »

Samedi 23 septembre §

Depuis dimanche, que je {p. 161}suis dans mon lit, j’ai devant moi l’estampe de Nanteuil, représentant l’Infante d’Espagne mère du roi. Oh ! l’ennui de ces belles tailles ! Ah ! la peu amusante gravure aux yeux, que cette gravure des Nanteuil, des Mellan, si bien en rapport avec la perfection géométrique de tout le siècle. Et quelle traduction chez eux de la beauté des femmes du temps, qui est toute monastique, et dont les portraits des jeunes et des vieilles, ont l’air de portraits d’abbesses !

Dimanche 24 septembre §

Le capitaine de l’Isle, le descendant du chevalier, du favori de Marie-Antoinette, m’apprend que la famille Diez, la famille dans laquelle mon grand-père avait pris sa femme, avait été anoblie au xviie siècle, pour avoir fondé une messagerie, Laffitte et Caillard, qui allait de la Haute-Marne à Pont-à-Mousson. Puis les Diez auraient été de célèbres fondeurs de cloches.

Dimanche 1er octobre §

Paul Alexis, de retour du Midi, me raconte qu’il a été faire une visite à Mme de Maupassant, qui, dans une conversation d’une heure à six heures, entre autres choses, au sujet de l’enterrement de son fils, lui disait : « J’aurais bien voulu pouvoir aller à Paris… mais j’ai clairement écrit, pour qu’il ne fût pas mis dans un cercueil de {p. 162}plomb… Guy voulait après sa mort, sa réunion au Grand Tout, à la Mère la Terre, et un cercueil de plomb retarde cette réunion… Il a été toujours très préoccupé de cette pensée, et l’a émise à Rouen, quand il a présidé à l’enterrement du pauvre Flaubert… Non, sa maladie ne tenait d’aucun de nous… son père, c’est un rhumatisme articulaire… moi, c’est une maladie de cœur… son frère qu’on a dit mort fou, c’est une insolation, à cause de l’habitude, qu’il avait de surveiller ses plantations, avec de petits chapeaux trop légers. »

Alors, Mme de Maupassant entretenait Paul Alexis, des derniers mois de la vie de son fils. Un an, avant sa mort, il lui écrivait une lettre, à peu près conçue en ces termes : « Les médecins disent que j’ai une anémie cérébrale, je n’ai pas d’anémie cérébrale, je suis seulement fatigué, et la preuve c’est que je viens de commencer L’Angélus, et jamais je n’ai travaillé avec une facilité pareille, et je marche de plain-pied dans mon livre, comme dans mon jardin. Je ne sais pas, si mon livre sera un chef-d’œuvre, mais ce sera mon chef-d’œuvre. »

Malheureusement Musotte venait se jeter en travers de son livre, et le retardait.

À Noël, où il avait l’habitude de faire le réveillon, en bon fils, avec sa mère, il lui écrivait qu’il ne pouvait y aller, parce qu’il réveillonnait « avec nos amies », disait-il dans sa lettre, et que du reste ces dames iraient lui faire une visite, dans quelques jours.

Mais que se passa-t-il dans ce réveillon ? Le {p. 163}lendemain, Maupassant envoyait à sa mère une dépêche, sans queue ni tête, lui annonçant que ces dames étaient fâchées avec lui et même avec elle, et en effet Mme de Maupassant ne les a jamais revues.

Le Jour de l’An suivant, huit jours après, il venait voir sa mère, et il n’avait jamais été si tendre, si affectueux, mais au dîner, il délirait complètement, disant que maintenant, il allait faire des choses sublimes… parce qu’on lui faisait prendre des pilules qui le conseillaient, et lui dictaient, de leurs petites voix, des phrases, comme il n’en avait jamais écrites. La nuit, à son retour, avait eu lieu sa tentative de suicide.

Paul Alexis a lu son testament, daté, de trois semaines avant sa mort, où il institue comme héritière sa nièce Simone, réserve le quart de sa fortune à ses ascendants, et fait quelques legs à des amis. Chose curieuse, les deux témoins qui ont signé, sont deux médecins. Il a voulu éviter que son testament fût cassé, comme celui d’un fou.

Mardi 3 octobre §

Chez les Sémites, le cerveau ne se développe que jusqu’à vingt-cinq ans ; chez les Aryens, le développement dépasserait de beaucoup cet âge. Cette particularité du cerveau s’appellerait : le mur.

Mardi 10 octobre §

Déjeuner avec Sarah Bernhardt, {p. 164}chez Bauër, qui très aimablement, s’est entremis pour lui faire jouer La Faustin.

Arrive Sarah, vêtue d’une robe gris perle, aux soutachements dorés, une robe tombante sans taille, semblable à une tunique. De diamants, rien que sur une face-à-main, dont le manche en est tout couvert. Sur la tête, un chiffon de dentelle noire, qui a l’air d’un papillon de nuit et sous lequel se dresse une chevelure semblable à un buisson ardent, et éclairent des yeux à la prunelle d’un bleu transparent, dans la pénombre de cils noirs.

En s’asseyant à table, elle se plaint d’être toute petite, ayant en effet la longueur de jambes des femmes de la Renaissance, et tout le temps, elle est assise de travers sur un coin de chaise, absolument comme une petite fille, mise à la grande table.

Et c’est aussitôt, avec une vivacité, un entrain, un brio de la parole, l’histoire de ses tournées à travers l’univers, nous donnant ce curieux détail, que sur l’annonce de futures représentations aux États-Unis, annonce toujours faite un an d’avance, une cargaison de professeurs de français est demandée, pour mettre les jeunes gens et les miss de là-bas, en état de comprendre et de suivre les pièces qu’elle doit jouer. Puis, c’est son vol à Buenos-Ayres, où les huit hommes qui s’étaient constitués ses gardiens, ont été si bien ensommeillés, qu’ils n’ont rien entendu, qu’elle, il a fallu la jeter en bas de son lit, pour la réveiller, et que son chien a dormi trois grands jours.

{p. 165}Je suis à côté, tout à côté de Sarah, et chez cette femme qui toucherait à la cinquantaine, le teint du visage, qui, ce matin, n’a aucun maquillage, pas même de poudre de riz, est un teint de fillette, un teint d’un rose tout jeunet, sur une peau d’une finesse, d’une délicatesse, d’une transparence curieuse aux tempes, sous le réseau de petites veinules bleues. C’est le teint, dit Bauër, d’une seconde jeunesse.

Un moment Sarah parle de son hygiène, des haltères qu’elle fait le matin, d’un bain chaud d’une heure, qu’elle prend tous les soirs. Puis elle passe à des portraits de gens qu’elle a connus, pratiqués, de Rochefort, de Dumas fils, etc.

Elle a, cette femme, incontestablement une amabilité innée, un désir de plaire qui n’est pas de commande, mais naturel.

Lundi 16 octobre §

La France n’a plus la mesure d’une nation bien portante. Dans ses sympathies, ses affections, c’est une détraquée, dont les engouements ont l’humble domesticité d’une courtisane amoureuse.

Mardi 17 octobre §

Dîner ce soir, chez Sarah, pour la lecture de La Faustin.

{p. 166}Le petit hall, ou plutôt l’atelier où la tragédienne reçoit, a quelque chose d’un décor de théâtre. Aux murs, deux ou trois rangées de tableaux posés sur le parquet, sans être accrochés, ayant quelque chose d’une préparation de vente chez un expert : tableaux que domine, sur la cheminée, son grand portrait en pied de Clairin. Devant les tableaux, des meubles de toute sorte, des bahuts moyenageux des cabinets de marqueterie, une infinité d’objets d’art rastaquouères, des figurines du Chili, des instruments de musique de sauvages, de grands paniers de fleurs, où les feuilles et les fleurs sont faites de plumes d’oiseaux. Là-dedans, une seule chose d’un goût personnel, de grandes peaux d’ours blancs, mettant dans le coin où se tient la femme, une blancheur lumineuse.

Au milieu de cela, une cage, où un perroquet et un singe vivent en famille, un perroquet à l’immense bec, que tourmente, que martyrise, que plume, le petit singe, toujours en mouvement, toujours faisant du trapèze autour de lui, et que couperait en deux de son formidable bec, le perroquet, qui se contente de pousser des cris déchirants. Comme je m’attendrissais sur la vie affreuse faite à ce perroquet, on m’affirmait qu’un moment, on les avait séparés, qu’à la suite de cette séparation le perroquet avait manqué de mourir de chagrin, et qu’il avait fallu absolument le remettre avec son bourreau.

Vers huit heures arrive Sarah de sa répétition, et qui dit mourir de faim.

{p. 167}Elle est toute en blanc, avec une espèce de grande bavette flottante sur la poitrine, et sa robe à longue traîne, toute constellée de paillettes d’or, se contourne autour d’elle, dans un ondoiement gracieux.

Le dîner avec son fils, sa belle-fille, Bauër, Jean Lorrain, et la Guérard, qui est sa Guénégaud.

Un dîner fin, délicat, où la maîtresse de la maison ne boit que d’une boisson, dont le nom anglais m’échappe, et qui est faite avec du vin de Bordeaux, de jus d’orange, d’ananas, de menthe.

Sarah se montre très aimable, très occupée de moi, très attentive à ce que je n’aie pas froid. Toute la conversation est nécessairement sur les Russes. Bauër conte qu’il a vu un petit enfant, criant dans les bras de sa mère : « Vive la Russie ! » pris par l’amiral Avellan, et passé à toute son escorte, qui l’a embrassé tour à tour, et dont l’un des officiers, pour lui donner quelque chose, lui a donné son aiguillette qu’il avait arrachée.

Enfin l’on passe dans l’atelier pour la lecture. Pas de lampe, un éclairage de bougies, et une copie à la mécanique aux maigres lettres, beaucoup moins lisibles que la grosse ronde des copistes, ce qui fait que Bauër est fort empêché dans sa lecture, et c’est froid, très froid.

Enfin après le septième tableau, je demande à lire le huitième et dernier tableau. Je ne lis pas bien, mais nerveusement, et Sarah me semble prise par la dernière scène.

Alors, une préparation de thé et de rafraîchissements, {p. 168}pendant laquelle il n’est plus question de la pièce.

Puis, Sarah vient s’asseoir à côté de moi, me dit que la pièce est pleine de passion, que le dernier tableau lui paraît superbe, et me demande de lui laisser, pour lire le quatrième et le cinquième tableau, qui n’ont pas été lus. Et se succèdent dans la bouche de Sarah, des paroles qui ont l’air d’affirmer le désir de la jouer, et même une phrase, où il est question de me mettre en rapport avec le directeur, mais au fond de ce bout de conversation, il n’y a pas une parole décisive.

Maintenant, il y a bien des choses qui me sont hostiles. Sarah est une romantique ; elle a certainement, dans ce moment, par le bruit qui s’est fait autour de Réjane, la velléité de tenter de la modernité, mais son tempérament littéraire s’y refuse, puis elle jouit, dans ma pièce, d’une bien vilaine sœur, et dans la vie, elle se trouve avoir une sœur, ce que je ne savais pas du tout.

Samedi 21 octobre §

Abordé par Stevens, qui me parle du travail incessant, effréné, de son vieil âge, me jetant dans l’oreille : « Je n’ose pas le dire, j’ai fait soixante-quinze tableaux, depuis le mois de janvier ! »

Dimanche 22 octobre §

Visite de Villedeuil, qui {p. 169}tombe avec sa petite fille, tous les six mois, chez moi, et m’intéresse, et à la fois me séduit et m’étonne, par sa conversation sur les révolutions économiques, qui ont lieu autour de moi, et dont je ne me doute pas. Aujourd’hui, il me fait un tableau très curieux de la mort du demi-gros par l’introduction des colis-postaux, qui tuent l’intermédiaire.

À Villedeuil succède Roger Marx, venant m’annoncer qu’il fait un bouquin pour les écoles, un choix de morceaux de littérature de Chateaubriand à nos jours, choix qui sera autrement brave que les Selectæ courants, et où il va se payer de donner beaucoup des Goncourt.

Et c’est Hennique, qui m’annonce la réception des Deux Patries à l’Ambigu, et sa toute prochaine entrée en répétition.

Ce soir dîner chez Daudet, dîner avec Loti, qui un moment a hésité à venir, parce qu’on lui avait dit, que je disais un tas d’infamies sur son compte. Quand il s’en va, je lui dis, en lui donnant la main : « Loti, ne croyez pas à ce qu’on vous a dit de moi. Oh ! je ne vous le cache pas, je n’ai pas aimé votre discours à l’Académie, et je l’ai dit bien haut…. Mais c’est tout. »

Mardi 24 octobre §

La soirée de gala à l’Opéra : une déception. Vraiment, cette salle n’est pas favorable à l’exhibition de la beauté de la femme. Ces {p. 170}œils-de-bœuf de lumière du fond des loges, ça tue tout, ça éteint tout, et le doux éclat des toilettes claires et des décolletages, et aujourd’hui, comme me le disait la comtesse Greffulhe, qui était charmante en blanc, il y avait trop d’uniformes de militaires, attirant l’œil à leurs chamarrures, et empêchant les femmes de ressortir du fond sourd des habits noirs.

Mercredi 25 octobre §

« Eh bien, la pièce de Goncourt, comment la trouvez-vous ? C’est Jean Lorrain qui interroge.

« Mais très bien, répond le fils de Sarah Bernhardt, mais vraiment, est-ce que vous pensez que ma mère puisse la jouer ? »

Samedi 28 octobre §

Ah ! il devient embêtant mon foie. Tous les deux ou trois jours, une petite crise, à propos d’on ne sait quoi, et le dégoût croissant de la nourriture, et des suées de faiblesse, tous les matins, et de la rejaunisse à tout moment dans la figure.

Jeudi 9 novembre §

Voici qu’en sortant de table, Léon Daudet, avec son emballement ordinaire, se {p. 171}met à proclamer que Wagner est un génie supérieur à Beethoven, et se montant, se montant, arrive à affirmer, que c’est un génie aussi grand qu’Eschyle, que son Parsifal égale le Prométhée.

Là-dessus, son père lui dit que, dans le langage non articulé, qui est la musique, Wagner lui a donné des sensations, comme aucun musicien, mais que dans le langage articulé, qui est la littérature, il connaît des gens qui sont infiniment au-dessus de lui, notamment, le nommé Shakespeare.

Alors Rodenbach qui est là, prend la parole — et ce soir, il parle merveilleusement — déclarant que les vrais grands, sont ceux qui s’affranchissent des modes, des enthousiasmes, des engouements épileptiques d’un temps, établissant que la supériorité de Beethoven est de parler à la cérébralité, tandis que Wagner ne s’adresse qu’aux nerfs, déclarant, qu’on sort de l’audition de Beethoven, avec un sentiment de sérénité, tandis qu’on sort de l’audition de Wagner, endolori, comme si on avait été roulé par les vagues, un jour de grosse mer.

Dimanche 12 novembre §

Réouverture du Grenier.

Dans un coin, le vieux Rosny parle de Napoléon, et de temps en temps, à une phrase brillante prononcée par lui, se retourne pour voir, si elle a été entendue de la chambrée. Léon Daudet, dans un autre coin, {p. 172}esthétise avec le jeune Rosny. Raffaëlli cause avec Geffroy de ses essais d’eaux-fortes en couleur, qui vont paraître cette semaine. Daudet souffre, et malgré cela, jette dans la conversation générale, un joli mot, une remarque fine. Roger Marx m’entretient de la danseuse Loïe Fuller, qui le fréquente, et qui aurait un véritable goût d’art, s’étendant de sa danse à un tableau, à un bronze, et me dit, que rien n’est amusant comme une répétition, où elle essaie les couleurs de l’arc-en-ciel, dans lesquelles elle va développer la grâce de ses attitudes.

Samedi 25 novembre §

À ce qu’il paraît, j’ai été anathématisé, à la mairie du VIe arrondissement, par les femmes de la Ligue de l’Émancipation, pour le mal que j’ai dit du beau sexe, dans mes livres, et qui, si elles ne sont pas encore décidées à venir me battre à domicile, sont résolues à m’adresser une lettre énergiquement motivée. C’est du moins ce que m’apprend un reporter de L’Éclair, venant me demander, si j’avais reçu la lettre en question.

Dimanche 26 novembre §

J’ai écrit à Sarah Bernhardt de me renvoyer ma pièce, et j’ai reçu d’elle aujourd’hui un petit bleu, où elle me dit qu’elle a un tel désir de jouer quelque chose de moi, qu’elle me {p. 173}demande de garder encore ma pièce six semaines, pour la lire, à tête reposée. Ma conviction est qu’avec un certain désir de la jouer, elle ne la jouera pas.

Dimanche 3 décembre §

Chez Plon, on disait ces jours-ci, que la bicyclette tuait la vente des livres, d’abord avec le prix d’achat de la manivelle, puis avec la prise de temps, que cette équitation obtient des gens, et qui ne leur laisse plus d’heures pour lire.

Mardi 5 décembre §

Daudet m’a amené hier, le docteur Rendu, médecin de l’hôpital Necker, qui m’a mis à l’huile de Harlem.

Cette huile de Harlem, ordonnée par un médecin de ce temps, est un médicament qui semble avoir été inventé par un hermétique moyenageux, et dont le prospectus commence ainsi : « En Jésus Christ se trouvent tous les trésors de guérison, tant du corps que de l’âme. » Au fond, un médicament qui doit avoir une terrible action, car après en avoir pris quelques gouttes, il vous remonte de l’estomac des fumées, qui ont l’odeur de l’asphalte en fusion, pour la réparation des trottoirs.

Mercredi 6 décembre §

Alidor Delzant s’est amusé, {p. 174}ces derniers mois, au rangement, au classement des autographes d’Ozy. Parmi ces lettres des contemporains amants ou amoureux de la femme, il y a tout un volume de lettres de Charles Hugo, de lettres très intéressantes, de lettres très belles, au moment, où Ozy, courtisée par le vieil Hugo, est prête à lui céder, et où le fils lui écrit, qu’il ne veut pas partager cet incestueux commerce, et qu’il se retire, le cœur déchiré.

Jeudi 7 décembre §

Jeanniot m’amène l’éditeur Testard. Il veut faire une édition de grand luxe de La Fille Élisa, tirée à trois cents exemplaires seulement. Elle serait illustrée d’une dizaine, d’une douzaine d’eaux-fortes de Jeanniot. Maintenant il aurait l’idée — je trouve l’idée malheureuse — de faire graver en double, et bourgeoisement par un buriniste, les dessins de Jeanniot, qui auraient servi à ses eaux-fortes. Puis il voudrait en marge de petites gravures, jouant les croquetons au crayon noir et à la plume, qu’on jette, à l’heure présente, sur les marges des livres, déjà imprimés.

Quelle verve surchauffée, quelle vitalité fouettée, quel diable au corps de la cervelle, chez Scholl ! C’est depuis la soupe jusqu’au fruit, depuis le lever de la table jusqu’à sa sortie du salon, une suite d’échos parlés, une avalanche d’anecdotes, une succession de racontars, une enfilade de petits récits sans exposition, {p. 175}comme enfermés entre deux astérisques, un débordement de choses drôles, amusantes, spirituelles, ne laissant la parole à personne, et faisant Coppée silencieusement consterné.

Vendredi 8 décembre §

J’ai reçu enfin hier la fameuse lettre d’anathématisation des femmes de la Ligue d’Émancipation, lettre signée : Mme Potonié. La lettre est polie, et je ne réponds pas.

Dimanche 10 décembre §

Ce soir, on affirmait sérieusement chez Daudet, qu’un populo assistant par hasard à la Chambre, et qui était blessé, avait cru, dans le premier moment, à un feu d’artifice, qu’on avait l’habitude de tirer, dans l’intérieur du Palais-Bourbon, après un discours remarquable.

Montégut, le cousin de Daudet, qui fait la cuisine de L’Intransigeant, après dîner, dans une réminiscence reconnaissante, se met à parler de son opération chez les frères Saint-Jean-de-Dieu, des trois mois qu’il y a passés, de son premier lever, de son premier regard par la fenêtre, dans ce jardin qu’il avait vu à son entrée, tout dépouillé, complètement mort, et où la pousse d’une petite bande d’herbe, le faisait pleurer bêtement.

Montégut s’étend sur les soins maternels, donnés {p. 176}par ces hommes, ces garde-malades appartenant tout entiers à la souffrance, et si en dehors de la vie du siècle, que celui qui le soignait, et qui était à Paris depuis dix ans, n’était sorti que trois fois de la maison, une fois pour aller à Notre-Dame, une autre fois au Sacré-Cœur, une autre fois pour une visite semblable. Il célèbre leur discrétion à l’égard de votre vie, de vos opinions, de vos lectures, de vos journaux, et ne trouve dans sa mémoire comme blâme de ses relations, quand il recevait la visite des actrices du Théâtre-Libre, ou de femmes du quartier Latin, en toilette exubérante, que ce rappel ironique du frère qui le soignait, jetant à haute voix dans ce monde féminin : « C’est l’heure de prendre votre lavement ! »

Mardi 12 décembre §

Pouvillon, de passage à Paris, et qui venait de terminer un roman, en forme de mystère, sur la Bernadette de Lourdes, parle d’un malaise nerveux, qui l’a fait passer deux jours dans son lit, et bientôt il nous entretient de sa grande névrose, qui est chez lui une entêtée hantise de la mort, avec l’effroi de ce qui peut arriver après — et que sans doute, lui donne une éducation religieuse.

Descaves, dont le roman sur les aveugles, va paraître dans le Journal, après le roman de Vandérem, s’extasiait devant moi sur la perfection de l’ouïe, chez les {p. 177}aveugles. Il me disait que l’un d’eux assurait reconnaître chez des gens, en train de causer, que la lampe était emportée ou éteinte, par le rien qui venait à la voix des causeurs.

Lundi 18 décembre §

Barrès me fait l’historique de sa campagne électorale à Neuilly, impute à la police la tentative d’assassinat faite sur lui par les anarchistes, m’assure que dans cette bataille, sa vie était en jeu, qu’on voulait le jeter en bas de la tribune qui était très haute, et qu’il était obligé de se rendre aux assemblées, dans l’escorte de quarante domestiques, prêtés par ses amis, quarante domestiques qui lui servaient de gardes du corps. Et il interrompt son récit, deux ou trois fois, pour répéter : « C’était très amusant… très amusant ! »

Barrès est en train d’écrire une pièce politique : Une journée parlementaire, où il n’a pas osé risquer une séance ; toutefois il craint que la pièce ne soit arrêtée par la censure.

Alors le petit Hahn s’est mis au piano, et a joué la musique composée par lui, sur trois ou quatre pièces de Verlaine, de vrais bijoux poétiques, une musique littéraire à la Rollinat, mais plus délicate, plus distinguée, plus savante, que celle du poète berrichon.

Mercredi 20 décembre §

Tissot m’a amené Helleu, {p. 178}qui veut décidément faire une pointe sèche d’après moi.

Causerie avec Tissot sur sa vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont il va exposer plus de trois cents compositions aux Champs-Élysées, au mois d’avril. Il n’a pas encore trouvé pour le livre, un éditeur en France, mais il ne doute pas d’en trouver en Amérique.

Tissot parle d’un texte avec notules, donnant la vie intime de Jérusalem dans ces temps, d’après des détails du Talmud, non encore traduits, et qu’il a fait traduire par un juif russe.

Et vraiment, les détails donnés par ces notules sont curieux. On brûlait tellement d’encens dans le Temple, qu’il y avait toujours dans le ciel, un nuage allant jusqu’à la mer Rouge, et qui faisait éternuer un troupeau de boucs, près de Jéricho. À propos de l’encens qui joue un grand rôle dans le Talmud, il y est parlé comme d’un magicien, d’un prêtre célèbre, qui faisait monter l’encens en colonne, au moyen d’une herbe qu’il mêlait à l’encens.

Une notule, au sujet de la Femme adultère, nous apprend, que les femmes adultères étaient habituellement déshabillées au Temple, mais qu’elles ne l’étaient pas, quand leur corps était trop beau, de peur d’exciter les jeunes lévites.

Et un tas de curieux renseignements, sur le service qui se faisait au Temple. Les pieds nus sur les dalles de marbre donnant la diarrhée aux vieux prêtres, un médecin ad hoc séjournait dans une partie du Temple. Il y avait aussi un corridor spécial, {p. 179}passant sous le Temple, pour se rendre à une certaine fontaine affectée aux prêtres, qui avaient eu des pollutions dans la nuit.

Jeudi 21 décembre §

Toute la soirée, la conversation est sur Rosny, dont on proclame la valeur littéraire, et l’on s’étonne que, dans ce temps de la bombe de Vaillant, aucun journal ne fasse allusion à son livre Marc Fane, qui est, pour ainsi dire, le compte rendu par avance du fait d’hier.

Daudet, qui sort tout enthousiasmé de la lecture de la Correspondance de Goethe et de Schiller, me disait :

— Ah ! Goncourt, la belle page à écrire sur l’amitié littéraire !

— Allez, lui ai-je répondu, c’est encore mieux de la mettre en pratique, comme nous le faisons.

Vendredi 29 décembre §

Léon a fait, dans son nouveau volume, une satire des médecins contemporains, quelque chose comme les pérégrinations d’un Gulliver, dans le monde médical. Or il dit, que ce travail ne lui présente pas d’intérêt, parce qu’il y met tout ce qu’il y a d’emmagasiné en lui, et que ça ne lui offre pas la jouissance d’inventer, d’imaginer. À quoi, je lui dis de se défier de l’imagination, {p. 180}et que je crois que ce qui fait le beau des vrais livres, c’est la sélection de cet emmagasinage.

Dimanche 31 décembre §

Carrière m’apporte un portrait de Daudet, un grand lavis lithographique. C’est un portrait de cette série, dont nous avons parlé, pendant qu’il faisait une esquisse de ma tête, et qu’il devait graver à l’eau-forte et que bien heureusement il n’a pas fait par ce procédé, qui lui aurait pris un temps énorme, étant donné la grandeur de ces images. Tout à fait merveilleux, le fondu, le flou, le corrégianisme de cette planche, et c’est étonnant qu’il se soit rendu maître du procédé, aussi rapidement. Un portrait de Daudet crucifié, golgotant, mais de toute beauté, comme facture.

Aujourd’hui, au Grenier, quelqu’un demandant l’heure, on parle de la différence de l’heure, sur les montres tirées des poches. Cela me fait dire : « Il y a un homme, dont cette différence de l’heure a été l’empoisonnement de la vie. Cet homme qui possédait deux cent cinquante pendules, peut-être les deux cent cinquante pendules les plus admirables, qui aient été jamais fabriquées au monde, n’avait dans la vie qu’une préoccupation, c’était l’accord simultané de la marche de toutes ces pendules, auquel il n’a jamais pu arriver. Oui, oui, ç’a été l’empoisonnement de la vie de lord Hertfort. » Alors Rodenbach de s’écrier : « On en ferait un conte fantastique {p. 181} ! — parfaitement, lui dis-je, et le possesseur des pendules, mourrait au moment, où toutes les pendules sonnent ensemble minuit, et encore n’aurait-il pas la jouissance de les entendre jusqu’au bout, il mourrait au onzième coup. »

Grand dîner chez Daudet en l’honneur des fiançailles du jeune couple Hugo et Mlle Ménard-Dorian, auquel le maître de la maison dit gracieusement, que le reste des convives n’est, ce soir, que de la figuration.

La petite Dora, que je vois pour la première fois, une délicieuse tête au charme slave, et d’une ressemblance curieuse avec une tête au pastel de Doucet, qui est chez la princesse.

Après dîner, Mme Ménard-Dorian vient s’asseoir dans un fauteuil proche le mien, et nous causons art moderne. C’est chez elle une parole juste, sensée, technique, une parole coupée par des temps, et comme sortant du somnambulisme d’un être. Puis elle me parle du mariage de sa fille, qu’elle me dit se marier à Paris, à l’encontre de l’assertion des journaux, annonçant la célébration du mariage en province, mais un mariage évitant toute publicité.

Mme Ménard-Dorian a un corsage, à bandes diaprées de petites fleurettes de couleur, rappelant le souvenir de ces images de parterre du xviiie siècle, et ainsi galamment habillée, avec ses grands yeux ombreux, et le caractère de sa tête d’un autre temps, elle est vraiment originalement belle.

Année 1894 §

Lundi 1er janvier 1894 §

{p. 185}w D’aimables souhaits de la bonne année, qui commencent dans un petit bout de lettre, gentiment affectueux de Raffaëlli.

Puis ce sont Roger Marx, Frantz Jourdain, et Jean Lorrain, narrant la vie, à la Renaissance, de Sarah Bernhardt, de cette femme répétant tout l’après-midi, jouant toute la soirée, tout en étant régisseur, metteur en scène, contrôleur, etc., etc., et réduite à dîner dans sa loge. De curieux dîners, où l’on mange couché sur le tapis : cela s’appelle manger sur l’herbe.

Et se succèdent les Charpentier, m’amenant ma filleule Jane, et les Daudet, m’amenant ma filleule Edmée. Mme Daudet me rappelle dans le landau, nous menant rue Bellechasse, que commence aujourd’hui la vingtième année de notre intimité.

Mardi 2 janvier §

{p. 186}Dans le chemin de fer, en face de moi, un monsieur au teint de papier mâché, aux traits nerveusement tiraillés, aux yeux doucement ironiques, et qui, d’après ses paroles, semble un compositeur de musique. Il cause avec un voisin, un peintre que je ne connais pas plus que lui, et parlant un moment des compositeurs français du xviiie siècle, il dit : « La préoccupation de ces hommes était avant tout de traduire leurs sentiments… le métier chez eux n’était qu’un domestique… tandis que chez nos contemporains, c’est le patron ! »

Mercredi 3 janvier §

Une visite inattendue. M. Larroumet, vient me voir, et me conte ceci : il avait publié un gros livre sur Marivaux, et se présentait, je crois, à un examen de doctorat, quand son examinateur lui dit :

— Comment, monsieur, un livre de 600 pages sur un auteur de second ordre ?

— Croyez-vous, monsieur, lui aurait-il répondu, que si ces 600 pages avaient été consacrées à Crébillon père, mon livre vaudrait mieux ?

L’examinateur ne répondait rien, et continuait à feuilleter l’énorme monographie, lorsque, tombant sur notre nom, au bas d’une note, il s’écriait : « Ah ! c’est trop fort, ce nom dans votre livre…. N’est-ce pas, c’est bien eux les Goncourt, ai-je lu dans un article de Sainte-Beuve, qui ont dit que l’antiquité a {p. 187}peut-être été faite, pour être le pain des professeurs ? Les noms de ces écrivains ne doivent jamais être cités par un auteur, qui se respecte ! »

Au fond, c’est curieux qu’une boutade comme celle-là, ait le pouvoir d’inspirer de tels ressentiments dans une classe de gens.

Jeudi 4 janvier §

Carrière m’entretient de son tableau du Théâtre de Belleville, auquel il travaille, et qu’il espère avoir fini pour l’Exposition. Il me dit les soirées qu’il y passe, pour en emporter l’impression morale, sensationnelle. Il ajoute qu’il va voir aussi des verreries, des fonderies, des agglomérations ouvrières, pour bien portraiturer ces multitudes dans leur ensemble, car il ne s’agit pas ici de détacher des portraits particuliers : ils ne se voient pas dans une foule.

Il a tout à la fois l’observation et l’esprit, ce Carrière. Ces jours-ci, le chirurgien Pozzi, auquel il était allé recommander pour une opération, un pauvre diable, après de grands compliments sur sa peinture, l’invitait à venir le voir, un jour, à sa clinique. Le spirituel blagueur le remerciait par cette phrase : « Merci, docteur, je ne tiens pas à jouir de la douleur des autres ! »

Dimanche 7 janvier §

J’étais si bien portant, ces {p. 188}jours-ci, que j’ai dit au docteur Rendu de ne pas revenir d’ici à quinze jours, et ce matin, soudainement, j’ai un tel froid dans les bras que, couché dans mon lit, tout habillé, avec deux paletots sur le corps, et encore des fourrures jetées sur mes couvertures, je suis obligé de me faire repasser les bras avec des fers chauds.

Mardi 9 janvier §

Le peintre Helleu, des yeux fiévreux, une physionomie tourmentée, et avec cela, la peau et les cheveux du noir d’un corbeau.

Il vient faire une pointe sèche d’après moi, disant qu’il est très intimidé, qu’il a rêvé toute la nuit qu’il manquait mon portrait, et que pour se mettre en train — lui, qui ne fait que des femmes — il a essayé de se portraiturer lui-même.

Il travaille sur le cuivre non recouvert, avec une pointe de diamant, ayant un tournant sur le métal, que n’a point la pointe d’acier, et avec lequel, il se vante de pouvoir faire un 8. Cette pointe de diamant, qui vient d’Angleterre, serait l’objet de la convoitise de graveurs à l’eau-forte contemporains, qui font de la diplomatie pour la lui emprunter, à la fin de la faire exécuter par un bijoutier parisien.

Pendant qu’il travaille, penché sur la planche de cuivre, qui lui met un reflet rouge sur la figure, il me confesse ses goûts de bibeloterie, son amour des bois sculptés du xviiie siècle, et il m’avoue que pour {p. 189}le tableau qu’il finit dans le moment, tableau vendu seulement 2 000 francs, il vient d’acheter un cadre, aux armes de France, de 1 500 francs.

Puis il parle du besoin de s’entraîner, de se monter, des quatre heures qu’il lui faut, pour attraper l’assurance, quatre heures au bout desquelles, il est quelquefois mort de fatigue. Et il me parle aussi de ses tentatives, pour obtenir des sortes d’instantanés dans le monde, au moyen de planches remisées au fond de son chapeau, et me conte la réussite d’une petite planche, ainsi enlevée, où il a reproduit les yeux concupiscents de Tissot sur un décolletage de femme.

Mercredi 10 janvier §

Robert de Montesquiou vient m’inviter à une conférence, à la Bodinière, où il doit parler sur Marceline Desbordes-Valmore, dont les poésies ont été, selon son expression, la consolation de ses années sèches. Alors il se répand sur le bonheur de sa vie dans le pavillon, où il vient de s’établir à Versailles, sur cette séparation qui se fait entre le monsieur en vareuse bleue de là-bas et le monsieur habillé de Paris, sur la satisfaction de ne plus être sous le coup d’une visite imprévue…. Puis c’est de l’enthousiasme délirant, au sujet de Sarah Bernhardt, à laquelle il s’apprête à faire cadeau, dit-il, d’un collier en corail rose laqué, qui aurait appartenu à une Impératrice du Japon.

Jeudi 11 janvier §

{p. 190}Courteline, un petit homme de la race des chats maigres, perdu, flottant dans une ample redingote, les cheveux en baguettes de tambour, plaqués sur le front, et rejetés derrière les oreilles, et de petits yeux noirs, comme des pépins de poire, dans une figure pâlotte. Ce petit homme : un gesticulateur, ayant dans le sac de sa redingote, des soubresauts de pantin cassé, et cela, dans des conversations, où, piété sur ses talons, sa parole a la verve comique à froid de ses articles, et où son dire débute ainsi : « N’est-ce pas, je n’ai pas l’habitude de mettre mon pied sur un étron ?… »

Mercredi 17 janvier §

Ce soir, je dînais à côté d’une jolie et distinguée femme, d’origine russe. Elle me confessait, à l’âge de quatorze ans, dans l’abandon et la non-surveillance des livres traînant partout, en la maison de ses père et mère — et qui avait fait que sa sœur avait lu, à six ans, Madame Bovary — avoir parcouru toute la littérature avancée des langues, française, russe, anglaise, allemande, italienne. Et comme je l’interrogeais, sur ce que cette incroyable avalanche de mauvaises lectures avait dû produire dans son cerveau, elle me répondait que cette ouverture par les livres sur la vie aventureuse, lui avait donné l’éloignement des aventures, mais en même temps lui avait fabriqué une pensée, toute différente de la société, au milieu de laquelle elle vivait.

Dimanche 21 janvier §

{p. 191}Aujourd’hui la visite de Bonnetain, que je n’ai pas vu depuis son retour du Soudan.

Il proclame qu’on peut aller d’un bout de l’Afrique à l’autre, avec une canne, en courant moins de danger, que dans la banlieue. Mais, ajoute-t-il, quand il y a des militaires envoyés pour ces promenades, ils veulent absolument des coups de fusil, pour avancer, et c’est d’eux, que viennent toutes les complications.

Il parle de la politique française là-bas, de sa soumission aux exigences de l’Angleterre, nous confiant qu’un gros bonnet de l’administration, lui avait dit, dans un mouvement d’expansion : « Si je pouvais vous faire lire les dépêches, que j’ai dans ce meuble, sur notre humiliante attitude vis-à-vis de l’Angleterre, nous pleurerions ! »

Il donne de tristes détails sur le gaspillage, sur la malhonnêteté générale de l’endroit, signalée par cette phrase qui revient dans sa conversation, comme un refrain : « Vous savez, là-bas, il se gagne une maladie, qui fait voir les choses sous un autre angle qu’en Europe… ça s’appelle la soudanite. » Et la soudanite ferait faire de vilaines et féroces choses.

Puis avec l’accent tendrement passionné, qu’il a, lorsqu’il parle de sa fille, il nous disait : « Elle n’a pas été une minute souffrante… et c’est un enfant que rien n’étonne… Elle aperçoit un lion, savez-vous ce qu’elle dit : « Oh ! j’en ai vu de plus beaux que cela au Jardin des Plantes… et surtout le grand, auprès {p. 192}de ma marraine, qui a des poils sur le dos et des bouquets entre les jambes. » Elle parlait du lion de Belfort, qu’elle voyait en allant chez sa marraine, à Montrouge.

Mardi 30 janvier §

Dîner chez Jean Lorrain, avec le ménage de la Gandara, Henri de Régnier.

Une beauté tout à fait gozzolienne, cette Mme de la Gandara, avec ses beaux yeux songeurs au grand blanc, l’ovale long de sa figure, les lignes pures de son nez, de sa bouche, la délicatesse extatique de sa physionomie, ses blonds cheveux lui tombant le long de la figure, en ondes dépeignées, comme les cheveux d’une Geneviève de Brabant, enfin avec ce caractère d’une tête, où la nature s’associe au coquet effort de se rapprocher des primitifs, et qui lui donne dans de la jeune vie, le charme archaïque d’une tête idéale d’un vieux musée. Et le cou un peu décolleté, sans un bijou, sans une fanfreluche distrayant le regard, elle est habillée d’une robe de satin blanc, toute plate, toute collante aux formes, avec seulement au bas, cinq ou six rangs de petites ruches, qui font un remous de luisants et de reflets de soierie, à ses pieds.

Gandara tout en étant simple, naturel, est un monsieur distingué, qu’on sent en rapport avec les gens du vrai monde. Dans sa causerie sur la peinture, où ses trois admirations semblent se porter {p. 193}sur Rembrandt, Velasquez, Chardin, il a une expression caractérisant bien le premier et le dernier, quand il dit : « Chez Rembrandt, c’est une lumière d’or, chez Chardin, une lumière d’argent. »

Mercredi 31 janvier §

Aujourd’hui, la comtesse de Biron vient me demander mes conseils, pour l’Exposition de Marie-Antoinette, qui doit avoir lieu au musée Galliera.

Dimanche 4 février §

La petite bonne qui a remplacé un moment Blanche, et qui s’en va de chez moi, disait : « Décidément je vais chercher une place chez une cocotte… on y travaille peu… on y mange bien… et on a la chance d’être emmenée au spectacle, aux bains de mer ! »

Daudet soutenait que les locutions des gens sont, la plupart du temps, en rapport avec la nature de leurs facultés. Ainsi les gens qui ont le don de la vision des choses, disent toujours : « Vous voyez bien ça ? » tandis que ceux qui ne sont pas picturaux, et qui ont plutôt la compréhension, que la vision des choses, disent : « Vous comprenez bien ça ? »

Ce soir, Rollinat, venu pour placer ses morceaux de musique à Engel, qui lui a fait un traité par lequel {p. 194}, il ne peut lui en fournir que la demi-douzaine par an, nous joue ces morceaux. Il les interrompt, de temps en temps, nous faisant face par une virevolte du tabouret du piano, et nous parlant de sa vie plantureuse de là-bas, des chevennes de trois livres, qu’il met bien ficelés à la broche, et dont il arrose la peau craquante d’une livre de beurre, avouant que pour lui « bien manger a son importance ». Et il se répand sur ses pitancheries, avec son curé rabelaisien, s’écriant à table : « Ah ! je ne sais pas comment on est là-haut, mais je me trouve bougrement bien ici ! »

Dans sa vie provinciale, Rollinat ne se plaint que des temps de neige qui l’emprisonnent chez lui, et il cite une année, où il a été enfermé quarante jours chez lui, et où pour se distraire, il s’est livré à de voluptueuses cuisines.

Il nous répète qu’il n’a jamais pu écrire à une table, que c’est en marchant dans la campagne, qu’il fait ses vers, et la carcasse musicale de sa musique, avant de la reprendre au piano.

Lundi 5 février §

Helleu qui recommence une pointe sèche, d’après moi, me raconte les premières années de sa vie d’artiste ; et me parle d’affreuses pannes, de deux jours qu’il a passés sans manger, n’ayant que l’argent du modèle, d’après lequel il a travaillé, ces deux jours, fiévreusement, pour oublier {p. 195}sa faim. Heureusement qu’en farfouillant dans son atelier, à la fin de la seconde journée, il a trouvé une boîte de fer-blanc, dans laquelle trois ou quatre biscottes avaient été oubliées.

Puis Helleu m’entretient d’une centaine de croquis, qu’il a faits dans un séjour à Bois-Boudran, de la comtesse Greffulhe, croquis dans toutes les attitudes, et montrant la charmante femme, du lever au coucher, croquis qu’il avait demandés un jour, pour les exposer, et qui lui avaient été refusés, parce qu’il y avait des croquis trop intimes, que la femme était montrée trop dans son déshabillé.

Helleu est avant tout, un croqueur des ondulations et des serpentements du corps de la femme, et il me disait qu’il avait chez lui, tout un arsenal de planches de cuivre, sa femme ne pouvant faire un mouvement qui ne fût de grâce et d’élégance, et dix fois par jour, il s’essayait à surprendre ces mouvements, dans une rapide pointe sèche.

Dimanche 11 février §

De la gaieté douce, du comique léger, de la parole joliment malicieuse, et de l’entrain communicatif, qui fait tout le monde causant autour de lui, ce sont les qualités de la conversation de Rodenbach.

Mercredi 14 février §

Une crise avant-hier, une {p. 196}crise ce matin. Une impossibilité de travailler, d’écrire même une lettre. J’ai vraiment peur, quand arrivera la correction des épreuves de mon Journal, de n’être plus en état de faire cette correction.

Dimanche 18 février §

C’est vraiment extraordinaire chez Schwob cette science universelle qui va de Tacite à Wittemann : des auteurs les plus anciens aux auteurs les plus modernes, et les plus exotiques. Et cet érudit n’est pas seulement un homme de bouquins, il a la curiosité des coins d’humanité excentriques, mystérieux, criminels. Il nous décrivait, ce soir, le repaire du Château-Rouge, nous contait une visite faite par lui, à la salle des femmes.

Il est en train de traduire un roman complètement inconnu de l’auteur de Robinson Crusoé : roman qu’il me dit avoir quelque ressemblance avec Germinie Lacerteux.

Jeudi 22 février §

Enfin aujourd’hui, sans une ligne, sans un mot de Sarah Bernhardt, le renvoi du manuscrit de : La Faustin.

Vendredi 23 février §

Représentation de la Journée parlementaire, au Théâtre-Libre, représentation du Figaro.

{p. 197}Dans l’entracte, visite de l’académicien d’hier, visite d’Hérédia qui nous raconte qu’il a bien manœuvré, qu’il a démoli les intrigues de Camille Doucet, qu’il s’est montré un habile stratégiste.

Au fond, la Journée parlementaire n’est pas si méprisable, que je l’entends dire par quelques-uns, seulement, c’est une pièce faite rapidement, pas assez fouillée, et où Thuringe et les parlementaires de son entour ne sont que silhouettés.

Dimanche 25 février §

Interrogé sur son ami Paul Adam, de Régnier nous dit que c’est un corpulent, un sanguin, dont même la rêverie n’est pas contemplatrice, mais est active, et tout en reconnaissant, en exaltant ses mérites littéraires, il déclare toutefois que chez lui, l’occultisme prime la littérature.

Lundi 26 février §

À l’anarchique heure présente, dans les maisons où les magistrats ont un appartement, il y a une porte intérieure en glace fermée, qu’ouvre seule la portière. Cette porte existe chez le juge Meyer, qui habite le logement du dessous de Quesnay de Beaurepaire.

Mercredi 28 février §

Lisant aujourd’hui, dans la {p. 198}brochure, la Journée parlementaire, je trouve à la pièce de très grandes qualités, dont je ne m’étais pas tout à fait rendu compte à la représentation, et je trouve le suicide par contrainte, un acte parfaitement original et très bien fait.

Dimanche 4 mars §

Au Grenier, arrive Rodenbach, auquel on demande, où il en est de sa pièce, et qui dit que Claretie est prêt à la jouer, mais qu’il ne veut pas de sa composition. C’est un hasard, ajoute-t-il, qui lui a fait faire du théâtre, qu’il n’en fera sans doute plus, et qu’alors il aime mieux ne pas être joué, que d’être joué avec une interprétation, qui n’est pas dans ses vues. Claretie lui propose Baretta, et il désirerait avoir Moreno qui, pour lui, donnerait l’illusion d’une figure avec son recul dans le passé.

Ce soir, Schwob apporte, chez Daudet, un volume de Daniel de Foé, qu’il nous traduit, qu’il nous interprète. C’est un traducteur très séduisant, avec son mot à mot trouvant si bien l’expression propre, ses petites hésitations balbutiantes devant un terme archaïque, ou un terme d’argot, avec son intonation à mezza voce qui, au bout de quelque temps, a le charme berçant d’une cantilène. Ce volume, je crois, s’appelle Le Capitaine Jack, et c’est l’histoire d’un voleur-enfant, écrite avec un sentiment d’observation moderne, et mille petits détails d’une vie vécue, contés bien certainement à l’auteur, enfin avec toute la {p. 199}documentation rigoureuse et menue d’un roman réaliste de notre temps.

Mercredi 7 mars §

Dîner chez Zola, dans sa belle et grande salle à manger nouvelle.

Un très beau et très fin dîner, au milieu duquel est servi un plat exquis : des bécasses au vin de Champagne, dont la recette a été rapportée par Mme Zola de Belgique, et dans la sauce duquel salmis, est écrasé du foie gras : ce qui fait un velouté sucré inénarrable.

Un moment, on entend Coppée, dont le ricanement de la voix prend quelque chose de la pratique de Polichinelle : « Oh les jeunes ! je me rappelle, moi, mes premières visites chez Leconte de Lisle… je m’y rendais comme on va à La Mecque… maintenant, eux, à la première entrevue, de bouche à bouche, ils vous traitent de vieux c… »

Jeudi 8 mars §

Combien ce Tacite de Burnouf, en six volumes ?

— Dix francs, me répond le libraire Delaroque.

— Il y a vingt ans, on l’aurait vendu trente-cinq francs… mais aujourd’hui on ne veut plus d’auteurs latins.

Dimanche 11 mars §

Quinze jours sans crise, et {p. 200}la sensation de la rentrée en pleine jouissance de la vie.

Jeudi 15 mars §

À mon entrée dans le cabinet des Daudet : « Vous savez, me dit-il, il y a eu une bombe à la Madeleine, je passais en voiture… devant, c’était une foule ! »

Pour la première fois, vient ce soir chez Daudet, Mme Martel, ou plutôt Gyp, à l’élégance brisée du corps, dans une toilette blanche d’un goût tout à fait distingué. Elle parle avec amour des bêtes, de son cheval qui lui écrase les pieds, et auquel elle ne peut s’empêcher de porter tous les jours des morceaux de sucre, des chats qu’elle adore, des chiens, dont son hôtel est une maison de refuge.

Arrive Jean Lorrain qui dit : « Aujourd’hui Pozzi donnait un déjeuner à deux de ses opérés, à Mme Jacquemin et à moi. Aussi, ai-je entendu la bombe, qui a fait le bruit d’un coup de canon, tiré à la cantonade. Et c’était curieux l’aspect de la Madeleine, ça ressemblait, vous savez, à l’acte d’Antigone, où devant le Temple, sont ces gens faisant de grands appels de bras. »

Lorrain est interrompu par Mariéton, qui est entré dans la Madeleine, grâce à la rencontre qu’il a faite à la porte, d’un neveu de Périer. L’église était complètement noire, mais à la lueur d’une allumette qu’il a allumée, il a pu voir le mort, dont la figure {p. 201}exsangue, était pareille à une figure de cire, et dont le bas du corps semblait une bouillie, sur laquelle se répandaient ses entrailles.

Vendredi 16 mars §

Première visite de mon troisième Esculape, du docteur Millard qui a une bonne figure réconfortante, et qui écrit une ordonnance, avec des rires prometteurs de santé.

Dîner, ce soir chez Charpentier, avec les Zola, les Daudet, les Frantz Jourdain, Lemaître, Degas.

Degas n’a pas vieilli d’un cheveu, au contraire il est engraissé, et a pris le teint fleuri du succès. À une allusion sur la vente de ces jours, il laisse échapper un petit mouvement nerveux, et d’une voix rêche, dit que les amateurs sont des brocanteurs en chambre, dissimulant mal son effroi des ventes, où le haut chiffre où sont cotés ses tableaux aujourd’hui, peut faiblir demain.

Un moment je cause avec Zola, l’interrogeant sur sa maladie, qu’il me dit se porter sur les entrailles, et chose curieuse, amener chez lui des crises, aussitôt qu’il se met à travailler, et même à lire.

Dimanche 25 mars §

J’ai la visite de Tabarant qui m’a dédié L’Aube, et qui habite Conflans. Il nous apprend qu’il est voisin de Carlier, l’ancien préfet de {p. 202}police, avec lequel il va fumer presque journellement une cigarette, et qui lui raconte les choses les plus curieuses. Il lui aurait dit que Maxime Ducamp avait écrit une « Histoire de la pornographie sous la Commune », histoire dans laquelle il affirme que le général Eudes avait fait fusiller Beaubourg, parce qu’il l’avait trouvé le cocufiant.

Vendredi 30 mars §

Une nuit telle, que je crois n’en n’avoir jamais passé de pareille dans ma vie, et où l’on comprend les gens qui se jettent par la fenêtre.

Dimanche 1er avril §

Aujourd’hui trois enterrements : Pouchet, le fils Braine, Mme Zeller. La marchande, chez laquelle ma domestique a été commander une guirlande de roses et de pensées, lui disait : « C’est étonnant comme on meurt dans ce moment-ci ! ».

Je retrouve en rentrant du cimetière, au Grenier, Rodenbach qui me dit écrire un poème inspiré par sa maladie, où il cherche à peindre l’affinement produit par la souffrance, l’espèce d’étape supérieure, que cela fait monter à notre humanité.

Ce soir, Léon Daudet nous lit quelques morceaux des Morticoles. C’est une abondance d’idées, une {p. 203}richesse d’images, de l’horreur, de l’horreur… mais de l’horreur amusante, et un style brisé, plein de vie, au milieu d’une ironie féroce, d’une ironie à la Swift.

Lundi 2 avril §

Exposition des pastellistes. — Helleu : des pastels où l’on sent un œil de peintre, amoureux de douces étoffes, de tendres nuances passées, de soieries harmonieusement déteintes. — Duez : des fleurs au beau et large dessin, dans leur mollesse et leur rocaille fripée. — Lhermitte : de vieilles rues normandes, au puissant écrasis de pastel, balafrées en leur ombre bleuâtre, de coups de soleil dorés.

La soupe servie chez Mme Sichel, le docteur Martin tombe dîner. Le délicat repas l’amène à parler du temps, où, avant d’être médecin, il était directeur d’une exploitation de soufre, aux environs de Naples, dans une localité, où il se nourrissait absolument de soupe aux choux et de salade de pommes de terre. Il arrivait cependant des jours, où il lui venait l’idée de faire un dîner, comme dans un restaurant de Paris. Or, il se trouvait, que la contrée était pleine de bécasses, et qu’on lui vendait, en le volant beaucoup, 50 centimes. Et achetant toutes celles qu’on lui apportait, il finissait par en avoir une quarantaine, qu’il surveillait, et qu’il mettait à la broche, lorsqu’une plume se détachait du cou. Et ma foi, il {p. 204}avait construit de ses mains une rôtissoire en fer-blanc, et faisait rôtir la bécasse devant un feu de bois clair et flambant, ayant l’art de la faire couler dans le canapé, et soutenant qu’il n’y avait pas dans le monde, un rôtisseur de bécasses comme lui. La découverte des bécasses l’avait amené bientôt à la trouvaille, dans un petit lac voisin, d’écrevisses que personne ne mangeait, et il fallait l’entendre décrire les merveilleux courts-bouillons qu’il fabriquait.

Ce très aimable docteur Martin, est vraiment un délicat. Je l’ai entendu parler femmes, bouquins, cuisine ; et la manière dont il en parle, ne peut laisser aucun doute sur cette qualité distinguée de l’homme.

Jeudi 5 avril §

À la fin de la soirée, l’on causait de la précipitation des choses, des événements, des succès, de l’accélération de tout au monde, et l’on se demandait, si ce n’étaient pas les caractères des fins de siècle, si, il n’y avait à ces époques limitées par des calculs humains, une accumulation, un trop-plein d’incidents, voulant déborder, pour débarrasser le siècle qui va venir. Et l’on faisait un retour sur la fin du siècle dernier avec la Révolution, sur la fin du xviie siècle avec les guerres de Louis XIV, sur la fin du xvie siècle avec la Ligue.

Vendredi 6 avril §

Le jeune Rothenstein qui {p. 205}fait un croquis de ma tête pour le livre : Edmond and Jules de Goncourt (with Letters and Leaves from their Journals), que va publier à Londres l’éditeur Heinemann, me parlait d’un phalanstère momentané, établi entre Rossetti, Whistler, Swinburne, phalanstère tout rempli, du matin au soir, de disputes, de chamaillades, d’engueulements, et dans lequel on voyait vaguer Swinburne, le plus souvent ivre et tout nu, à la grande indignation de Rossetti.

Samedi 7 avril §

L’hiver dernier, sur un catalogue à prix marqués, j’achetai un peu à l’aveuglette, sans trop savoir ce qu’il y avait dedans, un livre ayant pour titre : « La Maison réglée et l’art de diriger la Maison d’un grand Seigneur, et le Devoir de tous les officiers et autres domestiques en général. Avec la véritable méthode de faire toutes sortes d’eaux et de liqueurs, fortes, raffraichissantes, à la mode d’Italie. À Paris, chez Nicolas Le Gras, au Palais, dans la Grand’Salle, au troisième pilier à l’L couronné. MDCC. »

Et quand j’eus parcouru le petit volume, qui donne exactement le « Prix de la vie à Paris, en 1700 », ce fut un étonnement pour moi, qu’il n’eût été déjà consulté et cité par un historien des mœurs françaises.

La Maison réglée est tout bonnement le livre d’un maître d’hôtel ; mais d’un maître d’hôtel qui n’est pas le premier venu.

{p. 206}« L’office ayant été sa première inclination », écrit-il, il apprit son métier des premiers officiers de France, s’attachant à ne rien ignorer concernant les confitures et les liqueurs, mais travaillant encore à savoir faire en perfection toutes sortes d’eaux, tant de fleurs que de fruits, glacées et non glacées, sorbets, crèmes, orgeat, eaux de Pistaches, de Pignons, de Coriandre, d’Anis, de Fenouil et de toutes sortes d’autres grains, et apprenant à distiller des fleurs et des fruits, tant par le chaud que par le froid, et à préparer le chocolat, le thé, le café, que peu de gens, dit-il, connaissent encore en France, — et enfin se donnant après Môre, qui fut envoyé d’Italie au cardinal Mazarin, après Salvator, qui fut envoyé également d’Italie au maréchal de Grammont, se donnant pour le troisième maître d’hôtel qui avait contribué à la vogue de ces boissons.

Pour se perfectionner dans son art, il faisait un séjour de quatorze mois à Rome, d’où revenant en France, au mois de janvier 1660, émerveillé des beaux pois en cosse, qu’il trouvait aux environs de Gênes, il en faisait cueillir deux paniers par les paysans, qui lui apportaient avec quantité de boutons de roses, dont le tour de leurs champs est garni, et certaines herbes propres à les conserver dans leur fraîcheur. Et aussitôt, prenant la poste, il eut la bonne fortune, arrivé à Paris, de présenter, le 18 janvier, ses pois et ses roses au roi Louis XIV, par l’entremise de Bontems, qui lui fit la grâce de le mener, lui-même, au vieux Louvre.

{p. 207}Ces roses fleuries, ces pois mûrs au mois de janvier : c’était une nouveauté à Paris, et Monsieur, et le comte de Soissons, et le duc de Créqui, et le maréchal de Grammont, et le comte de Noailles, et le marquis de Vardes, de s’écrier que jamais en France, on n’avait vu rien de pareil pour la saison. Même en présence de Sa Majesté, le comte de Soissons prenait une poignée de pois, qu’il écossait, et qui se trouvèrent aussi frais que si on venait de les cueillir. Et Sa Majesté, après avoir témoigné sa satisfaction à l’heureux maître d’hôtel, lui ordonnait de les porter au sieur Baudouin, contrôleur de la bouche, et de lui dire d’en faire un petit plat pour la Reine mère, un pour la Reine, un pour le Cardinal, et qu’on lui conservât le reste que Monsieur mangerait avec Elle.

Et comme Louis XIV faisait offrir un présent d’argent au porteur des pois et des roses, Audiger (c’est le nom de notre maître d’hôtel), refusait et faisait demander au Roi le privilège de faire, de vendre et de débiter toutes sortes de liqueurs à la mode d’Italie, tant à la Cour et suite de Sa Majesté, qu’en toute autre ville du royaume, avec défense à tous autres, d’en vendre et d’en débiter à son préjudice.

À peu de temps de là, Audiger obtenait son brevet de M. Le Tellier, mais il éprouvait de telles tracasseries dans les bureaux pour le scellement de ses lettres d’obtention, qu’il entrait chez la comtesse de Soissons en qualité de faiseur de liqueurs, en sortait, {p. 208}se mettait dans le régiment de cavalerie de Rouvray, faisait plusieurs campagnes, obtenait une lieutenance d’infanterie dans la compagnie Joyau, du régiment de Lorraine, se démettait, se refaisait maître d’hôtel du président de Maisons, puis de Colbert, et finalement établissait une boutique de limonadier, place du Palais-Royal, où il fournissait la Cour et la Ville.

C’est dans cette boutique de limonadier, qu’Audiger écrit La Maison réglée, et nous donne la constitution de la Maison d’un grand seigneur, en nous initiant au bon marché invraisemblable de la vie à Paris, en ces premières années du xviiie siècle.

La Maison d’un grand seigneur devait être composée : d’un Intendant, d’un Aumônier, d’un Secrétaire, d’un Écuyer, de deux Valets de Chambre, d’un Concierge ou Tapissier, d’un Maître d’Hôtel, d’un Officier d’Office, d’un Cuisinier, d’un Garçon d’Office, de deux Garçons de Cuisine, d’une Servante de Cuisine, de deux Pages, de six ou quatre Laquais, de deux Cochers, de deux Postillons, de deux Garçons de Carrosse, de quatre Palefreniers, d’un Suisse ou Portier. Et en plus, d’un Valet pour l’Intendant, d’un Valet pour l’Aumônier, d’un Valet pour le Secrétaire, d’un Valet pour l’Écuyer, d’un Valet pour le Maître d’Hôtel.

Or l’aumônier, appointé à 200 livres, l’écuyer à 400, le maître d’hôtel à 500, le cuisinier à 300, le garçon d’office à 75, le cocher à 100, les palefreniers à 60, les laquais à 100, etc., etc., cela fait pour les traitements et gages des trente-six personnes {p. 209}composant la domesticité du grand seigneur, par « chacun an » la somme de quatre mille dix livres.

* * *

Maintenant quelle était la dépense, par jour, de ces trente-six personnes : écoutons Audiger.

Dans les maisons bien réglées, et afin que chacun soit content, on donne une livre et demie de viande de boucherie, y compris les bouillons, les jus, coulis et entrées de grosses viandes pour la table du Seigneur ; ce qui, par jour, pour les personnes ci-dessus, fait la quantité de cinquante livres de viande, lesquelles, à raison de cinq sous la livre, donnent la somme de : 14 l. 10 s.

Les jours maigres, les légumes et les poissons revenaient au même prix que la viande, les jours gras.

On donne aussi par jour à chaque personne trois sous de pain, ou une livre et demie : ce qui fait, y compris le pain pour les potages : 5 l. 8 s.

Pour le vin, les officiers et le cocher ont trois chopines par jour, et les autres domestiques une pinte, et quand le vin se paye en argent, les premiers ont cinq sous, les autres quatre : ce qui fait : 7 l 9 s.

Pour le bois et charbon pour la cuisine et l’office : 3 l.

Pour le sel, le poivre, le clou de girofle, la cannelle et autres épiceries : 20 s.

Pour les herbes, légumes, salades, huile et vinaigre et verjus : 20 s.

Pour la chandelle, tant pour la cuisine, office, antichambre, écurie, vingt-huit sous : qui font quatre {p. 210}livres de chandelle par jour : 28 s.

Pour l’entretien et dépense journalière des ustensiles de cuisine : 10 s.

Pour l’entretien aussi des batteries de cuisine et d’office : 15 s.

Pour le porteur d’eau : 5 s.

Soit la somme par « chacun an » de neuf mille cinq cent trente-six livres, seize solz.

* * *

Maintenant Audiger établit la dépense, à laquelle peut revenir la table du seigneur, à douze couverts par jour, soir et matin.

Pour le premier service de la table, il doit avoir à dîner : un grand potage, quatre petits plats, deux assiettes hors-d’œuvre ; pour le second service, un grand plat de rôt, deux salades, deux plats d’entremets ; pour le troisième service, un grand plat de fruits avec quatre compotes.

Pour la viande de rôtisserie, il faut, tous les jours, un chapon pour mettre au pot ; deux poulets pour faire une entrée ; trois pièces de rôt pour le matin, autant pour le soir, ce qui, à huit pièces de rôtisserie par jour à vingt-cinq sous, chaque pièce, fait monter la dépense à : 10 l.

Et Audiger estime, par jour, le pain à : 36 s.

Le vin à : 6 l.

Les légumes, ragoûts, crêtes, ris de veau, foies gras, beurre, etc., à : 4 l.

Les fruits et les compotes à : 4 l.

La bougie à raison d’une livre par jour ; tant pour la table que pour la chambre, à : 30 s.

{p. 211}Les deux flambeaux de poing, à : 3 l.

Le bois, fagots, cotterets en hiver, pour la chambre et l’antichambre : 30 s.

Le blanchissage des nappes, serviettes de table, tabliers et torchons de cuisine et d’office, à : 15 s.

Soit la somme, par « chacun an », de onze mille huit cent quatre-vingts livres quinze sols.

* * *

Maintenant passons à l’écurie du grand seigneur.

D’après Audiger, un grand seigneur ne peut avoir moins de quatorze chevaux de carrosse, qui font deux attelages.

Il compte par jour, pour chaque cheval, deux bottes de foin qui, à raison de 20 livres le cent, valent : 8 s.

Un boisseau d’avoine : 8 s.

Pour la paille de la litière, le maréchal, l’entretien des fers, le bourrelier : 6 l.

Ce qui fait pour chaque cheval, par jour, 22 sous, et pour les quatorze : 15 l. 10 s.

Le seigneur ne peut également avoir moins de seize chevaux de selle, dont la nourriture et l’entretien lui reviennent à douze livres, et qui, avec la nourriture et l’entretien des chevaux de carrosse, et les raccommodages du carrosse, montent par jour à vingt-neuf livres.

Soit par « chacun an » la somme de dix mille cinq cent quatre-vingt-cinq livres.

En sorte que cette maison, montée sur le pied de trente-six officiers et domestiques, et où il y a trente chevaux à l’écurie, ne coûte, en l’an 1700, que la {p. 212}somme de trente-huit mille neuf cent soixante-quinze francs.

* * *

Maintenant, si le grand seigneur se marie, tout de suite, la maison s’augmente pour le service de la Dame : d’un Écuyer ; d’une Demoiselle suivante, d’une demoiselle suivante, dont la fonction est de faire honneur à la Dame, et de l’accompagner à la messe, aux visites, et partout où elle va ; d’une Femme de chambre, d’une femme de chambre qui doit savoir peigner, coiffer, habiller et ajuster une dame, suivant le bon air et sa qualité, savoir blanchir et empeser toutes sortes de linges et de gazes, savoir raccommoder les dentelles, savoir préparer un remède et le donner avec adresse ; d’un Valet de chambre, d’un valet de chambre qui, dans ce temps-là, était en général tailleur pour femmes, et qui devait prendre soin des habits de la Dame, et les mettre à la mode, quand ils n’y étaient plus, et tenir la porte de la chambre de la Dame, quand elle se lève ou se couche, et avoir beaucoup de discrétion dans ce qu’il peut voir ou entendre ; d’un Page, d’un Maître d’Hôtel, d’un Cuisinier, d’un Officier, d’une Servante de cuisine, de quatre Laquais, d’un Cocher, d’un Postillon, d’un Garçon de Cocher, de sept Chevaux de carrosse, de quatre Chevaux de selle, pour monter les officiers.

Quand il y a des enfants, ce sont encore : une Gouvernante d’enfants, une Nourrice, un Gouverneur ou Précepteur, un Valet de Chambre, deux Laquais, une Servante pour la Nourrice.

{p. 213}Toute la dépense de cette nouvelle domesticité, ajoutée à l’autre, ne s’élève guère, comme gages, qu’à deux mille quatre cent soixante-cinq francs.

Audiger établit aussi, « sur un pied honnête » le budget d’une maison « de moindre conséquence », d’une maison d’homme de qualité, où il y a un Valet de Chambre, une Femme de charge, un Cuisinier, un Cocher, deux Laquais, et à l’écurie deux Chevaux pour le petit carrosse-coupé, dont il donne le prix d’achat à cinq cents francs, ainsi que des deux moyens chevaux, à deux mains, valant de six cents à sept cents francs.

Et pour cette Maison, où, en comptant le Maître, il y a huit bouches à nourrir, Audiger arrive à la somme de quatre cent huit livres par mois, et à la somme par « chacun an » de quatre mille huit cent quatre-vingt-dix-neuf livres.

* * *

Enfin Audiger établit le budget d’un homme de qualité qui vit à l’auberge, paye la nourriture de ses gens, et se sert d’un carrosse de remise.

Son valet de chambre, à raison de vingt-cinq sous par jour pour sa nourriture, et cinquante écus de gages, lui coûte par mois trente-sept livres dix sols, et par an : 457 l. 10 s.

Ses deux laquais, à raison de seize sols par jour, pour leur nourriture, chacun, et quatre-vingt-dix livres de gages, lui coûtent par an : 585 l. 12 s.

Quant au maître, il peut dépenser, tant pour sa chambre garnie que pour le logement de ses gens, et pour sa pension et nourriture, un écu par jour ; {p. 214}ce qui fait par an : 1 098 l.

Et pour le carrosse de remise, à raison de vingt pistoles par mois ; ce qui donne par an, la somme de : 2 400 l.

C’est ainsi, dit Audiger, que toute la dépense d’une personne, qui veut se gouverner de la sorte, peut aller, par mois, à la somme de quatre cent six livres, onze sols, six deniers et par « chacun an » à quatre mille huit cent dix-neuf livres.

Dimanche 8 avril §

Voici Paul Margueritte, qui pousse la porte du Grenier, bien vivant, bien portant. Il parle de sa vie de travail, cet hiver, entre le piano de sa femme et les devoirs de ses petites filles.

Et voilà Pierre Gavarni qui nous entretient de la contamination des campagnes, par cette universalité de soldats, rapportant la v… dans les localités, les plus sainement portantes. Il signale aussi le changement curieux, arrivé chez les paysans de son département, qui lorsqu’ils n’avaient pas le sol, étaient des conservateurs forcenés, et qui, maintenant qu’ils possèdent des terres et de l’argent, sont socialistes.

Mardi 10 avril §

Décidément je me crois foutu !

Jeudi 12 avril §

{p. 215}Il est question de Marseille, et Richepin parle assez drolatiquement de deux parentes de sa femme, natives de ladite ville, qui ont passé avec les enfants de l’une, quelques jours dans son logis, et dont le séjour a été pour lui une vraie jubilation. L’une, la mère, très exubérante, très grande parleuse, l’autre une concise, mais formulant des phrases, dans lesquelles était condensée toute l’exagération de la parole méridionale. Ainsi la mère disant de son enfant, je ne sais à propos de quel petit méfait : « Alors j’ai fait des nœuds à mon mouchoir…, et je lui en ai donné…, je lui en ai donné ! — Oui, reprenait la sœur, quand je suis montée à ses cris, sa chair était une bouillie ! » Un autre jour, la mère parlant encore de son enfant, de sa manie de toucher aux allumettes, de sa crainte qu’il n’incendiât la maison, et racontant que pour lui faire peur du feu, elle lui avait tenu un moment le doigt au-dessus d’une bougie, la sœur de s’écrier : « Le pauvre petit…, oui, ça sentait la fonte de la graisse ! »

Hérédia, que je remercie de l’envoi de la Nonne Alferez, illustrée par Vierge, me donnait quelques détails sur le grand artiste paralysé. Dans le naufrage de son cerveau, il est resté une case intacte, la case du dessin. Il ne sait plus lire, plus écrire, — oui, plus écrire, en sorte que pour signer maintenant un dessin, il est obligé d’en copier la signature sur un dessin d’autrefois, et cependant, ô prodige ! de la main gauche, il dessine avec sa facilité passée, sur la lecture qu’on lui fait d’un chapitre, d’une page. {p. 216}Maintenant, dans ce grand corps paralysé, la santé physique va très bien. Il boit, il mange, fait des enfants, déborde d’une grosse gaieté. Ça ne fait rien, quel malheur, que cette mort d’une moitié de lui-même, et bien certainement de quelque chose de son talent, qui allait faire un si beau, un si original, un si espagnol, Don Quichotte.

Dimanche 15 avril §

On parle de la marche des gens et c’est pour Raffaëlli, l’occasion d’une causerie, où il se montre un grand observateur physiologique. Dernièrement il avait vu, dans la rue, Huysmans fermer son parapluie, et il nous peint le petit frottement des mains contre le haut de sa poitrine qui a suivi, et la contracture des gestes, et l’incurvation du poignet, et enfin la marche de l’homme névrosé, qui n’a pas la grande enjambée ordinaire, mais une enjambée, qui a l’air d’être retenue par une chaîne.

À cette marche de Huysmans, Raffaëlli opposait la marche appuyée sur la plante du pied du Norvégien Thaulow, cette marche pesante et dandinante sur la terre, d’un marin marchant sur le pont d’un navire. Et la marche de Thaulow amène Raffaëlli à peindre ces gens du pôle, si peu assimilables à notre race, et qui, habitant même notre pays, on ne les voit qu’intermittamment, comme ces grands oiseaux de mer, qu’un trop fort coup d’aile rapproche par hasard {p. 217}de vous. Et comme je lui demande, si sa femme est vraiment aussi jolie qu’on le dit, il me répond qu’il n’en sait rien, que ces gens du nord, avec leur blondeur de chanvre, ont quelque chose d’effacé, quelque chose qui ne fixe pas le regard, quelque chose qui ne reste pas dans la mémoire. Le souvenir de ces êtres fond, dit-il, et il ne reste dans votre souvenir, que des réminiscences, pour ainsi dire, irréelles. Tout ce qu’il se rappelle du couple, à la façon d’une hallucination, c’est leur vision, un jour que le mari était tout en jaune, la femme tout en bleu de ciel : et ça, comme deux taches, dans un mauvais dessin de photographie en couleur.

Jeudi 19 avril §

Exposition Marie-Antoinette. Quelque chose portant sur les nerfs à cette exposition. On n’y entend que du français passant par le rauque gosier juif d’un Francfortois, et cette exposition prend le caractère d’une exposition israélite.

Dans une causerie avec Daudet, nous jugeons tous deux absolument de même le livre de Rosny (L’Impérieuse Bonté). Nous n’aimons pas l’imaginé du livre, le suicide de la femme, mais nous trouvons bien, très bien toute la reproduction de la réalité, que Rosny a rencontrée dans la vie, et nous le reconnaissons comme un grand et puissant analyste de la souffrance humaine.

Lundi 23 avril §

{p. 218}Répétition chez Frantz Jourdain de : À bas le Progrès, joué par Janvier, Mlle Valdey, qui l’a déjà joué au Théâtre-Libre, et Daras, de l’Odéon.

Un programme a été lithographié par Ibels. J’allais sortir, quand il arrive. On me le présente, et il me raconte ceci. Son père s’est battu à la première d’Henriette Maréchal, et lui, juste vingt ans après, s’est cogné à la seconde de Germinie Lacerteux, et a cassé un petit banc sur la tête d’un normalien, de sa connaissance, avec lequel il était venu à l’Odéon.

Mardi 24 avril §

Le vernissage du Champ-de-Mars. Une perspective de roues de voitures acculées au trottoir, dans toute l’étendue de l’Avenue de la Bourdonnais. À l’entrée, sur les escaliers, sous le péristyle, trois ou quatre rangées d’hommes ou de femmes, passant tout le temps de l’exposition, à regarder les gens qui entrent. Partout du monde demandant à être reconnu, quêtant derrière lui, le murmure de son nom. Ah ! ces messieurs et ces dames se fichent pas mal des tableaux et des sculptures !

Ce n’est plus la mode des couleurs esthètes. Aujourd’hui toutes les femmes sont en noir, avec au dos des pèlerines ruchées, de petits collets voletant derrière elles, et les enveloppant de distinction. Mais les unes ont les cheveux tirebouchonnés à la diable, {p. 219}leur donnant l’aspect de folles, les autres sont coiffées de bandeaux plats, leur recouvrant les coins des yeux et leur enfermant la figure, quand elles sont brunes, comme de deux bandes de taffetas noir ; mais qu’elles soient brunes ou blondes, leur donnant à toutes un caractère d’inintelligence, bien loin de la primitivité qu’elles recherchent.

En sortant, La Gandara me fait la conduite jusqu’au Trocadéro, en me confessant son état nerveux, qui le rend incapable de travailler, pendant la semaine de l’ouverture de l’Exposition, m’avouant envoyer sa bonne, tous les matins, dès patron minette, acheter tous les journaux, et vouloir anxieusement découvrir d’un seul coup d’œil, si son nom y est.

Dimanche 29 avril §

Cette noire envie produite par la détention de l’argent, chez quelques-uns, nous faisait rabâcher, Daudet et moi, que ce n’était pas l’argent, qui apportait à la vie les jouissances intérieures intraduisibles, que ces jouissances étaient produites par une bouteille de vin médiocre, le jour où on avait soif, par l’abandon entre vos bras d’une femme, qu’on n’achetait pas, et, mon Dieu, quelquefois simplement par une matinée de beau temps dans la campagne, par du soleil, par de l’air grisant, dans l’alacrité du physique et du moral, en bonne santé et en joie.

Puis c’est un éloge enthousiaste du portrait de {p. 220}Montesquiou, par Duret et Raffaëlli. Et, comme il est question de l’excentricité du peintre, Duret raconte qu’il a été saisi à Londres, un jour où il donnait un déjeuner, où il avait pour convives la duchesse de Westminster, et je ne sais plus quel autre Anglais : tous deux les deux plus grandes fortunes d’Angleterre : convives près desquels, — il avait trouvé drôle de faire asseoir à sa table du déjeuner, les deux exécuteurs de la saisie. Et Whistler, à la suite de ce déjeuner, où il abandonnait Londres, disait en parlant de ces deux richissimes invités qui l’avaient laissé saisir, que ce n’était pas par cochonnerie, même par complète indifférence, mais parce que leur imagination ne leur avait pas fourni l’idée, qu’il y avait de quoi acheter pour payer ses dettes.

Jeudi 3 mai §

Aujourd’hui, dans le brisement du corps, qu’a amené chez moi la crise d’avant-hier, et où je me suis couché dans la journée, j’ai mon éternel cauchemar, mais dans une apparence de réalité, qu’on pourrait qualifier de douloureusement lancinante.

Je suis dans une fête de jour, dans une ville vague de province, une fête de jour, en un grand édifice, tout semblable au casino de Vichy. Il faut que je m’en aille, parce que le lendemain matin, je quitte la ville, et que j’ai besoin de faire ma malle. Le chemin {p. 221}du local de la fête à mon hôtel est tout droit et tout court, et depuis que je suis dans cette ville, je l’ai fait tous les jours, mais je sors par une autre porte, et je m’égare dans un lacis de petites rues, au moment où la nuit commence à tomber. En battant des rues, des ruelles interminables, avec le sentiment que chaque pas m’éloigne de mon gîte, j’ai soudainement l’angoisse d’avoir oublié le nom de mon hôtel, sans pouvoir le retrouver, quelque effort que je fasse : angoisse horrible qui ne dure qu’un moment, il est vrai. Une chance extraordinaire, dans ce bout de ville, sans passants et sans réverbères, passe un monsieur, que je reconnais pour un voisin de table d’hôte, et qui à ma demande, me jette : « Hôtel du Conservatoire. » Mais il se dérobe aussitôt, à l’instar d’une apparition, sans me donner aucune indication, pour regagner l’hôtel. Mes yeux cherchent des voitures, mais à une petite place, où j’en trouve, les cochers sont introuvables.

Je me décide à entrer dans un café, où l’on est en train d’éteindre le gaz, et je demande le chemin de l’Hôtel du Conservatoire. À ce nom, tous les gens du café et le patron lèvent la tête, me regardent, en souriant gouailleusement : un sourire qui me fait comprendre, que c’est un hôtel qui jouit d’une mauvaise réputation, une sorte de maison de passe, et derrière moi une voix s’élève qui crie : « Oh ce monsieur qui est descendu à l’Hôtel du Conservatoire…, il ne sait donc pas, que le maître de l’hôtel a été sifflé au Cirque, il y a huit jours. Je {p. 222}demande alors que quelqu’un veuille bien, en le payant, me ramener à la fête, dont je sors. Un petit bossu, se met à marcher devant, un bossu effrayant, dont la bosse mouvante se déplaçait, et allait d’une épaule à l’autre, à chacun de ses pas. Enfin, me voilà revenu à ma fête, éclairée à giorno… Mais non, ce ne sont plus les gens du casino de la journée, ce n’est plus le même monde. Partout des figures hostiles, des yeux me regardant de travers, des bouches chuchotant des choses méchantes… Oh, mais voici un de mes amis les plus intimes, qui se trouve là, par un hasard inexplicable, et auquel je demande à me reconduire… Et ne voilà-t-il pas que, sans me regarder, sans m’écouter, sans me répondre, il prend la taille d’une femme, se met à valser, et la salle s’agrandissant à chacun de ses tours de valse, il disparaît à la fin dans l’éloignement de la salle, devenue une salle à perte de vue, et où tout le monde a disparu à sa suite, et où dans l’effrayant vide, les lampes s’éteignent l’une après l’autre. Je me réveille dans une terreur indicible.

Vendredi 4 mai §

L’attente tous les jours, dans l’état de souffrance où je suis, et avec les quatre soupes au lait, que j’ai dans le ventre, depuis lundi, l’attente d’une lettre indignée ou injurieuse, à propos de tel ou tel paragraphe de mon Journal.

Samedi 5 mai §

{p. 223}Frédéric Régamey me fait voir une série de portraits, publiés dans le Matin, des dessins assez poussés, dont il fait une sorte de résumé à la plume, très largement traité, et qui a le caractère et les tailles de ces bois, illustrant les livres du xvie siècle.

Comme je feuillette ces portraits, je lui dis :

— Eh bien, là-dedans, quels sont les gens qui se disent heureux ?

— Tenez, voilà Camille Doucet, dit Régamey en me montrant son portrait, qui se proclame le plus heureux des hommes, et qui professe, que pour être heureux, il n’y a qu’à le vouloir.

— Oh ! lui, c’est un comédien… un particulier qui se croit toujours en scène.

— En voilà encore un parmi les heureux, regardez-le, s’écrie Régamey, c’est Barthélemy Saint-Hilaire… il est, tout le temps, à parler du bonheur de vivre, des jouissances, que chaque jour apporte.

— Oui, lui, est plus sincère… mais c’est un cerveau de glossateur.

— Ah ! par exemple Leconte de Lisle, reprend Régamey, lui, fichtre, il ne trouve pas belle… la vie !

Oui, oui, je crains bien que l’opinion de Leconte de Lisle soit l’opinion des intelligents et des délicats, sur l’existence humaine.

Un moment, il est question des courses, et Régamey dit assez intelligemment, que les courses sont en train de ruiner absolument la petite bourgeoisie, la classe intermédiaire entre le richard et le sans-le-sou, {p. 224}et quand ce tampon va être détruit, les sans-le-sou vont se trouver nez à nez avec les grosses fortunes, et là, va commencer la débâcle.

Puis il éreinte Cham, dont les caricatures, dit-il, n’ont jamais eu rien de généreux, et qu’il appelle le champion de l’épicerie bourgeoise.

Dans un carton, il a quelques croquis faits au Palais de Justice, pendant le procès de Henry. C’est curieux, chez ce jeune méchant, le resserrement des deux lèvres, ressemblant à la contraction de la mâchoire d’un féroce, prêt à sauter sur sa proie.

Dimanche 6 mai §

Grand dîner chez Daudet, et autour de la table, le ménage Zola, le ménage Raffaëlli, le ménage Rodenbach, le ménage Charpentier, le ménage Léon Daudet.

Dans les paroles de ce soir, chez les hommes, chez les femmes, il y a de la bataille, et la bataille éclate, à propos de la monographie peinte du Christ par Tissot, que Zola déclare l’avoir complètement empoigné, et à laquelle il regrette de ne pouvoir faire un article, que Daudet assure être une œuvre qui l’aurait converti, s’il n’avait pas la tête en pomme, tandis que le parti opposé l’éreinte férocement. Et quand il est établi, que la qualité de ces peintures, est d’être surtout une reconstitution, il y a ceux qui prétendent, que l’histoire du Christ doit être traitée légendairement, sans s’aider aucunement de la vérité {p. 225}des localités et des races, et nous qui soutenons que l’histoire du Christ est une histoire, comme celle de Jules César, et que la reconstitution de Tissot, est faite en correspondance avec le mouvement historique contemporain.

Et de Jésus-Christ, on saute à Ibsen, que Zola dit engendré par le romantisme français, par George Sand, et que Léon Daudet fait sortir du romantisme allemand, du roman indo-germanique, et la controverse batailleuse passe de la salle à manger au salon.

Mercredi 9 mai §

Après ces crises, on a la tête vide, comme déshabitée, avec seulement dedans, une chaleur fumeuse.

J’ai la visite d’un littérateur viennois, M. Rodolphe Lothar, qui me propose, avant que je trouve à faire représenter La Faustin à Paris, de la faire jouer à Vienne, par une actrice ayant un grand talent.

Dimanche 13 mai §

Daudet, à son entrée dans le Grenier, contait que dînant dernièrement avec un jeune, un garçon, auteur de deux ou trois articulets, ce jeune, sur le nom de Flaubert, prononcé par quelqu’un à ce dîner, disait simplement : « À peine, je l’honore de mon mépris ! »

{p. 226}Vraiment cet Henri de Régnier a la conversation, toute pleine de jolies images, de fines remarques, de délicates ironies. Il nous peignait aujourd’hui Fénéon, cet original né en Italie, et ayant l’aspect d’un Américain, un être intelligent, travaillant à se faire une tête, cherchant l’étonnement des gens par une parole axiomatique, une comédie de concentration intérieure, une série de petites actions et manifestations mystificatrices, — mais un homme de cœur, bon, sensible, appartenant tout entier aux excentriques, aux disgraciés, aux miséreux.

Dimanche 20 mai §

Ajalbert m’apporte une lettre d’Antoine, venue de Constantinople, m’annonçant que la censure du Grand Turc, avait interdit La Fille Élisa.

Je ne puis m’empêcher de dire à Ajalbert, qu’à sa place, je regretterais joliment de n’avoir pas fait partie de cette tournée, en compagnie des vingt-cinq cabotins et cabotines, qu’Antoine traînait à sa suite, et de l’étrange impresario belge. Voit-on ce monde à travers les rues de Stamboul. Ah le beau et original Roman comique à refaire, au milieu des paysages orientaux !

L’actrice du Théâtre-Français, est la maîtresse commandée, imposée à tout homme arrivé en politique. Est-il à ses débuts, il a une maîtresse du Théâtre-Libre ou de n’importe quel petit théâtre, {p. 227}mais nommé député, il lui faut une sociétaire ou au moins une pensionnaire de la rue de Richelieu.

Jeudi 24 mai §

Chez Charpentier, pour le départ de L’Italie d’hier, puis à l’Exposition de Carpeaux.

Oh les admirables bustes de Gérôme, de Giraud, de maître Beauvois, ce Vitellius de la basoche. Non, sauf chez les Grecs, je ne connais pas de bustes pareils : oui des bustes supérieurs à ceux de Houdon, au fond d’un faire un peu sec et rétréci, oui des bustes ou aucun sculpteur n’a mis comme lui, dans le marbre, le bronze, la terre cuite, la vie grasse de la chair. Et ces bustes de femmes, où dans la force et la puissance de l’exécution — ce qui n’arrive jamais chez les sculpteurs, qui font joli — il y a la délicatesse de construction, la finesse des arêtes, la mignonnesse des traits, et pour ainsi dire, la spiritualité matérielle de la créature féminine.

Le beau buste que le buste coquet et hautain de la duchesse de Mouchy, avec son élégant mouvement de bras, remontant un pan de manteau sur sa poitrine ; le gracieux buste du profil de Mme Demarsay ; le voluptueux buste de Fiocre, à la frimousse mutine dans sa jolie minceur, et dont la fleur de l’entre-deux des seins a quelque chose de l’amoroso de tout le buste, — n’a pas l’air d’une fleur dans un pot, ainsi que la plupart des fleurs, placées là.

Dans ces bustes, de l’exécution toute franche, {p. 228}toute simple, sans partie fruste, sans cangue, pour faire ressortir les parties finies.

Maintenant ce qu’il y a de curieux, c’est l’infériorité, des peintures, des dessins, des griffonnis, aux sculptures, où rien que dans les croquetons de glaise, dans les boulettes de terre, il y a du pétrissage de génie.

Dimanche 27 mai §

C’est décidément sa Petite Paroisse, à laquelle Daudet travaillait ces temps-ci, et qu’il est au moment de terminer. Il me dit qu’il vient d’en lire une partie à sa femme, qui a été un peu troublée par la passion mise dans le bouquin. C’est un mari trompé par sa femme, qui veut la raimer, mais le recollage de la chair ne peut se refaire.

Mardi 29 mai §

Visite du docteur Michaut, de retour de l’Amérique méridionale, où il a passé quatre mois. Il me parle de la fièvre jaune dans ces villes, vous faisant repasser, sous les yeux, toute l’horreur épouvantable de la peste de Marseille, et amenant, chez les survivants, un curieux dédain de la vie. Il se trouvait à Santos, faire partie d’une société, qui, en prenant l’apéritif de tous les matins, tirait à la courte-paille, qui est-ce qui serait mort le {p. 229}lendemain. Il laisse percer le désir de retourner en Orient, au Japon, me peignant le soulèvement de cœur qu’il a, en entrant dans une gare d’Europe devant les affiches Bobœuf, etc.

Il cause médecine, dit qu’en France un médecin est obligé de faire de la clientèle pour vivre, tandis qu’en Allemagne, le médecin a un traitement qui lui permet de rester à son laboratoire ; et laisse un professeur de pathologie tout à ses dissections et à ses travaux micrographiques. Et dans un séjour qu’il a fait à Francfort, il accompagnait, presque journellement, ledit professeur de pathologie, à une dissection particulière. Or — c’est curieux et personnel à la race hébraïque — l’autopsie avait lieu le plus souvent chez un banquier, chez un riche juif de l’endroit, dont les enfants voulaient préserver leur avenir, des maladies de leur père. Et l’autopsie faite, le professeur lisait aux hommes de la famille assemblés, ses notes qui leur disaient : « Attention à tel organe ! »

Mercredi 30 mai §

Dîner, rue de Berri, avec la comtesse de Montebello, l’ambassadrice de France à Saint-Pétersbourg, une femme à la joliesse, que rend piquante un grain de beauté, en haut d’une pommette. Spirituellement causante, elle décrit les grandes fêtes de la cour, les Fêtes des Palmiers, où dans un souper de mille personnes, chaque table {p. 230}est dressée autour d’un palmier, dans un luxe de fleurs impossible à imaginer, en un éclat de costumes d’hommes indescriptible, et où l’Impératrice, qui est toute petite, disparaît sous les bouchons de carafe de ses admirables diamants. Des fêtes écrasantes, dit la comtesse.

Jeudi 31 mai §

L’affaire Turpin. Dans les autres siècles, les gens en vedette étaient des créateurs, aujourd’hui ce sont des destructeurs. Tout ce retentissement autour de l’invention de la mélinite, n’est-ce point le corollaire de l’anarchie ?

Ce soir, dîner chez les Daudet, en l’honneur de Montesquiou, où l’on ne parle que de la fête donnée hier par lui, à Versailles, et qui, de l’avis de tout le monde, était une merveille. Montesquiou se plaint de n’avoir pu jouir de sa fête, tout occupé de sa préparation et de son montage.

Samedi 2 juillet §

Un morceau de journée, passé au Champ-de-Mars, dans les dessins, les estampes, l’art industriel.

Dans ce moment, il y a un curieux effort de la lithographie et de la gravure vers la reproduction de la couleur. Une planche très remarquable est une lithographie de Lunois, intitulée : « Danseuses espagnoles {p. 231}avant la danse. » Une planche du plus grand caractère, échappant à l’imitation japonaise, par l’intensité des tons, le bleu cru du fond, le jaune, le rouge franc des robes, les noirs d’ombre nocturne, en pleine figure.

Dans les objets de l’art industriel, l’étain en pleine résurrection. Des reliures de Wiener de Nancy, des reliures de Prouvé, le peintre, dont l’une : « Mélancolie d’Automne » représente sur une peau, couleur de feuille morte, et en relief, le recroquevillement des feuilles sèches dans cette saison, sur les chemins.

Mercredi 6 juillet §

Ce matin, Francis Poictevin vient me lire des fragments de son nouveau livre. Il entre, disant dans un emportement colère, que la communion chrétienne est une idolâtrie de sauvage, que la manducation et la digestion du Bon Dieu, c’est d’une matérialité dégoûtante, que les Persans avaient une communion autrement spiritualiste, une communion sous la forme de l’essence d’asclepia, une fleur blanche aux corolles roses ; et que lui ne comprend la communion qu’au moyen d’une rose : un baiser, une simple osculation avec cette fleur, dont le rose, dit-il, représente l’amour, et le blanc, l’innocence.

Là-dessus, le voilà qui me lit dans un cahier manuscrit, son livre tout plein de Dieu, dans lequel il {p. 232}est devenu un métaphysicien, disant des choses plus élevées, que dans ses autres livres, et où il cite cette originale phrase de l’Allemand Bohme : « La matière est comme le portrait d’une personne absente. »

Vendredi 8 juillet §

Seconde pose pour un médaillon, qu’exécute d’après moi, Alexandre Charpentier.

Une curieuse innovation de l’artiste, et dont je crois qu’il n’y a pas d’exemple, chez les sculpteurs anciens et modernes. Son esquisse en terre, après son premier travail, il la moule, et établit son médaillon fini, sur une suite d’épreuves semblables à des états d’eaux-fortes, et quelquefois, il va à six moulages. Il s’est même amusé, une année, à faire, tous les cinq ou six jours, une esquisse de son petit garçon, et à le mouler. À l’heure présente, il a exécuté un nombre infini de médaillons, et une série de presque tous les auteurs, et acteurs, et actrices du Théâtre-Libre.

Comme je l’interroge sur ses débuts, il me dit bravement qu’il est le fils de pauvres. Il a voulu se faire sculpteur, ayant alors la conception d’un sculpteur, comme d’un homme monté sur un échafaudage, frappant sur un ciseau avec un maillet. Sur le refus de son père de lui laisser prendre cette carrière, il abandonna la maison paternelle, et subsista on ne peut savoir comment, pendant des années de {p. 233}misère, où il coucha sous les ponts, en compagnie de Forain, qu’il avait rencontré dans son existence vagabonde ; une existence non de bohèmes, dit-il, mais de camelots.

Forain faisait alors de la sculpture, et l’entraîna à l’École des Beaux-Arts, je crois, dans l’atelier de Cavelier. Mais là, pétrir de la glaise ne lui semblait pas, avec les idées de son enfance, l’œuvre d’un vrai sculpteur, d’un sculpteur frappant, à tour de bras, sur de la matière dure ; et il entrait dans un atelier de médailliste, où se creusaient des coins, où l’on incisait le métal : vivant alors de travaux commencés pour des camarades, de bronzes de poignées de commodes, pour un réparateur de vieux meubles, et venant à l’atelier d’une manière intermittente, et travaillant sans goût. « Car, s’écrie-t-il, en levant la tête de sa terre, il n’y a que sept ou huit ans, que l’amour du travail m’est venu… et seulement, quand j’ai été encouragé par des gens, dont j’estimais au plus haut degré le talent… quand j’ai été encouragé par Rodin. »

Et maintenant, c’est un rude et acharné travailleur, s’appliquant, dans les loisirs que lui laissent ses médaillons, à faire de l’objet de la vie usuelle, un objet d’art, ayant à l’exposition du Champ-de-Mars, de cette année, des corbeilles à miettes, des brosses, des bougeoirs, des jetons, des cartons pour estampes, des couvertures gaufrées de catalogues, des programmes du Théâtre-Libre. Et aujourd’hui, il est en train d’exécuter, pour l’année prochaine, un {p. 234}piano à queue en mosaïque, et une grande fontaine en étain.

Dimanche 10 juillet §

Rodenbach nous cite, à propos de sa pièce, des mots entendus par lui ou sa femme, dans les corridors.

— Cette pièce est triste, disait celui-ci.

— Oui, répondait celui-là… mais, n’est-ce pas, on ne peut pas toujours entendre des cochonneries.

— Ne trouvez-vous pas cette pièce lugubre ? disait l’un.

— Oh ! moi, répondait l’autre, ça ne m’a rien fait, je suis en deuil !

Au sujet de La Maison Tellier, Toudouze contait qu’à l’enterrement de Maupassant, se trouvant dans la même voiture, que Hector Malot, celui-ci lui avait appris que c’était lui, qui avait donné l’épisode de la chose à Maupassant, mais qu’il avait gâté ce qu’il lui avait raconté, en terminant la nouvelle par une fête, tandis que la matrulle avait dit à ses femmes : « Et ce soir, dodo toute seule ! »

Mardi 12 juillet §

Exposition des Champs-Élysées. Ah ! la pauvre peinture, ou durement noire ou fadement porcelainée… Oui, je n’ai remarqué qu’une toile qui soit la peinture d’un vrai peintre, je n’ai {p. 235}remarqué que le tableau de l’Anglais Orchardson, ayant pour titre « l’Énigme » et représentant, assis sur un canapé, une femme et un homme en costume de l’Empire, qui ont l’air de se bouder. C’est peint dans un délavage d’huile ambrée, où les couleurs ont quelque chose des couleurs amorties d’insectes, pris dans un morceau d’ambre, et des accessoires, si joliment enlevés d’une touche à la fois spirituelle et flottante.

Non vraiment, tout le grand art a l’air de déménager dans l’art industriel, et l’art industriel est tout l’intérêt de cette exposition. C’est de Ledru une cruche en étain d’un très grand format, dont l’anse est faite de l’accrochement des bras d’une naïade au bord du vase, et dont les jambes s’en vont dans l’air, à la dérive sur le dos d’un dauphin, tandis que dans le bas de la cruche, une autre naïade flotte au-dessus d’une vague, les mains enfoncées dans sa chevelure. Oh ! l’étain est tout à fait triomphant, et je crois que son emploi va avoir une action sur la sculpture, et forcer le marbre, la pierre, le bronze, à lutter avec le flou de cette matière.

C’est de Rispal, un médaillon en cire de couleur, représentant sainte Cécile, un médaillon d’un caractère artistiquement étrange, avec, sur un fond de brun rouge, sa tête de délicate Nubienne, et à travers le pétrissage de cette grasse matière, colorée fauvement, seulement le brillant de l’or d’un nimbe, l’éclair d’argent d’un ruban qui enferme sa chevelure.

Jeudi 14 juillet §

{p. 236}Enfin voilà près de vingt jours que je n’ai eu une crise… Ah, c’est bon cette trêve ! Car à la crise de tous les commencements de semaine, qui me permettait de ressusciter le vendredi, et de vivre le samedi et le dimanche, avait succédé la période de deux crises par semaine, qui amenait chez moi une faiblesse, au-delà de ce qu’on peut imaginer.

Vendredi 15 juillet §

Jeanniot m’apporte une suite d’études, pour son illustration de La Fille Élisa, où il y a des croquis merveilleux du Bordelier de la maison de Bourlemont, des filles de la province, bien différentes des filles de l’École-Militaire, du troupier ingénu, amoureux d’Élisa. Quel malheur, que ces croquis soient condamnés par l’éditeur, à des réductions minuscules, qui vont tuer la vérité naturiste de ces dessins, faits avec une conscience, qu’on rencontre bien rarement chez l’illustrateur d’un livre de maintenant.

Mardi 19 juillet §

L’exposition de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de Tissot, cette monographie réaliste de Jésus, composée de 350 peintures et dessins, dont 270 sont exposés cette année, et le restant sera exposé l’année suivante.

{p. 237}Un public nombreux très enthousiaste, où se trouve mêlé au public élégant des expositions, une foule d’étrangers, et un certain nombre de prêtres.

Tout d’abord des dessins à la plume de la Vallée de Josaphat, du Jardin des Oliviers, du Pont de Cédron, du Chemin de Getsémani, trop microscopiques, trop petiots de forme et de facture. Mais il faut le dire, il y a des reconstitutions de Jérusalem, lavées de couleurs, qui ont un peu du caractère des grandes cités ninivites, peintes par le peintre anglais Martins.

Quant aux dessins à la plume, représentant des types juifs, Tissot nous les montre portraiturés dans la vérité du type juif autochtone, et donnant très exactement ces grands nez courbes, ces sourcils broussailleux, ces barbes en éventail, ces regards précautionneux soulevant de lourdes paupières, et les pensées calculatrices, et les jovialités mauvaises, et la perfide cautèle, sous la bouffissure de graisse de ces faces.

Maintenant, dans la monographie particulière du Christ, en toutes ces rangées d’aquarelles, à la linéature, en général sèchement découpée dans une coloration un peu froide, nombre de dessins artistement composés, avec d’habiles groupements, comme les Mages en voyage, Jésus parmi les docteurs, etc., etc. Un rude et beau saint Pierre, bien tempétueux dans l’envolée autour de lui de sa tunique, une franche et jeunette figure de saint Jean l’Évangéliste. Une petite merveille du clair-obscur, c’est l’aquarelle de Jésus devant Pilate, intitulée : Premier entretien. —  {p. 238}Oui, dans la demi-nuit, que l’Orient aime à faire dans les lieux qu’il habite, pendant la chaleur du jour, la robe blanche de Pilate est seulement éclairée par la grande baie au treillis de fer, et là se devine plutôt que ne se voit, la maigre silhouette du Christ, les mains liées derrière le dos, comme une apparition, dans l’ombre rosâtre d’une tunique, couleur de rose desséchée. Encore une aquarelle de la tonalité la plus distinguée, l’Apparition du Christ sur le lac de Tibériade, cette aquarelle rendant le gris de perle matutineux d’un paysage, avant la montée dans le ciel du soleil.

Puis enfin les scènes émotionnantes de la préparation du crucifiement, comme Le premier clou, Le clou des pieds, Les cinq coins.

Lundi 25 juillet §

Ce matin dans mon lit, en ouvrant L’Écho de Paris, mes yeux tombent sur cette ligne imprimée en gros caractères : Assassinat de M. Carnot.

Un tragique document de l’instabilité des choses humaines, que le journal d’aujourd’hui, donnant trois pages sur le menu du déjeuner au vol-au-vent Borgia et sur l’apothéose de la journée de l’homme, dont la quatrième page annonce la mort « à minuit 45 minutes ».

Pas de chance, pas de chance vraiment, dans la publication de mes livres. En 18.., mon premier volume, a paru, le jour du coup d’État de Napoléon III, le septième {p. 239}volume du Journal des Goncourt, peut-être le dernier volume, que je publierai de mon vivant, voit ses annonces et ses échos, arrêtés par l’assassinat du président de la République.

Mardi 26 juillet §

Ces jours-ci, j’ai reçu une lettre de Rodolphe Lothar, m’annonçant que M. Bukovics, directeur d’un théâtre de Vienne, est heureux d’offrir comme primeur royale à son public : La Faustin, et qu’elle sera jouée en janvier ou en février, par Mme Sandrock, qui serait, à l’heure présente, la meilleure Faustin, existant en Allemagne.

Jeudi 28 juillet §

Vraiment, il me semble que la femme a une peau d’été, une peau qui a la lumière veloutée de la fleur, au moment où la rose met son rose tendre dans la verdure. Et cette remarque, ne l’avez-vous pas faite à Paris, par les beaux jours, de juin, et ne trouvez-vous pas que, ces jours-là, le visage de la Parisienne éclaire l’ombre des rues ?

Vendredi 29 juillet §

Aujourd’hui j’ai reçu, à propos de la publication de mon Journal, une enveloppe {p. 240}de lettre toute remplie de torche-culs embrenés : de la m… anonyme.

La bizarre et antithétique rencontre de papiers dans un carton. Ce torche-cul, que je garde comme un spécimen de la polémique littéraire contre mes œuvres, en ce temps de voyoutisme, se trouve prendre sa place tout contre cet extrait de journal, qui est la réponse d’une femme à la demande du Journal, questionnant ses abonnés sur l’amour.

« J’affirme que ce sentiment est possible. Ne l’ai-je pas éprouvé une fois au moins ? Jeune fille, je me pris de passion pour un écrivain infiniment fier et rare, Edmond de Goncourt. J’appris longtemps après, que c’était un vieil homme, que ses cheveux étaient blancs, ce qui fit s’évanouir mon rêve, mais je lui continuai toujours mon culte, que je voulus ne pas rendre vulgaire par une correspondance, qui aurait été méprisée par l’auteur lui-même, si j’en crois certains interviews récents.
« Quoi qu’il en soit, je lui dois des heures exquises, et les larmes les plus sincères que j’aie versées.
« Qu’il y ait là, de quoi prononcer le mot amour, je ne sais pas ! mais chez nous, quand l’âme est prise si violemment, se peut-il que la chair s’absente d’un concert, où tout chante le désir d’aimer ! »

Jeudi 5 juillet §

La presse italienne n’est pas contente de : L’Italie d’hier. Ces Italiens ressemblent {p. 241}aux jolies femmes, qui ne peuvent pas supporter la plus petite critique de leur beauté. C’est tout de même curieux cet éreintement de tout ce que j’écris, aussi bien ailleurs qu’en France, et cela par ce seul fait, que je mets de la vérité dans ce que j’écris.

Ces jours-ci, à propos de l’exposition, chez Sedelmeyer, des tableaux de Turner qui me charment, je l’avoue, je me demandais cependant, si ce faire de la peinture n’allait pas au-delà de la peinture coloriste, ne devenait pas de l’art industriel, ne faisait pas concurrence aux flambés, avec leurs larmes de couleur.

Mardi 10 juillet §

Une maîtresse de maison parlait des domestiques impossibles, qu’avait faits le service militaire, de ces paresseux, ayant pris l’habitude de passer leur vie à fumer des cigarettes, couchés sur leur lit, et de ces révoltés, incapables de supporter une observation, quand on tombe sur un domestique, qui a été caporal ou sergent.

Mardi 24 juillet §

Je relis ici, à Champrosay, La Fiancée de Lammermoor, un roman resté dans mon souvenir des lectures de ma jeunesse. Tout d’abord, je suis frappé de l’art de la composition, puis bientôt du manque d’intensité des scènes. Ça ne fait rien, le romancier, c’est au fond un grand, un très grand imaginateur.

Vendredi 27 juillet §

{p. 242}Longue promenade en voiture dans la forêt de Sénart, en tête à tête avec Daudet. Il se montre très tendre, me parle de l’affection de sa femme pour moi, qui serait tout à fait une affection comme pour un membre de sa famille, et me donne l’assurance, qu’en dépit de tout ce qui a été dit, fait, inventé, par les jaloux de notre amitié, cette affection n’a pas été entamée, une minute.

Un moment il me confesse sa sensibilité à propos des attaques de la presse, et m’avoue qu’il n’a pas lu un des derniers articles, dirigé contre lui, et qu’il savait très hostile. Moi, je lui conte mon procédé de neutralisation de l’attaque littéraire : c’est de mettre les articles dans une enveloppe cachetée, et de les lire deux ou trois mois, après leur apparition. À cette date, ils sont comme s’ils n’étaient pas ; — leur venin s’est évaporé.

Mercredi 1er août §

Ce soir Daudet me parlait de son séjour, pendant cinq semaines (la fin de décembre et le mois de janvier) dans le phare des Sanguines, cinq semaines qu’il avait passées, jour et nuit, tout au spectacle de la mer et de la tempête, sans écrire une ligne, et où il n’y avait dans le phare, qu’un vieux Plutarque, se trouvant là par hasard.

Jeudi 2 août §

Le musicien Pugno qui dîne, ce soir, {p. 243}parle tout à fait éloquemment des petits drames, accidentant la vie des exécutants.

Lui, il déclare avoir, à chaque concert qu’il donne, l’émotion anxieuse, maladive, de son tout premier concert, avec la préoccupation d’empêchements apportés à son exécution — et jusqu’à la dernière note — par les palpitations de son cœur, les contractions nerveuses de son avant-bras, la chaleur de la salle qui peut rendre les touches du piano humides, une raie du parquet, où peut glisser le pied de sa chaise. Et après ces exécutions, la dépense de l’émotion a été telle chez lui, qu’il est pris de crampes d’estomac atroces.

Mais dans ses concerts de Londres, qui durent deux heures, et où il est le seul exécutant, c’est surtout la préoccupation, à un moment, de la perte de la mémoire, et, comme il le dit, d’un trou tout noir, se faisant dans le souvenir.

Samedi 4 août §

Les jeunes gens, élevés à la campagne, et passant des heures à contempler le paysage, ou à regarder le bouchon flottant d’une ligne, gagnent à ce trop long contact avec la nature, un lazzaronisme, une torpeur, une paresse de l’esprit, qui les empêchent de faire quelque chose dans la vie. Pour avoir le goût fiévreux du travail et de la production, il faut presque toujours avoir grandi dans l’activité des capitales.

Dimanche 19 août §

{p. 244}Une bonne d’une voisine a demandé, ces jours-ci, à sa maîtresse, d’aller chez son médecin. Mais la demande a été faite d’un air si extraordinaire, que la maîtresse a dit à une amie : « Je ne sais pas, mais il me semble qu’elle ne reviendra pas. » En effet elle ne revenait pas, et le lendemain elle envoyait de Mantes, une lettre où elle disait, qu’ayant perdu ses économies, elle allait se jeter à l’eau, et qu’elle ne s’était pas noyée à Paris, parce qu’elle ne voulait pas être exposée à la Morgue.

Deux jours après, sa maîtresse recevait une lettre d’un maire des environs de Mantes, qui lui demandait d’envoyer des parents, pour reconnaître la pauvre noyée.

Mercredi 22 août §

Dîner à Saint-Gratien.

La princesse en attendant le dîner, déplore la diminution de 8 000 francs de rentes, dans le revenu des Jeunes filles Incurables, produite par la conversion de la rente.

Pichot parle de la représentation sur le théâtre d’Orange, où, dit-il, le remuement dans le feuillage des vrais arbres du théâtre, amené par le mistral, rendait la scène vivante.

À notre retour en chemin de fer, M. D…, qui a beaucoup approché Thiers, pendant la Commune, nous entretient du petit homme, dont il cite deux ou trois traits d’impolitesse et de manque d’éducation.

{p. 245}Il nous le peint, se refusant à donner sa signature pour certains ordres, pouvant engager sa tête : tout en battant militairement la charge avec ses doigts, sur les carreaux de son cabinet ; puis il fait un tableau assez drolatique de l’homuncule tout nu, devant la cheminée de la chambre, habitée par le roi de Prusse, frotté avec de la flanelle par Mme Thiers, en le comparant à un saucisson rose.

Et c’est une entente parfaite entre nous, sur les erreurs de ce grand homme, qui a dit à propos du premier chemin de fer : « Il faut donner ça à Paris, comme un joujou, mais ça ne transportera jamais un voyageur ni un colis ! » qui jetant, à Niel, avant la guerre d’Allemagne : « Prenez garde de faire de la France une caserne ! » s’attirait cette réponse : « Prenez garde d’en faire un cimetière ! »

Un moment, comme on parlait du peu de sérieux des travaux de la statistique, Pichot affirme, en riant, que les statisticiens recueillent sérieusement des blagues, comme celles qu’il faisait, quand il était dans le service de la Clinique des enfants, et qu’à propos de morts d’enfants de quatre ou cinq jours, il inscrivait : « Mort du dégoût de la vie, mort du spleen. »

Dimanche 26 août §

Mon existence s’est passée, tout entière, dans la recherche d’un décor original des milieux de ma vie. Un jour, c’était ceci, un autre {p. 246}jour, c’était cela. La semaine dernière, c’était l’achat de soieries de robes, portées par des femmes du xviiie siècle, pour en faire des gardes de livres du temps, et toujours, de petites inventions auxquelles les autres ne pensent pas. Et dans les choses inférieures, méprisées par les natures non artistes, j’aurais dépensé autant d’imagination que dans mes livres.

Mardi 28 août §

Un jour arrivera-t-il, où la science pourra traduire les tentatives parlantes de l’animal, voulant dire à l’homme, ses sensations, ses besoins, ses désirs, et ne pouvant les exprimer ? Je pensais à cela, devant ma chatte, dans les douleurs de l’enfantement, et qui avait l’air de me demander une sage-femme.

Mercredi 29 août §

Le peuple dit, et fait simplement, quelquefois, des choses très belles, qui, hélas ! n’ont pas d’historien. Pélagie me racontait, que, lors de la mort de son père, qui tenait, dans un village des Vosges, le bureau de tabac, avec la vente de la mercerie et de l’épicerie de l’endroit, sa mère avait assemblé ses enfants, et leur avait dit : « Écoutez, voici deux livres de ce qui nous est dû. Il y en a un des mauvaises payes : si vous m’y autorisez {p. 247}, je le brûlerai. Ceux qui sont honnêtes, et qui pourront payer, le feront, quant aux autres, je ne voudrais pas que leurs enfants, qui ne sont pas responsables des mauvaises affaires ou de la mauvaise foi de leurs parents, souffrent un jour, près de vous, de leurs dettes. » Et le registre fut brûlé.

Jeudi 30 août §

Je ne sais combien, il y a de mois, que je n’ai été dans ce qu’on appelle un lieu de plaisir, toujours malade que j’étais. Ce soir, je tombe au cirque, à mon spectacle aimé des tours de force, au vrai spectacle, et me voilà, avant le commencement de la représentation, me promenant avec une certaine jouissance dans les antichambres et les écuries de ce lieu, que j’ai un peu immortalisé dans Les Frères Zemganno.

Un trapéziste extraordinaire, un homme volant dans l’espace, et c’est singulier, comme cet exercice a un retentissement chez moi, comme il n’est pas suivi seulement par mes yeux, mais par un jeu émotionné et presque actif de mes muscles et de mes nerfs, dans l’immobilité.

Puis l’obscurité, et le cirque tout tendu de noir, et un cheval de l’Érèbe, sur lequel se tient debout une Loïe Fuller, sous des flammes électriques de toutes couleurs, des lueurs violettes de gorges de tourterelles, des lueurs roses de dragées, des lueurs vertes de mousse sous la lune, et c’est un ouragan {p. 248}d’étoffes, un tourbillonnement de jupes, tantôt éclairées de l’embrasement d’un soleil couchant, tantôt de la pâleur d’une aube.

Ah ! le grand inventeur d’idéalité que l’homme, et ce qu’il a fabriqué dans cette vision, d’étrange, de surnaturel, avec la matière même d’étoffes communes et d’une lumière canaille !

Dimanche 2 septembre §

Et tour à tour, il est question au Grenier, de l’exécution du curé Bruneau, à propos duquel on dit que les meurtriers de profession, ont des canines particulières, des canines parentes des canines des féroces, — de l’admiration enthousiaste de Mirbeau pour les peintres anglais du xviiie siècle, et de son mépris pour les John Burns et les préraphaélites, — du musée de Saint-Quentin, où se trouve, à ce qu’il paraît, un concierge fanatique de mes études du xviiie siècle, et déclarant que c’est seulement depuis mon livre, qu’on vient voir les La Tour, — du mouvement symbolique, que Geffroy croit être un mouvement bien dans le temps, ce temps scientifique, dans lequel jurent les restitutions des choses usées de l’antiquité, — de Monnet, qui aurait fait, aux différentes heures du jour, une trentaine de vues de la cathédrale d’Angers, supérieures, d’après le dire de Frantz Jourdain, à l’émail du peintre anglais Turner.

On parle encore longuement des procédés nouveaux {p. 249}et, des recherches biscornues des peintres du moment, et Geffroy cite un peintre, en train de peindre au vaporisateur, se vantant des effets inattendus, qu’il va bientôt produire en public.

Lundi 10 septembre §

Dans ce parc de Jean-d’Heurs, où dessous chaque arbre penché sur la rivière, il y avait autrefois une truite ; on n’en voit plus une, et dans cette rivière si poissonneuse, il n’existe plus de poissons blancs, plus même de vérons. Et c’est comme cela partout. L’industrie est presque arrivée à tuer tout ce qu’il y avait de bon, pour la nourriture de l’homme.

Vendredi 14 septembre §

Les éléments de la cuisine (viande de boucherie, gibier, poisson, légumes) sont si mauvais en Picardie, cette province, où règne le veau aux pruneaux, que Rattier père, qui était un gourmet supérieur, après avoir passé une journée à Doullens, où son fils était sous-préfet, lui dit : « Fais-toi nommer à Bayonne, ou n’importe où, et aussi loin que tu voudras… j’irai te voir… mais ici, jamais je ne reviendrai, on mange trop mal ! »

Samedi 15 septembre §

Une pauvre vieille sœur, {p. 250}très ingénue, est envoyée aux eaux de Bains, où les eaux se prennent dans une piscine. Intriguée par ce que pouvait écrire, à toute minute, sur un tableau, le garçon, elle s’adresse à son voisin, un mauvais plaisant qui lui répond : « Ma sœur, c’est chaque fois, qu’on satisfait un petit besoin ! » Alors, tous les jours, on entendait la pauvre sœur, s’adressant au garçon : « Monsieur Colombin, marquez une fois. » Et tout le monde de la piscine, à qui le mot avait été donné, de rire.

Dimanche 16 septembre §

Je suis arrivé à l’endroit difficile de ma pièce, à la mise en scène de la jalousie de Coriolis, qui me paraît plutôt une chose livresque que scénique, et c’est le diable à arranger.

M. Demoget, l’architecte de Jean-d’Heurs, qui a habité, pendant des années, Angers, disait que dans l’Anjou, il n’y avait pas de fermage, mais du métayage, qui forçait le propriétaire à entrer en relations avec son tenancier, plusieurs fois, dans l’année, et que chaque propriétaire se réservait dans la ferme, un logement, et qu’il était stipulé que, dans le cas où il n’amènerait pas de domestique, le laboureur ou sa femme lui en servirait, et que ces rapports fréquents du seigneur et de son paysan, rapports qui existent encore de nos jours, expliquaient cette parfaite entente de la noblesse et du peuple, dans les guerres de la Vendée.

{p. 251}Six heures du soir. — Les ornières des allées sous bois, se perdant, s’effaçant, — le feuillage éteint, avec de la verdure lumineuse, seulement près des éclaircies, — un ciel lavé de rose à travers les percées, — le uît, uît d’un petit oiseau, voletant à la recherche d’une branche, pour dormir, — le bruit balancé de cloches lointaines, lointaines, — un grand silence montant de la terre, abandonnée par le travail de l’homme.

Lundi 17 septembre §

À constater, combien augmente la répulsion de la femme de la campagne, pour le travail de la terre. Il y a ici une jeune fille qui se marie, et qui a refusé un laboureur très bien de sa personne, pour épouser un sculpteur en pierre, disant : Ce n’est pas un laboureur, mais un sculpteur. À l’heure présente les paysannes ne veulent plus épouser, que des employés de bureau, des gâcheurs de papier ou des maçons d’artistes. Ce que j’ai dit pour les gros ouvrages de la terre, devient tous les jours, plus vrai.

Mardi 18 septembre §

Dans la pierre ancienne d’une vieille maison, se fait chez vous, un petit sentiment de jouissance très difficile à définir, mais parent du sentiment qu’on éprouve, en voyageant, dans un pays qui a un passé.

{p. 252}On parlait de Bulher, le dessinateur-paysagiste illustre, le créateur du parc d’ici. On le peignait désagréable de rapports, humoreux, despote, mais ayant une véritable conscience d’artiste. Il faisait les plus grandes difficultés pour dessiner un parc dans les départements du Nord, disant que sur ce ciel brumeux, le paysage ne se détachait pas. Il avait également une répulsion à travailler en Normandie, disant qu’il n’y avait rien à faire, en ce pays des pommiers, de ces affreux arbres, en ce pays où il pleut trois mois, et où le raisin ne mûrit pas, et déclarait ne faire son métier avec plaisir, qu’en Bourgogne et en Lorraine, où il trouvait le ciel le plus riant, en ces provinces qu’il appelait les : provinces du Soleil Levant.

Mercredi 19 septembre §

Rattier exprime aujourd’hui le regret de la perte d’une chose de famille, vraiment curieuse. C’était un carnet contenant les échantillons de dentelle, que son grand-père, fabricant de dentelles à Alençon, portait à la cour de Louis XVI, carnet qu’il croit avoir été volé par une femme de chambre allemande.

Dimanche 23 septembre §

Ragornote, un joli mot du pays pour exprimer un petit reste : Voulez-vous cette ragornote de truite, de framboise ?

{p. 253}Un usage de l’endroit pratiqué, je crois, dans ce seul pays. Quand dans Lisle-en-Rigault, une jeune fille meurt, pendant quinze jours les jeunes filles prennent le deuil, et ne dansent pas. Il en est de même pour les jeunes garçons.

Mercredi 26 septembre §

Le cousin Marin, qui vient de chasser chez Chandon, me parlait de la grandeur des affaires de cette maison, où arrivait un Anglais, fameux dégustateur de vin de Champagne, qui, après avoir goûté un certain nombre de cuvées de vin de Champagne, s’arrêtait à une, disant :

— Combien avez-vous de cette cuvée ?

Je n’ose dire le chiffre de peur de me tromper.

— À combien ? répondait l’Anglais.

— Dix francs.

— Je prends !

Et sans plus de paroles, ni de marchandages, était conclu l’achat de milliers de bouteilles, contre un certain nombre de cent mille francs. Marin me disait, que la qualité du Vin de Champagne, était due à la nature de la montagne de Reims : un terrain à la couche de terre très mince, et au-dessous de laquelle se trouve de la craie, mais un terrain tout plein de pyrites sulfureuses. Le curieux, c’est que les Chandon, avec une composition de même nature, que celle de la montagne (pyrites sulfureuses et fumier), n’ont pu, à un kilomètre de là, propager la vigne donnant le vrai champagne.

{p. 254}Sur cette montagne de Reims il y aurait des hectares de vignes valant 100 000 francs, et dont la culture coûte 4 000 francs, par an.

Lundi 1er octobre §

Retour à Paris. Je ne connais pas d’ennui pareil à celui du chemin de fer, un ennui si démoralisant, qu’il est impossible de penser sérieusement à une chose, et que ce n’est dans le secouement de votre cervelle, qu’une succession de choses fugaces et bêtes.

Jeudi 4 octobre §

Meunier m’apporte aujourd’hui des reliures, aux gardes faites avec des soieries anciennes, ramassées par moi, à droite, à gauche. C’est vraiment une ornementation de livres très charmante, et une collection de volumes ainsi agrémentés, a encore le mérite d’être un album d’échantillons de robes du dix-huitième siècle.

Mercredi 10 octobre §

Aujourd’hui, à Saint-Gratien. M. d’Ocagne conte spirituellement le dîner Louis XI, organisé par Loti, à Rochefort, et où il a assisté avec sa femme, en compagnie d’une trentaine de personnes. Il nous peint le côté amoureux de {p. 255}travestissement chez l’écrivain, dont la vie est un perpétuel carnaval, avec sa chambre bretonne, où il s’habille en Breton, avec sa chambre turque, où il s’habille en Turc, avec sa chambre japonaise, où il s’habille en Japonais.

Pour ce repas, il avait fait venir un cuisinier de Paris, et tous les jours, pendant un mois, à l’effet de le faire rétrograder dans la cuisine, d’il y a quatre siècles, il lui avait fait cuisiner un plat, d’après le Viandier de Taillevent. À ce repas, on devait parler le vieux français, des Contes drolatiques de Balzac, à défaut de l’autre, et on mangea avec ses doigts, sur des assiettes faites d’une miche de pain, coupée par moitié. Deux choses, dans cette restauration de la mangeaille archaïque, empoisonnèrent le bonheur de l’amphitryon : le speach de Mme Adam, qui ne fut pas dans le français demandé, et une malheureuse invitée, qui commit l’anachronisme de dîner, dans une cotte de peluche.

Enfin la couleur locale fut poussée à ce point, qu’un fou armé de sa marotte, sortit, à un moment, d’un pâté, et qu’à la fin, on jeta les assiettes du repas à d’authentiques mendiants de la Charente-Inférieure, que Loti avait fait costumer, en mendiants du xve siècle.

Vendredi 12 octobre §

Cette mode de la femme, de n’avoir plus autour de la figure, le liséré blanc du {p. 256}linge, met de la pauvreté dans sa personne. Elle m’apparaît la femme d’aujourd’hui, ainsi que les misérables danseuses des bals de barrières d’autrefois, à deux sous la contredanse.

Lundi 15 octobre §

Trochu causant de la vérité dans l’histoire, disait à M. Villard : « C’est moi qui ai été chargé, le soir de la bataille d’Isly, de relever le nombre des morts. Il y avait vingt-six morts français, et ce sont ces vingt-six morts, qui ont fait tout le tintamarre de la presse, et le duché du maréchal. »

Il ajoutait que, passant un jour à Mazagran, il avait voulu se rendre compte par lui-même, de la vérité. Or, les Français étaient derrière les murailles d’un Fort, avaient des provisions et des munitions pour trois mois, et se trouvaient en présence d’ennemis mal armés, qui n’avaient ni canons, ni échelles. À Mazagran, il y eut deux tués dans la fusillade, et un troisième, qui mourut des suites de ses blessures.

Dimanche 21 octobre §

Sur la mouche, à six heures et demie du soir.

Un ciel gros bleu, traversé de nuages, qui ressemblent à des fumées noires d’industries ; dans le haut du ciel, la lumière électrique de la Tour Eiffel, avec son rayonnement de crucifix lumineux. À droite, à {p. 257}gauche, de temps en temps, des squelettes d’arbres, n’ayant plus qu’un bouquet de feuilles obscurées à leur sommet, et des bâtisses, dont la nuit est comme lavée d’encre de Chine. Soudain, sur la courbe d’un pont, le passage au galop d’une voiture, pareil au sillage d’une étoile filante. L’eau du fleuve, toute remuante, toute vagueuse, et où les lueurs d’émeraude et les lueurs de rubis des bateaux, semblent mettre les ondes bigarrées d’une étoffe zinzolin.

Mardi 23 octobre §

Bracquemond, auquel j’ai écrit pour avoir quelques renseignements, au sujet de ce reflet d’une femme nue dans une glace, que je veux tenter d’avoir dans la représentation de mon premier acte, de Manette Salomon, vient me voir, et après qu’il m’a donné quelques explications sur le truc du reflet fantôme au théâtre, cause avec moi des lithographies de Daumier, et m’apprend qu’il a des épreuves magnifiques du Ventre législatif, et de la Rue Transnonain, payées deux sous pièce, et trouvées par lui sur le trottoir, en compagnie d’une trentaine aussi belles : car il n’a pas choisi. Et ce mépris, à certains moments, de la valeur de l’objet, me faisait raconter par lui que, chez son maître Guichard, il avait eu entre les mains, de petits personnages, découpés dans un vrai tableau de Watteau, avec un trou dans la tête, où passait une ficelle, et qui devaient avoir servi de marionnettes, dans un {p. 258}théâtre d’enfants. Et il croit bien que ces découpures venaient de chez le docteur Chomel, que fréquentait Corot, et qui lui avait donné deux merveilleuses petites études que les enfants s’étaient amusés à crever, en les tapant contre l’angle d’une table.

Mercredi 24 octobre §

Ce matin, Roger Marx vient m’annoncer qu’une rue de Nancy a été baptisée, non rue Edmond de Goncourt mais rue des Goncourt, ainsi que je l’avais demandé. Puis il m’annonce gentiment, que mes amis veulent me donner un banquet, où chaque souscripteur recevra une médaille du profil, qu’a modelé, cet été, le sculpteur Charpentier.

J’entends la voix de Zola en bas. Il vient me demander une lettre de recommandation pour de Béhaine. Il me dit qu’il veut avoir son conseil, et si, oui ou non, il doit faire sa demande d’audience au pape. Il ajoute que, comme ancien libéral, le cérémonial de l’audience l’embête, et qu’il désire au fond être refusé, mais qu’il se trouve engagé vis-à-vis de lui-même, par l’annonce qu’il en a faite. Et cependant, il aurait une grande curiosité de la figure du Saint-Père, et de la succession de chambres papales, pour y arriver.

Alors une diversion. Il parle de Lourdes, se plaignant que la campagne catholique faite contre son livre, qui serait une bonne chose pour un livre tiré à 30 000, est très préjudiciable à un livre, tiré à 120 000, {p. 259}parce qu’elle lui enlève les 80 000 acheteurs, qui pouvaient faire monter son livre, à 200 000. Là-dessus revenant au pape, il m’assure que le pape est un peu l’esclave des pères de Lourdes, parce qu’il reçoit près de 300 000 francs d’eux, et que cette dépendance de Sa Sainteté, sera peut-être une des causes du refus de son audience.

En s’en allant, il veut bien me dire que, ces derniers jours, il vient de relire Madame Gervaisais, et qu’il s’étonne, que le livre n’ait point eu un très grand succès.

Visite du docteur Michaut, qui vient de faire une petite promenade, à Haïti. Il me parle de la mort de ce pays, depuis l’abandon des Français, me signale les ruines des édifices, des routes, de tout, et l’absence d’une industrie quelconque, affirmant que la race nègre est incapable de civilisation.

Et la conversation va aux poisons, à la fabrication desquels les naturels du pays excellent, entre autres d’un poison trouvé dans les cadavres des cimetières, et qui ne laisse aucune trace. C’est d’Haïti, que viendrait cette poudre blanche, que soufflent les voleurs dans une chambre, pour engourdir les gens, et les voler en toute sécurité, comme l’a été Sarah Bernhardt. Et voici ce qui était arrivé à un Européen, dont il avait fait la connaissance. Cet Européen avait l’habitude de se coucher, un revolver sur sa table de nuit, et de mettre ses papiers et son argent sous son oreiller, et il avait vu son voleur s’emparer de son revolver, lui retirer la tête de dessus son oreiller {p. 260}, et prendre son argent, cela sans pouvoir crier, et sans pouvoir le dire, avant que huit ou dix heures se soient passées.

Jeudi 25 octobre §

Une discussion picturale, dans laquelle, à propos de la remarque faite par moi, que les peintres supérieurs attrapent rarement cette ressemblance, que conquièrent des peintres très inférieurs, Léon Daudet dit ingénieusement : « Oui, les premiers sont les hommes de l’objectivité, les seconds les hommes de la subjectivité. Pour la représentation parfaite, il faut des hommes d’une troisième catégorie, qui réunissent les deux aptitudes. »

Vendredi 26 octobre §

Mon château en Espagne, serait d’avoir une galerie, comme la salle de la gare Saint-Lazare, avec tout autour des livres jusqu’au haut de la poitrine, puis avec des vitrines de bibelots, allant au-dessus de la tête. Un balcon tournant le long des murs ferait un premier étage, tapissé de dessins sur trois rangs, et un autre balcon ferait un second étage, tout tendu jusqu’à la voûte, de tapisseries claires du xviiie siècle. Et je voudrais travailler, faire de l’équitation, manger, dormir là-dedans, dont le bas serait, avec sa tiède température, un jardin d’hiver, planté des plus jolis arbustes à {p. 261}feuilles persistantes, enfermant au milieu, dans le vert de leurs feuilles, les Quatre Parties du Monde de Carpeaux, en belle pierre blanche.

Lundi 29 octobre §

Une femme, d’un certain âge, me parlait de trois ou quatre jeunes mariées de sa connaissance, enragées d’être devenues enceintes, tout aussitôt qu’elles avaient été mariées. Elles espéraient des vacances de la maternité, au moins pendant quatre ou cinq ans. Et cette femme ajoutait, que cet égoïsme-là n’existait pas chez la femme d’autrefois.

Mardi 30 octobre §

Lecture de : La Faustin, à Porel.

Il parle de Réjane, proclame qu’elle a été admirable, alors que dans son écroulement moral, elle l’a forcé, pour ne pas l’y laisser, de la suivre dans sa tournée.

En wagon, il aurait été pris de l’envie de rejouer, pour gagner sa vie, et il s’était mis à réciter les premiers vers du Légataire universel, qu’il avait joué autrefois, avec ses compagnons du chemin de fer, et tous s’étaient trouvés arrêtés dans leurs répliques : lui seul avait été jusqu’au bout… Enfin il s’écrie que tous les bonheurs s’étaient succédé chez lui, depuis le jour, où il avait eu son fils.

{p. 262}La lecture terminée de : La Faustin, Porel me dit justement, que la pièce ne peut pas être jouée par Réjane, qu’elle n’a pas la ligne du rôle, qu’il faut une tragédienne, qu’elle ne servirait pas la pièce, et que même la pièce nuirait à l’actrice, comme voulant usurper des rôles qui n’étaient pas son affaire.

Ce soir dîner avec Ajalbert, Geffroy, Carrière, Clemenceau, en leur restaurant près la Fontaine Gaillon.

Clemenceau, un causeur vibrant, coloré, à l’observation fine, aiguë.

Un moment il nous parle de l’abandon des enfants, et il nous peint une mère forcée de se séparer de son petit, le regardant dans les bras qui l’ont pris, le regardant sans pouvoir s’en aller, en continuant à bercer le creux qu’il a laissé dans sa jupe, puis mouillant ce creux, de ses larmes.

Il raconte, après une épisode d’une chasse de sa jeunesse, où en revenant, il allait donner un coup d’œil à un châtaignier, dont les châtaignes étaient volées toutes les années, désireux de s’assurer si elles étaient mûres. Ce châtaignier était dans un buisson de ronces d’une hauteur d’une dizaine de pieds, « Il y a un homme là… tenez ! » s’écriait tout à coup le petit domestique qui l’accompagnait, et Clemenceau voyait en effet un homme, couché sur le ventre, et qui, lorsqu’il l’appelait ne répondait pas, se mettait à ramper à quatre pattes, en s’éloignant de lui, et dont il ne savait la place, que par le remuement du haut des brindilles. Alors il se lançait avec {p. 263}son domestique à sa poursuite, espérant le prendre en haut, où il y avait un petit vide dans la ronce, mais là l’homme surgissant soudain, piquait une tête dans le dévalement de la ronce de l’autre côté, piquait une tête comme dans une rivière, sans que Clemenceau pût voir sa figure… Des années se passaient. Il était nommé député. Un vieux bonhomme, un jour, forçait sa porte, et venait lui demander sa protection pour son fils détenu au bagne, et qui était le paysan qu’il avait poursuivi. C’était un paysan qui avait tué sa maîtresse, et qui se cachait.

Dans la rue, Clemenceau s’avoue tout à fait empoigné par la littérature, déclare qu’il voudrait faire un roman et une pièce de théâtre, s’il ne lui fallait pas, tous les jours, fabriquer un article pour La Justice, et toutes les semaines, deux articles pour La Dépêche ; enfin, s’écrie-t-il, s’il lui arrivait d’avoir un jour libre sur deux, il écrirait ce roman, il écrirait cette pièce.

Jeudi 1er novembre §

C’est affreux au cimetière, ces tombes effondrées, dont il ne sort plus de la terre qu’un haut de croix, ainsi que ces bâtiments coulés, dont seulement un bout de mât dépasse l’eau.

Vendredi 2 novembre §

Hier Frantz Jourdain, me parlant de son fils, me disait que maintenant dans {p. 264}les ateliers, tout est changé dans la pose du modèle, que ce ne sont plus les attitudes pondérées du Soldat Laboureur ou de Marius sur les ruines de Minturnes, mais les académies tourmentées, contorsionnées de Michel-Ange, de Rodin.

Vendredi 9 novembre §

J’achète un petit plat d’une fabrique moderne de la Scandinavie, représentant un vol de mouettes, au-dessus de la mer. Dans cette appropriation japonaise, la nature du pays perce, et rend, pour ainsi dire, l’imitation originale. C’est comme fond, un blanc qui vous donne la sensation de la neige, et là-dessus, des oiseaux bleuâtres, ayant l’air de l’ombre portée de ces oiseaux, sur des glaciers.

Dimanche 11 novembre §

Ouverture du Grenier. Les Daudet, Primoli, Lorrain, Rodenbach, Geffroy, Carrière, Ajalbert, de la Gandara, Montesquiou.

Primoli cause de la Duse, l’actrice avec laquelle il vient de passer huit jours, à Venise, la Duse, l’actrice italienne, dont on m’a parlé pour jouer La Faustin à Londres ou en Allemagne, une femme à laquelle il dit qu’il manque certaines choses, mais en dépit de cela, une très grande artiste. Il la peint, comme une actrice d’une terrible indépendance théâtrale, ne {p. 265}s’appliquant, que dans les actes qui parlent à son talent, et dans les autres qui ne lui plaisent pas, mangeant du raisin, ou se livrant à des distractions quelconques. Dans une pièce, où l’actrice avait à dire d’une fille, qui s’était mal conduite, qu’elle n’avait plus de fille, il la voyait soudain, sans souci du public, faire un signe de croix à sa ceinture, et envoyer un baiser à la cantonade, — un baiser à sa vraie fille, qu’elle adore.

Daudet nous lit, ce soir, de son Bonnet. Je me suis trompé. Je croyais que son enthousiasme pour le livre, venait de son provençalisme, mais non : ce Bonnet est un lyrique en prose, et c’est la première fois qu’on a la poésie contenue dans le cerveau d’un paysan, mais d’un paysan, en un endroit de France, où le soleil ensoleille les cerveaux.

Jeudi 22 novembre §

Un intelligent, ce pauvre Magnard, mais un parfait sceptique, ne croyant à aucun sentiment. À Daudet qui lui soutenait, un jour, qu’il y avait de bonnes choses dans la vie, il lui jetait avec un sourire méphistophélique : « Oui, l’amitié… Goncourt n’est-ce pas ? »

Jeudi 29 novembre §

Exposition d’Ibels à la Bodinière. J’étais en train d’écrire une note, quand je {p. 266}suis abordé par Ibels, qui me demande, si je connais le mime Martinetti, et quand je lui ai répondu, que je l’avais vu dans Robert Macaire : « Eh bien, me dit-il, Martinetti a été très frappé de la silhouette naïve de votre soldat, et il sera heureux de jouer dans une pantomime comme La Fille Élisa, où il aurait à mimer les amours et la mort d’un troubade. » Et Ibels sollicite près de moi, l’autorisation de faire le texte mimé de cette pantomime, que je lui accorde très volontiers.

Dimanche 2 décembre §

Ce soir, Loti tombe chez Daudet, il parle de son voyage de quarante-huit jours dans le désert, disant sa joie des levers et des couchers de soleil, dans la pure lumière, sans aucune atténuation par les vapeurs, et cela, dans le plein d’une santé, — c’est son expression, — qu’il doit à « un tempérament de bédouin ».

Lundi 10 décembre §

Sur la Seine à cinq heures. Une eau violacée, sur laquelle filent des bateaux bruns, avec une frange d’écume blanche à l’avant, sous un ciel tout rose, dans lequel s’élèvent d’un côté la Tour Eiffel, de l’autre les minarets du Trocadéro, dans l’azur d’édifices fantastiques de Contes de fées.

Jamais Paris, dans la criée courante des journaux du soir, dans l’enchevêtrement des voitures, dans la rapidité volante des bicycles, dans la ruée affairée des gens, dans le coudoiement brutal des passants, ne m’est apparu si nettement, comme une capitale d’un pays de la Folie, habitée par des agités.

{p. 267}Jamais aussi, le Paris de ma jeunesse, le Paris de mon âge mûr, ne m’a paru aussi miséreux que le Paris, de ce soir. Jamais tant d’œils tendres de femmes, ne m’ont demandé un dîner, jamais tant de voix mourantes d’hommes, ne m’ont demandé un sou.

— Oui, disais-je, ce soir chez Mme…, ces nouvelles lumières du gaz, du pétrole, de l’électricité, ces lumières crûment blanches et sèchement découpantes, quelles cruelles lumières auprès de la douce et laiteuse lueur des bougies. Et comme le xviiie siècle a bien compris l’éclairage de nuit, mettant en douce valeur la peau de la femme, en la baignant d’une lueur assoupie et diffuse de veilleuse, dans l’enfermement de tapisseries crème, où la lumière est bue par la laine des claires tentures.

Mardi 11 décembre §

Dans un salon, ce qui donne de la vie, de la chaleur à une société, à défaut d’affections de cœur entre les gens, ce sont les affections cérébrales, nouées entre les communiants d’une même pensée, d’une même élaboration intellectuelle {p. 268}. Alors ce ne sont plus les froids bonjours, et les froids bonsoirs, et les froides poignées de main d’individus disparates qui se réunissent hebdomadairement, sans qu’il y ait jamais chez eux une réunion et une embrassade des idées.

Jeudi 13 décembre §

Vraiment ils sont bien curieux dans la vie littéraire, les hauts et les bas du moral, et où le matin, c’est un découragement complet, et où le soir, c’est un bienheureux relèvement, produit par un petit fait comme celui-ci. Daudet m’appelle près de lui à sa sortie de table, et m’apprend, que ce matin, sont venus chez lui, Geffroy, Hennique, Lecomte, Carrière, Raffaëlli, lui annonçant qu’ils voulaient me donner un banquet ; et lui ont demandé de se mettre à la tête du banquet, et il a accepté, avec l’idée de faire de ce repas, une manifestation plus large que celle de la réunion du Grenier, ainsi que Frantz Jourdain et Roger Marx en avaient eu l’idée.

Vendredi 14 décembre §

Aux curieux d’art et de littérature, qui dans le xxe siècle, s’intéresseront à la mémoire des deux frères, je voudrais laisser un inventaire littéraire de mon Grenier, destiné à disparaître après ma mort ; je voudrais leur faire revoir {p. 269}dans un croquis écrit, ce microcosme de choses de goût, d’objets d’élection, de jolités rarissimes, triés dans le dessus du panier de la curiosité.

Des trois chambrettes du haut de la maison, dans l’une desquelles est mort mon frère, il a été fait deux pièces, dont la moins spacieuse ouvre sur la grande, par une baie qui lui donne l’aspect d’un petit théâtre, dont la toile serait relevée.

De l’andrinople rouge au plafond, de l’andrinople rouge aux murs, et autour des portes, des fenêtres, des corps de bibliothèque peints en noir, et sur le parquet, un tapis ponceau, semé de dessins bleus, ressemblant au caractère de l’écriture turque. Comme meubles, des ganaches, des chauffeuses, des divans recouverts de tapis d’Orient, aux tons cramoisis, aux tons violacés, aux tons jaune de soufre, miroitants, chatoyants, et au milieu desquels est une double chaise-balançoire, dont, le repos remuant, berce les châteaux en Espagne des songeries creuses.

Dans la petite pièce, le rouge des murs, est rompu par une ceinture japonaise du xviie siècle, une ceinture, où des hirondelles volent à travers des glycines blanches ; le rouge du plafond, est rompu par un foukousa, aux armes de la famille Tokougawa, (les Mauves) d’où, sur le fond d’un gris mauve, la blancheur d’une grue se détache au-dessus d’une gerbe d’or.

Sur l’armoire remplie de livres, prenant tout le fond de la pièce, se trouvent pendus quatre kakémonos.

{p. 270}Le premier kakémono, d’O Kio représente des petits chiens, lippus, mafflus, rhomboïdaux, dont l’un dort, la tête posée sur le dos de l’autre, dessinés d’un pinceau courant dans un lavis d’encre de Chine, mêlé d’un peu de couleur rousse sur les chiens, d’un peu de couleur verdâtre sur une plante herbacée.

Le second kakémono, de Gankou, figure un tigre, mais un de ces tigres un peu fantastiques, comme les imaginent les artistes d’un pays, où il n’y en a pas. Le féroce, dans un déboulement, ventre à terre, du haut d’une colline, pareil au nuage noir d’un orage, est traité avec une furia de travail, dans une noyade d’encre de Chine, qui lui donne une parenté avec les tigres de Delacroix.

Le troisième kakémono, qui est d’un rival de Sosen, de Ounkei, peintre peu connu en Europe, détache du tronc d’un arbre, une singesse et son petit, dont les têtes, comme lavées d’une eau de sanguine sur les fines linéatures, rappellent les dessins aux trois crayons de Watteau.

Un quatrième kakémono, de Korin, dont le fac-similé réduit, a paru dans Le Japon de Bing, fait jaillir sur la pâleur fauve du fond, comme un éventail de lames vertes, des iris blancs et bleus, enlevés avec une crânerie de pinceau, qu’on ne trouve dans aucune fleur d’Europe : de l’aquarelle qui a l’aspect solide et plâtreux d’une peinture à fresque.

Là, se trouvent encore deux kakémonos, l’un de Kano Soken, l’artiste révolutionnaire qui a {p. 271}abandonné l’école de Kano, la peinture sévère des philosophes, des ascètes, pour peindre des courtisanes, et qui nous fait voir une Japonaise, venant d’attacher une pièce de poésie à un cerisier en fleurs. L’autre, non signé, un dessin influencé par l’art chinois, une étude d’une princesse dans son intérieur, et que Hayashi attribue à Yukinobou.

Quelques bibelots, au sertissement de matières colorées, translucides, en cette fabrication, habituelle à l’article de l’Empire du Lever du Soleil, sont accrochés au mur. C’est un porte-éventail, une longue planchette d’un bois joliment veiné, sur lequel court en relief une plante grimpante, aux feuilles découpées dans de la nacre, de l’écaille, dans une pierre bleuâtre semblable à la turquoise ; c’est un rouleau (pour dépêches) de trois pieds de hauteur, sur lequel serpente une tige de coloquinte aux gourdes vertes, et dont le haut et le bas ont l’entour d’une large bande burgautée.

Sur une petite étagère de bois de fer se trouve l’assemblage d’originaux objets d’art : un petit bronze, formé d’une feuille de nénuphar, toute recroquevillée, et après laquelle monte un crabe : un bronze d’une patine sombrement mordorée, admirable ; — une petite caisse, dont les lamelles, formant des jours d’un dessin géométriquement différent, sont plaquées du plus beau bois jaune satiné, et sur lesquelles des chrysanthèmes de nacre se détachent d’un feuillage en ivoire colorié ; — une feuille de lotus, qu’enguirlande la liane de sa tige {p. 272}fleurie de deux boutons : un morceau de bambou qui a l’air d’une cire, signé de l’artiste chinois Ou-Sipang ; — un plateau en fer battu, assoupli en la large feuille d’une plante aquatique, mangée par les insectes, et sur laquelle se promène un petit crabe en cuivre rouge, au milieu de gouttes d’eau, fac-similées en argent ; — une boîte à gâteaux, dont l’ornementation est laquée sur bois naturel, et dont le couvercle représente le guerrier, dessiné par Hokousaï, en tête de son album intitulé : Yehon Sakigaké (Les Héros illustres), le guerrier écrivant sur un arbre l’avis qui doit amener la délivrance de son maître ; — une écritoire dans un marbre rouge (appelé là-bas crête-de-coq), sur un pied de bois noir, aux stries des vagues de la mer, et au couvercle surmonté d’un vieil ivoire laqué, représentant le dragon des typhons ; — une boîte à papier, où se voient des bestiaux en corne, paissant sous un soleil couchant, fait d’un morceau de corail, un pâturage de fleurettes d’or ; — un crabe en bronze, d’une exécution si troublante de vérité, que j’étais tenté de le croire surmoulé, si le naturaliste Pouchet ne m’avait affirmé qu’il n’en était rien, se basant sur l’absence de certains organes de la génération. Ce bronze, qui est moderne, est signé : Schô-Kwa-Ken.

Au-dessus de la petite étagère qui contient ces bibelots, est suspendu un foukousa, qui est un véritable spécimen de coloration picturale franchement japonaise : un vase de sparterie roussâtre qui renferme des chrysanthèmes blancs, légèrement orangés, {p. 273}se détachant de feuilles vert pâle, sur un fond écru.

Comme pendant, en face, au-dessus d’un divan pour les apartés des causeurs, recouvert d’une robe de femme chinoise, entre des rangées d’assiettes coquille d’œuf, un kakémono brodé, où une gigantesque pivoine s’enlève, du milieu de glycines blanches, avec un relief énorme.

Mais la pièce orientale d’une grande valeur, qui décore cette pièce, c’est, au-dessus de la cheminée portant un chibatchi en bronze, damasquiné d’argent, entre deux cornets où sont incisées des grues et des tortues : c’est un tapis persan du xvie siècle, ayant cet adorable velouté du velours ras, et tissé dans l’harmonie de deux couleurs de vieille mousse et de vieil or, qui en forment le fond, et sur lequel zigzaguent, ainsi que des vols aigus d’oiseaux de mer, des arabesques bleues.

La fenêtre qui, dans le démansardage des chambres formant le Grenier, a pris la profondeur de ces fenêtres du moyen âge, où de chaque côté se trouve un petit banc de pierre, est devenue, en cette baie retraitée, qui a du jour jusqu’à la nuit, le lieu d’étalage des gravures et des dessins aimés.

Sur la paroi de gauche, sont exposés : Le Chat malade de Watteau, cette spirituelle eau-forte de Liotard, avec seulement quelques rentraitures de burin : eau-forte mettant en scène l’« Alarme d’Iris » et contre l’opulent sein de la grasse fillette, la tête rebiffée de Minet, auquel un médecin ridicule du {p. 274}théâtre italien tâte le pouls ; — les deux bandes du Spectacle des Tuileries, ces deux eaux-fortes où Gabriel de Saint-Aubin montre toute sa science du dessin, dans la représentation microscopique des promeneurs et des promeneuses de la grande allée, en 1762 ; — le Sunset in Tipperary (le Coucher du Soleil en Irlande), l’estampe que je regarde comme une des plus remarquables eaux-fortes modernes, et où Seymour Haden, qui retrouva le noir velouté de Rembrandt, a pour ainsi dire, imprimé, sur une feuille de papier, la mélancolie du crépuscule.

Sur la paroi de droite, sont trois eaux-fortes de mon frère : le portrait de Raynal, d’après le La Tour de la collection Eudoxe Marcille, une de ces eaux-fortes que mon frère griffait en deux heures, et qui, un moment, lui avaient donné l’idée de graver toutes les préparations de Saint-Quentin ; — La Lecture de Fragonard, d’après le bistre du Musée du Louvre ; — une tête d’homme de Gavarni, d’après un croquis, dessiné avec un cure-dent, où le trait avachi du dessin est rendu par des pâtés d’un noir sans éclatements.

Dans la grande pièce, sur les deux battants de la porte d’entrée, deux vues de la nuit éclairée par la lune : l’un de ces kakémonos, signé Yôsaï, n’est qu’un reflet de l’astre dans une eau obscurée, au-dessus de laquelle pendent quelques brindilles lancéolées ; l’autre, signé Buntchô, représente, sur un ciel éteint, une pleine lune, sur laquelle montent des tiges de graminées aux fleurs bleuâtres et rougeâtres, {p. 275}dans les vagues et délavées couleurs, que fait la lumière lunaire.

De petits corps de bibliothèques, de la hauteur d’un mètre et demi, sont adossés au mur : l’un contient, sauf quelques brochurettes, toute l’œuvre de Balzac en éditions originales, cartonnées sur brochure. Plusieurs de ces volumes portent des envois d’auteur. L’exemplaire des Martyrs ignorés, provenant de la vente Dutacq, est l’épreuve corrigée de ce : Fragment du Phédon d’aujourd’hui. Il se trouve une autre épreuve de : La Femme comme il faut, l’article publié dans Les Français peints par eux-mêmes, avec le bon à tirer de B, terminé par un paraphe en tortil de serpent.

Les trois autres corps de bibliothèque renferment des éditions originales de Hugo, de Musset, de Stendhal, mêlées à des éditions originales de contemporains, imprimées sur des papiers de luxe, et contenant une page du manuscrit donné à l’impression. Ainsi les volumes de Daudet, de Zola ; ainsi le volume de Renan : Souvenirs d’enfance ; ainsi le volume de Madame Bovary, renfermant une page du pénible manuscrit, toute biffée, toute raturée, toute surchargée de renvois : page donnée par Mme Commanville ; ainsi le Mariage de Loti, contenant la page manuscrite de la dernière lettre de la désolée Rarahu ; ainsi l’édition des Diaboliques, de Barbey d’Aurevilly, illustrée d’une page de sa mâle écriture en encre rouge, au bas de laquelle il a jeté une flèche, encore tout imprégnée de poudre d’or, — et au {p. 276}milieu de tous ces imprimés, dévoilant un petit morceau de l’écriture des auteurs, le livre de Ma jeunesse, de Michelet, contenant, à défaut d’une page du manuscrit, un devoir du temps de son adolescence, sur Marius, en marge duquel, le grand historien a écrit : « M. Villemain m’encouragea vivement, et je pris confiance. »

Un cinquième corps de bibliothèque réunit presque tout entier l’œuvre de Gavarni, qui compte, dans cette collection, près de six cents épreuves avant la lettre. Il est surmonté d’une vitrine, où sont exposés cinq volumes reliés par de grands relieurs.

{p. 277}C’est un exemplaire de Manette Salomon, décoré, sur les plats de la couverture, de deux émaux de Claudius Popelin, représentant la Manette, sur la table à modèle, vue de face, vue de dos.

C’est une réunion de tous les articles écrits sur la mort de mon frère, avec, en tête, les lettres d’affectueuse condoléance de Michelet, de Victor Hugo, de George Sand, de Renan, de Flaubert, de Taine, de Banville, de Seymour-Haden, etc., portant, sur un des plats de la reliure, le profil de mon frère, précieusement dessiné par Popelin, dans l’or de l’émail noir.

C’est une Histoire de Marie-Antoinette, dont la reliure de Lortic, est composée d’un semis de fleurs-de-lis d’or, au milieu duquel est encastrée une médaille d’argent, frappée pour son mariage, où se lit : Maria Antonia Gallia Delphina, médaille de la plus grande rareté.

C’est un exemplaire des Maîtresses de Louis XV, la dernière reliure de Capé, faite en imitation des riches reliures à arabesques fleuronnées du siècle dernier.

Tous ces livres portant notre E. J. ciselé sur la tranche, qui est l’ex libris original, que nous avions inventé, pour les livres sortis de notre collaboration.

C’est : La Femme au dix-huitième siècle, un exemplaire de l’édition illustrée chez Didot, avec la reproduction des tableaux, dessins, estampes du temps, où du sanguin maroquin du Levant, se détache un Amour en ivoire, jouant des cymbales : un Amour d’un gras merveilleux, n’ayant pas la sécheresse des ivoires modernes.

C’est enfin : L’Art du dix-huitième siècle, un exemplaire de la première édition, publiée en fascicules, et dont mon frère grava les eaux-fortes, un exemplaire dans une reliure exécutée par Marius Michel, sur mon idée, avec l’enlacement d’un lierre aux feuilles en fer de lance, et d’une branchette pourpre de momichi de mon jardin : reliure entaillée dans le cuir, coloriée dans la couleur des feuillages reproduits, et où, d’un rinceau formé de l’enchevêtrement des deux plantes, l’artiste relieur a contourné un grand G.

Au-dessus sont suspendus deux compotiers de Saxe, aux élégantes gaufrures de la pâte blanche, aux fleurs peintes en camaïeu bleu, et entre les deux compotiers, un plat ovale de Louisbourg, au bord {p. 278}délicatement ajouré, et au milieu duquel éclate une tulipe violette.

Puis encore au-dessus, des médaillons de Nini, ces gracieuses et coquettes demi rondes bosses des grandes dames du xviiie siècle, dans le relief amusant des fanfreluches de leurs toilettes, et où se trouve le médaillon de Suzanne Jarente de la Reynière (1769), qui est son chef-d’œuvre, par la fine découpure du profil, le tortillage envolé des boucles de cheveux, la ciselure du tuyautage d’une guimpe, cachant l’entre-deux des seins de la femme décolletée. Et au milieu des Nini, une tête de femme, au nez retroussé, au ruban courant dans la frisure des cheveux, et se détachant en blanc sur le fond bleu, papier de sucre des Wedgwood, passe pour un portrait de Mme Roland, et encore, grand comme une pièce de cent sous, en biscuit pâte tendre de Sèvres, un médaillon de Marie-Antoinette, dont la finesse du modelage peut lutter avec le travail des camées antiques.

Entre ces médaillons est suspendu le bistre original de Fragonard, dont la plaisante composition a été vulgarisée par l’aquatinte de Charpentier, sous le titre : La Culbute. Un jeune paysan, dans sa précipitation à embrasser son amoureuse, culbute le chevalet du peintre, devant lequel elle est en train de poser.

Le bistre de Fragonard est dominé par une sensuelle académie de femme couchée, vue de dos, une jambe allongée, l’autre retirée sous elle. Ce Boucher {p. 279}est bien le Boucher français, et fait contraste avec deux autres, qui font connaître, l’un un Boucher italien, l’autre un Boucher flamand. Le premier, à l’élégance d’un corps du Primatice, montre la femme les bras croisés au-dessus de la tête, et hanchant, appuyée à un cippe, où tourne une ronde d’Amours ; le second, c’est le plein d’un corps vu de dos, bien en chair, capitonné de fossettes, et qu’on pourrait prendre pour une étude de Rubens.

Et j’ai oublié deux dessins français, couronnant deux corps de bibliothèque :

L’un de Fragonard, une de ces solides gouaches jouant l’huile, où dans la tourmente blafarde d’un ciel orageux, éclate le coup de pistolet d’une jupe rouge de paysanne.

L’autre, un dessin aux deux crayons, n’est qu’une contre-épreuve de Watteau, mais ils méritent vraiment d’être encadrés, — ces doubles du dessin original, un rien atténués dans les valeurs, — quand ils sont du grand maître français, et ne payait-on pas dans le siècle dernier, à la vente de Mariette, des mille francs, des contre-épreuves de Bouchardon ? Cette contre-épreuve, qui vient de la vente Peltier, représente une femme vue de dos, retroussant d’une main par derrière sa jupe aux plis de rocaille, à côté d’une amie allongée sur le rebord d’une terrasse, où elle s’appuie de la main gauche, tandis qu’elle fait un appel de la main droite, à la cantonade.

Sur la tablette supérieure des bibliothèques, sont {p. 280}posés de petits bronzes japonais, dont les anses sont ingénieusement imaginées, d’après la figuration de crevettes arc-boutées contre le col ; de tay, les poissons aimés par les gourmets de là-bas, en la remonte d’une cascade ; de petits rameaux de courges avec les gourdes, au milieu de leurs feuilles trilobées. Il est un de ces vases, à la patine du vieil acajou, décoré du feuillage fleuri d’une tige de cognassier, comme tombée du vase. Un autre de ces petits bronzes est formé du découpage à jour de branchettes de cerisier s’entrecroisant ; un autre, c’est l’imitation d’une bouteille d’osier treillissée ; un autre, l’imitation d’une nasse, après laquelle montent des grenouilles.

Enfin, un bronze extraordinaire, comme fonte à cire perdue, et qui n’a plus rien de l’aspect dur et cassant du métal : une petite jardinière, où des flots de la mer qui font la décoration du fond, jaillit d’un côté la tête d’un dragon, de l’autre sa queue, un dragon aux barbillons dorés. Ce bronze porte : Fait par Tautchôsai Jukakou pour Shogakousai.

Et ce bronze repose sur un pied admirable, un morceau de bois plié à la façon d’une serviette, avec l’incrustation d’une grecque en argent sur les rebords, et, sur le plat, des poésies également incrustées en argent.

En fait d’objets chinois ou japonais, il y a encore sur les murs, deux panneaux de Coromandel, ces riches panneaux de paravents, à intailles coloriées, où des fleurs et des poissons ressortent si bien du {p. 281}noir glacé de la laque ; — un bas-relief composé d’un bâton de commandement, en jade, posé sur un pied de bois de fer, admirablement sculpté ; — une plaque de porcelaine ayant dû servir à la décoration d’un lit d’un grand personnage, une plaque de porcelaine de la famille verte, où les peintures de la porcelaine arrivent à la profondeur intense des colorations d’émaux, enchâssés dans le cuivre ; — une grande sébile en bois (destinée à contenir des gâteaux secs), où un quartier de lune, fait d’une plaque d’argent, brille au milieu des aiguilles du noir branchage verticillé d’un sapin.

La cheminée porte, entre deux flambeaux d’émail de Saxe, une petite pendule du xviiie siècle, et se trouve surmontée d’une glace dans un cadre en bois doré du plus riche contournement, terminé par un cœur flamboyant, traversé de deux flèches enguirlandées de fleurettes.

Le fond de la pièce, en regard de la baie ouvrant sur l’autre chambre, est comme une chapelle à la mémoire de l’ami Gavarni, renfermant une réunion de ses plus beaux dessins. Là, est son Vireloque, exécuté avec ce procédé d’un fusain fixé, lavé à grandes eaux colorées, et largement relevé de gouache : procédé donnant à une aquarelle, la solidité d’une peinture à l’huile.

Ce dessin capital a, comme pendant : My Husband, une composition de deux débardeurs, enlevée avec le même procédé, et au moins avec la même vigueur.

À côté de ces deux aquarelles, puissamment {p. 282}gouachées, une aquarelle de la plus grande limpidité, et du lavage le plus transparent, où une vieille portière dit à une autre :

Ce qu’y a de monde à Paris qui n’attendent pas que les arrondissements soient prêts, pour filer dans le 13e. — Ça fait frémir !

Puis un costume de théâtre pour Mlle Julienne, un costume aquarellé d’une femme de la campagne, avec l’indication en marge : chapeau de paille, ruban de chapeau, bonnet de batiste, manches de batiste.

Et voici, à la mine de plomb, mélangée de sanguine, l’étude de ce roux cruel, appuyé au-dessus d’un canapé, où dans la lithographie terminée, est couchée une femme, lithographie baptisée : L’Oiseau de passage : type d’après lequel Dumény s’est grimé pour le rôle de Jupillon, dans Germinie Lacerteux.

Ce sont encore, l’un à côté de l’autre, deux dessins : l’un, une Débardeuse, gravée dans La Mode, d’un précis et d’un fini d’exécution, où se sent encore le dessinateur mécanicien ; l’autre, un lavis de la dernière année de la vie de l’artiste, montrant un de ces androgynes femelles, au retrait de travers de la tête dans les épaules d’une vieille tortue, lavis barboté, poché, à la façon des plus grands maîtres.

La Débardeuse encadrée a été tirée de l’album des dessins de Gavarni du journal La Mode (soixante-quinze dessins) offert par Girardin à la princesse Mathilde, et à moi donné par la princesse, un jour, qu’elle me faisait l’honneur de déjeuner chez moi, {p. 283}et donné si gentiment, ainsi que je l’ai déjà raconté dans mon Journal. Une fois la princesse m’avait dit, connaissant toute mon admiration pour Gavarni : « Vous savez, Goncourt, les dessins de La Mode, je vous les laisse dans mon testament. » Eh bien ! le matin du déjeuner, elle arrivait, l’album dans les bras, et me le mettait dans les mains, avec cette phrase : « Décidément, je me porte trop bien, je vous ferais trop attendre ! »

Maintenant dans cette pièce, comme dans l’autre, les deux fenêtres, en leurs rentrants, forment de petits cabinets d’exposition, en pleine lumière.

L’un est tout rempli d’aquarelles de mon frère, exécutées en 1849, 1850, 1851, pendant nos années vagabondantes.

Voici, une vue de la curieuse maison, en bois sculpté, de Mâcon, voici, une vue à la porte Bab-Azoum d’Alger, avec son ciel de lapis ; voici, une vue du matin au bord de la mer, à Sainte-Adresse ; voici, une vue de Bruges, qui ressemble bien à un Bonington ; voici enfin une vue de la sale et pourrie rue de la Vieille-Lanterne, que mon frère a été prendre, le lendemain du jour, où Gérard de Nerval s’était pendu, au troisième barreau de cette grille d’une sorte d’égout.

L’autre fenêtre a un panneau couvert de trois impressions japonaises.

La première d’Outamaro, donne à voir Yama Ouwa, cette sorte de Geneviève de Brabant hirsute, allaitant dans la forêt son jeune nourrisson, au teint {p. 284}d’acajou, qui sera un jour le terrible guerrier Sakata-No-Kintoki.

La seconde d’Harunobou, planche un peu fantastique, montre dans une nuit, où volent de gros flocons de neige, un jeune amoureux qui joue de la flûte, dans le voisinage de sa belle.

La troisième d’Hokousaï : un très fin sourimono, représente, par un jour du Jour de l’An de là-bas, une longuette petite femme, portant sous le bras une cassette contenant un cadeau, en une marche méditative, dans une robe aux délicates colorations, comme diluées dans un bain d’eau : un sourimono encadré dans une étoffe, où brillent sur un fond d’or, des fleurettes blanches, sortant d’un feuillage de turquoise. En tête, est imprimée cette ligne d’une poésie : Le vent du printemps, qui a passé sur les fleurs des pruniers, parfume ses cheveux, semblables à des brindilles de saule.

Dans l’autre panneau sont trois dessins de Gabriel de Saint-Aubin, de Watteau, de Chardin.

De Gabriel de Saint-Aubin, c’est le dessin de la vignette de l’Intérêt personnel, gravé par son frère Augustin, une vignette qui peut tenir bien certainement à côté d’un dessin de Meissonier.

De Watteau, ce maître de la main, et cet admirable interprète de sa nervosité, c’est une feuille de cinq mains de femmes, dans différents mouvements, et desquelles, l’artiste, seulement avec de la mine de plomb, et de la sanguine pourprée qui est à lui seul, a fait de la chair peinte.

{p. 285}De Chardin, sabré à la pierre d’Italie avec des rehauts de craie, sur un papier chamois, un croquis de vieille femme tenant un chat sur ses genoux. Et ce dessin est curieux, non seulement, parce que les dessins vraiment authentiques du peintre sont de la plus grande rareté, mais encore parce que ce dessin, est la première idée du grand portrait en pied, que j’ai vu, il y a une trentaine d’années, chez la baronne de Conantre, le seul portrait à l’huile de tous les portraits qui lui ont été attribués, que je reconnais pour un vrai Chardin, et qui a été peint par le maître, dans la manière chaude de ses Aliments de la convalescence, du Musée de Vienne.

Dans la grande pièce, la teinte uniforme des murs et du plafond est rompue, çà et là, par des broderies chinoises et japonaises. Au-dessus de la baie, est tendue une bande de drap blanc, sur laquelle sont brodés, en soie bleue et violette, jouant le camaïeu, des chrysanthèmes entre des iris et des fleurs de cognassiers.

En face, et se faisant vis-à-vis, est une autre broderie chinoise sur fond blanc, où une étagère en bois de fer, et des consoles en laque de Pékin, portent des fleurs et des grenades.

Entre les deux fenêtres, s’étale la tapisserie d’une décoration théâtrale, un grand morceau d’étoffe rouge, que recouvrent entièrement de larges feuilles de nénuphar et des gerbes de joncs, massivement brodées en or, et où, dans ce rouge et cet or, luit le blanc d’une tige de chrysanthème, le bleuâtre d’une grappe de glycine.

{p. 286}Et le plafond s’éclaire sous un grand foukousa, du rose d’un soleil couchant à Tokio, dans lequel s’élancent des bambous verts, au vert tendre d’une pousse arborescente dans le mois de mai, et coupés par un nuage, où volent de blanches grues.

Mais la curiosité grande des deux pièces, c’est la réunion, dans une vitrine, des portraits des littérateurs amis, des habitués du Grenier, peints ou dessinés sur le livre le mieux aimé par moi, et dont l’exemplaire est presque toujours en papier extraordinaire, et renfermant une page du manuscrit autographe de l’auteur.

Alphonse Daudet, peint à l’huile par Carrière (1890), sur un exemplaire de : Sapho.

Zola, peint à l’huile par Raffaëlli (1891), sur un exemplaire de : L’Assommoir, un Zola un peu matérialisé.

Banville, peint à l’huile par Rochegrosse (1890), sur un exemplaire de : Mes souvenirs, un portrait d’une ressemblance à crier.

Coppée, peint, à l’huile par Raphaël Collin (1894), sur un exemplaire de : Toute une jeunesse, un portrait élégiaque, où rien ne se voit sur la physionomie, de la rieuse gouaillerie du causeur.

Huysmans, peint aux crayons à l’huile par Raffaëlli (1890), sur un exemplaire de : À Rebours, un portrait enlevé dans un beau et coloré relief, et donnant la constriction de corps du nerveux auteur.

Octave Mirbeau, dessiné à la plume par Rodin (1894), sur un exemplaire de : Sébastien Roch, deux {p. 287}profils et une tête de face, dont la construction est d’un puissant manieur de glaise.

Rosny (l’aîné), peint, dans un lavis à l’encre de Chine, par Mittis (1894), sur un exemplaire du : Bilatéral.

Paul Margueritte, peint, à l’huile, par Bouchor (1891), sur un exemplaire de : Tous quatre.

Rodenbach, peint à l’huile par Stevens (1891), sur un exemplaire du : Règne du silence, un portrait donnant l’aspect spirituellement animé de la physionomie du poète.

Gustave Geffroy, peint à l’huile par Carrière (1890), sur un exemplaire des : Notes d’un journaliste, un portrait qui est un chef-d’œuvre.

Hennique, peint à l’huile par Jeanniot (1890), sur un exemplaire de : Un caractère, un portrait d’une ressemblance charmante dans une habile peinture.

Descaves, peint à l’huile par Courboin (1890), sur un exemplaire des : Sous-Offs.

Hervieu, peint à l’aquarelle par Jacques Blanche (1890), sur un exemplaire de : Peints par eux-mêmes, un portrait donnant la douce expression mélancolieuse de ses yeux.

Hermant, peint dans un croquis légèrement aquarellé de Forain, sur un exemplaire du : Cavalier Miserey, un croquis amusant, donnant au jeune auteur, avec ses moustaches relevées, ses cheveux ébouriffés, l’apparence d’un petit chat en colère.

Ajalbert, peint à l’huile par Carrière (1894), sur un exemplaire de : En amour.

{p. 288}Frantz Jourdain, peint, dans un lavis d’encre de Chine, par Besnard (1890), sur un exemplaire de : À la côte, un lavis dont la pochade sort de dessous le pinceau d’un maître.

Rod, peint à l’huile par Rheiner, un peintre suisse (1892), sur un exemplaire de : La Course à la mort.

Jean Lorrain, peint à l’huile par de la Gandara (1894), sur un exemplaire des : Buveurs d’âmes.

Gustave Toudouze, peint à l’huile par son frère Édouard Toudouze (1890), sur un exemplaire de : Péri en mer.

Burty, peint à l’huile par Chéret, sur un exemplaire de : Pas de lendemain, un portrait d’un très brillant coloris.

Claudius Popelin, peint à l’aquarelle par son fils (1889), sur un exemplaire de : Un livre de sonnets, une aquarelle de la plus habile facture.

Bracquemond, peint à l’aquarelle par lui-même (1890), sur un exemplaire : Du dessin et de la couleur, un portrait où l’habitant de Sèvres s’est représenté, sous un aspect un peu rustique.

Robert de Montesquiou, peint à l’huile par de la Gandara (1893), sur un exemplaire du beau livre des : Chauves-souris, portrait rendant la silhouette et le port de tête du poète.

Henri de Régnier, peint à la gouache par Jacques Blanche (1895), sur un exemplaire : Le Trèfle noir.

Edmond de Goncourt, peint à l’huile par Carrière (1892), sur un exemplaire de : Germinie Lacerteux, de l’édition in-4º, tirée à trois exemplaires, aux frais {p. 289}du bibliophile Gallimard, un admirable portrait, où se voit, dans le fond, le médaillon de bronze de Jules, et dans lequel, Carrière a merveilleusement exprimé la vie fiévreuse des yeux de l’auteur.

Mme Daudet, peinte à l’huile par Tissot (1890), sur un exemplaire d’ : Enfants et mères, un portrait délicatement touché.

La princesse Mathilde, peinte à l’aquarelle par Doucet (1890), sur un exemplaire de la rare brochure : Histoire d’un chien, un portrait rendant, dans une aquarelle charmante, le gras et bon sourire de la princesse.

Lundi 17 décembre §

Une conversation à voix basse entre deux garçons de café, chez Riche :

— Des chevaliers d’industrie, je te dis !

— Oui, des chevaliers d’industrie… mais mes meilleurs clients… les consommateurs aux plus gros pourboires…

Une spirituelle femme énumérant les bienheureux flirt, qui se produisent autour d’une jeune et jolie femme, en vedette dans le monde chic, lors de sa pose dans un salon, sur un canapé, disait : « Il y a le flirteur de droite, qui a dans le côté la rondeur de hanche ; le flirteur de gauche, qui a une boucle de ses cheveux sur la figure ; le flirteur debout de devant, qui a la vue de sa gorge… et tour à tour de ses seins sautant par-dessus le corset ; enfin {p. 290}les flirteurs de second plan, qui ont la télégraphie engageante de ses bras et de ses mains. »

Mardi 18 décembre §

Exposition de Joseph Chéret, l’héritier direct de Clodion, avec son petit monde de Cupidons, au sourire railleur de Cupidons-Gavroches, et de nymphes fluides, plus séduisantes encore sur la panse d’un vase, dans le demi-relief, dans la demi-rondeur de formes, émergeant de l’enveloppement de la glaise.

Une figure charmante : le corps d’une petite fille, assise sur le rebord d’une corbeille, et qui dans un mouvement de retournement en arrière, s’appuie des deux bras à l’anse.

Mercredi 19 décembre §

On sonne. C’est le ménage Zola venant me remercier de l’accueil que leur fait Béhaine, et ne s’interrompant pas l’un et l’autre, dans l’effusion de leurs louanges, sur la bonne grâce et la bravoure de l’ambassadeur.

Du reste tout le monde français a été d’une amabilité extrême. Guillaume, le directeur de l’École de Rome, de retour depuis trois jours de Paris, avant le départ de Zola, voulait improviser un dîner. Hébert lui a fait les honneurs de la Chapelle Sixtine, et à la demande de Zola, de voir de sa peinture, lui a dit : « Après la visite de la Chapelle Sixtine, on ne voit pas de l’Hébert ; vous la verrez, ma peinture, à Paris, où il n’y a pas une concurrence si redoutable. »

Vendredi 28 décembre §

{p. 291}Mon Dieu, qu’il est vivant, qu’il est bruyant, qu’il est assourdissant ce Mistral ! Il fait à lui seul le bruit de dix Septentrionaux. Mais au fond, il est amusant avec sa parole spirituellement exubérante. C’est aujourd’hui dans sa bouche, et avec la mimique de sa physionomie et de tout son corps, l’histoire d’Adolphe Dumas le poète boiteux, destiné à devenir tailleur, le métier de tous les boiteux de là-bas. Or, dans l’auberge de rouliers tenue par ses parents, tombait, un jour, une troupe de comédiens nomades, et il arrivait qu’à la suite de la représentation dans la grande salle de l’auberge, la fille de l’auberge, une belle fille, séduite par les paillettes du comédien, qui faisait le prince Charmant, décampait avec lui à Marseille, d’où, subitement désenchantée de l’homme, elle se rendait à Paris. Là, en descendant de diligence, elle trouvait, pour ainsi dire, dans la rue, un vieil Anglais, que son histoire intéressait, et qui la mettait quelque temps dans un couvent, pour la dégrossir, puis l’épousait. Aussitôt qu’elle était épousée, elle faisait venir l’apprenti tailleur, pour lequel elle avait une grande affection, lui faisait faire ses études, de rapides études, au bout desquelles il devenait l’homme de lettres, Adolphe Dumas, en relation avec Lamartine, qui par lui, prenait connaissance de Mireille, et écrivait l’article qui faisait Mistral célèbre. Alors — c’est bien de ce temps catholico-romantique — pour remercier Dieu de l’article, Adolphe Dumas faisait communier, en {p. 292}sa compagnie, et celle de deux autres littérateurs, Mistral à Notre-Dame, après qu’on s’était confessé au Père Félix : communion suivie d’un gueuleton, où l’on se grisait fortement.

« Une rechute religieuse comme ça, moi aussi m’est arrivée, s’écrie Daudet. C’était dans les premiers temps que j’écrivais au Figaro, vers mes dix-sept ans. Je ne sais ce qui m’avait pris, mais voici qu’un jour, je vais trouver le Père Félix, et je lui demande de me confesser, et de me donner l’absolution. Il s’y refusa, m’imposant de lire avant, quatre gros volumes de ses conférences. Ma foi, les volumes étaient bien reliés et, les jours suivants, mon accès religieux étant un peu passé, et ayant faim, je vendais les quatre volumes du Père Félix, ce qui me donnait à manger, deux ou trois jours.

« … Mais, ce n’est pas tout ce que me rapporta, le Père Félix. En 1860 — eh, Mistral je me rendais justement chez toi ! — à Lyon, je me trouve à court d’argent, j’offre à un journal un article sur mes contemporains, et je lui apporte un article, où, dans un portrait du Père Félix, je racontais ma mauvaise action. Ce portrait du Père Félix était accompagné d’un portrait de Rigolboche.

« Quand j’allai toucher mon article, je fus payé, mais le rédacteur me dit que je ferais bien de quitter Lyon, parce que des gens, ayant l’air de méchants garçons, indignés de cet amalgame du Père Félix avec Rigolboche, étaient venus demander mon adresse. »

{p. 293}Et dans le bruit des conversations, j’entends vaguement la fin de la monographie d’Adolphe Dumas, continuée par Mistral : Adolphe Dumas, ne cessant de répéter, en faisant allusion à la pauvre auberge de son père :

— Et cependant j’avais un grand-père qui portait des bas de soie !

— Quel était donc ton grand-père ? lui demandait enfin, un jour, Mistral.

— Le capitaine Perrin, répondait avec fierté Adolphe Dumas.

Or, le capitaine Perrin aurait été ruiné, au dire de Mistral, par une fourniture d’ail de 300 000 francs à l’armée des Pyrénées-Orientales, qui lui fut payée en assignats, au moment, où les assignats n’avaient plus aucune valeur.

Année 1895 §

Mercredi 2 janvier §

{p. 297}Ce soir, une femme agitant un éventail en plumes blanches, que je lui ai donné, me disait cette phrase gentille, et comme seules les femmes savent en trouver : « Pour moi, les choses que vous me donnez, et que je pose sur une commode, ou que j’accroche au mur, ne me sont de rien, je n’aime que les choses qui me suivent, que je porte avec moi, que mes doigts peuvent toucher, comme cet éventail. »

Dimanche 6 janvier §

Carrière, qui était à la parade de la dégradation militaire de Dreyfus, perdu dans la foule, parlant de La Patrie en danger, me disait que moi, qui avais si bien rendu le mouvement fiévreux de la rue, pendant la Révolution, il {p. 298}aurait voulu que je fusse là, et que bien certainement, j’aurais tiré quelque chose du frisson de cette populace.

Il ne voyait rien de ce qui se passait, et avait seulement l’écho de l’émotion populaire par des gamins, montés sur des arbres.

Et voici Hennique et Geffroy, les deux décorés du Grenier, auxquels tout le monde fait fête.

Lundi 7 janvier §

Dîner chez Rodenbach avec les Besnard, les Frantz Jourdain, Mallarmé, Rosny.

Ce Mallarmé a vraiment une parole séductrice, avec de l’esprit qui n’est jamais méchant, mais soutenu d’une pointe de malice.

On a parlé de l’article de Strindberg sur l’infériorité de la femme, d’après l’étude de ses sens, ce qui est incontestable sous le rapport du goût et de l’odorat, et à propos de cette infériorité, je rappelais une observation d’un livre de médecine, où il est affirmé que le squelette d’homme a une personnalité, que n’ont pas les squelettes de femmes, qu’on dirait fabriqués à la grosse.

Mercredi 9 janvier §

Ce soir, rue de Berri, on cause du décolletage des femmes, et comme je disais que la gorge de la femme honnête devrait être la {p. 299}chose la plus secrète pour les autres, autres que le mari, d’Ocagne nous raconte la présentation d’un Chinois qu’il a faite chez About, ce Chinois s’étant obstinément arrêté à la porte du salon, il avait été obligé d’aller le rechercher et de le forcer à entrer. Et, comme en sortant, il lui demandait la raison de son hésitation à pénétrer dans le salon, il lui répondait que devant ces femmes qui avaient leurs gorges à l’air, il avait cru à une mystification et qu’au lieu de l’avoir conduit dans un intérieur familial de lettré, d’Ocagne l’avait mené dans un bateau de fleurs.

Dimanche 13 janvier §

On se demande, s’il existe encore des bohèmes de l’intensité de ceux du temps de Murger ? On ne le croit pas. Cependant Rodenbach affirme, qu’il y a encore dans notre partie, des crevards de faim sans pudeur, semblables aux chiens des environs des casernes, et qui viennent, aux heures réglementaires, partager le repas d’hôpital de Verlaine.

Léon Daudet, qui dans ce moment pour combattre les tristesses de sa vie, se plonge plus avant dans le travail, et a écrit toute la journée, nous demande à nous lire, après dîner, un commencement d’article sur la Pitié et la Douleur, qui me fait m’écrier : « C’est curieux, n’est-ce pas, c’est le catholicisme qui a apporté dans le monde la pitié à l’endroit des miséreux et, il a fallu dix-huit siècles, pour que cette pitié {p. 300}eût son développement en littérature, — développement qui commence avec Dickens et continue — « avec vous ! » me crie-t-on.

Mercredi 16 janvier §

Démission du Président… Ça ne dure pas longtemps les présidences… Vraiment le fichu régime que ce parlementarisme, où les parlementaires ressemblent à de grands enfants, pris, de temps en temps, du désir de casser leurs joujoux.

Le docteur Michaut me disait, que peu de temps après notre Exposition, dans une causerie à Francfort avec un Allemand, celui-ci vantant cette exposition, s’étonnait, comme nous nous étions vitement relevés, depuis la dernière guerre, ajoutant toutefois qu’avant la guerre, il avait cru à notre irrémédiable décadence, par le développement des cafés-concerts et les inepties qu’on y débitait, et que malheureusement pour nous, il avait remarqué une progression énorme de ces cafés-concerts.

On me contait, ce soir, à propos de l’infecte collection de M. Thiers, prenant deux salles du Louvre, que Tauzia, qui avait été très hostile à cette désastreuse occupation de notre grand Musée, lors de l’ouverture de la salle où est le fameux service, avait lancé la phrase : « Messieurs, la salle à manger ! » phrase qui avait manqué de lui faire perdre sa place.

Lundi 21 janvier §

{p. 301}Oh, la jeunesse des lettres ! je la trouve bien pressée de jouir du succès, bien avide d’argent, bien incapable de travailler de longs mois, dans la retraite, le silence, la maigre rétribution de son labeur : ce qu’a fait notre génération. J’ai bien peur, que les rares fabricateurs de livres de ce jeune monde, soient mangés par le journalisme : où se payent de gros dividendes, avec le tintamarre de la gloire.

Samedi 26 janvier §

M. Maurice Talmeyr, dans un éreintement de mon Journal, m’accuse de travailler à faire oublier la place, que mon frère a dans notre œuvre. C’est juste au moment, où je viens d’obtenir, avec une certaine peine, qu’une rue de Nancy, devant s’appeler : Rue Edmond de Goncourt s’appelle Rue des Goncourt.

Jeudi 31 janvier §

À la fin de la soirée, arrive Helleu, qui a passé toute la journée à peindre par ce froid, les statues de Versailles, à demi ensevelies sous la neige, parlant de la beauté de spectacle et du caractère de ce monde polaire. Et sur la passion de la peinture de Bracquemond fils, d’après des vitraux, il me confesse avoir ce goût, et avoir travaillé à Chartres, {p. 302}à Reims, et à Notre-Dame, à Notre-Dame, qu’il a habitée la matinée, presque deux années, visitant tous les coins et les recoins des tours, au milieu de ces anges suspendus dans le ciel, ayant comme des mouvements de corps, pour se retenir et ne pas tomber en bas. Et il nous parle d’une fête, où peignant au milieu des chants, des roulements de l’orgue, du son des cloches en branle, il donnait des coups de pinceau sur la toile, à la façon d’un chef d’orchestre, complètement affolé.

Vendredi 1er février §

Je reçois, ce matin, une aimable lettre de M. Rigaud Kair, capitaine au long cours, me témoignant son regret de ne pouvoir assister à mon banquet, sous la menace de reprendre la mer, au premier jour, et m’offrant « en remerciement de sa respectueuse gratitude pour les joies intellectuelles, que mes œuvres, compagnes fidèles de tous ses voyages, lui ont procurées », m’offrant un dessin de Pouthier, l’Anatole de Manette Salomon. Et le dessin est curieux, et je me rappelle que Pouthier m’en parla beaucoup dans le temps. C’est un dessin dédié à Eugène Sue, et qui porte au revers la note suivante : Portrait de Mlle *** qui a servi pour la création de la Mayeux, dans les Mystères de Paris.

Et M. Rigaud Kair ajoute, qu’il ne serait pas impossible, que lorsque je me suis trouvé à Croisset, j’aie aperçu un trois-mâts, saluant trois fois, avec {p. 303}son pavillon amené bas, très bas, comme on salue un souverain, l’excellent maître Gustave Flaubert, que cette petite manœuvre étonna d’abord, puis ravit ensuite.

Déjeuner chez les Dorian, pour les fiançailles d’Ajalbert avec la jolie Mlle Dora Dorian.

En rentrant, je sonne. On tarde à m’ouvrir. Je m’impatiente, et ressonne à casser la sonnette. Apparaît la tête effarée de Blanche, qui me crie : « Le feu est à la maison ! » En effet, à la suite d’un feu de cheminée dans mon cabinet de travail, le feu vient de prendre dans un petit cabinet au-dessus, et Pélagie et sa fille et sa mère, courent affolées par la maison, jetant dans le chéneau des paquets de choses enflammées. Les fumistes arrivent et bouchent avec du mortier la cheminée, mais le feu n’est pas éteint, et devant la vapeur de gaz carbonique, qui remplit tout le haut de la maison, ils préviennent les femmes de dormir avec précaution : une jeune mariée ayant été, ces jours-ci, asphyxiée dans ces conditions à Auteuil. Ce qui fait que mon monde ne dort, la nuit, que d’un œil, se relevant de temps en temps, pour aller tâter le mur, et sentir s’il se refroidit.

Ah ! une vilaine soirée, cette soirée dans l’émotion de l’incendie, et cependant j’ai fait tout de même dans cette soirée, les trente lignes sur les pointes-sèches d’Helleu, qu’il m’a demandées pour une exposition à Londres, et qu’il doit venir chercher dimanche.

{p. 304}

« Février 1895.

« Mon cher Helleu,

« Vous me faites l’honneur de me demander de présenter en quelques lignes au public, votre œuvre. Je le fais avec grand plaisir, ne me cachant pas cependant la difficulté grande, à bien parler de vos pointes-sèches, à la fois si légères et si colorées, vos pointes-sèches d’une égratignure sur le cuivre, si artiste.

« Votre œuvre, c’est d’après le cher modèle, qui prête la vie élégante de son corps à toutes vos compositions, une sorte de monographie de la femme, dans toutes les attitudes intimes de son chez-soi — dans le renversement las de sa tête, sur un fauteuil ; dans son agenouillement devant le feu d’une cheminée, avec le retournement de son visage contre le chambranle, et la fuite contournée du bas de son corps ; dans une rêverie, qui lui fait prendre dans la main la cheville d’une jambe croisée sur l’autre ; dans une lecture, avec le défrisement d’une boucle de cheveux le long de sa joue, quelque chose d’interrogateur au bout du nez, une bouche un rien entrouverte, où il y a comme l’épellement heureux de ce qu’elle lit ; dans le sommeil, où de l’enfoncement dans l’oreiller, émerge la vague ligne de deux épaules, et un profil perdu, au petit nez retroussé, à l’œil fermé par de noirs cils courbes.

« Et si la femme, ainsi représentée dans son intérieur, sort de chez elle, regardez-la, sur cette merveilleuse planche : “La femme devant les trois {p. 305}crayons de Watteau, du Louvre”, regardez-la, une main sur une ombrelle, avec toute l’attention de sa séduisante et ondulante personne, penchée sur les immortels dessins de la vente d’Imécourt.

« Non, je ne sais vraiment pas un autre mot pour les baptiser, ces pointes-sèches, que de les appeler les Instantanés de la grâce de la femme. »

Samedi 2 février §

À une lettre de Huret, qui se met à ma disposition, pour répondre directement ou indirectement à Talmeyr, dans Le Figaro, je réponds par ce billet :

« Cher monsieur, je vous remercie de votre offre. J’ai pour principe de ne pas répondre. On m’accuserait d’avoir assassiné mon frère — ce qui arrivera peut-être un jour — que je me tairais. Je laisse au temps à faire justice, de ce qu’il y a de vrai ou de faux, de juste ou d’injuste, dans les attaques dirigées contre ma littérature et ma personne. »

Dimanche 3 février §

Ce soir, on disait que la gauche poignée de main, qui se donne en tierce, avec le coude retourné contre le corps, vient des poignées de main, données par le prince de Galles, pendant un rhumatisme qu’il avait à l’épaule. La mode du triste enfermement du cou des femmes, viendrait {p. 306}également des fanfioles, avec lesquelles la princesse de Galles cacherait des humeurs froides. Et ces modes, déjà enterrées à Londres, seraient adoptées par nous, ainsi que les modes de Paris, le sont par la province attardée.

Jeudi 7 février §

Willette, amené aujourd’hui par Geffroy, pour faire le menu du banquet du 22 février, pendant qu’il fait un croquis de ma personne, me dit « qu’il y a sur ma figure » de singuliers passages de douceur et de dureté.

Après la lettre sincèrement louangeuse, écrite ce matin à Daudet sur La Petite Paroisse, je ne puis me retenir, ce soir, de lui dire que j’aurais voulu, que son livre finît après la nuit de réconciliation, où revient entre l’époux et l’épouse le souvenir inchassable de l’adultère, empêchant le rapprochement des chairs. Là-dessus, il me fait cette confession : dans le principe, il avait eu l’idée — idée devant laquelle il avait reculé ensuite — de faire la résurrection de l’amour, et la ressoudure de la chair, en la griserie du crime, accompli par le mari sur le jeune prince d’Olmutz, avec la complicité de la femme.

Mallarmé contait, ce soir, qu’il avait été mis dans un pensionnat à Auteuil, un pensionnat tenu par un abbé, dans la propriété de dix-huit hectares du baron Gros, par une grand’mère entichée d’aristocratie, et désireuse de voir chez elle, le dimanche, des {p. 307}petits de la noblesse. Là, sur son nom plébéien, il avait été reçu à coups de pied et de poing, par ses nobles condisciples : ce qui lui avait donné le toupet de déclarer, que ce n’était pas son vrai nom, qu’il était le comte de Boulainvilliers. Et quand cette grand’mère le faisait appeler, il restait très longtemps dans le lointain du parc, avant de se rendre à l’appel, laissant son vrai nom se perdre, s’évaporer, dans son retard à y répondre.

Vendredi 8 février §

À un dîner chez Fasquelle, je cause avec Zola de son roman de Rome, dans les notes énormes duquel il s’avoue un peu perdu, déclarant que pour ce livre, il ne se sent pas la bravoure de ses autres bouquins. Puis dans le moment, lui, l’homme du travail de la matinée, il se lève à onze heures, par suite de douleurs névralgiques, qui se changent, à une heure du matin, en d’affreuses rages de dents. Et enfin, par là-dessus, il a les préoccupations de trois procès : le procès en diffamation, à propos de Lourdes, un procès avec le Brésil, je ne sais à propos de quelle piraterie, un procès avec Le Gil-Blas, dont il n’a pas encore touché un sol des 50 000 francs, qui lui sont dus pour son roman de Lourdes.

Alors sa parole retourne à Rome, avouant que pendant qu’il était là-bas, sa pensée appelait tout le temps la mort du pape, appelait le spectacle d’un {p. 308}conclave, qu’il est en train de mettre en scène, avec une documentation très à effet, très dramatique.

Dimanche 10 février §

Nous finissons le siècle, dans des années méchantes, où la politique se fait à coups de dynamite, où les assassins avant de tuer, s’amusent de la peur de l’assassiné, où la jeune critique met la perspective du corbillard, pour l’éreinté dans ses articles, où l’image même a la férocité du dessin de Forain.

Un jeune divorcé disait à un de mes amis : « Aujourd’hui, la généralité des jeunes filles supérieures, regarde le mariage comme un essai, un essai sans chance de durée : ces demoiselles ne se cachant pas de dire, que lors de ce mariage, elles n’ont pas la connaissance des hommes, et que cette première union, n’est qu’un apprentissage, une étude pratique de l’homme dans le mari : apprentissage qui les met en état de faire un choix judicieux, au second tour, au second mariage. »

Tout à la fin de la soirée, Daudet me jette de son fauteuil, où il écrit :

— Au dîner de Fasquelle de vendredi dernier, les Charpentier vous ont-ils dit quelque chose ?

— Non.

— Bien sûr, ils ne vous ont rien dit ?

— Non, parole d’honneur !

Alors Daudet vient s’asseoir à côté de moi, et me parlant presque à l’oreille :

{p. 309}— Je ne devrais pas vous dire ça, mais puisque Zola n’a pas gardé le secret auprès de Mme Charpentier, malgré l’engagement que nous avons pris de n’en parler à personne, je puis bien vous le dire. Eh bien, le Président de la République, par suite d’un échange contre deux croix de chevalier, a obtenu pour vous une croix d’officier, et Poincaré a demandé à présider le banquet, pour vous la remettre. Je dois vous avouer, que Zola s’est très bien conduit, a mis beaucoup de chaleur à l’obtention de la chose, s’est proposé pour aller chez le ministre tout seul, mais je ne l’ai pas voulu, nous y avons été ensemble.

Là-dessus un récit drolatique de la visite de Zola et de Daudet, au ministère, Zola voulant porter le chapeau de Daudet pour qu’il pût s’appuyer sur sa canne et sur son bras, et prononçant son speach, les deux chapeaux à la main.

Lundi 11 février §

Frantz Jourdain me communique la lettre d’acceptation de Rops, pour le comité du banquet, lettre chaudement sympathique, où je lis :

« Il y a quelques jours, où je relevais mes anciens calepins de notes, de ces notes qu’on s’adresse à soi-même, j’y retrouve ceci : Dans le travail, lorsque par lâcheté, l’envie de faire du chic vous prend, et que l’on se sent glisser à la facilité et à la légèreté banale {p. 310}de l’exécution, penser aux Goncourt, à la sincérité, à l’honnêteté, à la droiture de leur œuvre. Et voilà pourquoi Edmond de Goncourt a été mon maître, si indigne élève que je fusse. »

Dimanche 17 février §

Frédéric Régamey m’apporte le dessin d’un portrait qu’il avait fait de moi dans mon cabinet de travail, pour le Matin, un dessin très artistement fait.

Il me parle d’une série d’hommes de la Bourse qu’il est en train de pourtraire, qu’il ne dessine pas d’après nature, mais qu’il emporte dans sa mémoire, de la Bourse, où il les étudie longtemps, les reprenant, les réétudiant dans leur immeuble, jusqu’au jour, où il est content de leur ressemblance, ainsi attrapée à vol d’oiseau.

Et à ce sujet, il m’apprend qu’il est un élève de Lecoq de Boisbaudran, un original bonhomme, qui avait prêché le dessin de mémoire, disant que dans le dessin d’après nature, il y avait le danger d’être empoigné par le détail, et que l’on faisait moins synthétique, et allant jusqu’à soutenir, que lorsqu’on travaillait d’après l’être vivant, on faisait moins nature que de mémoire — bien entendu pour une mémoire exercée à ce genre de travail, — par la fatigue du modèle, produisant chez lui une espèce d’ankylose du mouvement. Je lui contais alors, qu’Eisen père avait développé le talent de son fils, le merveilleux {p. 311}vignettiste du xviiie siècle, en lui faisant faire chez lui, des copies de mémoire, des tableaux de musées, devant lesquels il allait passer des heures, deux ou trois jours de suite.

Mercredi 20 février §

Donc, je vais être nommé officier de la Légion d’honneur. Au fond, je me demande, si ça me fait un très véritable plaisir, et je n’en sais vraiment rien. Quand ma pensée va à cette nomination, elle ne s’y arrête pas, comme elle s’arrête aux événements de votre vie qui, vous donnent de la sincère joie, et passe de suite à autre chose.

Oui, je le déclare, ça me ferait un bonheur plus profond, d’avoir une de mes deux pièces, jouée par des acteurs de talent.

En relisant Le Gaulois, que je n’ai fait que parcourir ce matin, je tombe sur un écho, où il est dit que le banquet pourrait bien être remis, à cause de la mort de Vacquerie, faisant partie du comité. J’espère bien que ce ne sera pas. Cette vie de chaque jour, entre l’éreintement et l’apothéose, me met dans un état nerveux, que j’ai hâte de voir finir, et qui me permettra de me mettre tranquillement à la correction de mon huitième volume du Journal, et à la composition de mon livre sur Hokousaï.

Ce soir, rue de Berri, j’ai la surprise de me rencontrer avec des orateurs de mon banquet, avec {p. 312}Hérédia qui doit parler à la place de Coppée, bronchité, de Régnier qui parlera au nom de la jeunesse. Et là-dessus, l’on m’apprend que Poincaré a la grippe, et l’on me demande, si le banquet doit avoir lieu après-demain, sur le doute émis par Le Gaulois, et répété par plusieurs journaux. Je n’en sais rien, mais je commence à avoir du banquet par-dessus la tête, avec le désir irrité d’en finir, le désir d’en finir le plus vite possible.

Jeudi 21 février §

Cette vie d’émotion ne vous donne pas une souffrance mais une anxiété physique, dont le sommeil et les digestions se ressentent.

J’entre chez Daudet, ce soir, en lui disant :

— Je vous suis bien reconnaissant d’avoir fait annoncer dans Le Figaro, qu’en dépit de tout, le banquet aura lieu.

— Vous n’avez donc pas vu Geffroy, fait Daudet, m’interrompant. Eh bien tout est renversé… Il y a eu ce matin un article dans Le Rappel… Par là-dessus, j’ai reçu une lettre de Catulle Mendès, qui trouvait le banquetage pas convenable, ce jour-là… une lettre de Claretie qui se défendait d’y assister… Enfin Clemenceau, flanqué de Geffroy, est venu demander, avec force éloquence, la remise… Ma foi, j’ai tenu bon jusqu’à trois heures, … mais passé trois heures, j’ai eu peur de vous faire étriper, et j’ai fait annoncer, que sur votre demande, le banquet était remis. Alors {p. 313}Geffroy a couru chez Frantz Jourdain, qui n’y était pas, et qui ne devait rentrer qu’à sept heures, et a fait envoyer par sa femme, une dépêche au Grand-Hôtel.

Diable, voilà un banquet qui joue de malheur, et je trouve au fond la remise faite sur des exigences, vraiment exagérées. Comment ! sur la mort d’un monsieur avec lequel je ne me suis rencontré qu’une fois dans ma vie, à un dîner donné par L’Écho de Paris, mon banquet ne peut pas avoir lieu, le lendemain de sa mort ! Mais en ce temps d’influenza, qui dit qu’il ne peut pas mourir un second membre du comité ; d’ici à la semaine prochaine. Ah ! si ça avait été un réactionnaire au lieu d’un républicain !

Vendredi 22 février §

Je reçois un livre, demandé sur un catalogue à prix marqués de Mathias, et qui a pour titre : Détails sur quelques établissements de la Ville de Paris demandés par la Reine de Hongrie à M. Lenoir, lieutenant de police, 1780. Et je trouve dans ce volume, qu’en 1780, il y a encore des hôpitaux, où cinq ou six individus sont confondus dans le même lit, et que l’hôpital de la Charité, un hôpital de cent vingt lits, qui vient d’être fondé, est un hôpital dans lequel la journée d’un bien soigné, et seul dans son lit, coûte un peu moins de dix-sept sous.

Curieuse, vraiment l’occupation que met dans la {p. 314}pensée de Paris, un banquet. Le cousin Marin qui vient me voir me dit, que ç’a été hier le sujet de la conversation du Cercle de la rue Royale, toute la soirée.

Ce soir, le sculpteur Lenoir se présente chez moi, avec deux journaux à la main, dont l’un dit que le banquet a lieu, dont l’autre dit qu’il n’a pas lieu, et demande à Pélagie, quel est le journal qui dit vrai, et je pense, un peu anxieusement, aux gens, qui vont avoir le nez cassé, à la porte du Grand-Hôtel.

Dimanche 24 février §

Daudet, aussitôt arrivé, me parle de l’importance qu’a prise le banquet, du bruit qu’il fait, des articles qu’il inspire, de la volte-face de la critique, devant la remise demandée par moi, disant que j’aurais publié un chef-d’œuvre, qu’il n’aurait pas amené la centième partie de ce tapage, et constatant avec moi, l’imbécillité des choses productrices du succès, à Paris.

Entre Hérédia, qui nous donne quelques échantillons de son discours à l’Académie, écrit dans une prose condensée, où il réduit à sa vraie taille, le petit père Thiers. De là, l’indignation des gens du Palais-Mazarin, qui lui demandent la suppression d’une phrase d’un hautain mépris, pour ledit homme politique. Et aux politiciens de circonstance, aux Thiers, il oppose Lamartine, un politique aux grandes vues, aux envolées de la pensée à travers {p. 315}l’avenir, et qui fut un prophète miraculeux de tout ce qui est advenu depuis sa mort, dans notre vieille société.

Je dîne ce soir avec Léon et Lucien, revenus en soixante-douze heures de Stockholm, pour le banquet : tous deux émerveillés de ces paysages hyperboréens, et Léon tout à fait mordu par la folie des neiges, et un moment, ayant eu la tentation de pousser jusqu’au cap Nord.

Jeudi 28 février §

Je reçois ce matin une lettre d’une inconnue qui m’émeut vraiment. S’associant aux hommages qui vont me fêter demain, elle me conte, qu’un certain jour, elle a fui une maison, dans laquelle avaient sombré toutes ses espérances de jeune fille, toutes ses confiances de femme, maison dont elle n’avait emporté que nos chers livres, qui lui avaient donné de grandes joies littéraires. Elle ajoute, qu’habitant Paris depuis des années, elle n’a jamais songé à voir le survivant des deux frères, mais que bien des fois elle a été s’agenouiller sur la tombe du mort, et que vendredi, tout en se réjouissant des honneurs qui me seront rendus, et tout en me plaignant de les recevoir tout seul, elle retournera au cimetière.

Ce soir, je trouve Daudet préoccupé ; enfin au bout de quelque temps, il s’ouvre, se déboutonne. Il est encore sous le coup de la nouvelle, que Coppée est {p. 316}très malade d’une pneumonie, est « au plus bas », aurait dit le concierge hier. Et le cher ami avait peur d’une nouvelle remise du banquet. Heureusement que les nouvelles d’aujourd’hui sont bonnes. Je ne puis toutefois m’empêcher de lui dire : « Sauf pour votre mort, plus de remise, ou je renonce au banquet ! »

Là-dessus, Toudouze me peint le hourvari produit dans la maison de Frantz Jourdain, par la remise du banquet, vendredi dernier. Ce jour-là, plus de cent coups de sonnette chez lui, et les bonnes n’ayant pas littéralement le temps de manger.

Vendredi 1er mars §

Une attention charmante de Mme Rodenbach. Elle m’a envoyé, ce matin, un gros bouquet de roses, apporté par son blond bébé, sur les bras de sa bonne, avec ce gentil billet du père : « Constantin Rodenbach apporte à M. de Goncourt le respect et l’admiration du siècle prochain, dont ils seront tous les deux. »

Le bébé parti, j’ouvre La Libre Parole, et je suis agréablement surpris d’y trouver un article, pareil à ceux du temps, où j’étais en communauté de cœur avec Drumont, et où il s’associe avec ceux qui me fêteront.

Alors les heures qui n’en finissent pas d’une journée, au bout de laquelle il y a une chose émotionnante, et l’impossibilité de rester chez soi, et le {p. 317}besoin de se promener au dehors, avec des yeux qui ne voient pas, et sur des jambes, qui ne savent où aller.

Une queue interminable, et une entrée si mal organisée, qu’au bout de quarante minutes sur l’escalier, Scholl perd courage et abandonne le banquet. Enfin, en dépit d’un garçon qui se refuse à me laisser entrer, j’ai pu me faufiler dans le salon du haut, tandis que Daudet est allé s’asseoir en bas, à la salle du banquet.

De chaudes, de nerveuses poignées de main m’accueillent, et l’une de ces mains est la main de Lafontaine, me tendant un petit bouquet de violettes, entouré d’une carte de sa femme, sur laquelle est écrit : Henriette Maréchal, le rôle joué en 1865.

L’on descend pour dîner, et descendant l’un des derniers, du haut de l’escalier tournant, je suis frappé du bel et grandiose aspect de cette salle à manger, ayant la hauteur de deux étages, avec son éclairage a giorno, avec l’heureuse disposition de ses tables de trois cent dix couverts, et dans le bruissement d’aimable et joyeuse humeur des convives, s’installant.

J’ai Daudet à ma gauche et le ministre à ma droite, le ministre encore grippé, qui me dit gentiment avoir refusé de dîner la veille, chez le Président de la République, voulant se réserver pour mon banquet.

Le dîner est au dessert, Frantz Jourdain se lève, et lit des dépêches de la Belgique, de la Hollande, des {p. 318}dépêches des goncourtistes Cameroni et Vittorio Pica d’Italie, des dépêches d’Allemagne, parmi lesquelles se trouvent ces deux lignes de Georges Brandès :

« Tous les écrivains scandinaves seront avec moi, aujourd’hui, quand je crie : Gloire au maître initiateur ! »

Au milieu de ces dépêches, l’hommage d’un fleuriste de Harlem, me demandant à baptiser de mon nom, une jacinthe nouvelle.

Et encore, des lettres et des dépêches d’amis littéraires de la France, qui n’ont pu assister au banquet : des lettres et des dépêches de Sully Prudhomme, de Claretie, de Philippe Gille, de Déroulède, de Margueritte, de Henri Lavedan, de Theuriet, de Larroumet, de Marcel Prévost, de Laurent Tailhade, de Curel, de Puvis de Chavannes, d’Alfred Stevens, de Helleu, d’Alfred Bruneau, de Gallé de Nancy, de Colombey, de Mévisto.

Alors le ministre prend la parole, et prononce un discours, comme jamais il n’en a été prononcé par un ministre décorant un homme de lettres, se défendant d’être là, comme ministre, et me demandant presque humblement de la part du gouvernement, la faveur de me laisser décorer.

Et ici, en laissant ma personne de côté, il est bon de constater que jusqu’ici, les hommes du gouvernement ont donné de très haut, la croix aux hommes de lettres et aux artistes, et que c’est la première fois, qu’ils ont l’air de s’honorer de la croix donnée par eux, à l’un de nous. Du reste impossible de mettre plus de louange délicate, et d’amitié respectueusement {p. 319}affectueuse dans ce discours de vrai lettré, qui, je l’avoue, m’a fait les yeux humides, un moment.

Je ne puis résister au désir de donner un morceau de ce discours :

………………………………………………………………………………………………

« Le temps est passé des théories de commande, des esthétiques obligatoires et des littératures d’État. Dans une démocratie qui vit de liberté, et que féconde la variété des inspirations individuelles, le gouvernement n’a rien à édicter, rien à diriger, rien à entraver ; il n’a qu’à remplir, s’il le peut, et comme il le peut, un rôle discret d’amateur clairvoyant, respectueux des talents sincères, des belles passions et des volontés généreuses.

« Or, de talent plus fier que le vôtre, de passions plus ardentes que celles que vous avez nourries, de volonté plus souveraine que celle que vous avez appliquée aux recherches d’art et au travail de style, il me paraît difficile d’en découvrir ; et c’est vraiment, par excellence, une vie d’écrivain, que cette vie si droite et si pleine, que vous aviez commencée à deux, côte à côte, dans la joie de vos cœurs jumeaux, et que vous avez reprise, avec une vaillance inébranlable, dans la mélancolie de la solitude.

« Vous n’avez vécu que pour les choses de l’intelligence ; et, non content de chercher dans l’observation de notre coin de nature et d’humanité, matière à remplir vos études et à satisfaire la curiosité de vos goûts, vous avez élargi l’horizon contemporain, {p. 320}vous avez ressuscité le charme d’un siècle disparu, vous avez rapproché de nous la fantaisie et le mystère des arts lointains.

« Vous n’avez eu de plus chère ambition que de savoir et de voir ; vous n’avez connu de plus exquises jouissances que celles des idées, des lignes et des couleurs ; et les sensations que vous avez aimées, vous les avez voulu rendre avec l’effort de signes nouveaux, et le frémissement de notations personnelles. Vous avez assoupli votre langue aux exigences complexes de la peinture des réalités observées, aux nécessités changeantes des traductions d’une âme, au caprice même des impressions les plus fugitives. Vous avez mis dans votre style les jeux de la lumière, les frissons du plein air, la coloration et la vie du monde extérieur ; vous y avez mis aussi les secousses intérieures, les émotions subtiles, les troubles secrets du monde moral ; et désireux de retenir dans votre phrase, un peu de ce qui luit ou de ce qui vibre, de ce qui aime ou de ce qui souffre, vous avez demandé à la richesse et à la diversité des formes, l’art d’exprimer fidèlement la multiplicité infinie de la nature.

« Le gouvernement se devait à lui-même, mon cher maître, de s’incliner devant votre existence et devant votre œuvre ; et, si indifférent que vous soyez aux attestations officielles, il a pensé que vous ne refuseriez pas une distinction, que vous n’avez jamais sollicitée, que pour d’autres. M. le Président de la République a bien voulu, sur ma {p. 321}proposition, vous conférer le grade d’officier de la Légion d’honneur, et vous accepterez que je vous en remette cordialement, les insignes. »

Et l’émotion que j’ai ressentie, a été partagée par l’assemblée, dont les applaudissements ont été frénétiques.

« Non, m’ont dit des gens qui avaient assisté à nombre de banquets, non, nous n’avons jamais été témoins d’une si entière adhésion du cœur des assistants. »

Puis, ç’a été un toast d’Hérédia, fêtant mes noces d’or avec la littérature.

Puis le discours attendu de Clemenceau, le discours éloquent, où il montre le chevalier de Marie-Antoinette, arrivé par l’amour de la beauté, de la vérité, à devenir l’apologiste d’une Germinie Lacerteux, d’une fille Élisa, qui devaient être des femmes de la tourbe qui accompagnaient la reine à l’échafaud ; discours se terminant par ces hautes paroles :

« Le paysan retourne le sol, l’ouvrier forge l’outil, le savant calcule, le philosophe rêve. Les hommes se ruent en des chocs douloureux pour la vie, pour l’ambition, la fortune ou la gloire. Mais le penseur solitaire écrivant, agissant, fixe leur destinée. C’est lui qui éveille en eux les sentiments engendreurs des idées, dont ils vivent, et qu’ils s’efforcent de fixer en réalités sociales. C’est lui qui les pousse à l’action, aux grandes réparations d’équité, de vérité…

« Avoir été pour un jour, pour une heure, l’ouvrier d’une telle œuvre, suffirait à la gloire d’une vie. {p. 322}Qu’à ce titre les Goncourt soient salués par nous. »

………………………………………………………………………………………………

Puis c’est le discours de Céard, le discours attendri de Céard, sur le vieux passé de nos relations littéraires.

Puis le délicat morceau littéraire de Henri de Régnier.

À Henri de Régnier succède Zola, qui avoue loyalement que sa littérature nous doit quelque chose, et lui qui s’apprête à faire Rome, veut bien rappeler : Madame Gervaisais.

Après Zola, Daudet fait le discours de l’ami intime, un discours, tout plein de tendresse.

………………………………………………………………………………………………
« On a bu à l’homme illustre, à Goncourt romancier, historien, auteur dramatique, écrivain d’art. Moi je voudrais boire à mon ami, au compagnon fidèle et tendre, qui m’a été bien bon, pendant des heures bien mauvaises. Boire à un Goncourt intime, que nous sommes quelques-uns à connaître, cordial et doux, indulgent et naïf, un naïf aux yeux aigus, incapable d’une pensée basse, et même d’un mensonge dans la colère… »

Je me lève alors et dis :

« Messieurs et chers confrères de l’art et de la littérature,

« Je suis incapable de dire dix mots, devant dix personnes… Or, vous êtes plus nombreux, messieurs ! Je ne peux donc que vous remercier, en quelques {p. 323}brèves paroles, de votre affectueuse sympathie, et vous dire, que cette soirée que je vous dois, me paye de bien des duretés et des souffrances de ma carrière littéraire.

« Merci encore une fois ! »

On monte en haut, prendre le café et les liqueurs, et ce sont des embrassades, des rappels à mon souvenir, de gens dont j’ai oublié le nom et la figure, des présentations d’Italiens, de Russes, de Japonais, des remerciements de Gungl, le fils de Lagier, pour les quelques lignes de mon Journal sur sa mère, des lamentations de Rodin, se plaignant de sa fatigue et de son besoin de repos, la demande par Albert Carré d’un rendez-vous, pour causer de Manette Salomon, enfin l’accolade de ce grand toqué de Darzens, qui m’a dédié un volume, dont il ne m’a jamais donné un exemplaire. Moi, au milieu de cela, il me semble m’apercevoir dans une glace, avec sur la figure un doux hébétement, quelque chose d’un bonheur bouddhique.

Onze heures sonnent. Je me sens mourir de faim, n’ayant absolument rien mangé. Je sais, que les frères Daudet doivent souper avec Barrès, et le jeune ménage Hugo, mais j’ai la crainte d’apporter du froid avec ma vieille tête, au milieu de ces turbulentes jeunesses. Puis j’espère un restant de chocolat à la maison, où j’ai dit à mes femmes de s’en faire pour elles, en m’attendant, mais quand j’arrive plus de chocolat, plus de gâteaux, tout est mangé.

Je suis revenu, un superbe panier de fleurs à la {p. 324}main, un panier mis devant moi, pendant le repas, et que, dans mon émotion, je n’avais pas regardé attentivement, ayant pris seulement connaissance du billet de Mme Mirbeau, qui me l’avait envoyé. À la maison quand j’y mets les doigts et les yeux, je m’aperçois que c’est un tas de petits bouquets, destinés à fleurir les boutonnières des membres du comité… Est-ce bête… est-ce bête !

Samedi 2 mars §

Éreinté de mon ovation d’hier, je m’étais recouché dans la journée, quand Frantz Jourdain est venu m’apporter le dessin monumental de Willette, pour le menu du banquet d’hier, et qui a eu un si grand succès. Le pauvre garçon me détaille tous les ennuis qu’il a eus pour le classement des gens, et me conte les exigences de celui-ci, de celui-là.

Dimanche 3 mars §

C’est ce soir, l’aimable fête, que les Charpentier ont la gentillesse de donner, en mon honneur.

Après dîner, sur ce divan, à gauche de la cheminée du cabinet de travail, qui peut être appelé le coin Zola, de Daudet, de Goncourt, on cause de l’éloquence d’hier, des discours de Poincaré, de Clemenceau.

{p. 325}À onze heures, Sarah Bernhardt accoudée sur le marbre de la cheminée du grand salon, lit nonchalamment, avec sa voix d’or, à travers une face-à-main, l’Hommage à Edmond de Goncourt de Robert de Montesquiou :

Les paons blancs réveillés par la Faustin qui rêve,
Glissent en notre esprit avec moins de douceurs
Que la grâce de vos héroïnes sans trêve,
Maître : Marthe, Renée, et Manette et leurs sœurs,
………………………………………………………
Les paons blancs évoqués par la Faustin qui songe.
………………………………………………………

Et pendant que Sarah récite ces vers, il m’est donné de les suivre, dans un exemplaire calligraphié par Montesquiou, et enluminé par Caruchet, où sur le chamois du papier, de délicates plumes blanches de paons, peintes d’une discrète manière à la gouache, semblent les élégants filigranes du papier.

Je vais remercier Sarah, dans sa toilette d’idole, et sa séduction indéfinissable de magicienne antique.

Là-dessus Montesquiou me présente aux belles dames du noble faubourg et d’ailleurs, qu’il traîne à sa suite, à la duchesse de Rohan, à la comtesse Potocka.

Et la soirée se termine par La Soularde d’Yvette Guilbert, La Soularde, où la diseuse de chansonnettes, se révèle comme une grande, une très grande actrice tragique, vous mettant au cœur une constriction angoisseuse.

Mercredi 6 mars §

{p. 326}Georges Lecomte vient me chercher, pour le mariage d’Ajalbert avec la petite Dora. En chemin, dans le landau de la noce, il m’annonce son mariage, à lui. Il s’agit d’une jeune fille qu’il a aimée, jeune homme, qui est devenue veuve, et pour laquelle son tendre sentiment a persisté. Et il est dans le bonheur d’épouser une femme, qui ne le forcera pas à mettre, tous les soirs, son habit noir, pour aller dans le monde, et lui permettra de travailler : ce qui est au fond, ce qu’il aime le mieux dans l’existence.

Et nous voilà chez les Ménard-Dorian, où s’organise le cortège, et bientôt à la mairie, où a lieu le mariage, célébré par l’aphone Marmottan, et où je me trouve à la place, que j’avais au mariage de Léon Daudet et de Jeanne Hugo.

De retour, presque aussitôt un dîner de quarante-huit couverts, disposé d’une manière charmante, dans deux pièces, où deux grandes tables, fleuries de fleurs d’amandiers, forment un T, et où la table des vieux, a pour tête la table des jeunes, au milieu de laquelle apparaît la mariée, toute jolie avec son clair visage et son rire sonore, — tout le dîner, égayé, animé, fouetté, par des violons tsiganes faisant rage, et dont les chabraques rouges promènent leurs musiques nerveuses derrière le dos des convives. Et un dîner très amusant, très cosmopolite, très parlant à la curiosité de l’estomac : un potage bulgare aux olives, dont Mme Ménard-Dorian a rapporté la recette de ses voyages, des boudins blancs de brochets, {p. 327}truffés, des canards à la purée de foie gras, etc., etc.

Une soirée de femmes aimables, dont l’une veut bien me dire, qu’elle a été épousée, comme une Renée Mauperin, tant elle était le type du livre.

Un amusant détail. Le coiffeur qui a coiffé la mariée, lui a demandé si son mari était petit ou grand, et comme la mariée l’interrogeait sur ce que ça pouvait lui faire, il lui disait que c’était pour la coiffer en vue de sa taille, proportionnant l’échafaudage des cheveux de l’épouse à la hauteur de l’époux.

Jeudi 7 mars §

Daudet me présente M. Finot ; le directeur de la Revue des Revues, un Polonais, qui me parle aimablement du succès de ma littérature dans les pays slaves, dans ces contrées, où se forment des réunions d’une trentaine de personnes, pour entendre la lecture d’un livre nouveau, et il m’apprend, à mon grand étonnement, que Charles Demailly est le roman de tous mes romans, qui a eu le plus grand succès là-bas.

Vendredi 8 mars §

Albert Carré qui, sur l’article de Daudet, dans la Revue encyclopédique, m’a demandé un rendez-vous, à mon banquet, ce matin, reçoit ma pièce de Manette Salomon, pour le Vaudeville {p. 328}ou le Gymnase, avec l’autorisation d’en faire l’annonce immédiate dans les journaux.

Dimanche 10 mars §

Helleu, qui est arrivé de Londres hier, et qui repart demain pour l’Angleterre, vient me remercier de la lettre-préface, que je lui ai écrite pour son exposition. Il montre une joie, une joie enfantine, de l’argent qui lui est tombé là-bas. Oui, il a vendu pour 14 000 francs de pointes-sèches, disant qu’à sa première exposition, chez Durand-Ruel, il en avait vendu pour 30 francs.

Vendredi 15 mars §

Lu : En route. Un vrai plaisir dans ce livre, à la dégustation d’une expression, d’une épithète, d’une image. La célébration du plain-chant, merveilleusement faite par l’écrivain catholique.

Mercredi 20 mars §

Un homme du monde disait très justement, que pour être bien venu dans la société, il fallait chez l’homme, une moyenne d’esprit, de cœur, d’honnêteté.

Vendredi 22 mars §

Dîner chez Zola qui reçoit, ce soir, de Béhaine.

{p. 329}À dîner, conversation sur le bonheur, que tous les convives déclarent d’une voix unanime, ne pas exister, et Zola, qui là-dessus, est plus affirmatif que nous tous, tombe, le soir, dans une tristesse noire, qui le fait muet.

Lundi 25 mars §

Reprise de l’influenza. Avec le mal de tête, et la lassitude douloureuse de cette maladie particulière, il me faut du courage, pour travailler, tout l’après-midi, avec Hayashi, et arriver, à nous deux, à la traduction laborieuse de ces préfaces japonaises d’Hokousaï, si difficilement transportables dans notre langue.

Oh ! les turgescences du front jaune d’Hayashi, dans l’enfantement de cette traduction, et les hâhâ, dont il scande la lecture du texte, pour s’entraîner au français, et sa tête amusamment crispée, sur un fond de porte en blanc, où sont découpés de petits guerriers en bois jaunâtre, provenant d’armoires de bonzeries, et qui semblent des bonshommes de pain d’épice, héroïquement farouches.

Mercredi 3 avril §

Visite de Zilken, l’aquafortiste hollandais, venu à Paris pour faire une pointe sèche de ma tête.

Il me parle d’un article fait sur moi, par un littérateur {p. 330}de ses amis : article intraduisible en français, parce que la langue hollandaise est beaucoup plus riche que la langue française, et ayant cinq ou six expressions pour rendre une chose, qui n’en a qu’une chez nous — et cet article, au dire de Zilken serait un débordement d’épithètes, ressemblant à une éruption volcanique.

Dîner, ce soir, rue de Berri, avec Carraby. D’épais sourcils, de ces arcades sourcilières profondes, comme il y en a dans les bustes antiques, avec au fond, des yeux d’un gris d’aigle : les beaux traits d’un prélat romain.

Mercredi 10 avril §

Ce que mon banquet m’a coûté, ce qu’il m’a rapporté d’aumônes à faire, ce qu’il m’a valu de carottes de la part de mendiants de toute sorte, de mendiants d’une ingéniosité, comme celui d’hier.

« Monsieur, me dit Pélagie, il y a en bas quelqu’un qui a une communication très importante à vous faire, de la part de M. Bing. » Je me trouve en face d’un quidam, qui me déclare avoir été employé chez M. Bing, et qui veut se confesser à moi. Là, il s’interrompt, voyant la porte ouverte, et me demande à être entendu par moi seul. La porte fermée, alors il me raconte qu’il a été chargé d’un recouvrement, qu’il a mangé, et que là-dessus il a été mis dehors. Et le voilà, faisant au romancier, qu’il sait que je {p. 331}suis, un douloureux tableau, ma foi, pas mal fait, de l’état moral de l’individu, qui a commis un acte indélicat, et qui ne peut se replacer qu’avec un certificat, que l’homme qu’il a volé, est dans l’impossibilité de lui donner, et n’ayant devant lui que le suicide, tirade qu’il termine, en disant qu’il n’a pas mangé, depuis le matin. Un racontar si bien rédigé, qu’il me fait douter complètement de l’indélicatesse de ce faux voleur, et qui semble un truc très original, pour attendrir un romancier psychologue, et lui attraper une pièce de cent sous.

Jeudi 11 avril §

Une gouvernante anglaise, appartenant à la religion catholique, a quitté la maison Daudet, lorsqu’elle a appris que l’auteur de Lourdes, y était reçu.

Samedi 13 avril §

Je dîne avec M. Georges Bousquet qui a écrit : Le Japon de nos jours, et, qui, dans le cours de droit qu’il a fait là-bas, a constaté la reconnaissance, que tout Japonais apporte à celui qui lui apprend quelque chose. « Oh sénsei (le maître) ! » répète avec tendresse, l’étudiant.

M. Bousquet, raconte qu’il a été un moment tellement séduit par le Japon, qu’il avait écrit à sa famille de quitter la France, de lui amener une demoiselle dont il était épris, et qu’ils vivraient tous là, comme dans le Paradis.

Mercredi 17 avril §

{p. 332}Ce soir, dans un coin de salon, Yriarte me racontait cette anecdote sur Balzac. Le vieil Hertfort, le prisonnier de l’Empire, lit, sous Louis-Philippe, La Fille aux yeux d’or, croit reconnaître, dans le type qui a servi à Balzac, une fille qui avait passé dans ses orgies, en un des endroits, où il avait été interné, et demande à Jules Lacroix de le faire dîner avec l’auteur, à la Maison d’Or, où il l’invite. Le jour convenu, Lacroix arrive tout seul, disant qu’il lui a été impossible de le rencontrer. Mauvaise humeur d’Hertfort, qui force Lacroix à s’excuser, sur ce qu’il est très difficile de rencontrer Balzac, affirmant que Hugo et ses amis ne correspondent avec lui, que par lettres. Hertfort toutefois, avec le despotisme de ses caprices, s’entête à le voir, et enfin il est convenu, qu’il aura une entrevue avec le romancier, à une première de la Porte-Saint-Martin. Mais là encore, Lacroix arrive seul, dit que dans le moment, Balzac est menacé de Clichy, qu’il n’ose sortir que le soir, et que ces soirs, il les donne à sa maîtresse, à ses amis. Alors Hertfort de s’écrier :

— Clichy… Clichy… qu’est-ce qu’il doit ?

— Mais une grosse somme, répond Lacroix, peut-être 40 000 francs, peut-être 50 000 francs… peut-être plus.

— Eh bien qu’il vienne, je lui paierai ses dettes.

En dépit de cette promesse, Hertfort ne put jamais décider Balzac, à entrer en relations avec lui.

Jeudi 18 avril §

Ce soir, je fais la connaissance, {p. 333}chez Daudet, de Georges Lefèvre, un homme de lettres, à la vie accidentée, qui pendant quelque temps faisant en Afrique le commerce des plumes d’autruche, à la suite d’une querelle avec les autorités anglaises, est passé chez les Zoulous, l’avant-veille de la mort du prince impérial, et qui, averti par le courrier qui portait les dépêches, est arrivé sur les lieux, quatre heures après sa mort.

Le prince, avec huit hommes dont il avait le commandement, venait de passer la nuit dans un endroit, où le matin les Zoulous, se glissant à travers les roseaux, le surprirent au moment où il avait commandé à ses hommes de prendre le galop, et où, sautant sur son cheval, une zagaïe lui entrait derrière l’épaule, et le traversait de part en part. Quand Lefèvre arriva, le prince était par terre, zagaïé, et dépouillé de tous ses vêtements. Ce qui avait contribué à sa mort, dit Lefèvre, c’est qu’au milieu de ces hommes en costume sombre, et ayant l’air un peu de pompiers, avec son uniforme rouge et sa culotte blanche, il avait l’air d’un général anglais.

Georges Lefèvre nous cite plusieurs légendes des Zoulous, et entre autres celle de l’éléphant, considéré comme le représentant de la force, de la bonté, de l’intelligence.

Cette légende nous montre l’éléphant, quand il entre dans un fleuve, posant le pied légèrement pour ne pas écraser le sable, écartant doucement les branches pour ne pas les briser, et sauvant une gazelle d’un serpent qui la guette, sans faire peur au serpent.

{p. 334}Or un jour, l’éléphant veut s’assurer de la gratitude de la nature et des animaux à son égard, et il trouve que l’eau se fait fraîche, et le sable chaud à ses pieds, que les branches s’écartent docilement de son passage, que les animaux l’entourent respectueusement, quand il se sent mordu au pied par un crocodile. Il le prend avec sa trompe et, au moment de le tuer, la gratitude de l’eau, du sable, des branches d’arbres, le sauve, et l’éléphant le rejette à l’eau.

Lundi 22 avril §

Je fais aujourd’hui les deux expositions de Guys : l’exposition de la rue Laffitte, l’exposition de Petit.

La critique de l’heure présente veut en faire un grand monsieur : non, Guys est un dessinateur rondouillard, et le plus sale enlumineur de la terre.

Guys n’a vraiment qu’une valeur, c’est d’être le peintre de la basse putain, dans le raccrochage du trottoir. Il a rendu la provocation animale de son visage, sous ce front mangé par d’écrasants bandeaux, la lascivité de la taille sans corset, le roulis des hanches dans la marche, le retroussage ballonnant de la jupe, la tombée des mains dans les poches du petit tablier, l’attache dénouée du chapeau au chignon, l’excitation de son dos et de ses bras nus dans l’avachissement de l’étoffe qui l’habille — et cela dans les eaux verdâtres d’une aquarelle de Morgue.

Jeudi 25 avril §

{p. 335}Une mère me parlait, ce soir, du côté inamusable à la maison, des jeunes filles de maintenant, chez lesquelles toutes les jouissances sont épuisées à seize ans, et qui n’ont plus le bonheur d’une tasse de chocolat, apportée dans leur lit, d’un spectacle, d’un bal blanc.

Lundi 29 avril §

On me cite un prince romain, atteint d’une singulière folie. Il fait attacher à tous ses pantalons, des poches de toile goudronnée, qu’il remplit d’eau, et aussitôt qu’il vous a donné la main, il la plonge dans une de ses poches, et noie le microbe, que vous pouvez lui avoir apporté.

Je causais, ce soir, avec une femme qui a une véritable passion du linge, et qui me parlait en artiste de l’oreiller, et de sa garniture à longs plis en festons découpés, qu’elle trouvait l’oreiller de la malade, ayant quelque coquetterie. Elle faisait la remarque que le drap de coton conserve quelque chose de l’être, qui a couché dedans, une émanation, que ne garde pas la toile.

Puis elle constatait l’évolution de la toilette de la femme, disant que la camisole, les jarretières, le bonnet de nuit, avaient été remplacés, depuis sa naissance, par la chemise de nuit, les attaches des bas au corset, une coiffure différente de celle du jour.

Mardi 30 avril §

Le goût de l’Empire s’impose à tout, aux chaises même de jardin, de la Ménagère.

Dimanche 5 mai §

{p. 336}Dans l’après-midi, apparaît Villedeuil, ayant à la main, sa grande fille de douze ans, toujours souriante, Villedeuil que je n’ai pas vu depuis des mois. Il s’excuse de n’avoir pas assisté à mon banquet, étant alors au lit, et il me conte qu’on lui a ouvert deux fois le ventre, et quoique l’opération, au dire du chirurgien, ait parfaitement réussi, il attend qu’il soit tout à fait vaillant, pour recommencer. Et comme je lui demande, un moment après, s’il a toujours aussi peu besoin de sommeil qu’autrefois, il laisse échapper qu’il dort moins que jamais, parce que, lorsqu’il se réveille, il pense à l’opération qui l’attend, et est dans l’impossibilité de se rendormir. Alors il saute à bas de son lit, et cherche l’oubli de cette opération, dans le travail, la lecture, la mise de sa pensée, dans quelque chose qui la distrait de son idée fixe.

Puis il cause assez curieusement de la restriction de la dépense chez les gens riches, de la disparition des beaux équipages au bois de Boulogne, qui n’a plus que la voiture de la reine d’Espagne, des loyers de 6 000 francs payés par des millionnaires, etc. etc., — et cela, dit-il, non par avarice, mais par absence de goût de dépense, et il affirme qu’il est besoin d’une cour, dans un pays, pour être le stimulant des grandes dépenses et des folies de luxe.

Mardi 7 mai §

Il vient de mourir, ces temps-ci, {p. 337}une sainte laïque, Mlle Nicole, qui était parvenue à se faire admettre à la Salpêtrière, pour soigner sa mère, et qui, après la mort de cette mère, cherchant l’emploi de son doux cœur aimant, avait pris la tâche de faire lire les petites idiotes, par l’ingéniosité de ses inventions, par la tendresse de ses imaginations.

Vendredi 10 mai §

Oh ! le bleu qui habille les femmes cette année, le bleu qui met sur elles la note dure, que le bleu de Prusse apporte dans la peinture, et n’ayant rien de la nuance céleste dont on le baptise, — et qu’a le bleuet, dans l’ensoleillement de midi !

Lundi 13 mai §

Un mot drolatique d’un trottin, qui, dans l’ovation de la foule, faite à l’amiral Avellan, au Cercle militaire, au milieu des acclamations et des vivats, répétait douloureusement : « Avec tout ça, il y a quelqu’un qui me pince les fesses ! »

Vilmorin n’aurait plus maintenant ses jardins pépiniéristes de plantes et de fleurs, dans le midi de la France, où l’abri des roseaux pendant l’hiver n’est plus suffisant ; il aurait été obligé de les transporter en Égypte.

Samedi 18 mai §

Hayashi, qui est venu dîner {p. 338}chez moi, me dit que la nourriture au Japon a été de tout temps, même depuis l’introduction des boucheries, du poisson seulement, avec un rien de gibier l’été. Et parmi les poissons, il me parle de l’un d’eux, le Kouzou, poisson peu estimé, mais qui se vend très cher, le premier jour de son arrivée : ce jour-là, les Japonais mettant une vanité à en manger.

Dimanche 19 mai §

Georges Lecomte cause de son voyage en Andalousie, où l’Andalous fait l’œil à la femme, et la pince et la pelote sur la voie publique. Il dit qu’il a été obligé de donner un coup de poing à un de ces chaleureux, qui s’était assis trop près de sa femme, pendant qu’il était entré chez un marchand de tabac, et il raconte qu’il a rencontré à Gibraltar des Anglaises qui se sont plaintes de n’avoir pu rester à Séville, à cause des attouchements cochonnes des hommes.

Mercredi 22 mai §

Voici des mots de cette grosse Mme Aubernon, qui semblent vraiment originaires du xviiie siècle :

« Ce qui fait la quiétude de ma vie… c’est d’avoir aboli le souvenir. »
« Oui, je regrette souvent ma mère… mais très peu à la fois. »

Samedi 25 mai §

{p. 339}Exposition de la Révolution et de l’Empire.

Des héros au crânes étroits de crétins ; des meubles aux formes droites sur des pieds maigres, des intérieurs de famille avec des petits enfants, travestis en vétérans de famille impériale ; mais au milieu de cela, des nippes remuantes et des défroques plus mémoratives, que tous les imprimés. Oui des chapeaux, qui ont le roux de la poudre des batailles historiques : le chapeau d’Austerlitz, le chapeau de Waterloo, et à côté de ces feutres légendaires, ce chapeau de paille, ce vieux panama, tout gondolé, au cordonnet noir, que le grand Empereur portait à Sainte-Hélène. Et tout près du chapeau de l’exil, cette veste de piqué blanc, aux taches jaunes, qui semblent sorties du foie du Prométhée de l’île africaine. Enfin ce lit sur lequel il est mort, ce lit qui a la grandeur d’un lit de garçonnet, ce lit en fer, monté sur des roulettes, avec son petit dais en forme de tente militaire, sa soie verte passée, son mince matelas, son traversin, son gros oreiller : — ce lit, entre les rideaux duquel, il y a eu peut-être, dans l’insomnie, la plus grande souffrance morale de notre siècle.

En sortant de là, entré à l’Exposition des fleurs.

Des orchidées, des lilia, je crois, qui ont l’air de fleurs de chair, avec la petite tache de sang d’une fraise : des fleurs étranges qui sont comme un passage de la flore à de l’animalité angélique.

En sortant de dîner, Pierre Gavarni me dit, faire, {p. 340}— et faire tranquillement comme tout ça qu’il fait — un tableau de Jeanne d’Arc, sous les murs d’Orléans, le soir de la bataille. Et il va me chercher un petit modèle en cire de sa Jeanne équestre : une Jeanne d’Arc nue, sur un cheval qu’il s’est efforcé de représenter le plus moyenageux qu’il est possible, et dans des proportions tout à fait mathématiques. Et son intention est de peindre sa Jeanne d’Arc au bord de la Loire, sur un cheval blanc, éclairée par le soleil couchant : une Jeanne d’Arc ayant le caractère d’un bas-relief. Aussi a-t-il fait pour ce tableau, nombre de chevaux blancs dans le soleil.

Dimanche 26 mai §

Un jour, où je me trouve avoir soixante-treize ans.

J’ai la visite, ce matin, de deux Allemandes, les demoiselles Hirschner, dont l’une est peintre, et l’autre femme de lettres, et qui aurait, sous le pseudonyme d’Osipp Schubin, combattu en Allemagne pour ma gloire. Ces deux femmes m’étonnent par la connaissance qu’elles ont de : Manette Salomon et de : La Maison d’un artiste.

La femme de lettres me dit avoir donné : La Maison d’un artiste au petit-fils de Schiller, qui est peintre, et qui, pris de passion pour le livre, s’en est fait le propagateur près de tous les artistes allemands ; la peintresse, elle, me conte qu’à l’arrivée de l’exemplaire, s’étant jetée dessus, sa mère avait retiré {p. 341}d’entre ses mains, le volume ouvert à la première page, en s’écriant : « Non, il ne sera pas lu par toi, toute seule, moi, je veux le lire tout haut ! »

On parle au Grenier de Mme Segond-Weber, et Armand Charpentier raconte, qu’il y a bien longtemps, il a été la chercher, pour la récitation d’un morceau de poésie, dans une représentation d’amateurs. C’était rue de la Roquette, dans une chambre au haut d’un escalier, comme il n’en a jamais rencontré, un escalier où, de temps en temps, le manque de marches vous forçait à vous suspendre à la rampe.

Il entrait dans une chambre, séparée en deux par un drap, et était reçu d’un côté du drap par la mère, tandis que la fille, finissait de s’habiller de l’autre côté. Et il arrivait ceci : c’est que la mère témoignant tout haut au visiteur, l’ennui, qu’elle éprouvait de voir sa fille, qui avait un brevet d’institutrice et la faculté de gagner sa vie, courir les aventures, la fille criait de l’autre côté du drap : « Tu te trompes, maman… un jour je ferai la fortune de la maison ! »

Mardi 28 mai §

Aujourd’hui, Mme Segond-Weber m’est amenée par Montesquiou, venant me demander de jouer La Faustin ; je suis frappé de sa beauté, de la fine ciselure de ses traits, de son pénétrant regard noir.

Daudet est arrivé hier d’Angleterre, tout plein de {p. 342}vie et d’entrain, et, par ma foi, engraissé. Il conte les écrasements qu’il a subis : ces conversations où l’on est placé entre deux personnes, qui se renouvellent toutes les cinq minutes : des conversations qui durent deux ou trois heures.

Puis il saute à Stanley, qui a sa photographie sur son bureau, et où la largeur de la mâchoire dépasse la largeur du haut du crâne. Parlant du voyageur, avec un espèce de respect émotionné, il m’apprend qu’il a eu avec lui une conversation sur les idées religieuses, où Stanley lui avait avoué qu’il ne subsistait en lui, que sa prière d’enfant. Et alors cet homme, qui parle très mal le français, en sorte qu’il parle anglais, quand il s’anime, avait été de la plus grande éloquence, disant que cette prière lui revenait aux lèvres, toutes les fois qu’il avait vu un danger sur la mer, sur la terre, dans le ciel.

Puis il est question d’Oscar Wilde, qui dans les derniers temps de sa liberté, était dans l’impossibilité de coucher à Londres. Retourné à son hôtel habituel, le propriétaire arrivait lui dire, que le marquis Queensbury était en bas avec des boxeurs, que cela allait amener du scandale, et qu’il fallait partir. Il se rendait dans un autre hôtel, grimé, travesti, mais une heure ne s’était pas écoulée, que le maître d’hôtel l’interpellant par son nom, lui jetait : « Vous êtes M. Oscar Wilde, je vous prie de sortir ! » Il allait encore frapper à la porte d’un autre hôtel, dont la patronne refusait de le recevoir, en dépit de l’offre de 300 francs. Enfin il se décidait à se rendre chez {p. 343}son frère, un alcoolique prédicant, auquel il demandait la place par terre pour son corps. Il voulait bien le recevoir, mais en le prêchant toute la nuit.

Triste famille, où la belle-sœur d’Oscar, une pauvre créature, chez laquelle l’indignation est morte, disait à Shérard, que tous les Wilde étaient des fous.

Samedi 1er juillet §

Dans un dîner avec Geffroy et Descaves, on parle du talent, qu’a Rosny pour peindre le bonheur du manger, les joies d’un estomac satisfait, le gaudissement physique d’un repas plantureux chez un être.

Lundi 3 juillet §

Ce soir, Mme Sichel me parlait de ses relations à Honfleur, avec Mme Aupick, la mère de Baudelaire.

Elle me peignait cette femme, petite, délicate, mignonne, un rien boscote, avec de grosses mains noueuses maladroites, pouvant tenir six dominos et, par là-dessus, si aveugle, qu’elle était obligée de coudre contre son nez.

Puis elle me décrivait sa maison, au bas de la côte de Grasse, choisie par le général, autrefois ambassadeur à Constantinople, dans un endroit qui lui rappelait la Corne d’Or, une maison à la chambre du général, tendue avec de la toile, et ressemblant à une {p. 344}tente, et à l’écurie renfermant deux carrosses d’apparat, dont la propriétaire avait été obligée de vendre les chevaux, quand elle avait été réduite à vivre de sa pension de veuve : carrosses, que les bonnes sortaient et promenaient, une heure, tous les samedis, sur les pavés de la cour.

Il semblait à la jeune fille qu’était Mme Sichel, que la vieille femme avait une haute idée de l’intelligence de son fils, mais qu’elle n’osait le témoigner, par suite de l’autorité, qu’avait sur son esprit un vieil ami, regardant son fils comme un chenapan, qui parlait toujours de venir voir sa mère, ne venait jamais, et ne lui écrivait que pour lui demander de l’argent.

Une révélation curieuse de cette causerie, c’est que la mère de Baudelaire, qui mourait après son fils, mourut de la même maladie, mourut aphasique. Ainsi tombe la légende, qui attribue à la vie de désordre de Baudelaire, cette maladie qui ne fut chez lui, qu’un résultat de l’atavisme.

Mercredi 5 juillet §

M. Paléologue, des Affaires étrangères, m’entretenait, ce soir, de la Chine, des délicatesses de ce peuple, qui a pour nous le dédain qu’on a pour les sauvages, de ce peuple, qui ne jette jamais un papier, mais qui brûle tout ce qui est écrit sur du papier, comme une émanation intime et sacrée de l’être.

Et il cause longuement de cette société, toute {p. 345}appuyée sur le passé, me citant, à propos du Tonkin, la demande par la France, de la cession d’un territoire, où toutes les paroles dites aux Chinois, pour prouver la convenance de cette cession, avaient été vaines, quand on rappela, que ce territoire avait été cédé autrefois par un ancien empereur. Alors aussitôt la cession fut obtenue. Selon l’expression du causeur, un déclenchement subit eut lieu dans l’esprit des plénipotentiaires chinois : il existait un précédent.

Lundi 10 juillet §

Au sanatorium de Lezyns, une Allemande disait à un de mes jeunes amis : « Vous, messieurs les Français, vous aimez avec votre cerveau, mais très peu avec le cœur. »

Mercredi 12 juillet §

Ce soir, causerie sur l’Angleterre qui me surprend, m’étonne, par ce que mon interlocutrice me dit de neuf et d’inconnu, sur la femme anglaise. La comtesse Puliga me peint, en sa complète transformation, cet être domestique, ne voulant plus du mariage, ayant assez de l’ancienne servitude conjugale, se refusant à être plus longtemps la bonne d’un ivrogne, et fondant des clubs féminins, avec des tableaux qui représentent une femme dans les flammes et une femme dans le ciel : la première, la femme des siècles passés ; la seconde, la femme {p. 346}des siècles futurs, et avec cette épigraphe décochée aux hommes : « Ils disent, qu’ils disent ! »

Elle me parle d’un roman intitulé : Sarah Grand, qui a abordé la question sexuelle dans le mariage, et qui est beaucoup plus érotico-médical, que ne le sont mes romans, et elle m’affirme que sur les théâtres de Londres, le baiser, la caresse, le pelotage, vont plus loin, qu’on ne l’oserait sur un théâtre, en France.

Enfin elle termine, en disant que toute l’hypocrisie, apportée là-bas par la Réforme, l’Angleterre est en train de la rejeter, de la vomir.

Jeudi 13 juillet §

Ce soir, Mme Adam, confessant sa foi de charbonnier au surnaturel, conte les choses invraisemblables dont elle a été témoin, disant qu’à dix-huit ans, ayant été consulter une sorcière pour le chien perdu d’une amie, au moment de s’en aller, la sorcière l’avait presque retenue de force, et lui avait prédit sa vie, mais tout, tout, depuis le livre qu’elle allait écrire sur Proudhon, jusqu’à… Là, elle s’interrompt. En sorte, que la malheureuse Mme Adam est emprisonnée dans sa bonne aventure : ce qui fait dire à l’un de nous, qu’il y aurait à faire une belle chose littéraire d’un homme ou d’une femme, dont toutes les actions seraient sues d’avance, sans que cet homme ou cette femme puissent se dérober à leur fatalité.

{p. 347}Mme Adam raconte encore, que son père n’avait pas voulu qu’on la baptisât, et que sa mère l’avait fait baptiser, dans une promenade, par un curé de sa connaissance, et, comme elle criait beaucoup, le curé avait dû la calmer, en lui disant : « Si tu continues, je vais t’ouvrir la tête et j’y mettrai le sel et l’huile, que voilà ! »

Lundi 17 juillet §

Sarcey me traite de « névrosé qu’il faut plaindre ! » Si vraiment c’est lui, en littérature, qui représente la santé, je me félicite de représenter la maladie.

Mercredi 19 juillet §

Rue de Berri, le prince Louis Napoléon parle des usages et des superstitions russes, nous apprenant que là, donner la main gantée, donner la main, dans un entre-deux de porte, c’est regardé comme une impolitesse.

Puis revenant au Caucase, où il a son commandement, il nous effraie de la force musculaire des gens du pays, citant, un Tartare ayant pris à la gorge un Arménien, et de ses trois doigts enfoncés dans la chair, lui ayant arraché la gorge, au bout de laquelle était venue la langue.

Jeudi 20 juillet §

Au cimetière… Dire qu’il y a {p. 348}vingt-cinq ans, un quart de siècle déjà, que nous sommes séparés.

Au retour, je trouve le bateau plein, et pas un bout de banc pour m’asseoir, quand un monsieur me fait une place à côté de lui. Sur mon merci, il me répond, avec un aimable sourire : « C’est moi, qui vous remercie de m’avoir ouvert les yeux, d’en avoir fait tomber les écailles… j’étais tout à l’art ancien… c’est vous qui m’avez fait aimer le xviiie siècle. »

Il se refuse à me donner son nom, et cause jusqu’à Passy, d’une façon originale, en homme du métier, du bâtiment, déclarant qu’il n’y a que les époques ignorantes et pas éclectiques, pour produire de bonnes choses, des choses passionnées, tandis que dans les époques connaisseuses de tout, il y a une indifférence pour tout.

Samedi 22 juillet §

Au fond, sous sa forme légère et badinante, il y a autant de philosophie dans la tirade parlée de Beaumarchais, que dans la tirade livresque du Scandinave Ibsen.

Jeudi 27 juillet §

Dîner avec Rodenbach, chez Voisin. Il me dit avoir été élevé dans une école de jésuites, dont on avait voulu le renvoyer, pour avoir écrit, tout jeunet, quelque chose sur l’amour, puis {p. 349}être venu à dix-neuf ans à Paris, où, pauvre petit garçon de lettres, très admirateur de Leconte de Lisle, il avait eu à subir ses brutalités.

Puis, il me raconte avoir assisté à un traité entre Verlaine et l’éditeur Vanier, où l’éditeur ne voulait donner que vingt-cinq francs, de quelques pièces de poésie qu’il venait d’écrire, et dit que Verlaine tenait à avoir trente francs. Et cela se terminait par Verlaine, tenant d’une main son reçu, et ne le lâchant, que lorsqu’il tenait, dans l’autre main, un napoléon et deux pièces de cent sous, s’écriant : « Un sale Badinguet et deux pièces suisses ! »

Et comme Rodenbach le complimentait de sa victoire : « Non, non, s’écriait-il, je n’aurais jamais cédé, j’aurais eu une scène ! » faisant allusion à l’autorité de la femme, avec laquelle il vivait.

Samedi 6 juillet §

À la gare Saint-Lazare, je trouve Léon Daudet, de Régnier, et aussitôt en route pour Carrières-sous-Poissy.

Nous voici en cette maison de Mirbeau, recouverte d’un treillage vert tendre, en cette maison aux larges terrasses, et trouée de nombreuses fenêtres, en cette maison inondée de jour et de soleil.

Maintenant dans le jardin, dans le petit parc, des plantes venues de chez tous les horticulteurs de l’Angleterre, de la Hollande, de la France, des plantes admirables, des plantes amusant la vue par leurs {p. 350}ramifications artistes, par leurs nuances rares, et surtout des iris du Japon, aux fleurs grandes comme des fleurs de magnolia, et aux colorations brisées et fondues des plus beaux flambés. Et c’est un plaisir de voir Mirbeau, parlant de ces plantes, avoir dans le vide, des caresses de la main, comme s’il en tenait une.

Une longue promenade dans cinq hectares de plantes, puis la visite aux poules exotiques, dans leur installation princière, avec leurs loges grillagées, au beau sable, d’où s’élèvent quelques arbustes, — et renfermant ces poules cochinchinoises, ces poules toutes noires avec leurs houppes blanches, et les petits combattants britanniques, et ces poules, dans l’embarras des plumes de leurs pattes, courant avec la gêne des gens, dont la culotte serait tombée sur les pieds.

Arrivent pour dîner Pol Neveux, Arthur Meyer, Rodin ; et à dîner, et le soir, une conversation amusante qui peint, qui juge, qui calomnie peut-être pas mal de gens.

À onze heures, dans la petite voiture de la maison, Mme Mirbeau, comme cocher, me ramène au chemin de fer, pendant que les valides nous accompagnent à pied.

En chemin de fer, Rodin, que je trouve vraiment changé, et très mélancolieux de son état d’affaissement, de la fatigue qu’il éprouve à travailler dans le moment, se plaint, presque douloureusement, des contrariétés que, dans le métier de peintre et de {p. 351}sculpteur, infligent aux artistes, les commissions d’art, qui, au lieu d’être des aides de leur travail, par les sollicitations, les démarches, les courses, leur font perdre un temps, que lui aimerait mieux employer à faire de l’eau-forte.

Mercredi 17 juillet §

Je reviens de Saint-Gratien, avec l’oculiste Landolt, qui cause ironiquement du confort, si vanté des grands hôtels d’Amérique. Ce sont ces deux fameux robinets d’eau froide et d’eau chaude, dans une cuvette d’un coin de la chambre, qu’on est dans l’impossibilité de déplacer, et qui est de la plus grande incommodité, pour se laver ; et c’est cet éclairage au gaz, placé au milieu de la pièce, qui ne vous permet pas de lire au lit, près duquel il n’y a ni bougeoir, ni allumettes ; et c’est le service des domestiques, qui ne brossent jamais les habits.

Il raconte, qu’ayant été appelé pour examiner les yeux d’un Américain très riche, qui occupait tout le premier d’un hôtel, et demandant une lampe, l’Américain lui avait dit que bien certainement, il n’en trouverait pas, et qu’il n’était pas bien sûr s’il pourrait se procurer des bougies.

Nous causons des yeux de Maupassant, qu’il dit avoir été de très bons yeux, mais semblables à deux chevaux, qu’on ne pourrait mener et conduire ensemble — et que le mal était derrière les yeux.

Jeudi 18 juillet §

{p. 352}Ce soir, à sept heures et demie, un ciel ressemblant à ces papiers marbrés, que font les Anglais, au fond doucement bleuâtre, et dont des filets de nuages roses divisent l’infini en grands morceaux polyédriques, et là-dessous une perspective de maisons noires, se détachant d’une chaussée pâle. Un effet vraiment original.

Dimanche 21 juillet §

Aujourd’hui, l’enterrement du jeune Charpentier, ce garçon de vingt ans.

Les heures, où l’on va à un enterrement, où on le suit, me semblent des heures, où l’activité de votre esprit est engourdie par du néant.

En voiture, Mme Daudet s’élève, avec des paroles colères, contre ce militariat universel, qui est le tourment de la pensée de toutes les mères, envoyant leur malédiction à Bismarck.

À l’église, le pauvre père, dont les arrangements avec Fasquelle, me disait Zola, avaient été faits en vue de la continuation de la dynastie des Charpentier, dans l’affaissement de sa douleur, a l’aspect d’un vieillard.

Mardi 23 juillet §

Dîner donné à la Maison d’Or, par L’Écho de Paris, pour les décorations d’Anatole France et de Paul Margueritte.

{p. 353}J’ai la surprise de l’aimable toast d’Anatole France, qui veut bien se dire fier, de tenir sa décoration du ministre qui m’a décoré.

Dimanche 28 juillet §

Hayashi vient déjeuner.

Je lui demande qu’est-ce qui l’a poussé à apprendre le français au Japon, et ce qui l’a amené à venir en France. Il me répond que c’est la popularité, au Japon, de l’histoire de Napoléon. Et cette connaissance de l’histoire de l’Empereur, lui est arrivée par des livres en langue hollandaise, que son père avait apprise de son maître, un médecin hollandais.

Lundi 5 août §

Sur de tristes détails donnés sur les démêlés de Nadar avec son fils, et sur sa ruine, visite avec les Daudet à l’Ermitage.

Nadar nous parle du besoin qu’il a de vendre l’Ermitage, de la vente qu’il a manqué d’en faire aux hôpitaux de Paris, nous dit qu’il est décidé à fonder une maison de photographie à Marseille.

Lorsqu’il nous remet en voiture, un moment, arrêté à la portière, il s’ouvre sur le chagrin que lui cause la brouille avec son fils : « Quant à moi, fait-il, il ne me parle plus, ne me salue plus… Dans ma jeunesse, j’étais violent, prêt à frapper, et cependant lui — il lève le doigt en l’air, et le laisse retomber — je ne lui ai jamais même fait cela… je ne l’ai {p. 354}jamais puni ! » Et sur l’invitation, que les Daudet lui font d’amener, un jour, sa pauvre paralysée de femme à dîner, ses yeux se mouillent, comme de reconnaissance.

Jeudi 8 août §

On cause ce matin des livres d’éducation à l’usage des enfants, maintenant écrits pour des grands garçons, pour des grandes filles, et tout à fait incompréhensibles pour de jeunes cervelles. Là-dessus Mme Daudet dit — et elle est dans le vrai — que cela vient de ce que, lorsqu’un républicain rouge ou un juif a fabriqué un de ces petits traités, le gouvernement veut, aussitôt, lui faire cadeau de la vente d’une dizaine de mille d’exemplaires.

Je tombe, cet après-midi, dans une conversation de Daudet avec Finot, le directeur de la Revue des Revues, dans une conversation sur l’agonie des races, sur la mort d’un peuple, et sur le décès de sa langue, dont il ne reste plus, comme l’a dit Chateaubriand, que les mots répétés par les perroquets, sur la cime des arbres, et Finot parle de l’extinction d’une peuplade en Russie, dont il ne reste plus qu’un individu, et sur lequel un philologue a fait un gros volume.

Puis Finot saute à Tolstoï, et affirme qu’il est seulement le vulgarisateur et le développeur de beaucoup d’idées, appartenant à des sectes : ainsi l’idée de la résistance au militariat, prêchée par un ancien {p. 355}maçon, passé apôtre, et habillé de blanc, sur le besoin, que les théories ont de parler, pour ainsi dire, physiquement à l’imagination des peuples.

Vendredi 9 août §

Le Sanctus de Beethoven, chanté aujourd’hui, après déjeuner, me donne une émotion nerveuse, qui me met des larmes dans les yeux. Ces chants d’église balancent en moi, tout le douloureux de mon passé, et moi, le sceptique, l’incrédule, sur lequel l’éloquence de la chaire ne pourrait mordre, je sens que je serais convertissable par du plain-chant, ou de la musique qui en descend.

Samedi 10 août §

On disait aujourd’hui, que l’être préféré dans la famille, et aimé d’une manière trop injuste, par une revanche de la Providence, cet être, en dépit de toute la chaleur de la tendresse, sous lequel il était couvé, avortait, ne réussissait pas.

Mercredi 14 août §

Mme Daudet parle d’une vieille tante, qui couchait dans la chambre à côté d’elle, et qui, tous les soirs, racontait au portrait de son mari, défunt depuis des années, toute sa journée.

Jeudi 15 août §

{p. 356}Il est vraiment amusant, intéressant, ce Montesquiou, avec sa parole verveuse, son magasin d’anecdotes, son érudition des cocasseries, tout cela mêlé au désir de plaire. Il nous parle de son jardinier japonais, parlant le français par axiomes, axiomes choisis dans l’idiome le plus moderne. Ainsi il s’est présenté à lui, avec cette phrase : « Jamais canaille… c’est épatant ! » Et il dit du jardin japonais, à l’opposite du jardin français : « Jardin japonais, jamais d’agglomération ! »

Puis, comme il est question de son volume futur sur les pierres précieuses, et que Daudet dit superstitieusement, que la pierre précieuse est dangereuse, maléficiante, Montesquiou conte, que lord Lytton, qui avait un culte pour la comtesse Greffulhe, lui avait laissé une pierre gravée, admirable. Mais sur cette pierre, il y avait des caractères qui intriguaient la comtesse. Elle la faisait porter à un mage, qui l’avertissait de se défaire au plus tôt de cette pierre, sous peine de mort subite, ce qui était arrivé à lord Lytton. Là-dessus, la comtesse montait en voiture, se faisait conduire au bord de la Seine, et jetait la pierre à l’eau. C’est depuis ce temps, dit Montesquiou, en riant, que le fleuve est si mauvais pour la santé parisienne.

Mardi 20 août §

Toute la soirée, passée à lire de la Desbordes-Valmore, une vraie poétesse, qui a très {p. 357}souvent dans ses vers, de la langue de vérité des prosateurs, et pas du ronron vide des poètes ordinaires, et souvent extraordinaires.

Dimanche 25 août §

Holmès vient dîner, aujourd’hui, à Champrosay.

Et presque aussitôt le dîner, elle se met à chanter. Et dans les morceaux qu’elle chante, il y a une légende intitulée : Saint-Amour, vraiment originale : une légende — c’est curieux — qui lui a été fournie par une marchande de vins du Midi, rencontrée par hasard, chez un éditeur de musique. Voici le libretto : l’Amour se trouve tout à fait dans la dèche ; des châtelaines du Midi, qui lui doivent beaucoup, s’adressent au Saint-Père, pour qu’il soit canonisé, et elles obtiennent sa canonisation, et une chapelle pour lui, dans l’église de Saint-Amour, où une ancienne statue d’un petit amour, enguirlandé de chapelets, serait la figuration du nouveau petit saint.

Parolière et musicienne — ce qui est une faculté toute particulière — Holmès disserte sur la qualité des vers, qu’il faut mettre dans ce qu’elle fait : des vers, dit-elle, « légèrement à l’état de squelette, et dont la chair est faite de sa musique ».

Un moment, elle nous entretient de Wagner, qu’elle a vu, toute jeunette, et qui dans la visite qu’elle lui a faite, joua du piano d’une manière assez peu satisfaisante, pour faire jouer ses créations par {p. 358}Richter, et qui chantait faux, si faux, qu’en dépit de son admiration enthousiaste, elle fut surprise.

Ce que sa conversation signale surtout de curieux : c’est l’engouement de la France, dans le moment, pour les œuvres étrangères. À l’heure présente, on joue à l’Opéra, du Wagner, quatre fois par semaine, et il y a soixante-cinq opéras français qui attendent, et qui ne seront peut-être jamais joués.

Lundi 26 août §

Riesener, le peintre du temps de Louis-Philippe, le petit-fils du célèbre ébéniste, était un gourmet, avec des aptitudes de cuisinier très remarquables, et l’on conte, que le lendemain de son mariage, sa joie d’avoir réussi à déjeuner la cuisson de poissons quelconques, s’était témoignée par une danse, qui avait fait tomber du plafond le lustre de l’appartement, au-dessous du sien.

Vendredi 30 août §

Déjeuner chez les Brisson, l’aimable et charmante fille de Sarcey, ayant témoigné le désir de m’avoir avec les Daudet : déjeuner, toutefois, où je me rends avec une certaine crainte de rencontrer Sarcey, après les choses désagréables, que nous nous sommes dites réciproquement.

Une habitation où s’est ruiné un sculpteur, et où il y a énormément de bâtiments, quelques-uns joliment rustiques, sous leur couverte de vigne vierge ; {p. 359}un grand jardin un peu à l’abandon ; et une jolie serre, où se voient, en fait de fleurs, de vieilles poupées des petites filles.

On déjeune dans une salle à manger, en laquelle, à la suite d’un dîner végétarien, a été peint un Sarcey énorme, dans une épouvantable peinture décorative, le représentant au milieu de tous les légumes de la terre.

Flammarion, l’astronome, déjeune avec nous, et après déjeuner, se livre à une célébration enthousiaste de l’aérostation, célébration qui me fait lui dire, en riant :

— Auriez-vous passé votre lune de miel, en ballon ?

— Ça a dû se faire… ça ne s’est pas fait… mais tenez, vraiment c’est assez curieux… J’avais un ami, l’abbé Pioger, qui aussitôt que j’avais fait un livre, le refaisait au point de vue clérical… ainsi La Pluralité des mondes, refaite par lui à l’usage des écoles chrétiennes… et sans trop me citer… Mais, il était mon ami… Quand j’ai dû me marier, il m’a dit : « — Vous devriez vous marier à l’église ? — Je ne sais pas… peut-être », lui ai-je répondu… Enfin, il me demande à me marier, quoiqu’il ne fût pas prêtre de la paroisse.

— Soit, mais pas de billet de confession.

— C’est grave, j’en référerai à l’Archevêché ! « Flammarion ? eh bien, oui », lui répond l’archevêque.

Et quand il me rapporte la réponse, il me dit : — « Vous voyez, j’ai fait tout ce que vous avez désiré… {p. 360}Eh bien, vous devez faire une ascension, le jour de votre mariage, je voudrais bien en être. — C’est convenu, à une heure à la mairie, puis le déjeuner, et rendez-vous à trois heures à la Villette. »

Il me marie et me dit :

— N’est-ce pas, c’est toujours convenu ?

— Non, Godard a eu un coup de sang, et l’ascension est remise. »

Et, au déjeuner, Mme Godard lui annonce, que ce sera seulement un retard de quelques jours… Au bout d’une semaine, le départ est décidé… Je passe chez l’abbé, l’avertir que c’est le lendemain, je ne le trouve pas, on me dit qu’il est à sa campagne de Saint-Maur-la-Varenne. Je laisse un mot, en lui disant de se trouver le lendemain, à la Villette, à six heures juste… Il ne vient pas, il n’était pas rentré à Paris. Un ami, qui était là, part à sa place… Mais voici le curieux : le vent nous pousse juste sur la Varenne, et là un calme nous y arrête… Nous étions à huit cents mètres… j’entends une voix, qui m’appelle par mon nom… nous étions juste au-dessus du jardin de l’abbé… nous ne le voyons pas, mais nous voyons très bien sa maison… Un moment l’idée de descendre et de le reprendre, mon ami en ayant assez… mais le vent revient… Le lendemain, nous étions à cinq heures à Spa.

— Et votre femme ?

— Elle ne voulait pas redescendre !

Cet intérieur des Brisson, un intérieur plaisant, aimable, où l’on sent du vrai bonheur conjugal, et {p. 361}animé et égayé par les jeux de deux rondelettes petites filles, dont la plus petite, âgée de trois ans, qui s’est grisée avec le champagne d’une compote de fruits glacés, fait les plus extravagants sauts de carpe, sur l’immense canapé tenant une partie du salon.

Samedi 7 septembre §

Ah ! le facile esprit de ces critiques, comme M. Brunetière, qui ne trouve rien de mieux, pour vous désigner au mépris public, que de vous appeler un romancier japonais, quand tous les romans japonais sont des romans d’aventures, et que les romans de mon frère et de moi, ont cherché, avant tout, à tuer l’aventure, dans le roman.

Lundi 9 septembre §

Je trouve, que la jeunesse littéraire actuelle, avec son mépris des grondantes colères de la chair, et son culte de la psychiatrie, de cette beauté, lui défendant de chanter la brutale nature et le sensuel amour, a quelque chose de l’hypocrisie protestante.

Mardi 17 septembre §

Ce soir, à Jean-d’Heurs, en revenant le long de la rivière, au crépuscule, ce bord de l’eau, près duquel j’ai passé, et je passe, matin et soir, dans tous les séjours que j’ai faits ici, et qui ne m’avait rien rappelé, soudainement s’est {p. 362}fait reconnaître à moi, comme un endroit, où tout enfant, dans un séjour à Bar-le-Duc, on m’avait mené promener, on m’avait mené visiter le Jean-d’Heurs, du temps du maréchal Oudinot.

Mercredi 18 septembre §

La duchesse de Luynes disait à quelqu’un admirant la richesse, le luxe des fleurs à Dampierre : « Mes jardiniers remuent, dans l’année, 600 000 pots de fleurs ! »

Il est question du vieux marquis d’Andlau, qui possédait dans le Perche, l’ancienne propriété d’Helvétius, grossie et agrandie par deux générations de propriétaires, et qui compte 42 fermes et 10 moulins. Les moulins, c’est d’un rapport médiocre aujourd’hui, et encore quand on arrive à les louer : eh bien, lorsqu’un moulin n’allait pas, et qu’un usinier se présentait pour remplacer le meunier, le marquis se refusait à établir une usine, disant que l’industrie amenait la corruption des mœurs dans les campagnes.

Ce détail vous dit, que c’était un noble représentant de la propriété d’autrefois, un représentant aux larges aumônes, à la bienfaisance active.

Dimanche 22 septembre §

Rattier parle d’un médecin de Châlons, nommé Titon, qui l’a soigné, et qui est mort, il y a une dizaine d’années, en laissant {p. 363}une grande réputation dans les départements de l’Est.

C’est peut-être l’unique médecin, qui a eu l’idée de demander à ses malades, un journal, heure par heure, de leurs souffrances et de leurs malaises du jour et de la nuit. Et pour moi, ce serait un renseignement des plus sérieux pour un traitement. Il y a tant de diagnostiqueurs qui se trompent, et dans la confiance absolue de leur diagnostic, n’écoutent rien, dans une visite, de ce que leur racontent les malades.

L’histoire de ce Titon est curieuse. Petit paysan, il était pris en affection par un vieux médecin du pays, sur l’intelligence de sa figure, et ce médecin faisait les frais de ses études de médecine à Paris. Mais lorsque celui-ci avait fini son internat, et était au moment de devenir une illustration, dans la capitale, le vieux médecin lui disait : « J’ai fait de vous un médecin, un médecin qui en sait plus que moi, un médecin tout à fait supérieur : je l’ai fait, je dois vous l’avouer, pour que vous donniez tous vos soins à ma fille, dont vous connaissez la santé maladive, et qui ne peut continuer à vivre, que sous une surveillance tout à fait aimante. » Et Titon épousait la fille du vieux médecin, et passait toute sa vie à être l’intelligent garde-malade de sa femme, à laquelle il ne survivait que six mois.

Lundi 23 septembre §

Un vieux braconnier d’ici {p. 364}disait : « Avant de mourir, je voudrais avoir encore une belle p’tiote ! »

Jeudi 26 septembre §

L’homme d’affaires français ne veut rien risquer, tandis que l’homme d’affaires anglais, est bien plus aventureux. C’est ainsi que les mines d’or, offertes il y a dix ans à des maisons française, ont été refusées par toutes ces maisons. Et l’un des grands banquiers de Paris, auquel mon cousin reprochait amicalement sa bêtise, lui répondait : « Nous sommes tous des c… et ce qu’il y a de beau, c’est que dans toutes les circonstances, c’est toujours comme cela ! » Le curieux, c’est que le premier rapport présenté à la maison Mirabaud, et dont M. Wendel, qui en a eu connaissance, assure qu’il n’y avait pas un mot, dont la réalisation ne soit arrivée, eh bien, ce rapport avait été refusé, peut-être un peu, parce que l’auteur était catholique et surtout parce qu’il était revenu de là-bas, avec la réputation de se piquer le nez.

Il y avait peut-être un peu de vrai dans ce dernier reproche, mais c’est justement ce piquage de nez qui faisait la valeur du rapport. Oui, l’auteur du rapport avait passé, tout son temps, au Cap, dans les cercles, les cafés, les lieux de plaisir, et n’avait fait qu’une apparition d’une quinzaine, aux mines, mais, dans son séjour au Cap, de ses conversations avec les ingénieurs des compagnies, les employés {p. 365}venant là, faire la fête quelques jours, de ces confidences des uns et des autres, dans une griserie générale, il avait soutiré tous les documents, dont il avait besoin, et n’avait eu qu’à les contrôler, qu’à les vérifier aux mines.

Mardi 1er octobre §

L’eau, cette matière de miroir liquide, je ne me rassasie jamais de la regarder, et je passe de longs moments, devant cette cascade de Jean-d’Heurs, où, le courant morne de la rivière fait tout à coup une rampe de lumière, et où, la mousse verdâtre des rochers se couronne d’un bouillonnement d’argent, d’où jaillissent en forme de tridents de cristal, ces ruissellements de perle et diamant, se déversant en bas dans la grande nappe d’eau tranquille, d’eau bleuâtre, sur laquelle viennent mourir, en éclatant, les bulles du grand bouillonnement.

Jeudi 3 octobre §

Je disais dernièrement à quelqu’un : « Oui, dans mon Journal, j’ai voulu recueillir tout ce qui se perd de curieux dans la conversation. »

Samedi 5 octobre §

J’ai l’intime conviction, et même les preuves, que les femmes de quarante ans, qui n’ont ni mari ni amant, sont folles, par moments, dans le secret de leur intérieur.

Dimanche 6 octobre §

{p. 366}Les honneurs rendus aux grands hommes — tout Pasteur qu’ils peuvent être — deviennent, il me semble, un peu excessifs : ils héritent peut-être trop, de ce qui appartenait à Dieu, autrefois.

Samedi 12 octobre §

Je suis en butte à une vraie persécution de la part d’un banquier de Barcelone, nommé Daniel Grant. Il a commencé, dans une première lettre, à m’inviter à une exposition à Barcelone, en mettant à ma disposition un yacht, qui viendrait me prendre dans tel port, que je désignerais. Dans une seconde lettre, il m’a fait spontanément, et sans que rien au monde pût l’y engager, l’offre de 75 000 francs, pour arranger mes affaires ou celles de ma famille ; enfin dans une troisième, il m’annonce l’envoi d’un encrier d’argent pesant 1 000 grammes, avec une plume d’or. Est-ce un fou ou un mystificateur, le banquier de Barcelone ? Toutefois je me crois obligé de lui adresser cette lettre.

« Monsieur,

« À la lettre, où vous mettez à ma disposition la somme de 75 000 francs, je n’ai pas répondu, parce qu’on n’accepte pas de l’argent d’un monsieur qu’on ne connaît pas — et même d’un monsieur qu’on connaît.

{p. 367}« Aujourd’hui, que vous m’annoncez l’envoi d’un encrier d’argent, voté par le casino de Barcelone, j’ai le regret de le refuser, craignant que ce soit un cadeau, que je devrai à vous seul.

« Agréez… »

Mardi 15 octobre §

Une conversation, dans une maison anticatholique, où l’on prétend que le lavage est incomplet chez les dévotes, et où la maîtresse de la maison, connaissant à fond Saint-Denis, Écouen, Picpus, déclare que le bidet y est inconnu. Elle est appuyée, en son dire, par une amie affirmant avoir eu chez elle des ouvrières, auxquelles le confesseur interdisait l’usage dudit meuble. Sur quoi, une jeune et élégante catholique, s’écrie : « Mais, mon Dieu ! c’est possible, vous savez qu’il y a dans le clergé, des inintelligents… Puis, il y a des prêtres qui ont l’horreur de la femme, et de tout ce qui en fait, comme ils disent, un être de concupiscence… Vous avez connu cet abbé, qui se vantait de n’avoir jamais parlé à la femme, qui le servait… C’était comme ce vieux prêtre de campagne, qu’ont connu mes parents, qui ne rencontrait jamais une femme, sans dire presque tout haut : « Passe, peste ! »

Jeudi 17 octobre §

Mariage de Régnier avec Mlle Hérédia.

{p. 368}Une église pleine de monde, comme pour le mariage d’un personnage officiel. À ce sujet le jeune Houssaye dit intelligemment que « dans l’effondrement des hommes politiques, c’est nous, les littérateurs et peintres, qui sommes en vedette, qui sommes tout ! » ajoutant, que c’est au fond la fin d’un pays.

Dimanche 20 octobre §

Aujourd’hui, Paul Margueritte, accompagné de son frère, est venu prendre congé de moi, avant de partir pour le Midi. Il va à Nice, cette fois, et espère, dans ce dernier hivernage, clôturer la série de ses hivers, loin de Paris, qu’il a la tentation de réhabiter, depuis qu’il est mieux portant.

Mardi 29 octobre §

De tous les livres du passé, Le Neveu de Rameau est le livre le plus moderne, le livre semblant écrit par une cervelle et une plume d’aujourd’hui.

Mercredi 30 octobre §

Je dîne, rue de Berri, avec un Russe qui me parle de Tolstoï, avec lequel sa famille était liée.

{p. 369}Il me dit que c’est un fou, dont les variations d’opinions sont extraordinaires, et me raconte qu’un jour, trouvant un numéro de la Revue des Deux Mondes, chez sa belle-mère il s’écriait : « C’est une mauvaise lecture, cette revue… il ne faut pas que votre fille la lise ! » À quelque temps de là, demandant à la même femme, si sa fille avait lu Anna Karénine, et celle-ci répondant, que ce n’était pas une lecture pour une jeune fille, il lui soutenait qu’une jeune fille devait être instruite de tout, pour se conduire dans la vie.

Un autre jour, toujours au dire de ce Russe, Tolstoï, après une longue anathémisation de l’eau-de-vie, ayant retenu à déjeuner le monsieur avec lequel il causait, il lui faisait servir de l’eau-de-vie. Sur quoi, l’autre lui rappelant sa conversation d’une heure avant, Tolstoï lui disait « qu’il n’avait pas de mission pour empêcher le mal ». Alors pourquoi cette prédication ?

Lundi 4 novembre §

J’ai reçu, cet automne, une lettre d’Angleterre, d’un enthousiaste de La Maison d’un artiste, contenant, dans une enveloppe, une certaine poudre rapportée du Japon, par un parent de l’auteur de la lettre, qui était médecin. La traduction de la lettre m’apprenait que cette poudre, vendue très cher là-bas par les prêtres, était de la poudre qui, prise avant de mourir, empêchait la {p. 370}rigidité du cadavre après la mort. Le pourquoi de l’emploi de cette poudre, que toutefois je ne supposais pas offerte pour mon usage, m’intriguait, quand aujourd’hui, Hayashi me donne l’explication de ladite poudre, appelée au Japon : dosha.

Là-bas, on met en bière les morts, comme ils sont venus au monde, dans le ramassement, où on les empote au Pérou, dans une jarre.

Jeudi 7 novembre §

On parle chez Daudet, de cette maison Callias, de cette maison des Batignolles, où toute la littérature a passé, de cette maison, dont il y aurait à faire une originale monographie. Georges Lefèvre, qui a beaucoup fréquenté la maison, conte qu’il y avait dans la cuisine, à toute heure du soir, une provision inépuisable d’œufs et de beurre, qui permettait aux retardataires du dîner, dont beaucoup n’avaient pas déjeuné le matin, et quelques-uns pas dîné la veille, de se faire deux œufs sur le plat.

Et la conversation sur ce monde, amène Daudet à rappeler la blague de Castagnary, disant un jour plaisamment à Vallès : « Je te joue contre ce que tu voudras, dix-sept mots de ton répertoire, comme : travailleur, miséreux, pognon, etc., etc., que tu ne pourras plus employer… et tu sais, si tu perds, tu n’es plus fichu d’écrire ! »

Dimanche 10 novembre §

Réouverture du Grenier. {p. 371}Jean Lorrain, Primoli, Rodenbach, Raffaëlli, Roger Marx, Descaves, Toudouze, Daudet et sa femme.

Lorrain est en train de parler en physiologiste, de la narine, retroussée, respirante, aphrodisiaque de Lina Munte, dans la pièce d’Otway, quand Primoli entre, nous jetant : « Je viens d’assister à une chose… oh mais !… qui a été tout à fait émotionnante pour moi… Vous savez, ou vous ne savez pas, qu’il y avait une légende, en Italie, sur le bateau de Tibère, attaché à la rive, le bateau de fleurs, où il prenait le frais… oui, une légende, qui le disait au fond du lac de Nemi… Les archéologues s’étaient moqués de la légende… En dépit d’eux, il y avait eu cependant quelques tentatives pour vérifier la légende, mais sans succès. Or, tout récemment, un antiquaire de Rome a été trouver le prince Orsini, le possesseur du lac, et fit un arrangement avec lui, par lequel il aurait le tiers, et le prince les deux tiers des objets qu’on trouverait.

L’arrangement accepté, voici un plongeur, sous son scaphandre, au fond du lac, un plongeur qui reste sous l’eau cinq heures, s’il vous plaît… J’avais été convoqué, et j’ai pu le photographier, au moment où il sortait de l’eau, avec des objets détachés du bateau. L’effet de cet homme au scaphandre, avec cet appareil sur la figure, ressemblant à un masque antique : ç’a été comme une apparition dans une vision, dans le rêve d’un buveur d’opium… et cet homme vous parlant la tête au-dessus de l’eau, de ce bateau au fond de l’eau, grand comme un navire {p. 372}de ligne, avec un revêtement entier d’émail à l’extérieur, et à l’intérieur de plaques de marbre vert, de marbre rouge… J’ai vu, une fois, le plongeur rapporter une tête de lion avec un anneau dans la gueule — l’attache des barques qui s’accotaient au navire… mais la merveille, jusqu’à ce jour retrouvée, est une tête de Méduse. »

Jeudi 14 novembre §

Ce soir, chez Daudet, Larroumet cause curieusement du Maroc, qui est comme le dernier asile du vieil islamisme, et où les supplices auraient une qualité de férocité, dégotant ceux de la Chine. Il parle de cinq incisions faites au rasoir dans la main d’un supplicié : incisions dans lesquelles on fait entrer les cinq doigts, dont les ongles repoussant et entrant dans la chair, font mourir l’homme du tétanos, au bout de quinze jours, quand il ne se casse pas avant la tête contre un mur.

Mais un supplice d’une imagination diabolique, est celui-ci : on endort un homme avec du chloroforme, puis on lui ouvre le ventre, et on le remplit de cailloux, et on le recoud. Alors ses tortureurs ont la jouissance de l’étonnement de l’homme à son réveil, et son ignorance amusante des horribles douleurs qu’il éprouve.

Mercredi 20 novembre §

La princesse et Primoli ont été aujourd’hui à Marly, voir Dumas qui est malade. Le jour de l’érection de la statue d’Augier, {p. 373}déjà un peu souffrant, il a tenu à y assister, pour mettre à néant la légende de son antagonisme, avec l’auteur du Mariage d’Olympe. À son retour, pris de douleurs cérébrales, il avait la malheureuse idée de s’entourer la tête de linge imbibé d’eau froide, à la suite de quoi il lui venait une névralgie, lui amenant un enflement de la tête, avec des taches de sang à la peau, et des rages de dents et des lancinements des tempes, à se jeter par la fenêtre.

À l’entrée de la princesse, dans la chambre où l’avait précédé Primoli, qui avait été frappé de son changement, de son affaissement, se reprenant, se raidissant, Dumas s’écriait : « Ah ! vous êtes d’une famille qui ne craint pas d’entrer dans la chambre d’un pestiféré ! » Puis la princesse, lui disant qu’elle lui enverrait Dieulafoy, il jetait sur une note enfantine : « Et je serai obligé de faire ce qu’il m’ordonnera ? »

Mais bientôt, retombant dans le noir, où l’avait trouvé Primoli, comme la princesse lui faisait compliment de l’arrangement de sa maison, du confort qu’y avait apporté sa femme, il murmurait tristement, faisant allusion à son mariage : « Je ne l’aurais pas fait, si j’avais cru que c’était pour un temps si court ! »

Jeudi 21 novembre §

Le notaire d’un de mes amis, lui disait ces jours-ci, qu’en présence des lois financières qui se préparaient, la plus grande {p. 374}partie des gens qui avaient de l’argent, le plaçaient à l’étranger, et qu’il regardait de son devoir d’avertir ses clients de l’effroi du capital français, devant l’avenir que lui préparait le gouvernement.

Mercredi 27 novembre §

Tout le temps du dîner, on parle du mieux, de la résurrection de Dumas, de mots brutalement spirituels, prononcés par lui, dans son retour à la vie.

Après dîner, Coppée, Porto-Riche et moi, nous causions dans le hall, de la pièce de Bornier, quand Primoli vient à nous et nous dit : « Dumas est mort… la princesse vient de recevoir une dépêche ! ».

Vendredi 29 novembre §

C’est positif, en fouillant mes souvenirs, je ne trouve chez moi, pendant toute ma jeunesse, aucun désir de devenir une personnalité de premier plan, je n’avais que l’ambition d’une vie indépendante, où je m’occuperais paresseusement d’art et de littérature, mais en amateur, et non, ainsi que cela a été, en forçat de la gloire.

Samedi 30 novembre §

Centenaire de la lithographie. Exposition curieuse pour les origines de l’Art. On y voit le « Mercure dessiné pour l’imprimerie {p. 375}lithographique de la rue Saint-Sébastien, nº 23 » qui doit être considérée comme la première lithographie artistique française. Une « jeune fille lisant », de Denon, dans le travail naïf de la pierre, se montre comme la jeune Parisienne de 1810, sous son air ingénu, sous sa coiffure vieillotte, sous son costume provincial. Une curieuse planche : « La galerie de bois du Palais-Royal » avec la boutique du vieux libraire Dentu. Et voici dans « la Famille Pajou » les types, et la mode presque rustique, de la bourgeoisie jeune et vieille de la fin de l’Empire. Henriquel-Dupont fait revivre l’assassin Louvel, à l’homicide enfoncement des yeux. Le vieil Isabey a une série de délicates et romantiques femmes, en l’envolement aérien d’un voile dans les cheveux. Gigoux se révèle dans quelques portraits, entre autres, dans un portrait de Delacroix, comme un lithographe de premier ordre, et Achille Devéria, parmi de nombreux portraits, offre à nos regards deux très curieux et très remarquables portraits de Mérimée et de Dumas père. Et ce sont des Delacroix et des Raffet, des Raffet, où se trouve une épreuve d’un tirage exceptionnel, avec une poésie de Dumas père l’encadrant.

Mercredi 4 décembre §

De la salle à manger de la rue de Berri, dont la baie ressemble à un petit théâtre, Primoli nous régale dans le hall, de projections d’après ses instantanés. C’est vraiment très {p. 376}intéressant cet agrandissement, qui, de ces images d’un pouce de hauteur, fait des décors, qui vous donnent l’illusion de la grandeur des hommes, des animaux, des arbres, des constructions. Et vraiment Primoli a un certain talent, ainsi que disent les peintres, pour piger le motif — un motif faisant tableau.

Lundi 9 décembre §

Le fils de Bleichröder, le banquier allemand, protégé par Bismarck, a été refusé en mariage par une jeune fille sans fortune, et comme la mère de la jeune fille lui demandait de réfléchir, et lui disait que la différence de religion n’avait pas l’importance qu’elle lui attribuait, la jeune fille répondait à sa mère : « Les juifs, ce n’est pas une religion, c’est une race ! »

Mercredi 11 décembre §

Ces jours-ci, des interviews, où je suis obligé d’affirmer ma non-ambition de l’Académie.

Ce soir Gyp, qui vient de passer deux mois au lit, Gyp, à l’élégance ondulante du corps, dans un fourreau de satin blanc, cause avec moi de sa maladie, sur une note comique, disant qu’elle entendait le médecin dire, derrière un paravent, à sa garde : « Voilà une petite dame qui est en train de se laisser couler ! » Et s’élevant presque contre son mari, contre ses enfants qui l’ont fait opérer, {p. 377}malgré elle, dans la perte de connaissance du chloroforme, elle laisse percer le regret de ne pas s’en être allée, et d’avoir à recommencer une autre fois : — la souffrance l’ayant abandonnée, et se trouvant dans cet espèce d’état, doucement vague, qui précède l’évanouissement.

Mercredi 18 décembre §

Visite de Bracquemond, en train de se livrer à des impressions artistiques d’étoffes, m’annonçant que la gravure est complètement tuée par la photographie : mort qu’il prédisait dans deux articles, publiés par lui en 1886, mais qu’il croyait être plus tardive, et ne pas le toucher.

Jeudi 26 décembre §

Je reçois une curieuse lettre du docteur Barié. Il me remercie d’un client belge, que je lui ai donné, et qui s’est présenté à lui, en lui disant : « Je crois avoir une maladie de cœur, je voulais consulter un médecin de Paris, mais je ne savais lequel, quand j’ai lu le dernier volume du Journal des Goncourt, où j’ai vu que vous aviez donné vos soins à M. Edmond de Goncourt. Là-dessus, je me suis décidé à m’adresser à vous : me voilà… examinez-moi ! »

Vendredi 27 décembre §

Dans ce volume, le dernier volume imprimé de mon vivant, je ne veux {p. 378}pas finir le Journal des Goncourt, sans faire l’historique de notre collaboration, sans en raconter les origines, en décrire les phases, indiquer dans ce travail commun, année par année, tantôt la prédominance de l’aîné sur le cadet, tantôt la prédominance du cadet sur l’aîné :

Tout d’abord, deux tempéraments absolument divers : mon frère, une nature gaie, verveuse, expansive ; moi, une nature mélancolique, songeuse, concentrée — et fait curieux, deux cervelles recevant du contact du monde extérieur, des impressions identiques.

Or le jour, où, après avoir fait tous deux de la peinture, nous passions à la littérature, mon frère, je l’avoue, était un styliste plus exercé, plus maître de sa phrase, enfin plus écrivain que moi, qui alors, n’avais guère l’avantage sur lui, que d’être un meilleur voyant autour de nous, et dans le commun des choses et des êtres, non encore mis en lumière, de ce qui pouvait devenir de la matière à de la littérature, à des romans, à des nouvelles, à des pièces de théâtre.

Et voici que nous débutions, mon frère sous l’influence de Jules Janin, moi sous l’influence de Théophile Gautier, et l’on peut reconnaître dans En 18.. ces deux inspirations mal mariées, et donnant à notre premier livre, le caractère d’une œuvre à deux voix, à deux plumes.

Viennent après, Les Hommes de lettres (reparus sous le titre de Charles Demailly), livre appartenant {p. 379}plus à mon frère qu’à moi, par l’esprit mis dans le livre par lui, et ces brillants morceaux de bravoure, qu’il recommencera plus tard dans Manette Salomon — moi, ayant surtout travaillé dans ce livre, à l’architecture et aux gros ouvrages de l’œuvre.

Alors succédaient les biographies d’art et les livres historiques, écrits un peu sous ma pression, et la tendance naturelle de mon esprit vers la vérité du passé ou du présent : œuvres, où il y avait peut-être un peu plus d’appoint de moi, que de mon frère. Dans cette suite de travaux, se faisait la fusion, l’amalgame de nos deux styles, qui s’unissaient dans la facture d’un seul style, bien personnel, bien Goncourt…

Dans cette concurrence fraternelle à bien écrire, il était arrivé que mon frère et moi, avions cherché à nous débarrasser de ce que nous devions à nos aînés : mon frère à rejeter le papillotage du style de Janin, moi la matérialité du style de Gautier. Et nous étions à la recherche, tout en le voulant très moderne, à la recherche d’un style mâle, concret, concis, à la carcasse latine, se rapprochant de la langue de Tacite, que nous lisions alors beaucoup. Et surtout, il nous venait une horreur des grosses colorations, auxquelles j’avais un peu trop sacrifié, et nous cherchions dans la peinture des choses matérielles, à les spiritualiser par des détails moraux.

Ainsi cette description du bois de Vincennes, dans : Germinie Lacerteux.

………………………………………………………………………………………………

« D’étroits sentiers, à la terre piétinée, talée, durcie, {p. 380}pleins de traces, se croisaient dans tous les sens. Dans l’intervalle de tous ces petits chemins, il s’étendait par places, de l’herbe, mais une herbe écrasée, desséchée et morte, éparpillée comme une litière jaune, et dont les brins, couleur de paille, s’emmêlaient de tous côtés aux broussailles, entre le vert triste des orties… Des arbres s’espaçaient tordus et mal venus, de petits ormes au tronc gris, tachés d’une lèpre jaunâtre, des chênes malingres mangés de chenilles, et n’ayant plus que la dentelle de leurs feuilles… De volantes poussières de grandes routes enveloppaient de gris les fonds… Tout avait la misère et la maigreur d’une végétation foulée, la tristesse de la verdure de la barrière… Point de chants d’oiseaux dans les branches, point de parcours d’insectes sur le sol battu… Un bois à la façon de l’ancien bois de Boulogne, poudreux et grillé, une promenade banale et violée, un de ces endroits d’ombre avare, où le peuple va se ballader à la porte des capitales : parodies de forêts, pleines de bouchons, où l’on trouve dans les taillis des côtes de melons et des pendus ! »

Maintenant il arrivait, peu à peu, dans cette fabrication de nos volumes, que mon frère avait pris plus spécialement la direction du style, et moi la direction de la création de l’œuvre. Il lui était venu une paresse un peu dédaigneuse à chercher, à retrouver, à inventer — tout en imaginant un détail plus distingué que moi, quand il voulait s’en donner la {p. 381}peine. Peut-être déjà souffrant du foie, et buveur d’eau de Vichy, était-ce un commencement de fatigue cérébrale ? Du reste il avait eu, de tout temps, une répugnance pour la trop nombreuse production, pour la foison des bouquins, comme il disait. Et on l’entendait répéter : « Moi j’étais né pour écrire, dans toute ma vie, un petit volume in-douze, dans le genre de La Bruyère, et rien que ce petit in-douze ! »

C’est donc uniquement, par tendresse pour moi, qu’il m’a apporté le concours de son travail jusqu’au bout, jetant dans un soupir douloureux : « Comment, encore un volume ?… Mais vraiment n’en avons-nous pas fait assez d’in-quarto, d’in-octavo, d’in-dix-huit ! » — et parfois, pensant à cette vie abominable de travail, que je lui ai imposée, j’ai comme des remords, et la crainte d’avoir hâté sa fin.

Mais tout en se déchargeant sur moi de la composition de nos livres, mon frère était resté un passionné de style, et j’ai raconté dans une lettre à Zola, écrite au lendemain de sa mort, le soin amoureux qu’il mettait à l’élaboration de la forme, à la ciselure des phrases, au choix des mots, reprenant des morceaux écrits en commun, et qui nous avaient satisfaits tout d’abord, les retravaillant des heures, des demi-journées, avec une opiniâtreté presque colère, ici, changeant une épithète, là, faisant entrer dans une période, un rythme, plus loin, refaçonnant un tour de phrase, fatiguant, usant sa cervelle, à la poursuite de cette perfection, si difficile, parfois impossible à la langue française, dans l’ {p. 382}expression des sensations modernes… et après ce labeur restant de longs moments, brisé sur un canapé, silencieux, dans la fumée d’un cigare opiacé.

Et cet effort du style, jamais il ne s’y livra avec plus d’acharnement, que dans le dernier roman qu’il devait écrire, dans Madame Gervaisais, où peut-être la maladie, qui était en train de le tuer, lui donnait, dans certains fragments, je le croirais, comme l’ivresse religieuse d’un ravissement.

Lundi 30 décembre §

Exposition Bing. Je ne fais pas le procès à l’idée de l’exposition, je le fais seulement à l’exposition du jour, d’aujourd’hui.

Quoi, ce pays qui a eu le coquet et rondissant mobilier de paresse du xviiie siècle, est sous la menace de ce dur et anguleux mobilier, qui semble fait pour les membres frustes d’une humanité des cavernes et des lacustres. La France serait condamnée à des formes, comme couronnées dans un concours du laid, à des coupes de baies, de fenêtres, de dressoirs, empruntées aux hublots d’un navire, à des dossiers de canapés, de fauteuils, de chaises, cherchant les rigides platitudes de feuilles de tôle, et recouverts d’étoffes, où des oiseaux, couleur caca d’oie, volent sur le bleu pisseux d’un savonnage, à des toilettes et autres meubles, ayant une parenté avec les lavabos d’un dentiste, des environs de la Morgue. Et le Parisien mangerait dans cette salle à manger, au milieu de ces panneaux en faux acajou, {p. 383}agrémentés de ces arabesques en poudre d’or, près de cette cheminée, jouant le chauffoir pour les serviettes d’un établissement de bains ; et le Parisien coucherait dans cette chambre à coucher, entre ces deux chaises épouvantant le goût, dans ce lit, qui est un matelas posé sur une pierre tombale !

Vraiment, est-ce que nous serions dénationalisés, conquis moralement par une conquête pire, que la guerre, en ce temps où il n’y a plus de place en France, que pour la littérature moscovite, scandinave, italienne, et peut-être bientôt portugaise, en ce temps où il semble aussi n’y avoir plus de place en France que pour le mobilier anglo-saxon ou hollandais.

Non, ça, le mobilier futur de la France, non ! non !

En sortant de cette exposition, comme je ne pouvais m’empêcher de répéter tout haut dans la rue : « Le délire… le délire de la laideur ! » un jeune homme s’approchant de moi, me dit : « Vous me parlez, monsieur ? »

FIN DU NEUVIÈME ET DERNIER VOLUME.

Index général des noms cités dans les neuf volumes §

A

About, Edmond (1828-1885), I, 210, 277 ; II, 63, 99, 209 ; VI, 41, 264 ; VII, 4 ; IX, 115, 299.

Abbatucci (Le général), VII, 267.

Abbatucci (Mlle), V, 149 ; VI, 55.

Abrantès (Duc d’), I, 312.

Abrantès (Duchesse d’), I, 852.

Achenbach, I, 107.

Achard (Amédée), III, 99.

Adam (Mme), II, 142 ; VI, 168, 181, 201 ; VIII, 104 ; IX, 255, 346, 347.

Adam, VI, 318.

Adélaïde (Mme), IX, 33.

Aetus, VIII, 269.

Affre, I, 152.

Agar, II, 125 ; III, 297.

Aimée (Mlle), I, 347, 348 ; II, 139, 223 ; III, 72 ; VIII, 135.

Ajalbert, IX, 42, 52, 53, 226, 262, 264, 287, 303, 826.

Ajalbert (Jean), VII, 203 ; VIII, 134, 159, 187, 191, 201, 203, 204, 207, 242.

Alard (Mme), IX, 3.

Albert, IX, 160.

Albert (Le prince), V, 78.

Alboni (Mme), VI, 16.

Alembert (d’), I, 326 ; IV, 164.

Alessandri (Le colonel), VII, 286.

Alexandre (Mme), VIII, 198.

Alexandre le Grand, III, 84.

Alexandrine, fille de Mme de Pompadour, VII, 211.

Alexis (Paul), VII, 85, 288 ; VIII, 5, 34, 133, 135, 137, 227 ; IX, 61, 77, 88, 89, 90, 91, 161, 162, 163.

Allard (Les), IX, 149, 150.

Allard, VII, 55.

Allan (Mme), I, 6, 7, 8, 9.

Allegrain, I, 242.

Allessandri, I, 298 ; VII, 286.

Allorto, IX, 147.

Alphand, IV, 187.

Alphonse, I, 225.

Alton-Shée, III, 256.

Alvarez, VIII, 98.

Amaury-Duval, V, 158.

Ambroise Thomas, VI, 4.

Amigues, V, 179.

Ampich (Mme), IX, 343.

Anacréon, V, 40.

Anicet Bourgeois, II, 116.

Anna, V, 69.

Annam (Le prince d’), IX, 138.

Anastasi, VI, 55, 84.

Anne Comnène, VIII, 57.

Anne d’Autriche, I, 247.

Annenkoff, VII, 238.

Andlau (Les d’), VIII, 82.

André del Sarte, I, 262.

André, II, 211.

Annibal, III, 84.

Antoine, VII, 217, 253, 254, 255, 290, 303 ; VIII, 5, 8, 20, 26, 27, 28, 29, 31, 32, 36, 37, 45, 138, 159, 187, 191, 192, 201, 204, 245 ; IX, 8, 42, 52, 59, 93, 98, 100, 226.

Antonelli, I, 277.

Apollonius de Tyanes, I, 289 ; VIII, 269.

Arago, I, 137.

Arago (Alfred), I, 282 ; III, 183.

Arago (Emmanuel), IV, 68, 210 ; V, 240.

Arago (François), IV, 155.

Arétin, V, 178.

Arnaud de l’Ariège, V, 280.

Arnauldet, VI, 25.

Arnim (Comte d’), V, 98, 195 ; VIII, 116, 117.

Argenson (Le marquis d’), I, 215.

Aristogène, VIII, 267.

Aristophane, I, 239 ; V, 24.

Arnould (Sophie), I, 190 ; II, 59 ; V, 280 ; VI, 252, 265.

Armand, I, 65, 66.

Arsinoé-Philadelphe, VIII, 269.

Artagnan (D’), V, 243.

Artaxerxès Mnémen, III, 212.

Artois (Le comte d’), IX, 117.

Arton, IX, 108.

Artus, I, 92.

Asseline, I, 160 ; VI, 163.

Asselineau, I, 142 ; IV, 296 ; IX, 145.

Assi, IV, 231, 240.

Attila, IV, 113, 180 ; VIII, 80.

Aubanel, VII, 68, 69, 261, 262.

Aubernon (Mme), IX, 338.

Aubert, II, 316.

Aubryet (Alexis), I, 182, 210, 211, 260, 330, 334 ; II, 111 ; III, 204 ; IV, 356 ; V, 46, 49 ; VII, 109, 110.

Audiffret-Pasquier, V, 206.

Audiger, IX, 207, 208, 210, 211, 213, 214.

Audinot, I, 202.

Augier (Émile), I, 41, 218 ; II, 326, 329 ; VI, 143, 196 ; VII, 320 ; IX, 373.

Auguste (M.), VI, 252.

Aumale (Duc d’), V, 90, 101, 167, 168 ; VI, 242.

Aussandon, I, 268 ; III, 44 ; IX, 62.

Autran, II, 65, 120 ; III, 205.

Avellan (L’amiral), IX, 167, 337.

Avenin, VI, 88.

Axenfeld, VI, 12, 13.

B

Babeuf, V, 256.

Bacciochi, I, 174.

Bach (Samuel), I, 187.

Bach (Sébastien), II, 97.

Bacon, I, 289 ; VI, 140.

Vacourt (De), II, 195.

Baï-gai, VII, 62.

Baï-iisou, VII, 130.

Bakounine, I, 248.

Balloy (Le comte), V, 129, 130.

Balzac, I, 21, 22, 68, 83, 111, 112, 137, 157, 209, 235, 255, 332 ; III, 3, 5, 55, 58, 229, 272 ; V, 47, 108, 109, 188, 243, 269, 297 ; VI, 15, 41, 67, 119, 125, 256, 317 ; VII, 31, 158, 167, 225 ; VIII, 47, 48, 49, 50, 181, 183 ; IX, 255, 275, 322.

Balzac (Mme), VI, 199.

Bancelin, I, 325.

Bannevile (Le comte), V, 129.

Banville (De), I, 32, 213, 257, 263 ; VI, 118, 240, 243, 244 ; VI, 225, 313 ; VII, 13, 133, 160, 169, 170, VIII, 218, 219 ; IX, 118, 145, 276, 286.

Bapst, VI, 5.

Baraguay d’Hilliers, VI, 12.

Barante (De), 157, 158.

Barbé-Marbois (Mme), VI, 132.

Barbé-Marbois, VI, 132.

Barbey d’Aurevilly, I, 184 ; II, 162 ; V, 203, 204, 205 ; VI, 69, 339 ; VII, 38, 39, 40, 48, 49, 50, 279 ; VIII, 47 ; IX, 46 ; 275.

Barbey de Jouy, VI, 111 ; VII, 131.

Barbier (Mlle), VIII, 6.

Barbier (Auguste), III, 270 ; IV, 324.

Barbilhon Walter, I, 199.

Bardoux, I, 186 ; V, 234, 246, 247 ; VI, 4, 5, 6, 12, 58, 145.

Bareta (Mme), IX, 198.

Barié, VIII, 200. IX, 111, 377.

Barliès, IX, 160.

Barnum, VI, 162.

Barny (Mme), VIII, 29.

Baroche, III, 216 ; IV, 151.

Barodet, V, 78, 256.

Baron, I, 356 ; VIII, 227.

Baron (L’acteur), VI, 203, 204.

Barre (Le sculpteur) ; III, 221, 222.

Barré, VII, 209.

Barrès, VIII, 288, 289 ; IX, 177, 323.

Barrière (Théodore), I, 267 ; III, 303.

Barrière (François), I, 81, 308 ; II, 180 ; III, 93.

Barrot (Odilon), I, 99.

Barry (Mme du), IV, 346.

Bartet, VII, 257.

Bartet (Mlle), VI, 223.

Barth, III, 35.

Barthélémy, II, 81.

Barthet, I, 124.

Bartsh, II, 29.

Barye, III, 58 ; V, 238 ; VII, 122.

Baschet (Armand), I, 124 ; VIII, 103, 104.

Bashkirtseff (Mlle), VIII, 288.

Bastide, III, 28.

Bataille (Le général), III, 302, 303, 304, 306, 307.

Bataille, VII, 226.

Baton, V, 216.

Baudelaire, I, 211, 358 ; III, 12, 258 ; V, 28, 199, 290, 330 ; VI, 264, 265 ; VIII, 59, 70, 78, 199, 235, 236 ; IX, 145, 343, 344.

Baudin, V, 50.

Baudouin, I, 157 ; VI, 61 ; IX, 207.

Baudrillart, I, 113.

Baudry (Frédéric), II, 96.

Baudry (Paul), II, 15, 114, 282 ; III, 93, 94 ; VII, 107.

Bauer, IV, 204 ; VIII, 186, 236, 278.

Bauer (Henri), VII, 316 ; IX, 104, 123, 164, 165, 167.

Baulaincourt (Le marquis de), VII, 209, 210.

Bazaine, IV, 104 ; V, 14, 90, 97.

Bazin, I, 107, 109.

Beaubourg, IX, 202.

Beaufort, I, 217.

Beaulieu, VII, 25.

Beaulieu (Le peintre), VI, 231.

Beaumarchais, I, 304 ; II, 209 ; III, 44 ; IX, 348.

Beaumont (Mme de), VII, 143.

Beaurepaire (Quesnay de), IX, 197.

Beauvais (Maitre), IX, 227.

Beauvais, IV, 226.

Beauvallon, IV, 122.

Beauveau (Mme de), III, 69.

Beauvoir (Roger de), I, 33, 46 ; III, 62.

Becker, VIII, 187.

Beethoven, II, 200 ; VI, 90, 148, IX, 171, 353.

Béhaine (Mme), V, 61, 73, 120, 136.

Béhaine (Armand de), V, 119.

Béhaine (Francis de), VII, 165.

Béhaine (Le comte de), IV, 111, 334, 335, 336 ; V, 55, 58, 60, 61, 98, 128, 135, 180, 348.

Béhaine (Le comte Lefèvre de), VII, 3, 165, 305 ; IX, 30, 35, 290, 328.

Bellanger (Marguerite), II, 30.

Bellemare (De), V, 42.

Belloy (Le marquis de), I, 218, 219, 230.

Belot (Adolphe), VI, 341, 324 ; VII, 56, 57, 58, 91, 92 ; VIII, 127.

Benazet, III, 218.

Benedetti, II, 289 ; V, 155, 181 ; VI, 55.

Benedetti (Mme), V, 155.

Benedetti (La comtesse), III, 163.

Benedetti (fils), VIII, 169.

Béni-Barde (Le docteur), III, 347 ; V, 82.

Benouville, III, 126.

Benouville, V, 21.

Béranger, I, 130, 217, 353, 389, 390 ; II, 34 ; V, 200 ; VIII, 93.

Berendsen, VI, 127 ; VII, 40 ; VIII, 23.

Bergerat, VI, 33.

Berlioz, III, 172, 173.

Bernard (Charlotte), V, 146.

Bernard (Claude), III, 200, 249, 288, 295 ; V, 163.

Bernardin de Saint-Pierre, III, 44, 104, 273 ; VII, 282.

Bernhardt (Sarah), V, 347 ; VII, 233 ; IX, 163, 164, 165, 166, 167, 168, 172, 185, 189, 196, 325.

Bernhardt (Régina), V, 240.

Bernhardt (Maurice), IX, 170.

Berquin, VI, 182.

Berry (La duchesse de), I, 131, 390 ; VII, 154.

Bert (Paul), VI, 28 ; VII, 83, 86.

Berthelot (Mme), III, 174 ; IX, 64.

Berthelot, II, 209, 265 ; III, 67, 78, 131, 138, 174, 287 ; IV, 11, 24, 26, 27, 106, 107, 110, 143, 204, 206, 231, 338, 344 ; VI, 5, 24, 242, 257, 295 ; VII, 54, 55, 107, 157, 172, 200.

Berthet (Élie), VIII, 127.

Berthoud (Henry), I, 312.

Bertin, IX, 36.

Bertin (des Débats), II, 186.

Berton, VI, 279.

Berryer, III, 241.

Berthe, I, 108, 109.

Bertrand (François), VI, 91, 92.

Bertrand (Le mathématicien), IV, 106, 169.

Bertrand (J.-L.-F.), VII, 194, 292.

Beroalde de Verville, II, 55.

Bescherelle, V, 75.

Besenval (Le baron de), VIII, 119.

Besnard, IX, 288.

Besnard (Les), IX, 288.

Besson (Faustin), I, 330.

Beurdeley fils, VI, 337.

Beurdeley, VII, 131.

Beyle, III, 276.

Bignon, II, 322.

Bigot, VII, 23.

Billant, VI, 258.

Billing, V, 63.

Billon, II, 142.

Binder, III, 56.

Binding, I, 112.

Bing, V, 213, 335, 334, 347 ; VI, 174, 198, 238 ; VII, 266, 313 ; VIII, 11, 218 ; IX, 31, 52, 270, 330, 382.

Biot, IX, 26.

Biron (La comtesse de), IX, 193.

Bismarck, III, 56, 137 ; IV, 113, 124, 126, 172, 213, 235 ; V, 58, 59, 60, 67, 73, 94, 106, 181, 228 ; VI, 49, 321 ; VII, 175, 239 ; VIII, 75, 159 ; IX, 352, 376.

Bisson, IX, 130.

Bischoffsheim, I, 297.

Bitaubé, II, 112.

Blamont, I, 2.

Blanc (Charles), II, 170, 171 ; III, 51, 120, 193 ; IV, 50, 55 ; V, 36, 85, 162, 190, 191, 199, 209, 217, 218, 219, 292, 293.

Blanc (Hippolyte), IX, 25.

Blanc (Louis), II, 40 ; IV, 72, 106, 107, 108, 109, 186, 240, 292 ; V, 154, 155.

Blanchard, V, 107.

Blanche, VII, 45, 47, 48, 54 ; VIII, 6, 19, 118 ; IX, 193, 303.

Blanche (Jacques), VII, 309 ; IX, 157, 287, 288.

Blanche (Le docteur), VIII, 24, 271 ; IX, 48, 62, 81, 103, 113, 157.

Blanquière, VII, 124, 125.

Blanqui, IV, 105.

Blanquin, IX, 160.

Blarenberg, VIII, 87.

Blavet, VII, 9.

Bleichröder, IX, 376.

Blowitz (De), VIII, 115, 116, 117.

Boccace, II, 280.

Bocquenet (Les), I, 107.

Bohme, IX, 232.

Boilly, III, 359.

Boisgobey (De), VII, 139, 140 ; VIII, 127, 140.

Boisbaudran (Lecoq de), IX, 310.

Boissard, I, 55 ; III, 56.

Boissier, V, 260.

Boissieu, I, 326 ; VI, 87 ; VII, 162.

Boitello, II, 114, 127, 197 ; V, 76 ; VI, 60, 61.

Bonaparte, I, 26.

Bonaparte (Laetitia), III, 112.

Bonaventure (Saint), IX, 81.

Bondieu (Mme), IV, 8.

Bonington, IV, 287 ; IX, 283.

Bonnassieux, III, 58.

Bonnet, III, 165 ; IX, 265.

Bonnetain (Paul), VII, 85, 183, 206, 233, 241, 242, 253, 254 ; IX, 191.

Bonnetain, VI, 319 ; IX, 191.

Bonnières (Mme de), VII, 86.

Bonnières (Robert de), VIII, 220.

Bonnières (De), VII, 85.

Bonvalot, VIII, 186.

Bonvin (François), VII, 119, 283, 288.

Bornier (Henry de), IX, 127, 374.

Boquet, VI, 342.

Borelli (Le comte), VIII, 143.

Borgne (Mme de), I, 156, 389.

Borniol, VI, 328.

Bosquet (Mme), I, 392.

Bosse (Abraham), II, 129.

Bossuet, II, 62 ; VII, 134, 203 ; VIII, 184.

Bouchardy, VII, 321.

Boucher, II, 29, 243 ; V, 67 ; VIII, 76, 147, 234.

Boucher (Joseph Félix), IX, 287.

Boucher (François), I, 155, 169, 370 ; VII, 131 ; IX, 278, 279.

Boucicaut, IX, 27, 28.

Boudha, II, 31.

Bouffé, VII, 301.

Bouilhet, I, 115, 325 ; III, 81, 82 ; V, 7.

Bouilhet (Louis), I, 309, 311, 314.

Bouillé (Le marquis de), I, 105.

Bouillon, VIII, 19.

Boulanger (Le général), VII, 135, 17, 201 ; VIII, 12, 75, 87, 96, 97 ; IX, 29.

Boulanger (Le peintre), IX, 50.

Boulanger, III, 94.

Boulanger (Gustave), II, 283.

Bourbaki, IV, 212 ; VII, 105.

Bourbonne, IV, 4, 331.

Bourde, VII, 171, 268.

Bouret, III, 28.

Bourgeois, VIII, 206, 207.

Bourget (Paul), VI, 176, 178, 201 ; VII, 82, 103, 105, 108, 116, 213 ; VIII, 6, 155, 235.

Bourgogne, I, 126.

Bourgoin, IV, 255.

Bousquet (Georges), IX, 331.

Boussod, VIII, 236.

Bouteins, IX, 206.

Boutourlin, III, 233.

Bouvin, II, 20 ; VI, 119, 285, 288.

Bouvin (Le jeune), VI, 90.

Boyer (Philoxène), III, 175.

Boys (Du), VII, 226.

Brachet, VIII, 74.

Bracquemond, I, 157 ; II, 81 ; IV, 253, 254, 255, 266 ; V, 160 ; VI, 26, 87, 89, 100, 297 ; VII, 13, 118, 122, 299 ; VIII, 289 ; IX, 115, 257, 288, 377.

Bracquemond (Mme), IV, 280, 303.

Bracquemond fils, IX, 301.

Braine (Mme), VI, 141.

Braine (Le fils), IX, 202.

Brassine (Mlle), I, 69.

Brandès (Le critique), VIII, 99.

Brandès (Georges), IX, 318.

Bréal, V, 284.

Bréant (Duchesse de), I, 85.

Brébant, IV, 14, 24, 50, 68, 86, 106, 142, 143, 166, 185, 203, 205, 207, 217, 234, 268, 338, 343, 352, 355 ; V, 8, 74, 80, 93, 190, 206, 244 ; VI, 8, 20, 28, 57, 58, 71, 208, 257, 275, 292, 314 ; VII, 9, 31, 34, 41, 45, 54, 107, 154, 175.

Bréguet, VI, 249.

Bressant, II, 266, 291, 292, 294, 307 ; III, 197 ; V, 166 ; VIII, 31.

Breton, II, 20.

Breton (Jules), VII, 268.

Breudel, V, 294.

Brindeau, I, 8.

Brinvilliers (La), III, 15.

Brisson, VII, 32.

Brissen (Les), IX, 358.

Brocca, V, 191.

Broggi, I, 176.

Broglie (Le duc de), II, 63, 64, 65 ; III, 198 ; V, 206, 280 ; VI, 221, 7, 237.

Brohan (Madeleine), VI, 149.

Broussais, V, 163.

Brown, III, 258.

Brown-Séquart, IX, 55.

Bruneau (Alfred), IX, 318.

Bruneau (Le), IX, 248.

Brunet (Le commandant), IX, 27, 28.

Brunetière (De), VI, 189 ; VII, 233, 235 ; IX, 361.

Buchère, III, 214.

Buffet, V, 191, 245, 264.

Buffon, I, 306.

Buhot, IX, 80.

Bukowics, IX, 239.

Buisson, V, 113.

Bulher, IX, 252.

Buloz, I, 208, 209 ; VII, 216.

Buntchô, IX, 274.

Burguet, VIII, 102, 134 ; IX, 9.

Burnouf, IX, 199.

Burty (Madeleine), IV, 312, 316 ; V, 333, 335.

Burty (Mme), IV, 134, 279, 312, 316, 326.

Burty (Philippe), VII, 200, 222, 224, 251, 280.

Burty, II, 253 ; III, 144, 145 ; IV, 42, 62, 77, 172, 196, 200, 201, 210, 229, 237, 253, 266, 278, 286, 296, 306, 308, 310, 313, 316, 326, 333 ; V, 17, 27, 28, 70, 92, 144, 178, 199, 227, 236, 262, 309, 310, 324, 327, 334, 335, 343 ; VI, 15, 25, 27, 46, 69, 88, 118, 160, 294, 346 ; VIII, 108, 127, 156, 160, 218 ; IX, 288.

Burns (John), IX, 248.

Busnach, VII, 79.

Busquet, I, 106, 185 ; II, 151.

Byl (Arthur), VII, 217, 288.

Byron, VI, 339.

Byron (Lord), III, 163.

C

Caboche, I, 214.

Cadet-Cassicourt, V, 316.

Cadot, VII, 39.

Cahu, I, 15.

Çakia Mouni, II, 134.

Caillé, III, 35.

Caillot (Marie), II, 145.

Calamatta (Mme), II, 144.

Callias, VIII, 153, 154.

Callias (Mme), VII, 113 ; VIII, 94.

Callias (Les), IX, 370.

Callou, IX, 129.

Calvet-Rognat, II, 104.

Camargo, IX, 124, 126.

Camerom (Felice), IX, 318.

Camille (Mme), II, 149.

Camus (Le docteur), V, 301, 302.

Camundo, V, 212.

Canning, II, 110.

Canova, II, 130.

Canrobert (Le maréchal), V, 183 ; VII, 90, 91.

Canrobert, VIII, 121.

Cape, IX, 277.

Capoul, IV, 9.

Carber, IX, 201.

Carcano, VIII, 98.

Carlyle, VIII, 182, 260.

Carnajon, VII, 182.

Caruot, VII, 224, 328 ; VIII, 7, 22, 50 ; IX, 838.

Caron (L’abbé), V, 334.

Caro, V, 39 ; VI, 143.

Carpeaux, V, 42 ; VIII, 105 ; IX, 227.

Carpeaux, II, 255, 283, 287, 298, 299 ; V, 42.

Carraby, avocat à la cour, IX, 330.

Carré (Albert), IX, 323, 327.

Carrier, VII, 280.

Carrier (Le miniaturiste), II, 179.

Carrière, VIII, 99, 159, 160, 190, 202, 212, 231, 236 ; IX, 44, 45, 46, 47, 48, 53, 54, 106, 107, 128, 180, 187, 262, 264, 268, 286, 287, 288, 289, 297.

Carrier-Belleuse, III, 135.

Caruchet, IX, 325.

Casanova, II, 51.

Cassagnac (Paul de), V, 327.

Castagnary, IX, 370.

Castelar, V, 268.

Cavelier, IX, 233.

Cavour, V, 297.

Cayla (Mme du), III, 71.

Caze (La), I, 383.

Caze (Robert), VII, 85, 106, 107, 110, 112, 113, 114, 115, 129, 275.

Caze (Mme Robert), VII, 114, 118.

Céard (Henri), VII, 14, 38, 48, 59, 60, 79, 80, 85, 141, 145, 150, 160, 161, 169, 251 ; VIII, 186 ; IX, 146, 148, 322.

Cécile (Sainte), IX, 235.

Cellini, V, 173.

Cerceau (Le Père), I, 383.

Cernuschi, V, 92, 211, 260, 261 ; VIII, 63, 64.

Cerny (Mlle), VII, 148, 149, 178, 181 ; IX, 78.

César (Auguste), III, 119.

César (Jules), IX, 225.

Cesarin, IX, 78.

Cézanne, VIII, 70.

Charbot (Le duc de), VII, 211.

Chabouillet I, 68, 81 ; V, 256.

Chabrier, VIII, 215.

Chaix d’Est-Ange, II, 119.

Chalier, I, 295.

Cham, VII, 259 ; IX, 224.

Chambe, I, 154.

Chambord (Le comte de), II, 219.

Chamfort, II, 63, 250 ; III, 83 ; VIII, 238 ; IX, 49.

Champagny, III, 270.

Champcenetz (Mme), VIII, 234.

Champfleury, V, 28 ; VI, 316 ; VII, 241.

Chanzy, IV, 200, 232 ; VI, 201.

Chapier, VIII, 84.

Chappey, IX, 91.

Chapu, VII, 161 ; VIII, 184, 185.

Charcot, VIII, 53, 109, 150.

Chardin, IX, 193, 284, 285.

Chardin, I, 243, 342, 383 ; II, 152, III, 67 ; VI, 297, VIII, 147.

Charles IX, IX, 108.

Charles X, IV, 226.

Charles Edmond, I, 240, 245, 276, 303 ; II, 7, 95, 247 ; III, 174, 291, 338 ; IV, 11, 50, 86, 142, 185, 263, 264, 275 ; V, 190, 192, 217 ; VI, 241 ; VII, 154.

Charles-Edmond (Mme), IV, 142, 263 ; VII, 267.

Charles (Mme), V, 337 ; VI, 311.

Charles de Lorraine et de Bar (Le duc), VII, 301.

Charlemagne (Le général), VIII, 172

Charlemont, VIII, 8, 98.

Charlotte (Miss), I, 250.

Charpentier (Alexandre), IX, 232, 258.

Charpentier (Armand), IX, 341.

Charpentier, graveur du xviiie siècle, IX, 276.

Charpentier, II, 223 ; V, 318, 320, 321, 340 ; VI, 23, 42, 76, 109, 123, 135, 141, 150, 153, 177, 196, 209, 255, 308 ; VII, 79, 85, 292, 294, 308.

Charpentier (Georges), IX, 131.

Charpentier (Georgette), VII, 301.

Charpentier (Jane), IX, 185.

Charpentier (Les), VII, 5, 36, 38, 79, 80, 105, 169, 178, 252, 302 ; VIII, 63, 65, 215, 256 ; IX, 9, 14, 57, 185, 201, 224, 308, 324.

Charpentier (Mme), V, 309, 340 ; VI. 7, 12, 27, 141, 150, 153, 196, 209, 249 ; VII, 86, 94.

Charpentier mère (Mme), VI, 249.

Charpentier (Paul), IX, 352.

Charrier (Mme), I, 146.

Chartres (Le duc de), VIII, 120.

Charvet, VI, 237.

Chassagnon, III, 277.

Chassériau, II, 15 ; VII, 109.

Chasles (Philarète), V, 342.

Chateaubriand, II, 189 ; III, 9, 71, 72, 104, 198, 273, 332, 358 ; IV, 168 ; V, 263 ; VI, 91, 116 ; VII, 143, 158, 282 ; VIII, 284 ; IX, 117, 137, 169.

Chateauroux (Duchesse de), I, 292.

Chatrian, IV, 216.

Chauchard (Le général), V, 148. 161.

Chaudellier, I, 347, 348.

Chaudon, IX, 253.

Chauton, III, 236.

Chavannes (Puvis de), IX, 319.

Chéret, VIII, 8, 144, 145.

Chéret (Jules), VII, 242 ; IX, 288.

Chéret (Joseph), IX, 290.

Chénier (André), VIII, 200.

Chelles, VI, 128, 133 ; VII, 15, 23.

Chenu, IV, 282.

Chenavard, III, 120, 121 ; IV, 53, V, 83 ; VIII, 162.

Chennevières, IV, 18, 90, 111.

Chennevières (Mme), V, 113.

Cherbuliez, V, 326.

Chesneau, II, 82, 285 ; III, 294.

Cheuvreux-Aubertot, III, 145.

Cheuvreux (Mme), II, 81.

Chevet, IV, 96 ; V, 216.

Chevalier (Philippe), IV, 197.

Chevalier, IV, 255.

Chevreul, VII, 33.

Cheylus, VII, 224.

Child (Théodore), VI, 159.

Choiseul, II, 81.

Chollet, II, 158.

Chopin, I, 146 ; VIII, 90.

Chrysippe d’Alabanda, VIII, 267.

Cialdini, VI, 12.

Ciceri (Eugène), V, 22.

Cicéron, IX, 35.

Cimabrie, I, 262.

Circourt (Mme de), II, 147.

Civry, VII, 280.

Cladel, VI, 280 ; IX, 57, 127.

Clairin, IX, 166.

Clairville, I, 4 ; II, 141.

Claye (L’imprimeur), V, 184, 223.

Claretie (Jules), VII, 303 ; VIII, 37 ; IX, 198, 312.

Claretie (Mme), VI, 333.

Claude Bernard, II, 244 ; VI, 15.

Claudin, I, 296, 330, 331, 333, 392 ; II, 51, 52, 97 ; V ; 293.

Clemenceau (Georges), IX, 262, 263, 312, 321, 324.

Clemenceau, VI, 241 ; VII, 246.

Clément, marchand d’estampes, V, 213.

Clément de Ris, IV, 113.

Clément-Thomas, IV, 230.

Clérambaud (Mme), IX, 155, 156.

Clermont-Tonnerre, I, 266.

Clésinger, II, 191.

Clodion, I, 150, 243 ; III, 135, 226 ; VII, 131 ; IX, 290.

Clotilde de Surville, VIII, 44.

Clucard, I, 67.

Cobourg, IV, 43.

Cochin, I, 173.

Cognard, II, 141.

Cogniard, VIII, 103.

Colbert, IX, 208.

Colardez, I, 203, 323, 327 ; VI, 24.

Colet (Mme de), II, 7.

Colet (Mme Louise), I, 303 ; IV, 56.

Colonel (Cristophe), III, 84.

Colonna (La princesse), II, 150.

Colombey, VII, 273, 305, 306 ; IX, 89, 318.

Collin (Raphaël), IX, 286.

Copia, VII, 51.

Condé (Les), II, 59.

Comantre (Baronne de), IX, 285.

Comte (Auguste), VI, 90, 91.

Chomel, IX, 258.

Commanville (Mme), VI, 113 ; VII, 35, 184 ; IX, 142, 275.

Condorcet, II, 212.

Confucius, II, 134.

Conquet, VIII, 218.

Constable, VIII, 120, 124.

Constantin (Le grand-duc), VI, 167.

Constantin (Le prince), I, 215.

Constans, VIII, 215 ; IX, 29.

Conti (Les), II, 59.

Coppée (François), VII, 169 ; VIII, 6, 256, 257 ; IX, 4, 5, 55, 56, 175, 199, 286, 312, 315, 374.

Coppée (Mlle), IX, 56.

Coquelin (l’aîné), V, 310 ; VI, 150, 193, 302.

Coquelin, III, 197.

Coquereau (L’abbé), II, 283 ; V, 155.

Corcelet, IV, 152.

Corday (Charlotte), IX, 141.

Cordier, VII, 156.

Corneille, I, 31 ; V, 184 ; VI, 114, 158 ; VIII, 238.

Corneille (Thomas), I, 306.

Cornu (Mme), I, 209.

Corot, I, 102 ; III, 154 ; VII, 156 ; VIII, 162, 163, 289 ; IX, 35, 36, 49, 60, 258.

Corrège, I, 262 ; VIII, 64.

Cottin (Mme), VIII, 31.

Couchaud, IV, 338.

Courbet, II, 204.

Courboin, IX, 287.

Courmont (Alphonse de), V, 7 ; VII, 238.

Courmont (Mme de), VI, 343.

Courmont (M. et Mme de), III, 321.

Courmont (Mlle de), I, 163.

Courmont (Armand de), VII, 66, 294.

Courmont (Cornélie de), II, 3, 143 ; IV, 73.

Courmont (Nephtalie de), IX, 21, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72.

Courmont (Raoul de), VII, 294.

Courmont (M. Jules de), I, 39 ; II, 210, 229 ; VII, 294.

Courmont (Philippe de), I, 96 ; IV, 332, 333.

Courasse, IV, 262.

Courbet, III, 164 ; IV, 267 ; VI, 19 ; VIII, 64 ; IX, 13.

Courcel, VII, 175.

Courteline, IX, 190.

Courtois (Adèle), I, 190, 192, 331.

Cousin, II, 110, 150 ; IV, 167 ; VIII, 170.

Cousin (Victor), III, 176 ; V, 241, 242.

Cousinot (Mlle), IV, 351.

Couston, II, 29.

Couture, VII, 69 ; IX, 17, 60.

Coypel, VII, 221.

Coysevox, VII, 188.

Cranach, II, 29 ; IX, 44.

Cratinus, V, 24.

Crayer, V, 83.

Crébillon père, IX, 186.

Crébillon fils, III, 216.

Crémieux (Hector), II, 101 ; V, 257, 258.

Crémieux, I, 299 ; IV, 122, 214, 215 ; VIII, 143.

Créqui (Le duc de), IX, 207.

Crespin, VII, 244.

Croizette (Mlle), VI, 149.

Cros, V, 70.

Cros (Les), VI, 178.

Crosnier (Mme), VII, 273, 309, 314 ; VIII, 222, 223.

Crozat, I, 294 ; VIII, 119.

Cubières (De), II, 85.

Curel (François de), IX, 318.

Curmer, I, 67.

Curtius, VII, 49.

Cuvillier-Fleury, I, 389.

Cuvier, VIII, 97.

D

Dalloz, III, 60, 258 ; V, 239, 240, 243.

Dalou, VII, 123.

Daly César, VI, 88.

Damas-Huiard, I, 231.

Dampierre, IV, 151.

Dardoise (Mme), VIII, 76, 165.

Darius, VIII, 212.

Darras, IX, 218.

Darthonay, I, 97.

Daru, II, 80.

Darwin, VI, 116.

Darzens, IX, 323.

Daubigny, VII, 156 ; V ; VIII, 20 ; IX, 49.

Daudet (Les), VII, 5, 6, 7, 19, 20, 21, 36, 38, 53, 55, 56, 83, 146, 151, 152, 176, 195, 196, 253, 254, 258, 262, 302, 313 ; VIII, 5, 7, 21, 180, 186, 209, 221, 256, 288 ; IX, 3, 4, 11, 82, 169, 175, 185, 201, 224, 230, 264, 266, 331, 333, 353, 354, 370, 371, 372.

Daudet (Alphonse), V, 76, 109, 110, 118, 123, 126, 146, 196, 197, 201, 251, 254, 255, 256, 259, 277, 318, 341, 342, 345 ; VI, 4, 9, 10, 23, 24, 27, 57, 78, 101, 102, 103, 109, 110, 115, 128, 140, 150, 153, 165, 166, 177, 181, 184, 185, 193, 196, 204, 209, 220, 224, 228, 230, 235, 246, 256, 257, 260, 261, 267, 268, 269, 270, 277, 279, 280, 282, 285, 290, 292, 293, 299, 301, 303, 305, 309, 317, 318, 320, 335, 341 ; VII, 9, 25, 29, 32, 33, 34, 35, 39, 43, 44, 47, 52, 56, 57, 58, 59, 60, 63, 65, 69, 71, 73, 74, 76, 78, 79, 80, 81, 85, 87, 92, 93, 94, 95, 96, 113, 116, 117, 118, 126, 127, 128, 132, 133, 134, 135, 143, 177, 178, 179, 185, 189, 192, 202, 203, 204, 205, 207, 212, 213, 214, 218, 223, 226, 234, 237, 261, 262, 269, 270, 271, 272, 273, 281, 282, 284, 285, 286, 292, 293, 295, 297, 298, 299, 300, 309, 314, 316, 324, 328 ; VIII, 15, 22, 23, 30, 39, 41, 47, 59, 60, 72, 74, 77, 78, 90, 93, 97, 101, 102, 123, 126, 127, 129, 149, 164, 165, 184, 188, 189, 197, 198, 199, 201, 208, 212, 215, 225, 227, 228, 229, 235, 238, 240, 241, 242, 259, 260, 261, 275, 276, 277, 278, 280, 284, 289, 290 ; IX, 5, 8, 9, 13, 55, 57, 59, 61, 80, 97, 100, 104, 110, 111, 112, 117, 121, 123, 127, 143, 144, 146, 148, 149, 154, 172, 180, 181, 193, 200, 217, 219, 224, 225, 228, 242, 265, 268, 275, 286, 292, 306, 308, 309, 312, 314, 315, 317, 322, 324, 327, 341, 351, 356, 370.

Daudet (Mme Alphonse), V, 124, 126, 127, 173, 176, 251, 254, 318, 341, 345, 346 ; VI, 23, 24, 27, 57, 80, 132, 140, 150, 165, 175, 177, 181, 196, 204, 209, 261, 267, 270, 277, 279, 282, 285, 335, 338 ; VII, 11, 36, 37, 38, 53, 57, 67, 86, 134, 135, 143, 145, 150, 153, 166, 180, 188, 189, 201, 270, 281, 283, 302, 314 ; VIII, 21, 24, 25, 27, 41, 279 ; IX, 9, 82, 87, 145, 185, 209, 352, 354, 355.

Daudet (Edmée), VII, 134, 135, 205 ; VIII, 163 ; IX, 155, 185.

Daudet (Ernest), VII. 91 ; VIII, 210.

Daudet (Léon). VI, 227, 262, 337 ; VII, 4, 226, 286, 303, 314, 327 ; VIII, 41, 53, 96, 148, 161, 166, 209, 241, 248, 257, 262, 286 ; IX, 28, 42, 144, 149, 150, 170, 171, 179, 202, 224, 225, 260, 299, 315, 323, 326, 349.

Daudet (Lucien), VI, 208, 339 ; VII, 33, 52, 196, IX, 315, 323.

Dauloux, VIII, 119.

Daumier, I, 55, 158 ; II, 252 ; III, 194 ; VI, 20 ; VII, 260 ; IX, 156, 257.

Danremont, II, 60.

Dante, II, 183, 200 ; IV, 341.

Danton, VIII, 156.

David, VIII, 71.

David (Louis), VII, 48.

Dayot (les) VIII, 63, 65.

Debraux, III, 110.

Debry, VII, 23.

Deburau, III, 210.

Decaisne, IX, 137.

Decamps, I, 235, 383 ; II, 191.

Decan, IX, 35, 36.

Decazes (Le duc), V, 190, 206, 297 ; VI, 280.

Decker (Le céramiste), V, 153.

Deffant (Mme du), II, 164 ; V. 343.

Degas, V, III, 112 ; VI, 22, 75, 197 ; IX, 201.

Deflorenne, IX, 42.

Delaage, I, 32.

Delaborde (Jules), I, 38.

Delacroix, VI, 270.

Delacroix (Eugène), II, 15, 64, 141, 181 ; V, 88, 126 ; VII, 24, 25, 123, 156 ; VIII, 71, 147 ; IX, 17, 137, 143, 270, 375.

Delair, VII, 193, 278.

Delaroche, VII, 25 ; IX, 137.

Delaroche (Paul), I, 197.

Delaroque (Le libraire), IX, 199.

Delavigne (Casimir), I, 309 : III, 8l.

Delâtre, VIII, 20.

Delaunay, II, 266, 291, 292, 299, 301, 304, 312, 313, 317, 321 ; III, 197 ; V, 150 ; VII, 43 ; VIII, 31.

Delécluse, I, 133, 134, 157.

Delessart, VI, 134.

Delescluze, VIII, 277.

Delessart (Les), VIII, 24.

Delezy, IX, 83.

Delezy (Mme), IX, 83.

Delisle, III, 145.

Delpit (Albert), VI, 261, 262 ; VII, 63, 64, 220.

Delzant (Alidor), VIII, 156 ; IX, 114, 115, 124, 173.

Demarne, II, 59.

Demarquay, V, 107, 108.

Demarsay (Mme), IX, 227.

Dembinski, I, 235.

Demetria, VIII, 269.

Demoget, IX, 250.

Denam (Mlle), IX, 124.

Demidoff, VI, 201.

Demidoff (Le prince), III, 74, 76.

Dennery, I, 298 ; II, 13, 101, 141 ; III, 231.

Denis (hipparque des hommes), VIII, 268.

Denon, VII, 156 ; IX, 375.

Dentu père, IX, 375.

Dentu, I, 159 ; VI, 305.

Denys d’Halicarnasse, I, 251.

Derenbourg, VII, 318 ; VIII, 26.

Déroulède, V, 184 ; IX, 318.

Desbarolles, II, 174, 175.

Desbordes (Valmore Mme), IX, 98, 198, 336.

Desboutin (V.), 177, 178, 179, 180.

Descartes, VIII, 284.

Descaves, IX, 123, 176, 297, 343, 371.

Descaves (Lucien), VII, 206 ; VIII, 107, 140, 142.

Desgranges (Mme), II, 21.

Deshayes, I, 24, 105 ; VII, 222.

Deslandes, VI, 279.

Deslions (Anna), I, 176, 190, 191, 192 ; II, 19, 20, 21, 36, 250 ; III, 33.

Desmaze, V, 54.

Desoye (Mme), V, 198, 199.

Després, VII, 182.

Desprez, 10, 89.

Destailleurs, V, 281.

Detaille, VIII, 138 ; IX, 14.

Deulinger, V, 63.

Devéria, I, 234 ; II, 15, 167 ; III, 167.

Deveria (Achille), IX, 375.

Devonshire (Le duc de), V, 21.

Devosge, I, 15.

Dharma, IX, 30.

Diaz, IV, 294 ; V, 310, 311 ; VI, 119 ; IX, 17, 60.

Dickens, II, 97 ; IX, 300.

Diderot, I, 234, 292 ; III, 44, 220 ; VI, 19, 67 ; VII, 108, 282 ; VIII, 108 ; IX, 42.

Didier (Rosa), II, 317, 320.

Didot (Firmin), VII, 145.

Didot (Les), IX, 277.

Dieudonné, VI, 277, 278, 279.

Dieulafoy, VI, 198, 235.

Dieulafoy (Le Dr), VIII, 35, 56.

Dieux (Mme), VII, 19.

Diez (Les), IX, 161.

Dinah, I, 298 ; VI, 226, 325.

Dinah (Félix), II, 300 ; VI, 180.

Dino (La duchesse), VIII, 158.

Dinochau, I, 126, 127 ; VII, 256.

Dinochau (fils), VII, 256, 257.

Dinochau (Mme), VII, 256, 257.

Divine, IV, 367.

Doche (Mme), I, 149, 303.

Dodoche, II, 79, 87.

Doistan, IX, 83.

Doré, I, 339, 356 ; II, 100 ; V, 339 ; IX, 115.

Doré (Gustave), III, 61 ; VI, 108, 189, 243.

Dorian (Dora), IX, 181, 303, 326.

Dorval (Mme), II, 85 ; III, 72.

Dosne (Mme), V, 237.

Dostoïveski, VII, 216, 279 ; VIII, 174, 259.

Double, I, 178.

Doucet, VII, 178.

Doucet (Camille), II, 304 ; VI, 78, 100 ; IX, 223.

Doucet (Le couturier), IX, 63.

Doucet (Lucien), IX, 103, 289.

Doumerc, V, 289.

Dreyfus, IX, 297.

Drouet (Mme), V, 266, 267.

Drouyn de Lhuys, II, 148.

Du Barry (Mme), VI, 123, 124 ; VII, 234.

Dubois, V, 220.

Dubois (De l’Estang), V, 146.

Dubois (L’accoucheur), II, 227.

Dubreuilh, VIII, 283.

Dubuisson (La), VI, 163.

Du Camp, III, 131, 132.

Du Camp (Maxime), IX, 200.

Duchesse de Russie (La Grande), III, 52.

Duclay (Me Virginie), I, 299.

Ducrot, IV, 149.

Duez, IX, 203.

Dufaure, IV, 283, 346 ; V, 162, 295, 296.

Dufour (Mme), II, 218.

Duflos, IX, 89, 90, 91, 93.

Dulac (Le Père), VIII, 77.

Dumaine, V, 90.

Dumas (Adolphe), IX, 291, 293.

Dumas fils, I, 113 ; II, 144, 326 ; III, 69, 108, 207, 208, 295 ; IV, 316 ; V, 69, 75, 108, 183, 181, 185, 186, 249, 259 ; VI, 240, 329, 330 ; VII, 173, 320 ; VIII, 152 ; IX, 60, 165, 373, 374.

Dumas (Jeannine), V, 184.

Dumas (L’industriel), IV, 190.

Dumas (père), II, 101, 246 ; III, 23 ; IV, 155, 156 ; V, 243 ; VI, 276 ; VIII, 230, 231 ; IX, 60, 375.

Dumeney, VII, 34, 150, 273, 287, 304, 305, 315, 316 ; VIII, 222.

Dumeny, IX, 119, 281.

Dumersan, VI, 61.

Du Mesnil, IV, 24, 27, 158, 204, 206 ; VI, 240.

Dumineray, I, 19.

Drumont, VI, 241.

Dumont (Édouard), VII, 35, 36, 48, 101, 121, 126, 127, 128, 129, 184, 212, 214, 282, 283, 299 ; VIII, 75, 76, 77, 78, 148, 154 ; IX, 316.

Dumoulin (Le peintre), VIII, 108.

Dumanoir, I, 4.

Dunant, II, 121.

Dupanloup, V, 230.

Duperré, VIII, 188.

Dupin, I, 245.

Duplessis (Georges), IV, 202.

Dupont (Henriquel), IX, 375.

Dupont de l’Eure, VI, 208.

Dupray, VI, 70.

Dupré (Jules), III, 57 ; IX, 49.

Dupré (Victor), VIII, 162, 163.

Dupuis, VII, 153.

Dupuis (Charles), VII, 18.

Dupuytren, VII, 182.

Duran (Carolus), VI, 75, 196.

Durand, VIII, 103.

Durand-Ruel, VI, 190 ; IX, 328.

Durand (Jacques), IV, 294.

Duret, IX, 220.

Duret (Théodore), VIII, 190.

Duruy, II, 126 ; III, 228.

Duruy (Albert), VII, 126, 127.

Dusantoy, II, 23.

Duse (La), IX, 264.

Dussieux, I, 131.

Duthé, I, 156.

Dutillard, I, 84.

Dutillard (Mme), I, 84.

Duval, VII, 171.

Duval (Amaury), II, 274.

Duval (Raoul), VI, 319.

Duvert, I, 149.

E

Ebner, VI, 260, 261 ; IX, 117.

Eckermann, IX, 59.

Edmond, I, 151.

Édouard, I, 285.

Édouard (VI), IV, 212.

Edwards, I, 184.

Eggis, I, 32.

Eisen, VI, 336.

Eisen père, IX, 310.

Elisa, I, 231.

Elisabeth (Sainte), II, 108.

Enault (Louis), I, 32.

Ennery (D’), VII, 106, 321 ; VIII, 19.

Émile, VII, 20, 318.

Ephrussi, VII, 238.

Ephrussi (Charles), VII, 43.

Erckman, VI, 216 ; VII, 297 ; IX, 130.

Erdan, V, 207, 208.

Eschyle, IX, 170.

Esperanza, VI, 245.

Espinasse, V, 5, 6.

Espinosa, I, 116.

Esther, IV, 235.

Eudes (Le général), IX, 202.

Eugénie (L’impératrice), II, 295 ; IV, 13, 14, 336, 338, 357 ; V, 15, 38.

Evans, VIII, 167.

Evergete (II), VIII, 268.

Eyraud, IX, 148.

Ezéchiel, IV, 268.

F

Falloux, II, 65.

Farcy (La) II, 9.

Fasquelle. VII, 261 ; IX, 307, 308, 352.

Fattet, IV, 356.

Faustin (M.), IX, 130, 131.

Faustin, V, 29.

Favart (Mme), VII, 23, 29.

Favre (Jules), IV, 203, 221 ; V, 5. 59, 67.

Febvre, VII, 303.

Félix (Le Père), IX, 292.

Félix (Mme), I, 298.

Fenayrou, VI, 210.

Fénelon, VIII, 284.

Fénéon, IX, 226.

Fenimore Cooper, VIII, 81.

Ferogio, II, 15.

Ferraris (Mlle), II, 92.

Ferri-Pisani, IV, 48 ; V, 218, 219.

Ferry (Gabriel), VII. 199.

Ferry (Jules), IV, 86, 187 ; V, 5 ; VII, 224.

Fervacques, V, 285, 286.

Feuillet (Octave), I, 314, 331 ; II, 150 ; III, 99 ; V, 62, 325 ; VI, 11 ; VIII, 64, 233.

Feuillet de Conches, I, 133, 14l.

Féval (Paul), II, 168,

Feydeau, I, 164, 177, 178 ; II, 187 ; V, 93.

Feydeau (Mme), I, 312 ; III, 159, 293.

Feydeau (Ernest), III, 158, 159, 292, 296, 315.

Fichel, VII, 146.

Fichet, VII, 244.

Fieschi, I, 84.

Finot (Jean), IX, 327, 354.

Fiocre (La danseuse), IX ; 227.

Fioupon, I, 124.

Fiorentino, I, 210, 297.

Firon, III, 283, 284, 285, 286, 287.

Fitz-James (le comte de), III, 302.

Flammarion, I, 321.

Flammarion (Camille), IX, 154, 155, 359.

Flaubert, I, 164, 168, 177, 178, 259, 260, 275, 303, 304, 305, 306, 308, 309, 313, 314, 320, 321, 330, 332, 334, 349, 358, 366, 367, 372, 373, 391, 392 ; II, 7, 8, 14, 16, 23, 24, 31, 80, 82, 84, 85, 86, 90, 91, 94, 96, 105, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 166, 167, 177, 250, 267, 269, 271, 285, 293, 325 ; III, 6, 13, 2l, 30, 32, 50, 51, 52, 81, 82, 105, 156, 224, 226, 247, 248, 255, 261, 272, 293, 301 ; IV, 16, 167, 333, 352, 354 ; V, 10, 16, 23, 25, 29, 48, 49, 50, 74, 76, 79, 99, 100, 101, 107, 108, 109, 116, 117, 118, 146, 150, 163, 173, 186, 188, 189, 197, 200, 202, 203, 251, 259, 265, 267, 275, 277, 278, 287, 288, 312, 314, 316, 329 ; VI, 4, 8, 10, 11, 23, 33, 35, 36, 62, 74, 76, 78, 85, 109, 110, 113, 114, 141, 289, 301, 345 ; VII, 10, 11, 34, 35, 133, 139, 140, 158, 161, 166, 167, 168, 175, 216, 234, 245, 322 ; VIII, 39, 46, 47, 53, 180, 181, 182, 183, 184, 185, 186, 259, 274 ; IX, 14, 57, 225, 276, 303.

Flaubert (Le chirurgien), 315.

Fléchelle, III, 133.

Fleuret, VI, 205.

Fleury (Le Dr), I, 213 ; VII, 133.

Fleury (Le général), II, 114 ; III, 223 ; IX, 43.

Fleury (Maurice de), VII, 202, 241.

Fleury (Marie Coup de Sabre), IX, 90.

Fleury (Mlle), VIII, 192.

Floquet, VI, 241 ; VII, 105, 154 ; VIII, 215.

Flore, IX, 71.

Floreska, I, 82.

Florian, II, 70.

Flourens, III, 58 ; IV, 105.

Fly (Mme de), II, 71, 285.

Foé (Daniel de), IX, 198.

Foissey, I, 205.

Follin (Le Dr), I, 349.

Fontanes (De), VI, 6.

Fontenelle, III, 175.

Forain, IV, 149, 178, 190, 197, 230 ; VIII, 144 ; IX, 6, 7, 40, 41, 233, 287, 308.

Forain (Les), IX, 40, 138.

Forain (Mme), IX, 10.

Forbin-Janson, II, 81.

Forgues, I, 32.

Forgues (Émile), III, 89.

Fortuny, V, 202.

Fossé d’Arcosse, I, 131, 132.

Fould, I, 277.

Fouquet, III, 28.

Fourcand, VI, 299, 300.

Fournier (Édouard), II, 68, 174.

Fournier (Marc), I, 299 ; II, 9, 91, 92, 93, 116, 117, 251.

Foyot, VII, 179.

Fragonard, I, 157, 273, 292 ; II, 152, 212, 244, 254 ; VIII, 272 ; IX, 274, 278, 279.

Fragonard (Honoré), VII, 244.

Français, I, 356 : IX, 36, 37.

France, II, 5, 317.

France (Anatole), VII, 170 ; IX, 352, 353.

France (Le libraire), III, 100.

Franklin, III, 143.

Frantz (Jourdain), VII, 38, 237, 305 ; VIII, 59 ; IX, 38, 185, 201, 218, 248, 263, 268, 288, 309, 313, 316, 317, 324.

Frantz Jourdain (Les), IX, 298.

Franchetti, IV, 199.

Franck, II, 330 ; VI, 255.

Franck (de l’Institut), III, 312.

Franconi (Mme), II, 142.

Fraudin, VI, 94.

Fraville (M. de), VIII, 88.

Fredegaire, IX, 116.

Frédéric (Le Grand), III, 302.

Frémont (Le Dr), IX, 128.

Fremiet, II, 250 ; VI, 84.

Fréron, III, 57.

Freudeberg, I, 239 ; II, 129.

Freycinet (De), V, 273, 274 ; VI, 277 ; VII, 175 ; VIII, 75.

Frœhner, III, 67.

Fromentin, II, 110, 275 : IV, 65 ; V, 191, 192, 193, 243, 253, 256, 287, 292, 300 ; VI, 184, 318, 340.

Frontin, IV, 121 ; V, 43.

Frontin (Le limonadier), V, 84.

Fuller (Loïe), IX, 172, 247.

Furetière, IX, 101.

G

Gaboriau, VI, 184.

Gabrielle d’Estrées, VIII, 198.

Gabrielle (La princesse), III, 94.

Gabrielli (Le prince), III, 162.

Gagneur, IV, 68.

Gaiffe, I, 32, 65, 66, 163 ; II, 21, 161, 162.

Gainsborough, IX, 52.

Gakuter, VIII, 216, 217.

Galbois (La baronne de), V, 149, 181, 182 ; VI, 55 ; IX, 39.

Gallaud, V, 112.

Gallé (de Nancy), IX, 318.

Galles (Le prince de), VI, 122 ; VII, 257 ; IX, 305.

Galetti, I, 24 ; VII, 256.

Galiani, I, 295 ; II, 205.

Galichon, III, 265.

Galliera (Duchesse de), III, 270.

Galiffet, I, 299.

Gallimard (Paul), VII, 305.

Gallimard, VIII, 59, 61, 62, 100, 159, 190, 218 ; IX, 53, 288.

Gamache, IV, 93.

Gamahut, VIII, 198.

Gambetta, IV, 27, 86, 151, 235 ; V, 93, 94, 236, 237, 238, 309, 310, 333, 334, 342 ; VI, 7, 8, 41, 58, 124, 159, 166, 175, 188, 189, 193, 194, 208, 235, 238, 240, 247, 280, 281 ; VII, 32, 42, 136, 204 ; VIII, 71, 91 ; IX, 29.

Gamboun, VIII, 208.

Ganneau (Mme), II, 267.

Garibaldi, II, 53 ; IV, 151 ; V, 108.

Garnier, VI, 277.

Gaspard de Pons, II, 147.

Gatayes, I, 32.

Gauchez, VI, 182.

Gandara (M. de la), IX, 192, 219, 264, 288.

Gandara (Mme de la), IX, 192.

Ganderax, VII, 63, 64, 65, 180.

Ganderax (Mme), IX, 105.

Ganderax (Louis), IX, 13.

Gauhou, IX, 170.

Gautier (Théophile), I, 164, 168, 170, 171, 177, 181, 184, 330, 331, 332, 333, 334, 363 ; II, 9, 11, 12, 13, 15, 21, 24, 50, 51, 52, 53, 54, 111, 113, 114, 120, 121, 123, 124, 125, 130, 131, 133, 134, 135, 141, 144, 146, 148, 149, 150, 160, 165, 184, 190, 191, 192, 196, 210, 266, 267 ; III, 9, 43, 44, 55, 56, 99, 128, 133, 167, 192, 200, 205, 219, 220, 221, 226, 240, 243, 244, 248, 261, 274, 294, 295, 361 ; IV, 7, 14, 95, 96, 97, 106, 111, 154, 156, 217, 218, 219, 345, 353 ; V, 12, 16, 23, 24, 26, 28, 39, 40, 51, 52, 54, 68, 69, 321 ; VI, 33, 217, 281, 318 ; VII, 38, 139 ; VIII, 103 ; IX, 14, 93, 114, 379.

Gautier (Estelle), II, 54 ; III, 55 ; V, 40.

Gautier (Judith), II, 54 ; III, 200, 201 ; V, 12, 32, 100, 101 ; IX, 73.

Gauthier (Mme) fils, 151.

Gauthier (fils), II, 54 ; III, 294 ; V, 97, 115, 288.

Gavarni, I, 16, 19, 21, 22, 25, 28, 47, 67, 71, 72, 82, 83, 84, 124, 127, 128, 138, 147, 157, 158, 179, 195, 196, 235, 259, 261, 268, 270, 282, 310, 311, 325, 347, 348, 387 ; II, 61, 64, 66, 67, 71, 81, 91, 104, 126, 128, 130, 139, 151, 192, 223, 262, 316, 319 ; III, 3, 33, 41, 54, 55, 72, 87, 94, 107, 190, 237, 249, 267, 268, 317, 323, 327, 354, 359 ; IV, 13, 57, 76, 102, 143, 211, 226, 285 ; V, 27, 48, 78, 82, 83, 85, 198, 254 ; VI, 24, 116, 125, 281 ; VII, 24, 38, 92, 259, 260, 304 ; VIII, 119 ; IX, 6, 14, 77, 274, 276, 281, 282, 283.

Gavarni (Jean), I, 195 ; VI, 303 ; VIII, 135.

Gavarni (Pierre), I, 47 ; III, 89, 189, 237 ; IV, 48 ; V, 81, 122, 164, 253 ; VI, 82, 281, 316 ; VII, 162, 260, 263 ; VIII, 68, 248 ; IX, 35, 214, 339.

Gavarret (Mme), VI, 298.

Gavarret, VIII, 156, 157, 158.

Gayda (Joseph), VII, 8, 9.

Gay-Lussac, IX, 26.

Geffroy (Gustave), VII, 38, 59, 60, 61, 62, 176, 203, 207, 228, 233, 305 ; VIII, 38, 59, 61, 100, 142, 166, 202.

Geoffrin (Mme), I, 261.

Geoffroy, VI, 8 ; IX, 44, 128, 172, 248, 249, 262, 264, 268, 287, 298, 306, 312, 313, 343.

Georgel, I, 215.

Georges, VI, 23.

Georges (Mlle), II, 94.

Gerdes, I, 3.

Gerdy, I, 255.

Géricault, I, 326.

Gerlach, I, 343, 344.

Germain, III, 322.

Germiny (De), V, 335.

Gérôme, V, 201 ; VI, 143 ; IX, 227.

Genlis (Mme de), I, 389 ; II, 112.

Gentien, VII, 131.

Gibbon, V, 290.

Gibert, VII, 94, 151 ; VIII, 8, 94 ; IX, 113.

Gibert (Mne), VII, 243, 244.

Gigoux, IX, 375.

Gika (Le md. de perles), III, 78.

Gill (André), VII, 226.

Gille, VI, 116.

Gille (Philippe), VII, 203, 273 ; VIII, 153, 154 ; IX, 135, 318.

Gillet, IV, 92.

Gillot, VI, 63 ; IX, 109.

Gilly (Numa), VIII, 40.

Gil-Peres, I, 331.

Ginette, I, 107, 108.

Girard, VI, 291.

Girardin, I, 83.

Girardin (Émile de), II, 20, 114, 149, 156, 180, 234, 282, 307 ; III, 36, 82, 216, 255, 261 ; IV, 291 ; V, 298 ; VI, 5, 59, 116, 247, 281, 330.

Girardin (Mme), V, 39 ; VI, 167.

Giraud (Charles), III, 94, 168.

Giraud (de l’Institut), II, 252, 260 ; III, 175, 248.

Giraud (Eugène), II, 78, 100, 180, 282, 283, 284, 286, 287, 316, 329 ; III, 94, 168, 222, 225, 286 ; IV, 353 ; V, 108, 109, 115, 147, 148, 149, 155, 165, 166, 280 ; IX, 227.

Giraud (fils), II, 282.

Giraud (Le ménage Eugène), III, 74.

Girennerie (De la), VII, 192.

Gisette, I, 298 ; II, 100.

Gladstone, VI, 281.

Gleyre, I, 372.

Godard, IX, 360.

Goethe, II, 31 ; IV, 355 ; V, 43 ; VII, 297 ; VIII, 199 ; IX, 59, 179.

Gogol, VII, 277.

Goguet, III, 170, 175.

Goncourt (Cécile de), IX, 21, 22, 23, 24.

Goncourt (Charles de), IX, 19, 20, 21.

Goncourt (Edmond de), IX, 288, 300.

Gonetti (Mlle), III, 144.

Got, II, 266, 268, 269, 271, 294, 295, 296, 297, 299, 323, 324, 325 ; III, 197.

Goubaux, I, 113 ; III, 83 ; IV, 251 ; VI, 340 ; IX, 21.

Goubie, IV, 132.

Goudchaux, I, 212, 216.

Gounod, II, 13 ; VIl, 103, 197.

Goupil, IV, 208 ; VI, 263.

Gontaut-Biron (Le duc de), V, 228.

Goujon, II, 29.

Gouzien (Armand), VII, 313.

Goya, I, 352 ; II, 79, 117 ; III, 148, 165 ; VIII, 28, 54.

Grammont (Le maréchal de), IX, 206, 207.

Grammont (La duchesse de), II, 164 ; VIII, 57.

Gramont-Caderousse, II, 30.

Grandville, I, 339.

Granet, I, 227.

Grange, I, 298.

Grant (Daniel), IX, 366.

Grassot, I, 299 ; VI, 116.

Gravelot, II, 192 ; VI, 29.

Greffulhe (La comtesse de), VII, 316 ; VIII, 214, 232, 253, 254 ; IX, 170, 195, 356.

Grégoire de Tours, IX, 116.

Grenier, VI, 41.

Greuze, VIII, 234 ; IX, 65.

Grenet-Dancourt, VIII, 133.

Gréville (Les), VII, 203.

Gréville (Mme), VIII, 135.

Grévy, VI, 100, 223, 258 ; VII, 134, 266, 267.

Grévy (Le président), VIII, 42.

Grivolas, VII, 69.

Gros, VII, 156.

Gros (Le baron), IX, 306.

Gros (Le peintre), IV, 86.

Grosclaude, VIII, 238.

Grosse-Tête, I, 375.

Grou-Grou, IV, 342.

Groult, VIII, 119, 120, 123, 263, 282 ; IX, 151.

Grousset (Pascal), VII, 118, 119.

Gruby, IX, 84, 85.

Gudin (Le peintre), IV, 88.

Guérard (Mme), IX, 167.

Guerchin, II, 244.

Guerlain, IX, 63.

Guérennière (De la), II, 330.

Guérin (Le peintre), IX, 137.

Guérin (Maurice de), I, 374 ; II, 106.

Guéroult, II, 114.

Guesde, VII, 185.

Guesnin, IX, 25.

Guichard, II, 323 ; IV, 304, 306 ; VI, 87 ; IX, 257.

Guiches (Gustave), VII, 206.

Guichardot, V, 213.

Guillaume, VII, 248.

Guillaume (Eugène), IX, 290.

Guillaume II, VIII, 142.

Guillaume (L’empereur), III, 69.

Guillaume (Le roi), IV, 193, 213, 221, 226 ; VII, 175.

Guilbert de Pixérécourt, II, 13.

Guimard (La), VIII, 282 ; IX, 42, 83.

Guimont (Esther), VI, 59.

Guizot, II, 89, 110, 250 ; III, 270 ; V, 43, 242, 177 ; IX, 137.

Guiod, IV, 109.

Gungl, IX, 323.

Guimet, VIII, 251.

Guyard, II, 268, 296.

Guyon (Mme), V, 147, 151.

Guys, I, 235, 236 ; V, 78 ; IX, 156, 334.

Guys (Le dessinateur), IV, 357.

Guyot (Yves), VIII, 204.

Guyot de Lesparre (Le général), VII, 138.

Gyp (Comtesse de Martel), IX, 200, 376.

H

Hachette, II, 97.

Hadamard (Mme), VI, 314.

Haden (Seymour), IX, 274, 276.

Hading (Jeanne), VII, 91, 92, 93.

Hafner, I, 24, 92.

Hahn, IX, 177.

Halévy, V, 258.

Halévy (Fromental), IX, 155.

Halévy (Ludovic), I, 183, 184, 330.

Halévy (Ludovic Mme), IX, 57.

Hamel, VIII, 160.

Hanotaux, VIII, 286 ; IX, 29, 85.

Hamilcar, VIII, 162.

Hardy, VI, 341 ; VII, 212.

Harmand, II, 265.

Harpignies, VI, 14.

Harunobou, IX, 284.

Hase, III, 212 ; IX, 50, 51.

Hauska (Mme), VIII, 49.

Haussmann, III, 163 ; IV, 51.

Haussonville (D’), III, 270.

Haussonville (Le duc), V, 185.

Haussonville (Mme d’), V, 182.

Haussonville (fils D’), V, 190.

Havet, IX, 87, 91.

Haviland, IX, 109.

Havin, II, 114.

Hayashi, VI, 299, 346 ; VII, 27, 130, 197, 263, 264, 265 ; VIII, 78, 79, 216, 229, 230, 287 ; IX, 34, 109, 329, 337, 353, 370.

Hayashi jeune, VIII, 171.

Hébert, III, 91, 162, 163, 171, 172 ; V, 157 ; VI, 4 ; VII, 174, 234.

Hébert (Ernest), II, 15, 180, 282, 284, 287, 288, 289 ; IX, 290.

Hébert (l’auteur du Père-Duchesne), II, 276.

Hébrard, IV, 107, 205, 206 ; V, 282, 292, 317 ; VI, 166, 240, 294 ; VII, 9, 31, 32, 83.

Hédé, IV, 189.

Hegel, II, 214.

Heilbuth, III, 158 ; V, 294 ; VI, 196.

Heine (Henri), I, 91, 123, 262, 333, 364 ; II, 91, 95, 96, 210, 221 ; III, 191, 192, 302 ; V, 214 ; VI, 145, 335 ; VII, 28, 285 ; IX, 84, 85.

Heineman, IX, 205.

Helleu, IX, 177, 188, 194, 195, 203, 301, 303, 304, 318, 328.

Helloco (Le), III.

Henkel (Le comte), IV, 357.

Hennequin (Émile), VII, 119, 275 ; VIII, 64.

Henner, IX, 17.

Hennique, IX, 149, 152, 169, 268, 287, 298.

Hennique (Mme), IX, 9, 117.

Hennique (Léon), VIII, 8, 32, 144, 289.

Henri IV, III, 15 ; VII, 143.

Henri V, IV, 113, 232 ; V, 94, 142.

Henri (Émile), IX, 224.

Herbette, I, 214.

Hercule (Mme), I, 347, 348.

Hérédia (Mlle de), IX, 367.

Hérédia (José-Maria de), VI, 111, 140, 206 ; VII, 48 ; IX, 112, 113, 197, 215, 312, 314, 321.

Herfort père, IX, 332.

Herfort (Le marquis d’), IX, 124, 180.

Hermann (Mlle), II, 254.

Hermant (Abel), VII, 183 ; VIII, 8, 65, 248 ; IX, 287.

Hermite (L’), IX, 203.

Hermon, VIII, 287.

Hérode, VIII, 131.

Hérouville (Le duc d’), V, 167.

Hertz, II, 148.

Hertz (Cornélius), VII, 144 ; IX, 108.

Hertford (Lord), III, 309.

Hervier, II, 11.

Hervieu, VII, 203, 233, 292 ; VIII, 242 ; IX, 287.

Hervilly (d’), IV, 196.

Herzen, II, 247, 248, 249 ; III, 77.

Hesse (La princesse), III, 76.

Hetzel, IV, 271 ; V, 38 ; VII, 115.

Hildebrand, III, 134 ; V, 22.

Hell, VII, 219.

Hirsch, VII, 128.

Hirsch (Le peintre), IV, 198.

Hirschner (Mlle), IX, 340.

Hobbéma, VI, 270 ; IX, 49.

Hoffmann, II, 175 ; III, 302 ; VI, 63 ; VIII, 45.

Hoguet, V, 22.

Hokousaï, VIII, 13, 79, 128, 168, 217 ; IX, 158, 272, 284, 329.

Holbach (Baron d’), II, 209.

Holbein, III, 162.

Holden, VI, 63.

Holinés (Mme), IX, 357.

Holopherne, VI, 87.

Homère, II, 112, 113, 121, 185, 277, 280 ; III, 79, 80 ; IV, 241 ; V, 407, VI, 8.

Honoré, I, 79.

Horace, III, 14.

Hortense (La reine), VIII, 252.

Horus, VIII, 268.

Hostein, III, 24, 230.

Houdetot (D’), IX, 22.

Houdin, VI, 103.

Houdon, III, 166, 268 ; VIII, 106, 254 ; IX, 227.

Houel, IV, 82.

Houssaye (Arsène), I, 7, 330 ; III, 190, 226 ; IV, 175, 357 ; V, 38, 207, 298.

Houssaye (Henry), VII, 139 ; IX, 368.

Hubert, IX, 160.

Hubert-Robert, I, 215 ; II, 274 ; IV, 91.

Huet, VIII, 19, 20.

Hugo, II, 12, 31, 32, 84, 90, 91, 109, 122, 123, 133, 134, 150, 151, 187, 210, 318 ; V, 12, 31, 32, 33, 34, 35, 43, 47, 86, 87, 88, 89, 90, 199, 239, 240, 241, 242, 243, 244, 245, 256, 266, 267, 268, 312 ; VII, 40, 41, 124, 158, 170, 200, 214, 227, 267, 320 ; VIII, 103, 108, 161, 162, 172, 200.

Hugo (Abel), V, 87.

Hugo (Charles), IV, 114, 229 ; VII, 263, 316 ; IX, 174.

Hugo (François), V, 81, 82, 89, 100.

Hugo (Georges), VII, 203, 316 ; VIII, 71, 278 ; IX, 181.

Hugo (Jeanne), V, 86, 88 ; VII, 303 ; VIII, 161, 209, 275 ; IX, 9, 146, 326.

Hugo (Mme Charles), V, 85, 240, 242, 267.

Hugo (Victor), I, 6, 26, 33, 69, 314, 377, 388 ; III, 21, 30, 44, 45, 56, 58, 80, 81, 111, 115, 189, 220, 257, 273, 299 ; IV, 103, 114, 115, 116, 121, 122, 154, 155, 229, 231, 357 ; VI, 59, 67, 91, 199, 201, 222, 223 ; IX, 13, 117, 150, 174, 275, 276, 332.

Houssaye (Édouard), I, 182.

Huot (des Vosges), VII, 26, 27.

Huret, VII, 244.

Huret (Jules), IX, 305.

Huysmans, V, 289 ; VI, 175, 192 ; VII, 5, 38, 40, 88, 114, 115, 289 ; VIII, 60, 104, 197, 198, 212, 219, 236, 254 ; IX, 118, 216, 286.

Hels, IX, 218, 265, 266.

I

Ibsen. VIII, 203, 235 ; IX, 105, 225, 348.

Imecourt (D’), II, 143 ; IX, 305.

Impératrice (L’), I, 231, 232.

Ingel, IX, 193.

Ingres, III, 7 ; VI, 87, 270, 296 ; VII, 24, 156 ; VIII, 212 ; IX, 47.

Invernizzi, VII, 258.

Isabey, V, 22 ; IX, 375.

Isaïe, IV, 236.

Isle (Le capitaine de l’), IX, 161.

Isnard, II, 72.

Ivry (Le baron d’), IX, 124, 125.

J

Jacottet, I, 121, 372.

Jacqmin, VI, 136.

Jacquemart (Le graveur), V, 40.

Jacquemart (Le sculpteur), V, 99.

Jacquemart (Mlle), V, 167.

Jacquemin (Mme), IX, 200.

Jacquemont, III, 276.

Jacques, I, 49, 50, 51 ; VIII, 12.

Jacquet (Le peintre), V, 231.

Jalabert, V, 147.

Janin, I, 3, 17, 25, 26, 41, 80, 90, 174, 249, 298, 299, 309, 311 ; II, 219, 322 ; V, 124 ; IX, 379.

Janinet, I, 273.

Janvier, VI, 58 ; VIII, 187, 192, 201 ; IX, 218.

Jarente de la Reynière (Suzanne), IX, 270.

Jauréguiberry (L’amiral), VII, 136.

Jeanne d’Arc, III, 249 ; IX, 310.

Jeanniot, VII, 51 ; IX, 174, 236, 287.

Jeanniot (Les), IX, 11.

Jenny, I, 107.

Jenkins (Mistress), II, 27.

Jérôme (Le prince), III, 175.

Jésus, VIII, 132.

Jésus-Christ, II, 132, 134 ; III, 17, 143, 274 ; IX, 144, 173, 178, 224, 225, 236, 237, 238.

Job, IV, 235.

Johannot (Tony), I, 101 ; VII, 10 ; IX, 130.

Joinville (Le duc de), V, 107.

Jollivet, V, 50.

Jollivet (Gaston), VII, 232.

Jonckind, IV, 286, 287 ; VI, 207 ; VIII, 289.

Jordaens, V, 268.

Jordans, VI, 19.

Joseph, VI, 287.

Joseph (II), II, 78.

Joséphine (L’impératrice), VIII, 232.

Joubert, I, 392, 393 ; II, 189 ; III, 127 ; IX, 71.

Jouffrov, I, 393 ; VIII, 14.

Jou, VIII, 79.

Jourdain Frantz, VI, 267.

Jourdain (Mme Frantz), VI, 297.

Jourdan (Le maréchal), V, 219.

Jourde, V, 261.

Jouvin, V, 258.

Juarez, II, 234.

Judicis (Les), I, 113.

Judith, IV, 235 ; VI, 87.

Julie, II, 164.

Julie (Mme Charles-Edmond), I, 240, 303.

Julienne (De), VII, 131.

Julienne (Mlle), IX, 282.

Juliette, I, 19, 191, 192.

Jully (Mme de), III, 49.

Justice, III, 269.

K

Kaemphen, VI, 346.

Kallemberg (Le ménage), V, 137.

Kalli Bey, VIII, 64.

Kaminsky (Halperine), VIII, 259.

Kano-Sokén, IX, 270.

Karr (Alphonse), I, 32, 34, 43, 45 ; III, 108.

Kaulbach, I, 311.

Kaunitz (Le comte de), III, 242.

Kant, I, 279 ; III, 275, 276.

Kelly, VII, 160.

Kerst, IX, 91.

Kenteux (Mme), VI, 156.

Kisseleff, III, 75.

Kistemackers, VI, 182.

Knaus, II, 279 ; IV, 69.

Koch (Le docteur), VIII, 186.

Kock (Paul de), I, 206, 207, 222, 331 ; II, 84, 312.

Koning, VIII, 102 ; IX, 5, 7, 61, 78, 84, 86, 88, 89, 91, 92, 97.

Koning (Victor), VII, 56, 57, 93.

Korin, VI, 298 ; IX, 279.

Krupp, IV, 159.

L

Labat, I, 27.

La Beraudière (De), VI, 306.

Laberge, II, 37.

Labiche, II, 204, 326 ; V, 110 ; VI, 55.

Labille, I, 258.

Labille (Léonidas), IX, 77.

La Borde, VI, 14.

Labruyère, II, 16 ; IX, 381.

La Bruyère, I, 366, 393 ; IV, 168 ; VI, 67.

Lachaud, III, 285 ; V, 90, 270, 271, 274 ; VI, 68.

Lacordaire, II, 107.

Lacroix, III, 253.

Lacroix (Jules), IX, 332.

Lacroix (Paul), V, 198.

Lætitia, la mère de l’empereur, V, 115.

Lætitia (Mme), VII, 180.

Lafarge (Mme), VI, 68.

Lafayette (Calemard de), V, 98.

Laffitte, VI, 165.

Lafontaine, II, 300 ; IV, 104 ; VI, 57, 128 ; IX, 31, 32.

Lafontaine (Les), VIII, 129.

Lafontaine (Victoria), VIII, 129.

La Forge (Anatole de), VIII, 11.

Lagier, V, 79.

Lagier (Mlle), I, 307, 368.

Lagier (Suzanne), VII, 246 ; IX, 323.

Lalande, VIII, 97.

Lamartine, I, 133, 245, 390 ; II, 12, 63, 165 ; V, 38, 127, 290 ; VII, 42 ; VIII, 73 ; IX, 59, 137, 291, 314.

Lamballe (Princesse de), VI, 92 ; VII, 244 ; VIII, 24.

Lambert, VII, 43.

Lambert (père), VII, 15.

Lambert (Le peintre), V, 339.

Lambert (fils), VII, 14.

Lambert-Thiboust, VI, 274.

Lambillotte (L’abbé), IV, 5.

Lamennais, III, 217.

Lami (Eugène), II. 107.

Landolt, IX, 351.

Landseer, I, 251.

Lannelongue, VI, 239 ; VII, 182.

Laperlier, I, 242.

Lapierre, VIII, 180.

Laplace, VIII, 97.

Laporte, VII, 167.

Laprade (Victor de), I, 130.

Larchey (Loredan), VII, 162.

Larcy (de), IV, 346.

Largillière, I, 285.

Larochefoucauld (Le duc de), V, 42 ; VI, 211.

La Rochelle, V, 89. 90.

La Rounat, I, 304 ; VI, 205, 347.

Larousse, VII, 222 ; VIII, 10.

Larrey (Le baron), VI, 218 ; VIII, 230 ; IX, 42.

Larroumet, VIII, 160 ; IX, 186, 318, 372.

Lasalle (Le général), VI, 59.

Lasalle (Le colonel), VI, 59.

Lascaris, II, 132.

Lassailly, II, 133.

Latouche (Henri de), V, 198.

La Tour, II, 179 ; III, 67, 72 ; IV, 265, 296, 297 ; IX, 48, 124, 248.

Latour-Dumoulin, I, 37, 40, 48.

Laucière (La), V, 338.

Launai (Mlle de), II, 164.

Laurent, V, 206.

Laurent (Charles), VII, 126.

Lausac (L’abbé de), V, 131.

Lausanne, I, 149.

Lauth fils, IX, 254.

Lavallée (Théophile), I, 132, 133.

La Valette, IV, 269.

Lavedan (Henri), IX, 318.

Laverdet, IV, 300.

Lavisse, VIII, 159.

Lavoisier, VIII, 97.

Lavoix, VI, 244, 266, 267 ; VIII, 170, 176.

Lavoix (Henri), III, 73 ; IX, 50, 51, 80.

Lawreince, I, 239 ; III, 103.

Lawrence, II, 269 ; III, 288.

Layrle (L’amiral), VIII, 121.

Le Barbier, I, 31, 45.

Le Bas, I, 261.

Lebiez, VII, 209.

Leblanc (Léonide), VI, 252, 344 ; VII, 12, 14, 22, 23, 33, 41.

Leboœuf (Le général), VI, 85.

Leboucher, I, 81.

Lebrun, II, 65 ; III, 276 ; VII, 181.

Lecomte (Jules), I, 243, 244 ; II, 69.

Lecomte (Le général), IV, 230.

Lecomte (Georges), IX, 268, 326, 338.

Leconte de Lisle, VI, 5 ; VII, 189 ; IX, 79, 117, 127, 199, 223, 349.

Lecour, III, 43.

Lecouvreur (Adrienne), VI, 306 ; VII, 211.

Lecuir, III, 265.

Lecuyr, VII, 104.

Ledoyen, VI, 196, 257 ; VII, 36.

Ledru, IX, 225.

Ledru Rollin, IV, 105.

Lefebvre (Armand), I, 37, 48 ; II, 59, 205, 231.

Lefebvre (M. et Armand), III, 321.

Lefebvre de Béhaine (Le comte), VI 3, 99, 285 ; VIII, 179, 199.

Lefebvre de Béhaine (La comtesse), VI, 345.

Lefebvre de Béhaine, III, 136, 137, 301, 342, 343.

Lefebvre de Béhaine (Armand), VI, 303.

Lefebvre Desnouettes (Le général), I, 286.

Lefevre (La maréchale), III, 170.

Lefèvre (Georges), IX, 333, 370.

Lefilleul, VI, 175.

Le Flô, IV, 186.

Lefrançais, IV, 295.

Lefuel, III, 218.

Legault (Mlle), VI, 278.

Legonidec, I, 130.

Legouvé, IV, 92.

Legras (Nicolas), IX, 205.

Legros, VI, 229.

Lekain, III, 33.

Leleux (Adolphe), VI, 123.

Lelong (Le Père), III, 11.

Lemaître, IX, 201.

Lemaître (Frédéric), I, 213, 275, 318, 369 ; VI, 76, 197 ; VII, 145 ; VIII, 47, 103, 104.

Lemaître (Jules), VII, 13, 233.

Lemerre, IX, 131.

Lemoine, VII, 102.

Lemonnier (Camille), VII, 5.

Lemoyne, I, 261.

Lemud, IV, 84.

Lenoir (Alfred), VIII, 105, 106, 128, 176, 232, 381.

Lenoir (Alfred), IX, 314.

Lenoir (Le lieutenant de police), IX, 312.

Lenoir (Elisabeth Mlle), I, 163.

Lenormand (Mlle), II, 247.

Léon, I, 91.

Lepeintre jeune, VIII, 103.

Lépine, V, 76.

Leroux (Hugues), VI, 299, IX, 97.

Leroux (Pierre), VI, 91.

Leroux (Mlle), VII, 290.

Leroy, I, 48, 52, 55.

Leroy (Mme), I, 49, 51.

Lescure (De), V, 184 ; IX, 50.

Lespinasse (Mme de), III, 94, 175.

Lesseps, II, 246.

Lessore, IV, 135.

Leuven (De), VI, 330.

Levassor, V, 166.

Levenjoul (De), VIII, 47, 48, 49.

Lévy, VII, 313.

Lévy (Michel), I, 121, 210.

Lia (Félix), I, 299, 300, 307.

Lichtemberg (Csse de), VI, 199.

Liesse (Henri), VI, 72.

Ligne (Le prince de), I, 295.

Lili, VI, 340.

Lionnet (Les frères), I, 252 ; III, 150.

Liouville, V, 292 ; VI, 237, 297.

Liphart, VI, 63.

Lireux, I, 7, 8, 99.

Littré II, 109, 110, 121 ; V, 75 ; VI, 35, 142.

Livingstone, III, 35.

Livry (Emma), II, 66.

Llyod (Mlle), VI, 149.

Lochus, VIII, 268.

Lockroy, II, 261.

Lockroy (Édouard), VII, 326 ; VIII, 21, 171 ; IX, 4, 29.

Lockroy (Mme), VIII, 74, 161, 162, 173.

Longpérier, III, 212.

Lorgeril, V, 237.

Lorrain (Claude), III, 126.

Lorrain (Jean), VII, 95 ; VIII, 198, 236 ; IX, 46, 47, 73, 78, 118, 138, 139, 140, 167, 185, 192, 200, 264, 288, 371.

Lortic, VI, 212 ; IX, 276.

Lothar (Rodolphe), IX, 225.

Loti, VIII, 101, 102, 225 ; IX, 27, 28, 169, 254, 255, 266.

Loti (Pierre), VII, 248, 310, 311.

Loti (Viaud), VI, 227, 293, 318, 319.

Louis, I, 168.

Louis (Le roi de Bavière), V, 64.

Louis VIII, III, 71, 248 ; lV, 288.

Louis XI, V, 79.

Louis XIII, III, 245.

Louis XIV, V, 58 ; VI, 295 ; VII, 210, 216 ; IX, 201, 206, 207.

Louis XV, I, 295 ; II, 164, 240 ; III, 28 ; IV, 346 ; V, 58 ; VI, 123, 243, 290 ; VII, 210, 216 ; VIII, 128, 197 ; IX, 55.

Louis XVI, III, 218 ; VIII, 170 ; IX, 252.

Louis XVII, II, 105 ; III, 218.

Louis-Napoléon (Le prince), VIII, 127.

Louis-Philippe, I, 67, 110, 113, 190, 216, 219, 388 ; II, 189, 247, 304 ; III, 3, 194, 214, 232 ; IV, 125, 170 ; V, 237 ; VII, 49, 211 ; VIII, 226 ; IX, 33.

Lourmel (De), 5, 6.

Louvel (L’assassin), IX, 375.

Lucas (Le tavernier), III, 103.

Lucas-Montigny, I, 155.

Lucien, I, 251, 262.

Lullier, IV, 231.

Lumley, I, 65.

Lunois, IX, 230.

Lurde (Le Cte), IV, 335.

Luther, II, 183.

Luynes (Le duc de), III, 180.

Luynes (La duchesse de), IX, 362.

Lytton (Lord), IX, 356.

M

Mabille, III, 323.

Macari, VIII, 98.

Macartney (Lord), V, 290.

Macé, VI, 162.

Macé (Georges), VII, 178.

Macé (Jean), II, 298.

Mac-Mahon, IV, 14, 19, 329 ; V, 14, 90, 180, 190, 191, 346, 348 ; VII, 90, 105 ; VIII, 121.

Mac-Mahon (La duchesse de), VII, 39 ; IX, 203, 204.

Madeleine, VIII, 130, 131.

Madeleine (La), III, 144.

Maéda, VI, 36, 41.

Maeterlink, IX, 147.

Magitot, VI, 168.

Magnard (Francis), VI, 49, 116 ; VII, 134 ; VIII, 188, 211, 212, 258 ; IX, 4.

Magne (L’oculiste), VI, 58.

Magny, II, 66, 72, 74, 84, 95, 98, 102, 105, 111, 119, 121, 132, 141, 144, 146, 160, 165, 177, 184, 189, 192, 195, 199, 209, 265, 271, 280, 293 ; III, 21, 42, 67, 68, 71, 78, 170, 207, 211, 236, 254, 287 ; IV, 161 ; V, 200 ; VII, 12.

Maherault, IV, 926 ; V, 213 ; VI, 274 ; VIII, 68.

Mahias, IV, 68.

Maillart (Albanel), VI, 259.

Mainbourg (Le Père), IV, 168.

Maintenon (De), II, 164.

Maire, I, 189, 190.

Maison (Le président), IX, 208.

Malhéné, VII, 45 ; VIII, 278.

Mallarmé, IX, 110, 298, 306.

Malleville, II, 311.

Mallinet, VI, 337.

Malthus, II, 124.

Malvezzi (Les), III, 226.

Malvezzi (Mlle), III, 222.

Manceau, II, 25, 146.

Manet, VI, 142 ; VIII, 54, 70 ; IX, 156.

Manet (Édouard), VII, 252.

Mantegna, V, 112 ; VIII, 111.

Manteuffel, I, 343, 344.

Mantz (Paul), I, 131.

Manuel, III, 103 ; IV, 295.

Manzi, IX, 109.

Maquet, VI, 5.

Marat, II, 6 ; III, 91 ; IV, 189 ; VII, 42 ; IX, 143.

Marbot, VIII, 260.

Marc-Aurèle, I, 249.

Marcelin, III, 191 ; V, 83, 84.

Marcelle (Camille), II, 152, 279, 280.

Marcelle (Eudoxe), II, 269 ; IV, 334.

Marcelle (Eudoxe), IX, 271.

Marcelle (Mme Camille), II, 153 ; IV, 335.

Marcellus (Le comte), III, 202.

Marcère, V, 297.

Marchal, I, 82, 99, 191 ; II, 144, 282.

Marchal, II, 141, 282 ; III, 69, 94, 208 ; V, 69.

Marchal (Le peintre), IV, 195.

Marchandon, VII, 34.

Marcotte, V, 218.

Marguerite, V, 147.

Margueritte (Paul), VII, 170, 177, 206, 212, 253, 258, 259, 275 ; VIII, 155, 175 ; IX, 214, 286, 318, 352, 338.

Marguery, VIII, 44.

Maria, I, 236, 241 ; II, 47 ; III, 205, 268, 357.

Marie, I, 108, 124, 151, 177 ; III, 153, 175.

Marie-Amélie (La reine), III, 232.

Marie-Amélie, II, 189.

Marie-Antoinette, I, 215, 218 ; II, 85, 105, 274 ; III, 173 ; IV, 228, 346 ; VI, 275 ; VII, 42 ; IX, 33, 82, 120, 161, 193, 217, 276, 278, 321.

Marie-Jeanne, I, 200, 201 ; VIII, 81.

Marie de Médicis, III, 245.

Marie-Thérèse, V, 81.

Mariéton, VII, 316 : IX, 200.

Mariette, III, 131 ; IX, 279.

Marilhat, III, 133.

Marillier, VIII, 8.

Marin, VI, 29, 70 ; VIII, 84, 272.

Marin (Eugène Labille), IV, 7, 330.

Marin (Eugène Labille de Breuze), IX, 253, 314.

Marino Soccino Vecchietta, VIII, 95.

Mariquita, II, 92, 117.

Marivaux, II, 209 ; VIII, 206 ; IX, 186.

Marix (Le modèle), III, 56.

Markowski, I, 333, 334.

Marmontel, II, 70.

Marmottan, VIII, 210 ; IX, 3, 26.

Marot, VIII, 200.

Marpon, V, 319 ; VI, 175 ; VII, 328.

Marquessac, IX, 142.

Marquis, V, 234, 260.

Marquis (Le chocolatier), VI, 21.

Marquise (Mlle), IX, 66.

Mars (Mlle), II, 298 ; VI, 149.

Marsand, VI, 14, 24.

Martin (Aimé), VI, 166.

Martin (Le Dr), VIII, 154 ; IX, 203, 204.

Martinetti, IX, 266.

Marvejols, VII, 124.

Marx (Roger), IX, 85, 88, 169, 172, 268, 371.

Maspero, VI, 92 ; VIII, 106.

Massabie (Mme), VI, 280, 281.

Masséna, VI, 5.

Massenet, VI, 5.

Massilion, IV, 168 ; VI, 54.

Massin (Mme), VI, 134.

Masson (Les), IX, 149.

Masson (Benedict), II, 247.

Masson (Frederick), IV, 132 ; IX, 11.

Masson (Mme), IV, 197 ; VI, 99.

Matharel de Fiennes, II, 14.

Mathias, IX, 313.

Mathilde (La princesse), II, 42, 71, 82, 86, 110, 126, 127, 148, 168, 179, 190, 199, 233, 243, 244, 246, 259, 260, 274, 282, 283, 284, 285, 286, 287, 288, 289, 290, 298, 303, 310, 325, 329, 330 ; III, 6, 19, 52, 70, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 99, 106, 153, 154, 160, 162, 163, 175, 176, 177, 180, 181, 187, 195, 207, 219, 223, 224, 225, 226, 239, 240, 248, 255, 256, 257, 259, 260, 276, 293, 296, 303, 310, 311, 312, 313, 316 ; IV, 130, 337, 345, 356 ; V, 45, 97, 123, 144, 146, 147, 148, 149, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 182, 188, 201, 322, 325 ; VI, 6, 7, 15, 38, 85, 116, 173, 174, 217, 219, 274, 334 ; VII, 20, 21, 180, 210, 220, 243, 252 ; VIII, 56 ; IX, 244, 282, 283, 289, 372, 373.

Matzugata, VI, 41.

Maubant, III, 125.

Maupas, IV, 6.

Maupassant, VI, 109, 141, 182, 345, 346 ; VII, 85, 166, 167, 168, 175, 186, 233 ; VIII, 23, 59, 122, 180, 184, 186, 233, 287, 288 ; IX, 5, 6, 8, 62, 103, 141, 147, 234, 351.

Maupassant (Mme de), IX, 161, 162, 163.

Mauperin (Mlle Renée), I, 145.

Maury (L’abbé), I, 316.

Mayer (Mlle), I, 243.

Mazarin, IX, 206.

Mazères, I, 117.

Mazzini, III, 296.

Meer (Van der), I, 382.

Mehemet (Ali), VI, 217.

Meibomius, II, 28.

Meilhac, V, 342 ; VII, 194 ; VIII, 133.

Meissonier, VI, 143, 296 ; VIII, 110 ; IX, 284.

Meissonier fils, IX, 61.

Mélingue, II, 92, 94.

Mellan, IX, 161.

Mellin de Saint-Gelais, VIII, 200.

Memling, I, 288.

Ménard-Dorian (les), VIII, 63, 74 ; IX, 303, 326.

Ménard-Dorian (Mme), IX, 181, 326.

Ménard-Dorian (Mlle), IX, 181.

Mendès (Catulle), III, 55 ; IV, 33 ; IX, 312.

Ménier, IX, 40.

Ménier (Paulin), I, 318, 368 ; VII, 145.

Mennechet, VI, 115 ; VIII, 186.

Mercier, I, 154.

Mercier (Mlle), II, 17.

Mérian, I, 147.

Mérimée, I, 277 ; II, 175, 304, 310, 311 ; III, 221, 270 ; IV, 96 ; VI, 111 ; VIII, 176 ; IX, 375.

Merton, VI, 148.

Méry, II, 198 ; III, 111.

Meryon, III, 258.

Mesnil (Du), V, 190, 300.

Metemer (Oscar), VII, 288 ; VIII, 5, 135, 137, 138 ; IX, 61, 77, 88, 89, 90, 91.

Metra, VIII, 133.

Metternich, III, 272.

Meurice, IV, 114 ; V, 31, 33, 86, 89, 266.

Mévisto, VII, 290 ; VIII, 18, 20, 21, 26, 28, 29 ; IX, 318.

Meyer (Arthur), VII, 126, 127, 128 ; IX, 350.

Meyer (Le juge), IX, 197.

Meyerbeer, IX, 155.

Michaud (Le Dr), IX, 158, 228, 259, 300.

Michel-Ange, II, 200 ; III, 122 ; IV, 115 ; V, 83, 268 ; VII, 123 ; IX, 161.

Michel Marius, IX, 277.

Michelet, I, 247 ; II, 52, 63, 85, 151, 162, 163, 164, 165, 182, 183, 187, 250 ; III, 44, 111, 115, 156, 213, 214, 298, 299, 300 ; V, 35, 262 ; VI, 289, 343 ; VIII, 182, 260 ; IX, 14, 276.

Michelet (Mme), II, 163, 183 ; III, 213 ; VI, 343.

Migne (L’abbé), II, 216.

Mignet, II, 65.

Mignot, VII, 35.

Milhaud, I, 122.

Millard (le Dr), IX, 201.

Millerand, VIII, 206, 207.

Millet, I, 49, 50, 51 ; II, 55 ; VI, 291 ; VII, 30.

Millet (François), VIII, 58 ; IX, 17, 18, 60.

Millevoye, III, 248 ; IV, 61.

Minghetti, VI, 272.

Mirabaud (M.), IX, 364.

Mirabeau, II, 144, 195 ; III, 33, 156 ; V, 246.

Mirbeau (Octave), VII, 288 ; VIII, 59, 60, 67, 69, 82, 184, 193, 220 ; IX, 248, 286, 349, 350.

Mirbeau (Mme), IX, 324, 350.

Mirbel (Mme de), III, 71.

Mirès, I, 122 ; VI, 127 ; II, 34, 58, 251.

Mistral, VI, 303, 309, 317 ; VII, 69, 71, 72, 261 ; VIII, 73, 74, 276 ; IX, 291, 292, 293.

Mitchell (Robert), V, 45, 46.

Mittis, IX, 297.

Mocquard, I, 297.

Moinau, IX, 130.

Molé, II, 59.

Molière, I, 315 ; II, 16, 32, 52, 58, 88, 151, 319, 327 ; IV, 239, 241 ; V, 24 ; VI, 67 ; VIII, 41, 90 ; IX, 25.

Moltke (De), VIII, 44.

Molloy (Le Dr), VI, 265.

Mommsen, II, 97 ; IV, 338.

Moncey, IV, 117, 159.

Monet, VIII, 59, 70.

Monginot, V, 156.

Monnier (Henri), I, 71 ; II, 198 ; IV, 73, 148.

Monselet (Charles), I, 126, 127 ; III, 82 ; V, 83 ; VII, 257.

Montaigne, V, 210 ; VI, 335 ; VII, 176, 284.

Montaigut (Les), VIII, 210.

Montaigut (Louis), VIII, 37, 146.

Montaland (Céline), VI, 133.

Montalembert, I, 129, 130 ; IX, 14.

Montalembert (Comte de), II, 107, 108, 219, 330.

Montalivet, I, 388.

Montebello (La comtesse de), VI, 337 ; IX, 229.

Montégut, II, 68.

Montégut (Alphonse), VII, 253, 293.

Montégut (Alphonse), IX, 175.

Montépin, VII, 39.

Montesquieu, I, 306 ; VIII, 284.

Montesquiou Fezenzac (Le comte de), VII, 191.

Montesquiou (Robert de), VIII, 252, 253, 254, 255 ; IX, 98, 119, 120, 199, 220, 230, 264, 288, 325, 341, 356.

Montguyon, IV, 299.

Montigny, IX, 93.

Montigny (De), I, 156.

Montrond, I, 241.

More, IX, 206.

Moreau (Gustave), VI, 145 ; VII, 272 ; VIII, 263.

Moreau (Louis), I, 303.

Moreau (Michel), VI, 61.

Morel, VI, 334.

Morel (Eugène), IX, 128.

Moreno, IX, 198.

Morère, II, 151.

Morès (Le marquis de), VIII, 148.

Morisot, II, 104.

Morny, I, 277 ; IV, 13, 175, 355.

Morny (Le duc de), II, 114, 180 ; III, 13 ; VI, 240 ; VII, 202 ; VIII, 77, 287.

Moser, VIII, 285.

Mosselmann, III, 56.

Mottu, IV, 105.

Mouchy (Duc de), II, 310.

Mouchy (La duchesse de), IX, 227.

Mounet, IX, 248.

Mounet (Paul), VII, 176, 177, 178, 179, 181.

Moutet (De), VII, 137.

Mozart, IV, 103.

Muller (Ottfried), I, 246.

Munckaczy, VI, 247 ; IX, 14.

Munster, I, 343, 344.

Munte (Lina), IX, 371.

Murat (La princesse), II, 310.

Murger Henry, I, 24, 25, 27, 32, 123, 208, 210, 218, 219, 362 ; V, 26 ; VI, 55 ; VII, 257 ; IX, 299.

Musset (Alfred de), I, 6, 124, 363 ; II, 218, 298 ; V, 88 ; VI, 153, 154 ; VIII, 235 ; IX, 8, 73, 275.

N

Napoléon (Le prince), II, 51 ; III, 310 ; IV, 268 ; V, 115 ; VI, 241, 244.

Napoléon Louis, VI, 55 ; IX, 347.

Napoléon (Victor), VI, 55.

Napoléon (Ier), I, 60, 255, 286, 326 ; II, 239, 247, 286, 326 ; II, 239, 247, 256, 292 ; III, 179, 315 ; V, 154, 158, 253, 335 ; VI, 49, 244, 275 ; VII, 156, 180, 220 ; VIII, 50 ; IX, 339, 353.

Napoléon (III), I, 133, 200, 296, 344 ; II, 168, 286, 293 ; III, 52, 56, 71, 102, 187, 218, 255, 260, 264, 293, 294, 295, 296, 297, 313, 314 ; IV, 78, 125, 335 ; V, 14, 45, 46, 74, 157 ; VI, 85, 143, 258 ; VIII, 50, 183 ; IX, 43, 239.

Nadaillac (Mme de), VII, 43.

Nadar fils, IX, 156.

Nadar, I, 15 ; V, 342 ; IX, 144, 156, 353.

Nattier, I, 286.

Nau (Mlle), VIII, 192, 201, 203, 207 ; IX, 100.

Nauteuil (Célestin), I, 60, 98, 99, 100, 101, 102.

Nauteuil (Le graveur), IX, 161.

Necker (Les), VII, 210.

Necker (Mme), I, 393.

Nefftzer, II, 111, 112, 123, 125, 177 ; III, 68, 256 : IV, 24, 27, 50, 68, 110, 121, 122, 123, 124, 142, 166, 204, 205, 206, 207, 236, 275.

Négrier, VII, 30.

Nelaton, VI, 237.

Nercia (Andréa de), I, 363.

Nerval (Gérard de), I, 60, 101.

Nesselrode (Le comte de), I, 215 ; II, 261.

Neuilly (Mlle de), VIII, 29.

Neveux (Pol) IX, 350.

Newton, XII, 186.

Nicolardot, VII, 82 ; VIII, 6.

Nicolas Ier, I, 248.

Nicolas (L’empereur), III, 74, 75, 76, 77.

Nicole, VIII, 210, 211.

Nicole (Mlle), IX, 337.

Niel, I, 147.

Nieuwerckerke (Le comte de), II, 71, 78, 82, 100, 282, 316 ; III, 81, 175, 253, 265 ; IV, 90 ; VII, 43 ; VIII, 128.

Nigra, V, 74, 194.

Nils Barek (La comtesse de), IV, 208.

Nini, IX, 278.

Nittis (Jacques de), VI, 331, 332.

Nittis (Mme de), VI, 14, 44, 176, 211, 244, 326, 328, 329, 332 ; VII, 303.

Nittis (De), VI, 13, 14, 73, 103, 112, 127, 148, 176, 211, 231, 245, 254, 263, 274, 324, 325, 326, 330, 331.

Noailles (Le duc de), II, 65 ; IX, 207.

Noailles (Le maréchal), II, 240.

Noblet, IX, 7.

Nodier (Mlle), II, 91.

Noël, VI, 24, 81.

Nogent Saint-Laurent, II, 89.

Noiron (Mme de), I, 257.

Nolac (De), IX, 32.

Noriac, VI, 301.

Nathalie (Mlle), I, 35.

Nuitter, VI, 341.

Nubar Pacha, VI, 11, 12.

O

Obernitz (Le général), VIII, 82.

Obscur (L’abbé), III, 297.

Ocagne (M. d’), IX, 254, 289.

O’Connor, VIII, 81, 86.

Odry, VI, 61.

Offenbach, VII, 169.

Ohnet (Georges), VII, 91.

O Kin, IX, 170.

Oliphant (Lord), V, 195, 196 ; VIII, 116, 117.

Olivier, II, 59 ; III, 102 ; IV, 204.

Olready, IV, 360, 362, 365.

Onimus, VI, 119.

Orchardson, VIII, 99 ; IX, 235.

Orléans (Les d’), VII, 134.

Orléans (Le duc d’), V, 20,

Orloff (Le comte), III, 77.

Orsini (D’), I, 276 ; V, 101.

Orsini (Le prince), IX, 371.

Osmont (Mme), I. 390.

Osmont (D’), I, 156.

Osmoy (La comtesse d’), III, 82.

Osmoy (Le comte d’), II, 325 ; III, 82 ; VII, 85.

Osoroéis, VIII, 268.

Osy (L’actrice), IX, 144, 115, 174.

Otway, IX, 371.

Oudinot (Le maréchal), IX, 362.

Oudinot (Le maréchal), VIII, 82.

Ounkei, IX, 270.

Ou Sipang, IX, 272.

Outamaro, VIII, 264 ; VIII, 174 ; IX, 52, 81, 283, 216, 229, 230, 235, 247.

Outhier, IV, 363.

Ozy (Mlle), I, 299 ; VII, 8.

P

Pacca (Le cardinal), III, 330.

Pagans, VI, 14, 50, 305.

Paillard de Villeneuve, I, 43.

Pailleron, VI, 143.

Païva (Mme de), II, 148, 190, 288 ; III, 128, 134, 135, 136, 186, 187, 191, 199, 204, 212, 262 ; IV, 94, 357 ; VII, 102.

Pajon (La famille), IX, 375.

Paléologue (M.), IX, 344.

Palikao, V, 14, 15.

Palizzi, I, 25 ; II, 128, 136.

Pana, VIII, 269.

Parabère (Mme de), I, 285.

Pardo Bazan, VIII, 63.

Paris (Le comte de), V, 81, 94, 167, 207.

Paris (La comtesse de), V, 167.

Parmesan, II, 29.

Parrosel (Les), VII, 65.

Parrosel (Mme), VII, 67, 77.

Parrosel (Joseph), VII, 77.

Pascal, VI, 140 ; VIII, 189.

Pasdeloup, IV, 103.

Pasquier, I, 146.

Pasquier (Le duc), II, 89, 189 ; III, 71.

Passoir, III, 61.

Passy (Les), I, 37, 41.

Passy (Mme), I, 109.

Passy (Hyppolyte), I, 110 ; II, 71 ; VI, 267.

Passy (Louis), VI, 340.

Pasteur, II, 82 ; V, 163 ; VI, 258 ; IX, 75, 366.

Patin, I, 65 ; III, 295 ; V, 241, 242, 279.

Patrat (Le général), III, 304.

Paul Adam, IX, 197.

Paulowski, VII, 215.

Paulus, VII, 169, 201.

Pehelcons, VIII, 289.

Péan de Saint-Gilles (Mme), I, 108.

Pecot (Antoine), VII, 291.

Pélagie, III, 347, 352, 356, 362 ; IV, 53, 64, 135, 157, 197, 236, 260, 261, 316, 349 ; V, 299, 308, 317, 321, 343 ; VI 3, 214, 303 ; VII, 21, 45, 50, 276 ; VIII, 8, 34, 65, 167, 244, 279 ; IX, 246, 303, 314, 330.

Pélissier, I, 343, 314.

Pelletan, I, 99 ; IV, 86 ; V, 51 ; VI, 41.

Pelletier, IX, 279.

Pène (De), IV, 237.

Penguilly (Le baron), I, 252, 253.

Penguilly (Le peintre), I, 252.

Penguilly, III, 168, 170.

Penthièvre (Le duc de), VIII, 244.

Peregallo, V, 163.

Perez (Gill), II, 92.

Périvier, VII, 237.

Peronneau, VIII, 120.

Perrin (Le capitaine), IX.

Perrot (Georges), VII, 198, 293.

Perrot, I, 59.

Persigny, V, 76.

Perugin, II, 108.

Peters (Le restaurateur), VI, 158.

Peters (Le tavernier), III, 103.

Peters, I, 392 ; II, 50, 240.

Peterson, I, 78.

Petit (Élise), VII, 13.

Petit, VIII, 108.

Petit (Le relieur), VII, 104.

Petit (Eugène), I, 107.

Petrone, VII, 226 ; VIII, 227.

Petrus Borel, I, 306.

Peyrat, II, 21.

Peyrelongue, V, 330 ; VII, 256.

Phidias, II, 250.

Philipon, I, 46.

Philippe le Bel, IX, 14.

Philippe (Le docteur), III, 175, 177, 227, 269, 309.

Philippe (Le restaurateur), III, 48, 166.

Philometor, VIII, 268.

Picard (Ernest), IV, 235 ; V, 8, 53, 162, 283, 284, 297.

Pichot (Amédée), IX, 214, 245.

Pie IX, VI, 77.

Pilate, IX, 238.

Pillaut, VI, 48 ; VIII, 45, 122.

Pillot, VII, 224.

Pingard, V, 181, 242 ; VI, 26.

Pingat (Le couturier), VI, 250, 251, 252.

Pioger (L’abbé), IX, 359.

Pipe-en-Bois (Georges Cavalier), IV, 235, 273.

Pitt, IV, 43.

Planche, I, 26, 208, 209.

Planche (Gustave), II, 84, 85.

Platel (Ignotus), VII, 16, 17, 238.

Planté, II, 320.

Platon, IV, 240 ; V, 27.

Pleffel (Le comte), V, 164.

Plessy (Mme), I, 227 ; II, 266, 295, 296, 297, 299, 213, 315, 317, 324.

Plon, IX, 173.

Plutarque, VIII, 96.

Poë (Edgar), I, 137 ; II, 169 ; III, 12, 199, 235 ; V, 214 ; VII, 212 ; VIII, 173, 189 ; VI, 145, 317.

Poeris, VIII, 269.

Poggi (Le comte), V, 64.

Poictevin (Francis), VIII, 14, 189, 213 ; IX, 34, 80, 231.

Poincaré, IX, 309, 312, 318, 319, 320, 321, 324.

Pointel, III, 258.

Poisson, VI, 136.

Poix (Le prince de), IX, 125.

Pojot, VII, 118.

Pollet (Le graveur), VI, 160.

Pompadour (Mme de), I, 215 ; 111, 212 ; VII, 131, 211, 234, 235 ; VIII, 234.

Pongerville, III, 218.

Ponsard, I, 83, 169, 330, 331 ; II, 280, 306 ; III, 30, 50, 99, 140, 243.

Ponson du Terrail, I, 277 ; VI, 181.

Pontmartin (De), VII, 85.

Pouyer-Quertier, VI, 86.

Popelin (Claudius), V, 114, 148, 149 ; 155, 235 ; VI, 55, 113, 216, 244, VII, 279 ; VIII, 288 ; IX, 39, 276, 288.

Popelin (Gustave), VI, 55 ; IX, 39, 288.

Popoli (Le comte), I, 276.

Porel, VI, 344 ; VII, 12, 14, 15, 16, 22, 23, 29, 31, 33, 79, 80, 141, 142, 145, 146, 148, 149, 150, 151, 152, 166, 168, 179, 192, 195, 234, 236, 237, 239, 273, 287, 300, 301, 306, 307, 308, 309, 310, 312, 313, 318, 319 ; VIII, 7, 15 ; IX, 13, 82, 94, 261, 262.

Portal (Le baron), III, 71.

Porto-Riche, IX, 373.

Possot, I, 17.

Potain, VI, 79 ; VII, 206, 207 ; VIII, 150, 210, 290 ; IX, 42, 110.

Potier (Le capitaine), IV, 109.

Potin, VI, 121.

Potocka (La comtesse), IX, 325.

Potonnié (Mme), IX, 175.

Pottecher (Maurice), IX, 132.

Pouchet, III, 13.

Pouchet (Georges), VI, 114, 276 ; VII, 83 ; IX, 202, 237.

Pouchkine, V, 29.

Poupart-Davil, V, 257.

Pourrat, I, 107, 108, 109.

Pourrat (Antonin), I, 107, 109.

Pourtalès, VIII, 57.

Poussin, III, 126.

Pouthier, I, 15, 23, 31, 103, 143, 265 ; III, 64, 90 ; IV, 358 ; V, 283 ; VII, 256 ; IX, 302.

Pouvillon, IX, 176.

Pozzi, IX, 140, 187.

Pozzo di Borgo, V, 218,

Pradier, I, 99 ; II, 155.

Pradon, VIII, 122.

Praisidial, IV, 211.

Prarond, V, 113.

Praslin (Mme de), III, 312.

Préault, II, 269, 276.

Présidente (Mme Sabatier), III, 56.

Prévost (Marcel), IX, 318.

Prevost-Paradol, I, 183, 184 ; III, 228, 229, 261.

Priam, III, 90.

Prieur de Blainville, VIII, 282.

Primatice, IX, 279.

Primoli (Le comte), II, 282 ; III, 163, 226 ; VI, 320 ; IX, 264, 371, 373, 374, 376.

Primoli (La comtesse), II, 284 ; III, 94, 163, 226.

Prince impérial (Le), II, 253 ; III, 100 ; VI, 78, 85.

Procope, V, 50.

Protais, II, 283 ; III, 94 ; IV, 61.

Proth (Mario), IV, 50.

Proudhon, I, 240 ; II, 263 ; IV, 122 ; VII, 31, 156 ; IX, 137, 145, 160.

Proust (Antonin), IX, 40.

Prouvé, IX, 231.

Provost, I, 227.

Prud’hon, I, 243 ; II, 152.

Ptoleiné (Le dieu), VIII, 269.

Ptônis, VIII, 269.

Pugno, VI, 280 ; IX, 242.

Puisaye (Le Dr), V, 155.

Puissant, III, 109, 141.

Puliga (La comtesse), IX, 345.

Puvis de Chavannes, II, 53.

Pyat, II, 18.

Q

Quantin, VII, 79.

Quentin, IV, 81.

Quidant, I, 191.

Quinet, II, 85.

R

Rabelais, II, 183 ; III, 192, 220 ; VI, 208 ; VIII, 93.

Rachel, I, 17, 35, 41, 234 ; II, 72, 94 ; III, 224 ; IV, 299 ; VI, 161, 180 ; VIII, 222, 230 ; IX, 66.

Racine, II, 125 ; IV, 236 ; VI, 158 ; VIII, 122.

Racinet, VII, 300.

Radowitz, V, 228.

Radziwill (Le prince), II, 21, 25.

Raffet, VI, 72 ; IX, 375.

Raglan (Lord), VII, 90.

Rameau, VI, 50.

Ramelli, IV, 354.

Ramsès, VIII, 264.

Ranc, V, 207.

Raoul Duval, V, 206, 207, 236.

Raoul-Rigault père, V, 308.

Raphaël, I, 228 ; II, 200 ; III, 124, 125 ; V, 21 ; VI, 72, 237, 269 ; VII, 123.

Raphaëlli, VII, 176, 241, 246, 247, 249, 250, 253, 262, 295, 305 ; VIII, 22, 61 ; IX, 40, 107, 172, 185, 216, 220, 268, 371.

Raphalli (Les), IX, 224.

Raspail, IX, 160.

Rattier père, IX, 249.

Rattier (Léon), VIII, 81, 87 ; IX, 63, 160, 252, 362.

Raucourt (Mme), VII, 273, 311.

Ravaud, VI, 164.

Rayaut, III, 360 ; IX, 63.

Raynal, VI, 297 ; IX, 274.

Read (Mlle), IX, 45, 57.

Real (Mlle), VII, 15.

Reboux, IX, 63.

Récamier (Mme), I, 85 ; II, 80, 81, 228.

Reding (La baronne de), III, 70.

Redon, VII, 275.

Régamey (Frédéric), IX, 223, 310.

Reggio (La duchesse de), VIII, 165.

Régis (M.), IX, 42.

Regnard, V, 242.

Regnault, VI, 252, 297 ; VIII, 105.

Regnault (Le savant), IV, 338.

Regnault (Le peintre), V, 28, 313.

Regnault de Saint-Jean d’Angély (Mme), I, 85 ; VII, 90.

Regnier (Henri de), IX, 46, 192, 197, 226, 298, 312, 322, 319, 367.

Regulus, VI, 276.

Reiset (M. et Mme), III, 94.

Réjane, VIII, 4, 6, 16, 133 ; IX, 16, 82, 94, 168, 261, 262.

Réjane (Gabrielle), VII, 237, 273, 292, 293, 296, 300, 304, 307, 308, 310, 311, 312, 318.

Rélon, VIII, 269.

Reinach, IX, 108.

Rembrandt, I, 335, 380, 381, 382, 538 ; II, 17, 18, 200 ; V, 258, 268 ; VI, 228 ; VIII, 72, 263 ; IX, 193, 274.

Reminy, II, 267.

Rémusat, II, 150.

Remusat (Le comte de), VI, 268, 314.

Renan, II, 102, 103, 105, 112, 122, 134, 195, 209, 280 ; III, 44, 67, 68, 71, 78, 79, 80, 209, 210, 224 ; IV, 14, 24, 25, 26, 27, 28, 50, 110, 143, 158, 167, 168, 169, 186, 187, 204, 205, 217, 235, 268, 338, 344 ; V, 36, 48, 114, 162, 188, 190, 191, 269, 270, 311 ; VI, 9, 49, 58, 142 ; VII, 9, 34, 83, 134, 233 ; VIII, 12, 174, 177, 178, 188, 211, 213, 214 ; IX, 275, 276.

Rendu (Le Dr), IX, 173, 188.

Renier, III, 197.

Renouard (Le peintre), IX, 107.

Rétif de la Bretonne, I, 174 ; VII, 282.

Retz (Le cardinal de), IV, 168.

Rhemer, IX, 288.

Rhompsonitos (Le roi), VIII, 106.

Ribot, VI, 268.

Ribot (Alexandre), VII, 32, 83, 134.

Ribot (Le peintre), VI, 299, 300 ; IX, 50.

Ricard, V, 297.

Ricasoli, VI, 12.

Richard (Maurice), IV, 90.

Riche, V, 48.

Richelieu (La duchesse de), VIII, 56.

Richelieu (Le cardinal de), V, 184.

Richepin, VII, 160 ; IX, 215.

Richerand, III, 177.

Richer-Serizy, III, 277.

Richet (Le Dr), VIII, 13.

Rico, VIII, 98.

Ricord, III, 44, 90, 295 ; IV, 147.

Riesener, IX, 358.

Riesener (Mlle), VIII, 162.

Riffaut, VII, 87, 138, 139, 216.

Rigaud (Kaïr), IX, 302.

Rigolboche, IX, 292.

Ring, V, 59.

Ringel (Le sculpteur), IX, 46.

Ripalda (Le duc de), VI, 218.

Rispal, IX, 235.

Rissler (Les filles de), VIII, 146.

Ritzono, VIII, 216, 217.

Rivarol, II, 63.

Rivière, III, 311.

Robert (Estienne), IX, 51.

Robespierre, II, 72, 73 ; III, 91.

Robin, IX, 122, 164, 286, 323, 350.

Robin (Albert), VII, 102 ; VIII, 63.

Robin (Charles), V, 12, 91, 93, 191, 280, 284 ; VI, 8, 174, 238, 239, 276 ; VII, 83, 86.

Robin (Le docteur), III, 131, 207, 254, 263 ; IV, 355.

Roche (Jules), VI, 268, 295 ; VII, 86.

Rochefort, IV, 23, 86, 166, 196, 200 ; V, 258 ; VI, 11, 123, 124 ; VIII, 92 ; IX, 165.

Rochegrosse, V, 240 ; IX, 148, 286.

Rod, IX, 288.

Rodenbach, VIII, 147, 189, 241.

Rodenbach (les), IX, 11, 13, 180, 224, 298.

Rodenbach (Constantin), IX, 316.

Rodenbach (Georges), IX, 3, 37, 150, 165, 198, 202, 234, 264, 299, 318, 340, 371.

Rodenbach (Mme), IX, 4, 171, 316.

Rodin, VIII, 67, 261.

Rodin (Auguste), VII, 122, 123, 124, 227, 246, 248, 270.

Rœderer, III, 316 ; VIII, 68.

Roguenaud (M.), IX, 153.

Rohan (La duchesse de), IX, 325.

Rolland (Mme), IX, 278.

Rollinat, VI, 265, 266 ; VII, 112, 113, 116, 132, 228 ; VIII, 93, 191 ; IX, 11, 139, 177, 193, 194.

Ronsard, V, 48, 49 ; VIII, 200.

Roos, IV, 175.

Rops, III, 88, 195 ; V, 81 ; VIII, 44 ; IX, 309.

Rops (Félicien), VII, 287.

Rops (L’aquafortiste), IV, 357.

Roqueplan, I, 18 ; II, 261, 322 ; III, 138 ; VIII, 103.

Rosalie, II, 142.

Rose, I, 139, 203, 293 ; II, 8, 37, 40, 41, 45, 46.

Rosny, VII, 177, 183, 184, 185, 186, 187, 195, 199, 206, 247, 289, 292, 325 ; VIII, 22, 33, 39, 45, 104, 223, 228, 239.

Rosny (Les), IX, 102, 217.

Rosny l’aîné, IX, 171, 179, 287, 298, 313.

Rosny cadet, IX, 172.

Rossetti, IX, 205.

Rossini, II, 13 ; V, 262 ; IX, 155, 156.

Rothan, VII, 159.

Rothenstein, IX, 204.

Rothschild, I, 269 ; II, 58, 104 ; IV, 122, 355 ; VI, 21, 76.

Rothschild (Les), VII, 121, 238, 239 ; VIII, 124, 125, 151.

Rothschild (Alphonse de), VI, 123.

Rothschild (Edmond de), VIII, 56.

Rothschild (Mme Nathaniel de), VII, 43.

Rothschild (Mme Alphonse de), V, 67 ; VI, 346.

Rouher, II, 319 ; III, 254, 235 ; IV, 91 ; V, 14 ; VI, 258.

Rouland, I, 41, 48 ; IV, 176.

Rounat (La), VII, 173.

Rouquette, V, 319.

Rousseau (Jean-Jacques), II, 15, 90, 103, 145 ; III, 104, 156, 273 ; V, 210 ; VII, 282 ; VIII, 170.

Rousseau (Théodore), IV, 13 ; VI, 269, 270 ; VII, 72, 156 ; VIII, 162, 163, 289 ; IX, 17, 18, 49, 60.

Rousseil (Mlle), VI, 165 ; VII, 83.

Rousset (Camille), VI, 144.

Rouvière, I, 368 ; II, 257.

Royer-Collard, I, 145 ; II, 88 ; V, 240, 241, 242 ; VIII, 156, 157, 158.

Royer (Mme de), I, 37, 41.

Rubens, II, 243, 247 ; III, 172, 245 ; V, 268 ; VI, 119, 270 ; VII, 156 ; VIII, 54, 72, 263 ; IX, 66.

Rude, II, 250.

Rudolph, II, 108.

Rumigny (De), IX, 22.

Ruysdael, IX, 49.

S

Sabatier (Mme), I, 305 ; II, 191 ; IV, 354.

Sabine, I, 13.

Saccaux, I, 24.

Sacy, II, 114, 150.

Sacy (De), III, 221, 312 ; V, 184.

Sade (Le marquis de), I, 259, 260 ; II, 32 ; VI, 179, 182, 324.

Sagan (Le prince de), VII, 127 ; IX, 88.

Saint, II, 179.

Saint-Arnaud (Le maréchal), II, 224.

Saint-Aubin, II, 212 ; V, 280.

Saint-Aubin (Auguste de), IX, 284.

Saint-Aubin (Gabriel), I, 261 ; VII, 130 ; VI, 61, 296, 337 ; IX, 274, 281.

Sainte-Beuve, I, 387, 390, 391, 394 ; II, 61, 62, 63, 64, 66, 67, 69, 70, 71, 77, 80, 82, 84, 88, 89, 90, 96, 99, 102, 103, 104, 105, 108, 109, 111, 112, 113, 119, 120, 122, 123, 125, 126, 127, 128, 130, 133, 134, 144, 146, 147, 148, 150, 166, 167, 189, 190, 192, 195, 199, 200, 210, 218, 239, 259, 260, 277, 310, 316 ; III, 8, 28, 67, 68, 72, 79, 80, 81, 90, 106, 153, 155, 156, 160, 175, 176, 181, 182, 198, 224, 248, 255, 259, 260, 270, 271, 273, 274, 275, 276, 281, 291, 292, 316, 354 ; IV, 33, 96, 130 ; V, 26, 47, 190, 298 ; VI, 9, 67 ; VII, 38 ; IX, 186.

Saint-Didier (Mme), V, 167.

Saint-Evremont, III, 177.

Saint-Genest, VII, 237.

Saint-Hilaire (Barthélemy), IX, 223.

Saint-Huberty, V, 280.

Saint-Jean, II, 15.

Saint-Just, I, 211 ; IV, 186 ; IX, 29.

Saint-Paul, V, 14 ; VIII, 71.

Saint-Pern (Le marquis), VII, 204.

Saint-Seine (Le marquis de), V, 343.

Saint-Simon, II, 83, 114 ; IV, 168 ; V, 343 ; VI, 270.

Saint-Vallier, V, 326.

Saint-Victor, II, 27, 29, 33, 58, 86, 88, 98, 101, 112, 113, 114, 122, 123, 124, 125, 140, 141, 145, 152, 167, 184, 185 ; III, 40, 60, 80, 81, 120, 128, 135, 243, 244, 274, 361 ; IV, 14, 24, 28, 50, 68, 105, 106, 149, 167, 186, 205, 235, 299 ; V, 37, 43, 49, 114, 194, 199, 208, 239, 240, 264, 290, 292 ; VI, 154, 248 ; VII, 40 ; VIII, 156 ; IX, 93, 115.

Saintin, II, 282 ; III, 94.

Saisset (Émile), I, 123.

Sakata No-Kintoko, IX, 284.

Sallé (La danseuse), IX, 124.

Salleron, V, 121.

Salles (M.), IX, 76.

Salvandy, I, 389, 390 ; VI, 6.

Salvator, IX, 206.

Samary (Mme), V, 149 ; VII, 161.

Sampayo, VII, 267.

Samuel Bernard, II, 59.

Sancy (Csse de), I, 285, 286.

Sancy-Parabére (Mme de), IV, 335.

Sand (Mme George), I, 6, 237, 316 ; II, 25, 26, 72, 109, 112, 122, 144, 145, 146 ; III, 21, 51, 162, 241, 242, 257 ; V, 79 ; VI, 9, 289 ; VII, 156, 222 ; IX, 225, 276.

Sandeau (Jules), VII, 249.

Sandeau (Mme), VII, 249.

Sandreck (Mme), IX, 239.

Sarcey, III, 246 ; VII, 152, 319, 321, 322, 324, 325, 326 ; VIII, 204, 222, 250 ; IX, 16, 93, 94, 105, 347, 358, 359.

Sarcey de Seittières, I, 277.

Sardou, V, 41, 75, 76, 148 ; VII, 292 ; IX, 130.

Sari, I, 368.

Sarte (André del), II, 34.

Sasse (Marie), IV, 10.

Saulière (Mme), VII, 131.

Sauvage, II, 309.

Sauvageot, I, 176 ; II, 244.

Sauvan (Mme), III, 83.

Say, V, 297.

Sayounsi (Le prince), V, 227, 262, 328.

Scheffer (Ary), VII, 156 ; IX, 137.

Schenetz, III, 113.

Schenau, I, 239.

Scherer, II, 125, 135 ; IV, 275 ; V, 190, 284.

Schiller, IX, 179, 340.

Schlosser, V, 294.

Schmitz (Le général), V, 3, 11, 14, 41, 77, 101 ; VII, 90.

Schœlcher, IV, 292 ; VIII, 210 ; IX, 4.

Schö-Kwa-Ken, IX, 272.

Scholl (Aurélien), I, 32, 126, 243, 267, 303 ; V, 124 ; VII, 5, 174, 219, 257 ; VIII, 191 ; IX, 11, 100, 174, 317.

Schopenhauer, VI, 337.

Schopin, II, 92.

Schumacker, V, 294, 295.

Schwob, IX, 147, 148, 196, 198.

Scribe, II, 291, 317 ; V, 31 ; IX, 25, 85.

Scudéry, VII, 179.

Sébastiani (Le général), III, 312 ; VI, 144.

Sebron, I, 68.

Séchan, V, 187.

Segond-Weber, IX, 341.

Ségur (De), II, 121.

Ségur (Anatole de), II, 121.

Séjour, II, 30.

Séjour (Victor), III, 81.

Se-Kherta, VIII, 266.

Sélim, VI, 144.

Senac de Meilhan, II, 190.

Servin, I, 25, 150 ; VII, 120, 121, 256.

Seti (De), VIII, 261.

Sévérine, VII, 185 ; IX, 10.

Sévigné (Mme de), II, 114 ; IV, 168 ; V, 162.

Seymour-Haden, VI, 228, 229 ; VII, 324 ; VIII, 4, 20.

Shakespeare, I, 381, 382 ; II, 200 ; V, 47 ; VII, 31, 172 ; VIII, 17, 18, 90, 187.

Sherard, IX, 313.

Shiter Samba, VIII, 41.

Shogakoussai, IX, 280.

Sichel (Les), VII, 53.

Sichel (L’oculiste), IX, 84.

Sichel (Auguste), V, 210, 339, 341 ; VI, 43, 77, 103, 243, 263, 298, 302 ; VII, 28, 43, 131.

Sichel (Philippe), V, 212, 273 ; VII, 266 ; VIII, 199 ; IX, 137.

Sichel (Mme), VI, 298, 318.

Sichel-Dulong (Mme), IX, 128, 203, 343, 344.

Signeux, IV, 363.

Simon (Le docteur), II, 37, 38, 39, 168.

Simond (Edmond), I, 349.

Simon (Jules), IV, 90, 167 ; VI, 194 ; VIII, 210, 278 ; IX, 4.

Simond (Valentin), VIII, 277.

Simon (Mme), IV, 346.

Siraudin, V, 258 ; VI, 274.

Sisos (Raphaël), VII, 178, 181.

Sisos (Mme), IX, 77, 86, 89, 90, 97.

Sivori (Le violoniste), VII, 208.

Skobeleff, VI, 188, 201 ; VIII, 110.

Smin, VIII, 270.

Socrate, III, 143 ; V, 27 ; VIII, 97 ; IX, 144.

Soissons (Le comte de), IX, 207.

Solar, I, 269.

Solms (Mme de), II, 217.

Sommerard (Du), VI, 221.

Sommerard (M. et Mme du), III, 94.

Sophie, II, 144.

Sophocle, V, 7, 47.

Sosen, IX, 270.

Soulavie, VIII, 128.

Soulié (Eudore), I, 131, 133, 215 ; II, 122, 126, 196, 282, 289, 293 ; III, 153, 162, 209, 245 ; IV, 346.

Soulié (Mlle), V, 41.

Soult (Le maréchal), V, 237.

Soumy, II, 254.

Soyer, V, 49.

Spartacus, III, 194.

Spinoza, IV, 236.

Spontini, II, 147.

Spuller, VI, 7, 239, 242, 258, 294, 314 ; VII, 32, 42, 136, 171, 172, 200 ; VIII, 160.

Staël (Mme de), III, 198 ; VII, 210.

Standely, VIII, 123.

Standish (Cécile), IX, 124.

Standish (Henry), IX, 124.

Standley, IX, 342.

Staub, I, 99.

Stendhal, VI, 304 ; IX, 275.

Stevens (Alfred), VIII, 58, 59 ; IX, 13, 16, 17, 18, 59, 168, 187, 318.

Stoffel, V, 98.

Stoullig, IX, 101.

Strauss, IV, 50 ; VII, 43.

Strauss (Mme), VII, 103.

Strindberg, IX, 100, 105, 298.

Sue (Eugène), II, 217 ; III, 180 ; IX, 302.

Suleau, III, 277.

Sully-Prudhomme, VIII, 282 ; IX, 318.

Surville (Clotilde de), II, 70.

Swetchine (Mme), I, 394.

Swinburne, VI, 256 ; VIII, 255 ; IX, 205.

Sydney Smith, I, 85.

Sylla, III, 118.

T

Tabarant, IX, 201.

Tacite, II, 256 ; V, 241 ; IX, 196, 199, 379.

Tagliani, V, 64.

Tahet (La femme), VIII, 269, 270.

Tailbade (Laurent), IX, 318.

Taillevent, IX, 255.

Taine, II, 96, 97, 98, 99, 100, 121, 122, 123, 124, 177, 199, 200, 209, 283, 293 ; III, 9, 19, 30, 42, 43, 78, 79, 80, 186, 224, 269, 270 ; V, 173, 246 ; VI, 91 ; VII, 180 ; VIII, 250, 280 ; IX, 112, 276.

Taketem (La femme), VIII, 269.

Tallement des Réaux, II, 56.

Talleyrand, I, 241 ; VI, 145 ; VII, 210.

Tallien (Mme), III, 159.

Talma, II, 270 ; IV, 41.

Talmeyr (Maurice), IX, 301, 305.

Tamberlick, VI, 223.

Tamburini, II, 223 ; III, 150.

Tamerlan, IX, 26.

Tanetem (La femme), VIII, 269.

Tamisier, IV, 106.

Tardieu, II, 32 ; V, 106, 108, 126.

Tardieu (Le Dr), III, 53, 54.

Tartra (Le Dr), VII, 66.

Tassaert, IX, 137.

Tasse (Le), II, 256.

Tautehôai-Jukakou, IX, 280.

Tauzia, IX, 300.

Techener (Mme), VI, 328.

Tellier (M. Le), IX, 207.

Téniers, V, 192 ; VIII, 98.

Terrail (Ponson du), I, 375.

Terrien, I, 47.

Tertullien, II, 9.

Tessandier (Mlle), VII, 38.

Tessié du Motay, IV, 186.

Testard, IX, 174.

Texier (Edmond), III, 238.

Tézenas, VIII, 142.

Thaulow, VIII, 153 ; IX, 216.

Theaulon, II, 122.

Theil (Du), IX, 117.

Thénot, III, 151.

Théocrite, VII, 269 ; VIII, 72.

Theos (La femme), VIII, 270.

Thérésa, II, 252 ; III, 84 ; VII, 125.

Thérèse, I, 281.

Théroigne de Méricourt, I, 139.

Theulier, V, 7.

Theuriet (André), IX, 318.

Thiboust (Lambert), III, 143.

Thierry, II, 263, 265, 266, 268, 269, 270, 281, 291, 292, 301, 305, 306, 312, 318, 327, 328, 329 ; VI, 56.

Thierry (Augustin), II, 110.

Thierry (Édouard), III, 181, 196, 197, 198 ; IV, 9.

Thierry le décorateur, III, 72.

Thiers, I, 133, 156, 157, 295 ; II, 4, 31, 65, 89, 124, 144 ; III, 110, 111, 201 ; IV, 221, 229, 278, 279, 280, 283, 295, 297, 298, 338, 340, 357 ; V, 31, 43, 53, 73, 75, 76, 94, 191, 195, 236, 237, 238, 298, 340 ; VI, 145, 189, 337 ; VIII, 26, 116, 117 ; IX, 51, 144, 145, 156, 300, 314.

Tholozan, VII, 210.

Thuillier (Mlle), I, 26.

Tiepolo, V, 157.

Tiepolo (Jean-Baptiste), VI, 281, 282.

Tien-Paô, VI, 20, 21, 43, 44.

Tintoret (Le), VIII, 72, 263.

Tippo Saeb, II, 141.

Tissot, IV, 269 ; VI, 202.

Tissot (James), VIII, 110, 126, 130, 131 ; IX, 177, 178, 189, 224, 225, 236, 237, 289.

Tite-Live, VI, 276.

Titien, VI, 108, 270.

Titon, IX, 362, 363.

Tolstoï, VII, 216, 279 ; IX, 105, 354, 368, 369.

Tolstoï (La comtesse), VI, 34.

Tony Réveillon, IV, 80, 81.

Toudouze (Édouard), IX, 288.

Toudouze (Gustave), VII, 85 ; VIII, 59 ; IX, 111, 112, 234, 288, 316, 371.

Toulmouche, V, 113.

Tourbet (Jeanne de), I, 297 ; II, 51, 90 ; III, 215, 216, 261 ; IV, 128.

Tourgueneff, II, 95, 96, 97, 248 ; V, 23, 24, 25, 26, 29, 30, 31, 79, 80, 118, 173, 174, 175, 197, 201, 232, 233, 262, 264, 265, 266, 267, 268, 275, 276, 277, 299, 300, 313, 314, 328, 329 ; VI, 9, 10, 101, 102, 141, 185, 186, 187, 255, 256, 273 ; VII, 215, 218 ; IX, 104.

Tournemine, II, 232, 272.

Toussez (Alcide), I, 105.

Toyokouni, VIII, 225.

Tracy, I, 393.

Trélat, II, 316.

Tresse, II, 97.

Trèves (Le capitaine), IV, 321.

Trim (Timothée), IV, 352.

Trochu, IV, 20, 26, 38, 108, 109, 112, 166, 173, 186, 196, 197, 201, 203, 204, 210, 338 ; V, 8, 14, 15 ; IX, 256.

Tronchin, II, 214.

Tronquoy, VIII, 119.

Troppmann, III, 323.

Tross, V, 37.

Troyon, VII, 156 ; IX, 49.

Troubat, III, 281.

Troubetzkoï (Princesse), VI, 201.

Trousseau (Le docteur), II, 192, 193 ; VI, 35, 235, 236, 237.

Trublet, II, 16, 102.

Truchotte (La), V, 388.

Tseng (Le marquis), VI, 91.

Tsing (Le Chinois), V, 101.

Turcas, I, 69, 70.

Turgan, II, 187 ; III, 128 ; V, 288.

Turner, VIII, 124, 263, 289 ; IX, 241, 248.

Turpin, IX, 230.

Turquet, VII, 79.

Türr (Le général), VI, 127.

U

Uchard (Mario), I, 210, 211, 216, 218, 226, 243, 250.

V

Vachette, I, 374.

Vacquerie, IV, 114, 122, 229 ; V, 33, 206 ; VIII, 103 ; IX, 311.

Vaillant (Le maréchal), I, 344 ; II, 319, 229 ; III, 67 ; IV, 43.

Vailly (De), I, 259.

Valadon, VIII, 236.

Valdey (Mlle), IX, 218.

Valentin, I ; 24, 90, 92, 94.

Valette (Mme de la), V, 183.

Valferdin, II, 212.

Vallée, I, 286.

Vallès, IV, 241, 256, 271 ; VII, 11.

Vallès (Jules), III, 144, 233, 234 ; VI, 77, 136, 138, 151, 179, 210, 288 ; IX, 370.

Vallon, V, 191.

Vanier, IX, 319.

Vandérem, IX, 176.

Van der Meulen, II, 275.

Vanloo, VIII, 280.

Vanloo (Carle), III, 359.

Vapereau, VIII, 92.

Vardes (Le marquis de), IX, 207.

Varennes (Le marquis de), VII, 162 ; VIII, 248.

Varin, I, 4.

Varly (Mlle), VIII, 30.

Vaton, V, 320.

Vatry, III, 254.

Vauban, V, 162.

Vaublanc (De), V, 64.

Vaucanson, V, 51.

Vaucorbeil, III, 324.

Véfour, II, 134.

Velasquez, III, 148 ; IV, 266 ; V, 112 ; VIII, 72, 99, 263 ; IX, 193.

Velpeau, I, 350.

Venet, I, 46.

Verdi, II, 13.

Verlaine, IV, 286, 288 ; IX, 177, 349.

Verlaine (Mme), IV, 326.

Verlet, VII, 29.

Vernet (Horace), VI, 72.

Verneuil, VI, 239.

Véron, II, 84, 218 ; V, 298.

Véron (Le Dr), I, 121, 243 ; IV, 76.

Véry, II, 218.

Vesins (Mme de), VIII, 82.

Veuillot, I, 83 ; IV, 134 ; VI, 310 ; VIII, 92, 282 ; IX, 145.

Vever, IX, 63, 109.

Veyne, III, 72, 90.

Veyne (Le Dr), II, 61, 67, 85, 89, 124, 134, 140, 192.

Viardot, II, 248.

Viardot (Mme), VII, 215.

Victor (Adam), VI, 41.

Victor-Amédée, V, 71.

Victor-Emmanuel, VI, 12.

Victoria Lafontaine, II, 266, 325.

Victor, IV, 363.

Vidal (Jules), VII, 85, 114, 217, 288.

Vidal (Le musicien), VII, 177.

Vidalène, V, 7, 210.

Vidalène (Mme), VII, 249.

Vierge, VI, 91, 93 ; IX, 215.

Vignères, III, 110 ; VI, 305.

Vignères, I, 157.

Vigneron, I, 231, 319.

Vigny (De), II, 146, 147 ; V, 95 ; IX, 127.

Vigom, V, 63.

Villard, VIII, 209 ; IX, 128, 256.

Villedeuil (Le marquis de), VI, 119 ; VII, 124 ; IX, 145, 168, 169, 336.

Villedeuil (Pierre-Charles comte de), I, 5, 13, 16, 31, 33, 34, 37, 41, 43, 46.

Villedeuil (Mlle), VI, 164 ; IX, 19.

Villèle (Le ministre), V, 217.

Villemain, I, 388 ; II, 62, 65, 310 ; V, 279 ; VI, 196, 343 ; VIII, 170 ; IX, 137, 276.

Villemain (Mme), V, 279.

Villemereux, I, 214.

Villemessant, I, 252, 299 ; VII, 237, 238, 274 ; IX, 11.

Villemorin, IX, 337.

Villemot, I, 210.

Villiers de l’Isle-Adam, VI, 178.

Villeray, IX, 89.

Villot, V, 199.

Vimercati (Mlle), III, 222, 226.

Vincent de Paul (Saint), II, 78.

Vinci, III, 346, 350 ; VIII, 200.

Vinoy, IV, 47, 186, 201, 202, 206.

Viollet-le-Duc, I, 133 ; III, 161, 200, 248, 276.

Virgile, VI, 267 ; VII, 269 ; VIII, 72.

Vitet, II, 150 ; III, 176.

Vittoz, II, 208.

Vitu (Auguste), VII, 317 ; VIII, 35, 138, 139.

Vogüé (De), VII, 280 ; IX, 16.

Voillemot, I, 24, 299 ; V, 122 ; VI, 149 ; VII, 255, 256.

Volige (La), IV, 363.

Voltaire, I, 234, 332, 355 ; II, 16, 102, 103 ; III, 166, 189, 213 ; V, 291 ; VI, 19, 139 ; VII, 304 ; VIII, 76, 108, 157, 199.

Von der Thann, V, 55, 63.

Voisin, I, 225 ; IV, 176, 251, 278 ; VI, 279.

W

Waddington, V, 297.

Wafflart, I, 226.

Wagner, VIII, 143, 146 ; IX, 155, 156, 171, 357, 358.

Wagram (Le prince de), VIII, 57.

Waldon (Mme), I, 348.

Waleski, II, 9, 104 ; III, 99.

Waleski (Les), VII, 208.

Wallace (Richard), IV, 354 ; VI, 122 ; IX, 121.

Watanobé-Séi, VI, 46.

Watteau, I, 155, 239, 261, 273, 295, 340 ; II, 143, 163, 179, 245 ; III, 67, 330 ; V, 123, 167 ; VI, 119 ; VII, 131 ; VIII, 119 ; IX, 73, 257, 270, 273, 279, 281, 305.

Wattier, II, 9, 104 ; III, 67, 330.

Wendel, IX, 364.

Wesley, III, 300.

Whistler, VI, 229 ; VIII, 252, 253 ; IX, 119, 120, 205, 220.

Wiener, IX, 231.

Wilde (Oscar), VI, 256, 259 ; IX, 342.

Wikemberg, II, 107.

Wilkie, VIII, 97.

Wille, I, 178, 239.

Willette, IX, 306, 324.

Winckelmann, III, 127.

Wittemann, IX, 147, 196.

Wolff (Albert), VII, 121, 316 ; IX, 4.

Wolff (Le général), IX, 117.

Worth, II, 321 ; III, 192 ; V, 9, 39 ; VI, 68 ; IX, 63.

Y

Yama-Ourva, IX, 293.

Yötai, IX, 274.

Yriarte, IX, 63, 332.

Yriarte (Charles), VIII, 108.

Yukimobou, IX, 271.

Yung, VI, 7 ; VII, 185.

Yvon, IX, 43.

Yvoy (Paul d’), I, 218.

Z

Zeddes (De), VI, 31.

Zeller (Les), VIII, 271.

Zeller (Mme), IX, 202.

Zeller (Mlle Julie), V, 149 ; IX, 81, 114, 157.

Ziem, V, 13, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23 ; VII, 84, 109, 110.

Zilken, IX, 329, 330.

Zola (Les), VII, 38 ; VIII, 65, 256 ; IX, 57, 199, 201, 224, 290.

Zola (Émile), III, 245, 246, 247 ; IV, 15 ; V, 44, 45, 117, 118, 123, 146, 150, 173, 174, 175, 176, 189, 190, 201, 203, 251, 258, 276, 314, 315, 328, 329 ; VI, 19, 21, 22, 23, 57, 58, 75, 76, 101, 102, 109, 112, 115, 126, 134, 140, 141, 150, 151, 162, 185, 187, 192, 194, 196, 209, 223, 224, 246, 248, 254, 255, 257, 267, 279, 288, 318 ; VII, 11, 36, 37, 38, 47, 80, 94, 117, 118, 150, 168, 174, 176, 185, 206, 208, 252, 261, 294, 295, 317 ; VIII, 5, 8, 10, 33, 140, 171, 174, 180, 184, 186, 224, 256, 257, 258 ; IX, 15, 58, 101, 122, 139, 150, 201, 224, 225, 228, 275, 286, 307, 309, 322, 324, 328, 329, 352, 381.

Zola (Mme), VI, 11, 134, 140, 196, 209, 223 ; VII, 295 ; IX, 58, 151, 199.